CHAPITRE III
LES COLONS ËT&ANGEBS ÉTABLIS EH GKÈCE.
A une époque bien postérieure à celle où nous allons remonter, c'està-dire pendant la période qui suivit la naissance d'une littérature nia- * torique parmi les Grecs , le peuple et les savants étaient également J"
(1) Straion, nu, 373; Apollod. , n, 2, 1,3. Selon le scboliasta. d'Euri-
5i.de (Qrest., 953), des auxiliaires arrivèrent au secours de Prœtus de la Lycie et e la Curélide (iEtolie) ; c'étaient deux tribus appartenant à la même race que les Cyclopes, peuple d'origine Ihrace, qui «aient émigré dans différent» pays, mais dont fa majeure partie l'était fîiéa dam la Curélide; el ces derniers, — non les Lyciena, — fortifièrent les cités argotiques.
(2) Voir Kugler, Handbueh der Kunstgeschichte, p. 133; Bamberger, Uebef des Hexiodus Mythvs von ien JEUtsténMewckengeschUchtern dans le Bhein. mus, de Welcker et Ri tic H fi, p. SÎ8) explique le x^ WPTi0™TS d'Hésiode (0. et D. 150) comme osa ailotlou à cei ruine» coiouolcs de l'antiquité.
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persuadés que, dès les temps les plus reculés, avant même que la race hellénique eût substitué son nom et son pouvoir à ceux des Pélasges, des étrangers, chassés par diverses causes de leur pays, étaient venus débarquer sur les rivages de la Grèce et y avaient établi des colonies, fondé des dynasties, bâti des villes, importé des arts utiles et des institutions sociales, dont leurs grossiers habitants n'avaient alors aucune idée. Les savants des temps modernes ont, pour la plupart, partagé cette conviction ; quelques-uns même, regardant le fait général comme suffisamment prouvé, se sont efforcés de découvrir de nouvelles traces de ces migrations, ou de rechercher les effets qu'elles avaient du produire sur le caractère intellectuel et moral des Grecs, , ainsi que sur leur condition religieuse et politique. Il fallait une grande hardiesse d'esprit pour oser exprimer un doute sur la vérité d'une opinion sanctionnée par une si haute autorité et par une prescription si ajiéienne et si incontestée, et peut-être n'eùt-elle jamais été ni soupçonnée ni attaquée, si les déductions qu'on en tirait n'eussent pas né- cessité en quelque sorte une étude critique des bases sur lesquelles elle s'appuie. A peine commencée, l'enquête eut d'importants résultats ; on reconnut que les traditions admises jusqu'alors, con'cernBnt les anciennes colonies étrangères, ne méritaient pas une entière confiance. Non-seulement , en effet , elles offrent toutes un caractère merveillenx, mais, ce qui est plus grave encore, à mesure qu'elles vieillissent, leur nombre parait augmenter, leurs détails semblent devenir mieux connus ; pins on remonte au contraire vers leur origine, plus elles sont rares et vagues ; une fois parvenu aux poèmes d'Homère, on perd toute trace de leur existence. Si nous ne pouvons pas affecter de passer ici sous silence les controverses auxquelles donue encore lieu aujourd'hui cette question, et reproduire les traditions reçues sans parler des objections rationnelles qu'elles soulèvent, il nous est également interdit de discuter les arguments qui les soutiennent ou qui les combattent. Mais comme nous croyons qu'il est possible et même nécessaire d'adopter un système mixte, il convient que nous expliquions pourquoi nous n'admettons pas sans réserve l'opinion de l'ancienne école ou celle de la nouvelle.
