‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 33 sur 143 · CHAI". III. — LES COLONS ÉTRANGERS ÉTABLIS EN GRÈCE · texte numérisé non relu

CHAI". III. — LES COLONS ÉTRANGERS ÉTABLIS EN GRÈCE

pognons de Gadmus(l); mais ils prouvent au moins que les Phéniciens vinrent à une époque très-reculée débarquer sur les fies et sur les cote* de la Grèce. Thèbes se vantait d'avoir reçu le don précieux de l'écriture de ses colons phéniciens ; et Hérodote adopte cette opinion après une enquête consciencieuse qui ne doit pas être complètement mise de coté, bien qu'il se soit laissé tromper par des monuments forgés ou mal interprétés (2). L'origine orientale du nom de Cadmus est aussi incertaine que la signification primitive de celui de Pbœnix qu'Hellanicus diw£5!Bi; donne à son père (3), et que les Grecs employaient comme un des c*dmu*. noms propres de leurs héros indigènes. Thèbes montrait des débris de monuments qui passaient pour des vestiges d'un culte phénicien (4), et l'histoire du Sphinx, quelle que fut son origine, paraft venir, sinon de la Pi lénifie, du moins de l'Orient. D'un autre coté, des écrivains modernes trouvent dans les légendes de Cadmus et de son épouse Harmonie, dans leur rapport avec la Samothrace et avec les mystérieux Cabiies, des marques décisives d'une origine pélasgique ; ils prétendent que la position de Thèbes dans l'intérieur des terres est incompatible avec le caractère ordinaire d'une colonie phénicienne ; ils considèrent l'épitbète de Tyritn, appliquée à Cadmus, comme une erreur chronologique, qui trahit la fabrication moderne de la tradition dont les inventeurs ont substitué Tyr à Sidon, ville plus ancienne (5). Enfin, pour augmenter notre embarras, une tentative ingénieuse a été faite dans le but de prouver que les Cadméens étaient une colonie Cretoise (fi).

Il est un autre nom célèbre, que nous devons ajouter a cette liste, „.{■*****■ avant de considérer ce sujet sous un point de vue différent. Selon une tradition, sanctionnée, à ce qu'il parait, par l'autorité d'Hérodote (7) et de Thucydide (s), Pélops passa de l'Asie en Grèce avec des trésors, qui, dans un pays pauvre, lui fournirent les moyens defonder une dynastie nouvelle. Ses descendants occupèrent pendant trois générations le trône d'Argus ; la Grèce presque tout entière se soumit à leur domination, e|. dans l'opinion de Thucydide, ils réunirent les divers-Etats grecs dansune expédition contre Troie. Leur aïeul transmit son nom glorieux a la postérité en le donnant à la péninsule méridionale, appelée depuis lors le Péloponèse, ou l'Ile de Pélops. De quelle région de l'Asie Pélops était-il parti? Pourquoi l'avait— il quittée? Sur ces deux questions, les historiens ne sont pas d'accord. La plupart, cependant, le font naître et demeurer

(i) Slrah. . i, p. «7. À> «&t, « K«*n«. <rr&*&«ntç. — (2) v, 59. VollT, Pro- Itgg-, iï. — (5) Dans le Schol. de 17j., B, 494, et dans Vlliadt, nv, 521, Europe csl la fille de Phœnii. — (4] Cadmus avait, dît-on, dédié une statue d'Atîiéne â Thèbes, sous le nom d'Onga A ce sujet, Pausanias {il, 12,21 fait «marquer que ce nom, qui est phénicien f comparez Sleph. Bji.,Ô-ps»ïne( Xvà), contredit 1 opinion de ceux qui soutenaient que Cadmus atait été un Eatplien et non un Phéuicien.

— (5) P.Knigbt, Proieog.,$78. «Cumilns »el Cadmillus velus Hercurii nomon fuit (Scliol. in A poil. Hhod., i, 917). nuque nliud fufsse credo Cndmum; n celte opinion, Lobeck (Âglaophamus, p. 1253) la trouve une osenleniiam calidam at ei periculo petilam. n Elle esl cependant fermement soutenue par Huiler, Orchom., p. *19 et 461. —(6) Welcker, Vebtr tins laretische Colonie in Thebtn.

— (7) vu, 8, 11. — (8) i,9.

