‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 38 sur 143 · CHAP. V. — LES HKKOS ET L'AGE HÉROÏQUE · texte numérisé non relu

CHAP. V. — LES HKKOS ET L'AGE HÉROÏQUE

qui, si elles étaient isolées, pourraient passer pour des faits tradition- Aw»t j.c nels. Il nous apparaît alors sous l'aspect d'un prinee indépendant et d'un 1JOO"1ÎO°puissant conquérant : tantôt il marche a la tête d'une armée contre Augias, roi de l'Élide, il le tue et donne son royaume à l'un de ses„ti!s, pour le récompenser d'avoir condamné l'injustice de son père; tantôt il envahit Pylos pour venger une insulte qu'il avait reçue de Nélee, il metNélée à mort avec tous ses enfants, excepté Nestor, qui était absent, ou qui s'était enfui à Gerenia. Enfin, il pousse ses coMfaetes jusque dans la Laconie, ou il extermine la famille du roi Hippoeooo, et place Tyndare sur le trône. Plus que toute autre, cette partie de la légende d^Hercules semble contenir la relation d'événements réels ; mais qui pourrait croire qu'au moment même où il renversait ces dynasties ennemies et distribuait des couronnes, le héros se laissait exclure patiemment de son propre royaume?

Ce fut la destinée d Hercules d'être incessamment condamné à des Aotr«mn«ientreprises dangereuses et difficiles ; aussi toutes les contrées de la È™. dH"" Grèce devinrent-elles tour à tour le théâtre de ses exploits. En Thessnlie, il s'est déjà montré Pallié des Doriens, posant les premiers fondements d'une union perpétuelle entre ce peuple et ses propres descendants, comme s'il eut renoncé à- toute espérance de recouvrer la couronne de Mycènes, ou comme s'il eut prévu que sa postérité solliciterait dans ce but le secours des Doriens. Dans l'/fctolie, il nous apparaît aussi comme l'ami et le protecteur de la maison royale, et il livre des batailles aux Thesprotesd'tëpire (i). Ces courses perpétuelles, ces alliances successives avec tant de races différentes, ne nous causent aucune surprise tant que nous les considérons , sous un point de vue poétique, comme les effets de la même cause : la haine implacable avec laquelle Héré (Junon) perséeute le fils de Jupiter. On peut aussi les regarder comme des événements réels, si on suppose qu'elles ont été parfaitement indépendantes l'une de l'autre, et qu'elles n'ont d'autre lien qu'un rapport commun avec un nom fabuleux; mais, leur motif poétique, rejeté, il semble impossible d'inventer aucune hypothèse rationnelle qui permette de les -attribuer à un seul homme, à moins de voir dans Hercules une espèce de chevalier errant, voyageant à la recherche d'aventures, sans un objet défini, ponr obéir aux impulsions d'une charité désintéressée. Nous nous écarterons moins de la vérité, après avoir effacé de la légende ces traits qui appartiennent évidemment aux religions de l'Orignt, en distinguant l'Hercules thébain du héros dorien et du héros péloponésien. Quelques faits historiques ont probablement été conservés dans l'histoire de chacun de ces héros, et ils sont peut-être moins altérés dans les légendes thébaines et doriennes. Dans celles du Péloponèse, il est difficile de dire jusqu'à quel point leur forme primitive n'a pas été détruite par des raisons politiques. Si nous pouvions y ajouter quelque foi, nous serions tentés de conjecturer qu'elles contiennent des traces des luttes qui valurent au royaume de ■Mycènes cette pré-

(1] ApolM., h, 7, 6.

pondérante sur le reste de la péninsule qu'Homère lui attribue, et que nous aurons occasion de mentionner lorsque nous parlerons de la guerre de Troie.

d On ne peut pas parler d'Hercules fans penser à Thésée, qui, selon la " chronologie mythologique, fut son contemporain plus jeune qne lui, et qui ne le céda qu'à lui seul en réputation. Thésée mérita certainement d'être surnommé un autre Hercules,'c&r non- seulement ces deux héros se ressemblèrent beaucoup à certains égards, mais il parait encore évident que Thésée fut, pour l'Attique, ce qu'Hercules avait été pour le reste de la Grèce, et que sa carrière résume également les événements d'une période qui ne peut pas avoir été exactement mesurée par la durée d'une vie humaine, et qui renferme probablement plusieurs siècles. Sa légende nous offresurtout un vif intérêt, en tant qu'elle peut être regardée comme une esquisse poétique de l'histoire primitive *• de l'Attique. Quelques-uns des noms qui figurent sur la liste parvenue jusqu'à nous, des rois nttiques, ses prédécesseurs, paraissent avoir été inventés uniquement pour combler une lacune de la chronologie; d'autres appartiennent, sans aucundoute, a des personnages purement mythologiques. L'histoire ne peut en revendiquer aucun avec sécurité (]). Autant l'existence de ces rois est douteuse, autant leurs règnes sont dépourvus d'événements. Leurs annales ne contiennent la relation que de deux faits qui peuvent sembler porter des marques d'un caractère véritablement politique : l'un de ces faits est la guerre avec l'Ëubée» dans laquelle Xuthus secourut les Athéniens; l'autre, une lutte beaucoup plus célèbre entre le roi attique Erechthée et le Thrace Eumolpe, devenu souverain d'Eleusis, où il avait fondé le temple de Cérès, administré à une époque postérieure par une famille athénienne qui le regardait comme son ancêtre. Erechthée périt, dit-on, dans cette guerre, soit qu'il eut été victime de la colère de Neptune, soit que la main d'un ennemi mortel mit fin à ses jours. Après sa mort, selon une variante de la légende, Ion, chargé du commandement par les Athéniens, termina ia guerre par un traité dans lequel les Eleusiuieos reconnurent la suprématie d'Athènes, et se réservèrent le droit de célébrer librement leurs rites (2). Toutefois, ni Xuthus, ni Ion, ne figurent parmi les rois de l'Attique. Erechthée eut pour successeur Cécrops II, qui émîgra daus l'Ile d'Eubée, et laissa sou trône héréditaire à son tîls, Pandion H. À da£er de cette époque, les annales athéniennes sont remplies de guerres civiles etde révolutions. Les Métionides, branche rivale de la famille royale, chassent Pandion de ses domaines, et le roi exilé se réfugie à Mégare, où il épouse la fille du roi, et hérite de sa couronne (3). Quatre fils étaient nés de ce mariage; mais lalégitimitéd'.-'Egée, laine, fut disputée, et lorsqn'après la mort de Pandion iEgée envahit l'Attique à la tête d'une armée, reprit son patrimoine aux usurpateurs, et le

(!) Voirunc^sai de M. Kenrick Sut- le» rois de l'Ail ique avant Thésée, flans le Philological Muséum, it, p. 345. — (2) Apollod., tir. 1S, 4; Pnus., 1, 38, 3,; Strnb., vm, p. 385. — (3) Pans., 1, B,3.

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