CHAI'. II. — DBS HABITANTS PRIMITIFS DE LA GKÉCE
en ce qui touche le fait; mais quand nous songeons à quel point la plupart des noms saxons, usités en Angleterre avant la conquête, nous paraissent étranges aujourd'hui, combien sont entièrement tombés en désuétude, nous n'osons tirer aucune conséquence de pareilles prémisses, et encore moins porter un jugement sur le caractère des noms pélasgiquès.
Toutefois, à l'époque où vivait Hérodote, on parlait encore une . °^™ langue qui passait pour celle des anciens Pélasges, et qu'Hérodote lui- &£ „, u même entendit, ainsi qu'il nous le laisse deviner, au moins dans trois '"*£* i**1"" localités différentes : deux se trouvaient situées sur l'Hellespont ; quant à la troisième , c'est une question controversée de savoir si' ce fut ia ville de Cortona dans l'Étrurie, ou une ville qui n'a laisse aucun autre souvenir, mais qui dut avoir occupé non loin de l'isthme du mont Athos un point rapproche d'une ligne droite aboutissant aux deux promontoires des golfes Thermaïque et Toronéen (i). Cette langue, Hérodote la décrit (2} comme une langue barbare, et de ce fait il tire la conclusion générale qu'elle doit être l'ancienne langue pélasgique; mais il ne nous a pas donné de détails qui pussent nous servir à déterminer eu quoi et à quel degré elle différait de la langue grecque. Les expressions qu'il emploie sembleraient impliquer qu'elle était essentiellement étrangère, si nous pouvions attribuer le même sens h un autre passageaussi positif de sou histoire. En énumérantles dialectes établis chez les Grecs ioniens, il remarque que les villes Ioniennes de la Lydie ne se servaient pas de la même langue que celles de la Carie, et il applique à ces dialectes le même mot qu'il a employé auparavant en parlant des débris de la langue pélasgique (s). Ce second passage nous fournit un étalon pour estimer la valeur qu'il avait donnée au mot barbare dans le premier. La seule conclusion positive qu'on soit en droit d'en tirer, c'est que la laugue pélasgique qu'Hérodote entendit parler sur l'Hellespont, et ailleurs, lui sembla un jargon aussi étranger que l'était le patois d'Éphèse pour un habitant de Milet, ou que l'est celui de Bologne pour un Florentin. Ce fait ne nous apprend absolument rien, ni de sa nalure réelle, ni de ses rapports avec legrec; et nous sommes d'autant moins autorisés à en faire la base d'une hypothèse, que l'histoire de ces établissements pélasgiquès est très- obscure, et que les traditions qu'Hérodote rapporte a ce sujet n'ont en aucune manière l'autorité des assertions qu'il fonde sur ses propres observations.
II semble donc qu'il nous soit interdit de demander des preuves de son La iwieub caractère, et à cette langue elle-même, et ù tout témoignage direct. rÔL™1"^» S'il nous reste un moyeu de l'apprécier, ce doit être d'étudier le lien Gnahistorique des Pélasges et des Grecs, et de rechercher les inductions qu'il peut nous fournir sur leur affinité nationale. Dans les temps les plus reculés, la Thessalie, etle nord de la Grèce en général, furent le théâtre de migrations et de révplutions fréquentes; de nouvelles tribus déplacèrent complètement ça et là leurs anciens habitants, mais
dSolitchen diatebt.
. „ point est Irèa-habilement combattue par
, r, ». 97. — 121 1,57. — (3) i, HA. Vojm Ciese, !/«fer tfw (,p.!51.
vGoogk
l'Attique ne parait pu avoir éprouvé de pareils boulerlBnements, et le Péloponèse ne perdit une partie considérable de la population primitive que longtemps après qu'elle fut devenue entièrement hellénique. Hous trouverons bientôt l'occasion d'étudier la nature de cette transformation ; une simple remarque nous suffira pour le moment : elle s'accomplit en apparence sans une lutte violente, et elle fut, à ce qu'il parait, presque spontanée dans l'Arcadie, qui est uniformément représentée comme une terre pélasgique, et qui, dans l'opinion de la plupart des anciens, était le berceau de la race entière. Aucun événement* dont quelque tradition ait conservé le souvenir, ne marque l'époque a laquelle les Arcadieus cessèrent d'être des Pélasges et devinrent des Grecs. On peut donc difficilement croire a la perte totale de la langue pélasgique; et il est également improbable, si cette langue survécut dans la langue grecque, qu'elle eût différé autant de l'hellénique pur q«e l'étrusque ou le phénicien , ou que le celtique du teutonique , et que cependant elle se fut si intimement confondue avec elle, qu'on n'aperçut plus aucune trace du mélange de ces deux éléments hétérogènes. Pour priver cet argument de sa force, alors même qu'on réduirait dans les limites les plus étroites qui lui ont été assignées la population pélasgique, il est absolument nécessaire de supposer que les Pélasges ne furent pas seulement une tribu particulière, mais qu'ils étaient encore plus éloignés du caractère grec que d'autres tribus qualifiées comme eux de barbares. Plus faibles furent les distinctions primitives qui séparèrent toutes ces tribus l'une de l'autre et des Grecs, plus simple et plus facile devient l'explication de la propagation de la langue grecque.
m Etendons-nous nos recherches au delà de la Grèce, suivons-nous les u traces des Pélasges dans leurs établissements occidentaux, ce résultat * se confirme. Nous n'avons pas encore mentionné ces établissements, car nous nous proposions moins de faire une monographie complète des Pélasges, que d'étudier leur rapport avec les Grecs. Un pareil travail ne nous oblige pas à prendre un parti dans la controverse soulevée par les anciens et ranimée par les modernes sur l'origine des Pélasges italiques. Peu nous importe actuellement de savoir s'ils vinrent par merde la rive opposée de l'Adriatique eu deux grandes colonies, parties, l'une de la Thessalie, l'autre de l'Arcadie, ou s'ils étaient nneraee indigène dans le même sens que les Pélasges grecs. Remarquons-le cependant, blenque les récits de ces deux migrations paraissent avoir plutôt pour base l'opinion vulgaire sur les principaux établissements des Pélasges grecs, qu'une tradition historique pure, le midi de l'Italie reçut, sans aucun doute, de l'Épfre, au moins une partie de sa population pélasgique : la ressemblance des noms de diverses localités dans les deux pays en serait, au besoin, une preuve suffisante (l). Mais quelle que soit l'incertitude ré-
(1) Ckaones, Pandosia, Acheron, Dodone, auxquels on peut ajouter peut-être lesEijtaietiset Dry» (voir Raoul-Roche Ile, Colonies grecques, I, p. W9) elles Sicèlei (voir un estai de Nièbuhr, Iradnil dam le Phitological mujetim, n. 1. Selon une remarque^ de M. Grole (Cluwicoi mtMMffi, •• P- s) • l'opinfan «primée