NI l'autorité sur laquelle reposent les traditions grecques concernant les colons étrangers, ni leurs .témoignages intrinsèques, — un simple examen suffit pour le prouver, — ne peuvent satisfaire un critique judicieux. Nous devons mentionner ici leurs traits caractéristiques. Les principales colonies fondées en Grèce par des peuples venus de l'Orient passent pour avoir été établies dans l'Argolide, sur la rive opposée du golfe Saronique et dans la Béotie. Les Pélasges étaient encore maîtres de Légsodadi: la plained'Ai'gos, lorsque Danaiis, chassé de l'Egypte par des querelles Dmita. domestiques, débarqua sur la côte, fut élevé au trône par le suffrage des indigènes, et fonda une ville qui devint pins tard la citadelle d'Argos et porta le nom pélasgique de Larisse. Il donna, dit-on, aux belliqueux Donaùson nom, si célèbre durant une certaine période, qu'Homère s'en servit pour désigner tous les Grecs eu général, alors que celui des Hellè-
CHAP. m. — LES COLONS ÉTRANGERS ÉTABLIS EN GRECE. «
nés se trouvait encore ressen-é dans d'étroites limitw. A une époque bien postérieure, les Argiens montraient aux étrangers le tombeau de Danaùs, sur In place du marché àc leur ville, et plusieurs autres monuments de sa présence. Le témoignage- d'Hérodote confirme la croyance populaire. Cet historien mentionne, comme un foi t incontestable, l'émigration de Danaûs, car il avait même appris en Egypte le nom de la ville d'oij Danaûs était parti; enfin, une tradition indépendante qu'il recwetHttjA Rhodes ajoute un nouveau poids à ses assertions. D'après cette> ttndt* tion, Dan ans, débarqué sur cette lie lors de son passage, y aUrait/ondé a Linde un temple dédié a la déesse Athéné, à laquelle, -Botfeavons donné le nom latin de Minerve. Dans le sixième siècle nvaat t'êre chrétienne, Amasls, roi d'Egypte, envoyait à ce temple desoffrandes en l'honneur de son origine égyptienne. Telle est la tradition, débarrassée de toutes ses circonstances particulières. Présentée sous cette forme, elle peut sembler tout à fait digne de foi et suffisamment prouvée. Mais la légende populaire s'est augmentée de certains faits accessoires, qui sont, en apparence, aussi anciens que sa substance, et ne peuvent s'en séparer. Or, pour expliquer ces faits, complètement incroyables, il faudrait presque nécessairement transporter en même temps les détails et le fond de la légende de la sphère de l'histoire dans celle de la fable religieuse. Tous les auteurs sont unanimes sur un point. Danaûs s'enfuit en Grèce, accompagné par une nombreuse famille de filles (cinquante est le nombre poétique consacré), pour échapper aux persécutions des prétendants à leur main, les fils de sou frère Égyptus. Mais cette circonstance ne forme-t-elle pas une partie essentielle de l'histoire de Danaûs f l'en détacher, n'est-ce pas violer toutes les règles de la raison [i)î Selon Hérodote (2), les Danaîdes fondèrent le temple de Linde et révélèrent aux femmes pélasglennes d'Argos les rites mystiques deCérès (3). On leur attribuait aussi la découverte des sdurces ou des puits qui remédièrent à l'aridité natn relie d'une partie du territoire argien. Avant Hérodote, Eschyle avait représenté sur le théâtre attique le sort tragique des fils d'Égyptus, qui, après avoir poursuivi jusqu'en Grèce les filles de Danaûs et les avoir conduites de force à l'autel, avaient reçu la mort deleurs mains. A une époque encore plus reculée, leurs aven tu resavaient fourni le sujet d'un poème épique (4). Une légende locale place le théâtre
(I) HeOler (Dit Gotterdientteauf flAodm, p-. 87) déclare çu'on doit admettra ce fait comme un Fait littéral, nu rejeter la tradition tout entière. — (2) tr, 182.— (3) tf, 171. — (4) La Danaïde, ouïes Danaîdes (comme ce poème est appelé dan ■ le marbre Borgia.VoirHeeren, Werke, IN.p.tGS}. Deux vers en ont été conservés parClem. Alex., Strom., IV, C. 19, Kai tôt" if' nurtiotsiTO foâ; Amacis Kwtfif itpoofl» iiif-
J'iï-j; ireraturû niù,«o <Iva*TCi. Cette autorité, la plus ancienne de toutes celles sur esquelles s'appuie l'histoire de Danaûs, n'a été mentionnée ni par Voss (Antisymbotyk, II, p. 418), ni par Mûller (Orcftom., p. 109, 113). Dans its Prolégomènes (p. 186), il se demande, — et ce doute a lieu d'étonner, — si le poète épique représenta Danaûs et Egvplus comme frères, et Danaûs comme Tenant d'Egjple. Âklcker (Ep. eyel., p.5É>) exprime l'opinion que ce poème a été composé peu de lempe «tant la Télégonia dEugamon (01. 33, Eusèbe). « vers l'époque où Solon, dans le plan de son poème primitif, l' Atlantide, visait à mettre de grandes idées qu'il avait rapportées do ses voyages en Egypte, en opposition avec la vieille poésie