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dans la ville Lydienne de Sipyle, où , d'après la fable, son père Tantale avait joui, pendant son règne, d'une prospérité Inconnue des mortel», jusqu'à ce qu'ayant abusé de la faveur des dieux, il les força de le faire périr. Les légendes poétiques varient sur les causes merveilleuses qui conduisirent Pélops de Sipyle à Pise, d'où, après y avoir obtenu la fille et la couronne du tyran sanguinaire ÛE nom au s pour le prix de sa victoire dans la cours» des chars, il retourna en Asie, selon quelques auteurs, et y fonda la CumesKolienue(l). Les écrivains qui, comme Thucydide, ne voient dans la tradition qu'un événement politique, racontent qu'une invasion d'Ilus, roi de Troie (s), avait chassé Pélops ou Tantale de sa patrie (3) : aussi a-t-on conclu naturellement de ce fait qu'en conduisant les Grecs contre Troie, Agamemnon vengeait seulement les injures faites à son ancêtre (i). D'un autre côté, loin de fournir le plus léger appui à cette hypothèse, Homère, tout en rapportant la généalogie qui transmit à Agamemnon le sceptre de Pélops, ne fait aucune allusion à l'origine asiatique de cette famille. Les aventures d'un étranger lydien, établi à Pise, semblent aussi lui avoir été inconnues. Les Eléens soutenaient cet épisode de la tradition avec une telle ardeur, dans le but évident d'exalter l'antiquité et l'éclat des jeux olympiques, auxquels ils présidaient, qu'on est naturellement porté à se demander si le rapport du héros avec l'Orient n'était pas une fiction, née d'un Intérêt identique, et propagée par des moyens semblables. Cette opinion peut s'appuyer encore sur la forme religieuse que prit en dernier lien la légende, lorsqu'elle se combina avec une superstition asiatique, répandue en Grèce après l'âge d'Homère. Une simple observation ote presque tout son poids à la sanction apparente de Thucydide. Il ne nous' révèle pas sou propre jugement sur la question, il adopte simplement l'opinion des antiquaires du Péloponèse qui lui parut la plus propre à remplir .son but, c'est-à-dire, à peindre les progrès de la société en Grèce (A). Selon, toute probabilité, si les colons qui regardaient Pélops comme l'ancêtre de leurs rois portèrent pour la première fois son nom en „Àsje, Iqs légendes de leurs nouveaux établissements ne tardèrent pas . A lui faire une jj lace, et, dès lors, il ne resta plus qu'à expliquer la présence du héros en Grèce, tâche facile pour le génie de la mythologie .gtecque.

lti - Il n'y a guèrede travail .plus pénible et plus inutile que celui de peser ,mdes arguments de cette natufe, et d'observer les oscillations de la bail- lance, n mesure qu'dn. jette une nouvelle hypothèse sur l'un ou sur l'autre des deux plateaux ; aussi renonçons- nous avec impatience à une tache si ingrate, et nous contenterons-nous de faire quelques remarques générales, qui aideront peut-être ie lecteur à apprécier la valeur comparée de ces traditions. Aucune d'elles, nous le répétons, considérée en ■âHetneme, ne parait suffisamment empreinte du cachet de la vérité pour corrvaftici'e un historien scrupuleux, et leur nombre ne peut pas suppléer

H) H«K i, 18. — m Puus-, i* 22, 5. — {3) Diodor., iv, 74. — (4) Krose, Èelltts, i, f. 483. — (S) Voss, Antisymbolick, n, p. 454i

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CHAP. 111. —LES COLONS ÉTRANGERS ÉTABLIS EN GRÈCE. si

à legr Insuffisance individuelle. Cependant, d'autres motifs semblent permettre de croire qu'elles ne sont pas tin moins entièrement dépourvues d'une base historique. Aucun renseignement distinct ne nous tûtil parvenu sur certains personnages ou certains événements, nous ne pourrions pas douter qu'à une époque bien antérieure à celle que représentent les poèmes homériques, des migrations n'aient eu lieu de diverses contrées de l'Orient sur les rivages de la Grèce, Aux premiers temps de son histoire, la Grèce fut souvent agitée par des invasions et des révolutions incontestables, que causaient le flux et le reflux des nattons qui erraient et luttaient dans les réglons voisines de ses frontières du nord* est. Pendant la même période, les contrées occidentales de l'Asie ne devaient pas être, nous avonsdu moins de fortes raisons de le croire, dans un état plus calme et plus réglé. la preuve de ces grandes migrations parait résulter de l'histoire des Phrygiens, qui passèrent, dit-on, de l'Eu* rope dans l'Asie Mineure, très-probablement leur patrie primitive j de l'expédition des Amazones, qui laissa des traces si profondes dans leslégendes de l'Attique et des pays voisins ; et peut-être de celle du fabuleux Memnon, que les poètes grecs rattachèrent au siège de Troie { i ). Tandis que la Macédoine et la Thrace servaient de grand chemin ou de champ de bataille à des tribus vagabondes ou conquérantes, d'autres émigrants Vont-ils pas pu se diriger vers la Grèce, eu traversante mer Egéeî Les lies de cette mer ont été, de temps immémorial, les étapes obligées des populations errantes qu'échangeaient entre elles l'Europe el l'Asie. Ainsi, dans l'antiquité la plus reculée, nous voyons lesCariens établis sur les deux rives du golfe Saronlque, et Sicyone devait un de ses noms les plus anciens au peuple qui passe pour avoir habité le premier Chypre, Bhodes et la Crète (2).

