‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 29 sur 143 · CHAP. II. — DES HABITANTS PRIMITIFS DE LA GRECE · texte numérisé non relu

CHAP. II. — DES HABITANTS PRIMITIFS DE LA GRECE

pondue sor ce sujet, elle n'affecte pas le point principal, c'est-à-dire l'existence en Italie d'un peuple qui portait le nom dePélasge, ou que ses traits nationaux, sa langue, ses mœurs, sa religion, avaient Tait connaître comme tel, et qui s'était répandu surune grande partie de la péninsule. On a prétendu que ces Pélasges n'avalent peuplé que la partie septentrionale on l'Étrnrle ; cette opinion ne s'appuie que sur une conjecture dépourvue de toute autorité. Selon cette hypothèse, l'Arcadie [fut dans l'origine peuplée par deux races entièrement différentes, l'une pélasgique, et l'autre alliée des Hellènes ; la race hellénique envoya des colonies dans le midi de l'Italie, et la race pélasgique continua à résider sur son territoire jusqu'à ce que ses derniers débris, qui avaient conservé le nom et le caractère national, émtgrassent en Asie avec les Ioniens. L'existence de ces colonies arcadîennes est fort douteuse ; ce sont probablement des fictions inventées après l'addition faite à la généalogie des Lycaonldes, d'CEnotrus et de Peucetius, les fondateurs myth#loglques des tribus œnotrienue et peucétienne. Mais, selon l'auteur de cette généalogie, l'origine pélasgique de ces tribus était alors un fait notoire que cette filiation avait pour but de constater; elle se trouve confirmée par une mention accidentelle de Pélasges placés vis-à- vlsdes Grecs italiques dans ces rapports de dépendance que les colons grecs imposaient d'ordinaire aux habitants primitifs d'un pays conquis (l). Si telle était la vérité, on ne pourrait douter que la portion on l'élément {car la substance et la forme s'y trouvent également comprises) que la langue latine avait de commun avec In langue grecque, ne dérivât immédiatement des Pélasges (2). 11 s'ensuivrait donc que leur langue était au moins la base du grec lui-même, et qu'il serait beaucoup plus rationnel de la considérer, soit comme un dialecte, soit comme une première forme du grec, que comme une langue complètement étrangère. Ainsi, ce résultat général semble bien constaté; mais toutes les tentatives faites pour définir plus exactement les rapports des deux langues, et pour décrire leurs traits caractéristiques , ne s'appuient que sur des analogies dont le choix est aussi arbitraire que l'application. Nous devons nous contenter de savoir qu'en ce qui touche et là langue et la race, aucun système, qui les confond, ou qui les sépare complètement, ne supporte l'épreuve de la critique historique. Si les Pélasges asiatiques ne reçurent jamais une autre dénomination,

avec assurance par Niebuhr cl adoptée par K. 0. Mûller, que la population primitif de l'Epire et celle des contrées du sud-est de l'Italie avaient la même origine pélasgique, peut être combattue par cet argument, qu'on ne Ironie chet lesEpii-oies aucune mention de poids de livres ou d onces. Qu'on ne l'oublie pas toutefois^ il existe toujours une grande différence entre l'absence d'un fuit qui eût continué une supposition cl la présence d'un Tait qui la contredit.

(l) Steph. Bjï.,Xvo;. Il dilque les Grecs italiques traitai? ni les Pélasges comme les Lacédémoniens leurs ilotes, les Argiens leurs gjmnésicns, les Sicyoniens leurs rorjnéphores, tes Cretois leurs mnoïles. Voir Niebuhr, I, p. 29.

(t) Voir Hojne, Eic. H, sur 1*11., 384; Marsh, Horapetasgicœ, c. il. Dissertation, savante et instructive, bien que tons les arguments de l'anleUr ne puissent pas résister a une discussion critique.

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les Pélasges italiques semblent n'avoir porté ce nom que comme un nom commun, introduit peut-être par les Grecs, et dont les diverses tribus auxquelles il s'appliquait ne se servaient que rarement, ou ne firent mêmejamais usage en treelles(l). En Italie.corame en Grèce, chaque tribu était distinguée par un nom particulier : les Pélasges de l'Etrurie s'appelaient Tyrrhéens , ceux du Midi, GEnotriens, Chaones, Siculesou autrement, selon l'étendue plus ou moins grande de leur territoire. Si le nom de Pélasges fut jamais un nom propre, il dut appartenir primitivement à l'une des branches orientales de la nation, et ne pas avoir dépassé, à l'Occident, les rivages de l'Adriatique.

civi]fe»tion Les mêmes obstacles qui nous empêchent de déterminer le rapport rél"8"- général des Pélasges avec les Hellènes, nous arrêtent encore lorsque nous voulons essayer de constater le degré de civilisation que les Pélasges avaient atteint avant de devenir un peuple hellénique, et les progrès successifs à l'aide desquels ilss'y étalent élevés. Sur ce point comme sur beaucoup d'autres, ils présentent deux aspects difficiles à concilier, et dont ni l'un ni l'autre n'est absolument faux. Selon quelques traditions, leur condition primitive différait peu de celle des peuples sauvages, étrangers même aux arts les plus simples de la vie, et aux premiers besoins d'une nation civilisée ; d'autres, au contraire, tendent à prouver que, durant la plus ancienne période où ils s'établirent en Grèce, ils étaient déjà parvenus à un état social bien supérieur. L'histoire de leurs progrès offre des variations aussi importantes. Telle hypothèse nous les montre graduels et spontanés, telle autre les représente comme des effets d'une influence étrangère. Enfin les opinions ne s'accordent pas mieux sut le degré de civilisation auquel ils se seraient élevés, de quelque manière que ce fût, indépendamment des Hellènes. Si nous consultons les témoignages des écrivains de l'antiquité, comment distinguer les traditions primitives des résultats secondai res,desspé- Lègcodu de culations philosophiques ou historiques ? Quelle foi ajouter, par exemple. Murage. u<"> aux légendes de l'Arcadie et de l'Attique, deux contrées où nous sommes naturellement portés à chercher 1rs preuves traditionnelles les pi us pures? car, dans l'opinion générale, elles conservèrent toujours une population pélasgiqne-. Dans l'Arcadie, le roiPélasgus, ie premier homme né de la terre, enseigne à sessujets l'art de construire des huttes grossières, à se vêtir de peaux de bêtes (costume primitif qui se perpétua, dans quelques parties de la Grèce, jusqu'aux derniers temps de son histoire); a substituer le fruit des chênes, qui fut longtemps l'aliment particulier des habitants de ce pays, aux feuilles et aux plantes sauvages dont ils se nourrissaient auparavant. Son fils Lycaon fonde la première ville, Lycosure ; sous le règne d'Arcas seulement, le quatrième roi après Pélasgus, qui donne son nom à cette région, les Arcadiens apprennent l'art de faire du pain, et commencent à échanger leurs peaux debêtes contre des vêtements de laine (2). Ce tableau ne doit être qu'une esquisse, en grande partie

(1) Voir K. 0. Millier' s Etrusker, I, p. 51, et une remarque de Bambcrger dans un Essai (dausleflAeiniscftes muséum, VI, p.SO.n. H,)ueber die Entstaehtmg de* Mythus von/Eneas Ankunft in Latium. — (2) Pausiiu,, viti, 4, 1; iv, li, 3. '

CHAP. II. - DBS HABITANTO MUUTIPS DE LA GRÉCB. «

imaginaire, d'un ordre de choses où des inventions et des découvertes utiles se succédèrent vraisemblablement dans une société primitive. Noui serai t-il possible d'y découvrir quelques vestiges de vérité historique, nous aurions toujours à nous demander si les Pélasges ont distribué aux autres nations ou reçu d'elles les bienfaits de la civilisation, et nous serions aussi peu autorisés h conclure qu'ils sortirent d'eux-mêmes de l'état sauvage qu'a tinr une pareille induction de la légende Italique, qui rapporte qu'Italus introduisit l'agriculture parmi ses sujets, les OEnotrieus (i). Ainsi la barbarie grossière attribuée aux Pélasges primitifs de i'Aitiquc a été probablement inventée pour rendre plus frappant le contraste qu'ils présentaient avec les colons étrangers qui, selon les mêmes traditions de ce pays, les auraient civilises (2).

D'autres traditions, plus dignes de foi, s'accordent à reconnaître que Tnd.u. l'agriculture et les arts utiles furent les occupations propres et primitives uJaHn^ des Pélasges, qui, à les en croire, s'établissaient de préférence sur le sol w oiu«. fertile des plaines d'allu vion ; de là le nom et la légende de Piasus, qui régnait sur les Pélasges dans la vallée de l'Hermus, et auquel le vin qu'il récolta fit commettre un attentat impudique (3). De même, dans la Thessalie, dès qu'un tremblement de terre, séparant l'Ossaet l'Olympe, a formé un canal d'écoulement pour les eaux, Pélasgus s'empresse de prendre ' possession du terrain récemment découvert, et chaque année cet heureux événement est célébré par un festin solennel (4). Les puissances qui président à l'agriculture, et qui protègent les fruits de la terre et le bétail, furent, à ce qu'il parait, les plus anciennes divinités pélasgiques. On a quelques raisons de conjecturer que le nom national, dans sa forme primitive et pure, exprimait ce caractère (S), et cette hypothèse expliquerait peut-être comment, après avoir d'abord-été limité à quelques tribus heureuses et industrieuses, qui cultivaient les terrains les plus fertiles, ce nom s'étendit sur un immense territoire, sans remplacer ceux qui prédominaient ailleurs. Hais, nous l'avons déjà observé, rien ne nous oblige à supposer que les tribus pélasgiques fussent également favorisées par la nature et par la fortune. Si la fertilité des grandes plaines attira les unes, les autres purent leur préférer la sécurité des vallées montagneuses ; l'Areadie fut peut-être peuplée d'aussi bonne heure qu' Argot par la même race. Cependant, à moins qu'ils n'eussent trouvé leur nouvelle patrie préparée pour les recevoir, les forets déjà défrichées, les marais desséchés, à moins que l'accomplissement de ces