Ainsi préparés à considérer la Grèce comme une contrée, non se- Coïadd-nparée du reste du monde, mais -particulièrement ouverte aux colon*. "«,*' "„j~ étrangers qu'elle a plus que toute autre, le don djattiïer., étudions- J™^'1"** nous les traditions relatives aux diverses colonies qu'y ont fondées, dit-on, des peuples orientaux, certaines coïncidences nous frnppjjnt, qui ne peuvent pas avoir été le résultat d'une vtyonté réfléchie, et qui, par conséquent, ont une signification importante. Toutes ces colonies, une seule exceptée, — celle de Pélops, e( encore le fait est-il douteux, — sont établies sur la côte orientale de la Grèce. Cette restriction, exi- *

gée sans aucun doute par la nature des choses, ne pouvait être observée1' ni par fraude religieuse, ni par vanité patriotique.' Changeons-nous de point de vue, de l'Occident passons-nous à l'Orient, nous y trouvons un argument encore plus fort et également indépendante" L'histoire des contrées d'où sont partis, dit-on, ces aventuriers* est remplie de révolutions domestiques qui chassèrent dans des pays étrangers, une partie de leurs habitants, et la date de ces révolutions coïncide génémlA> mentavec celle de la fondationdes colonies étrangères en Grèce. L'Egypte

(1) Vairon essai sur ce lujeldaiu le JMUfofatffeaJ MMMHM»n. iv. ,, - tij

(2) Telchinia. Steph. Bi.,;Paus-, n, S, 6, et a, 19, 1; Diodor.,^ 53i» "

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&ï HISl'OMË DE LA GRÈCE.

gémissait depuis longtemps sous le joug d'une race ennemie, qui créa uue série de dynasties, au moins sur une partie de son territoire, qnand elle se débarrassa enfin de ces étrangers barbares par «n violent effort, et dispersa leurs restes dans les régions voisines de l'Asie et de l'Afrique. Admet-on la vérité de ces traditions, qui paraissent reposer sur une base certaine, on ne peut pas douter que le mouvement causé par cette commotion ne se soit propagé en Grèce, et il semble probable que quelques-uns de ces bannis, se séparant de leurs frères, trouvèrent les moyens de s'embarquer sur les cotes de l'Egypte ou de la Palestine, et errèrent sur la mer Egée jusqu'à ce qu'ils atteignissent la rive opposée, tandis que d'autres se rendaient dans les mêmes pays par une route plus longue. Aussi hésitons-nous à rejeter le témoignage ou plutôt l'opinion d'un auteur qui, bien qu'évidemment postérieur à Hécatee, le prédécesseur d'Hérodote, dont il porte le nom, n'a peut-être pas émis seulement une de ses propres conjectures, quand il raconte que cette révolution égyptienne fut la cause des migrations de Danaùs et de Gadmus(l). Certes, si la tradition obscure qui compte une dynastie hellénique parmi celles des rois pasteurs méritait quelque croyance, nous pourrions supposer que des relations ont existé entre les deux pays à une époque encore plus reculée (2). En tout cas, cette hypothèse ôte toute sa force à une objection souvent faite contre la tradition vulgaire, que, dans les temps anciens, les Égyptiens étaient étrangers aux expéditions maritimes et s' éloignaient de la mer avec horreur. ïNi les Égyptiens dans l'âge d'Hérodote, ni les Grecs avant la période alexandrine, n'ont, il est vrai, considéré sous ce point de vue la migration de Danaùs et de Cadmus. Pour eux, Danaùs était Égyptien de naissance, et Cadmus Phénicien. Du reste, si notre hypothèse était vraie, cette erreur s'expliquerait naturellement. La question de savoir si Cadmus vint de la Phénicte ou de l'Egypte a donné lieu à une ancienne controverse (3). A en croire un auteur qui écrivit peu de temps avant notre ère, et qui déclare avoir étudié ce problème avec la plus grande attention, Cadmus était un chef puissant des Phéniciens qui conquirent l'Egypte et établirent le siège de leur empire a Thèbes, et ce fut de l'Egypte qu'il partit pour aller fonder une dynastie dans l'Occident, où il donna à une ville de la Béotie le nom de celle qu'il venait de quitter (4). Cette opinion admise, la position au milieu des terres de la nouvelle capitale de Cadmus cesserait de nous embarrasser (5), et nous n'aurions pas à nous préoccuper de cette conjecture imaginaire, qu'il l'avait choisie dans le but d'établir des communications commerciales entre les parties éloignées de la côte (6), destination sur laquelle les anciennes légendes de Thèbes ne nous fournissent aucune indication.

Quelque hypothèse semblable à celle que nous proposons nous parait donc nécessaire pour expliquer l'établissement en Grèce de colonies égyptiennes; car l'expédition de Sésostris, alors même qu'elle serait

(1) Diod.,Fr. il. — (2) Selon Goar, une ihnasiie de pnslaurs helléniques se trouve dans le Syncelle, p. 114. — (3) Paus., a, 12, 2. — (4) Coiion, 37. — (5) Pape KnigLt, Proùgg., $ 78. — (6) C'csl ainsi nue Kruse résout celle difficulté. 1, p. 481.

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