(1) Arislol., Pot., vu, 9.— (2) Eudocia, à l'article Cecrops. — (3) Peculiara aliquid omnibus Larissasis usuvenit... guod nimirum agar earum ingetta a fluviit terra svlel integi... Larissa Pliricomdc ferunl cullum honoribua fuisse Piasum, quem ferunl, eum Pelasgorum princeps esset, iiliœ, quam deperibal, sure, Larissa nm ferisse, alque hujus contumeli» nœnas dédisse, (.un enim eum in dolium vini plénum despiciniileui Larissa depreliendisset, arreplis cruribua eum «ublimem ereiil, inque dolium dejecii. hujus modi sunt aniiqu*. Strab., xnl, 427, 30, éd. Caaaub. — (4) Allien., ilv, 689. La Peloria. — [S) nfXaf-[i'L (d'ip-ft,î el de nft.»}, habitants ou cul tii a leurs do la plaine. Millier (Orchom., p. IxS, n. 6) rattache ce mot à celuide Pttoria, la fêle dea colons; maig l'analogie de aiit&e;, Teuiptir&w, et*., semble contraire & celte éljntologie.

U BtëteiHB DE LA G8ÉCK.

grands travaux, attribués à la puissance d'Hercules ou de Neptune, et sans lesquels diverses régions fussent toujours demeurées Inhabitables, n'fcût précédé leur arrivée, les colons areadîens durent avoir soutenu longtemps contre la nature une lutte qui les retint nécessairement dans une condition inférieure à celle de leurs frères argiens. Les légendes des deux pays semblent prouver que les choses se passèrent effectivement ainsi. Ge Serait, eu outre, se fermer mie opinion étroite des Pélasges, que de tes Croire uniquement adonnes aux travaux de l'agriculture. Une partie de cette nation n'a-t-elle pas, comme cela est probable, traversé la mer pour se rendre Sur les rivages de la Grèce, et apporté ainsi avec elle les rudiments des arts relatifs à la navigation, les tribus établies le long des côtes durent acquérir dé bonne heure ces eonnalssàbces qui leur étaient si nécessaires. Ainsi, les Iles de la mer Egée sont peuplées de Pélasges ; lès pirateries des Lélèges, précèdent la naissance de la première puissance maritime des Grecs, et les Pélasges tyrséniens Infestent déjà les mers après là chute de Troie. Monuments Qu'une nation, qui a quelque droit de se prétendre alliée des Grecs, dMPélugso n'a)t été, a aucune époque où puissent remonter des traditions probables, une horde de sauvages , c'est déjà un fait important à constater. Si les ' Pélasges parlaient une langue presque parente de la langue hellénique,,

ils durent, avant d'être mis en contact avec aucun peuple étranger en Grèce, — les mêmes preuves nous autorisent à le croire, — labourer la terre, planter et cultiver la vigne, naviguer sur la mer, se réunir en communautés dans des villes fortifiées, et honorer les dieux par des rites, des fêtes et des chants sacrés, comme les auteurs de leur félicité. Toutes ces hypothèses, bien qu'elles ne soient pas clairement démontrées, s'accordent au moins avec la teneur générale des traditions antiques; mais elles ne nous apprennent pas quel degré précis de civilisation les Pélasges avalent atteint lorsque les Grecs rivalisèrent avec eux et les dépassèrent ; elles ne nous révèlent surtout aucun trait particulier de leur caractère national. Pour discuter pleinement la première de ces questions, il faudrait entreprendre delongues et pénibles études, et peser consciencieusement les opinions qui font honneur aux Pélasges de l'invention de l'écriture, de la fondation des mystères religieux et d'une littérature théologique. Un pareil travail nous entraînerait maintenant trop loin de notre sujet principal. Ces problèmes accessoires, nous essayerons de les résoudre quand nous aurons à parler des premiers progrès de la civilisation grecque. Pour le moment, nous n'en effleurerons qu'un seul, car il nous offre une base d'observations plus sûre, et il nous fournit peut-être le meilleur moyen d'apprécier la condition et le caractère des Pélasges. Les plus anciens monuments de l'architecture en Europe, qui peut-être dureront plus longtemps que tous ceux des époques postérieures, ont été évidemment élevés par ce peuple. Les immenses constructions, dont on voit encore des vestiges dans certaines parties de la Grèce, dans l'Épire et l'Italie, et sur la côte occidentale de l'Asie Mineure, vulgairement appelées cyclopéennes, parce que» selon la légende grecque, les Cyclopes bâtirent les muraiHeB de Tlrytrthe

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