CI1AP. V. — LES HÉROS BT L'AGE HÉROÏQUE
partagea avec ses trois frères, il fut encore l'objet de leur jalousie, inntj.c. Comme pendant longtemps il n'eut pas d'enfants, ils commencèrent a L30l>",a">' convoiter son héritage ; mais un oracle mystérieux le conduisit a Trézène, où le destin avait décidé que naîtrait te futur héros d Athènes. .-Ethra, la fille du sage roi Pithée, fils de Pélops, fut sa mère ; mais la nushukc légende trézénienne appelait son père Neptune au lieu d'^aée. ^Egée d"™**"retourna doue a Athènes avec l'espérance qu'un jour à venir il v serait suivi par un héritier légitime. A son départ, il montra à ,-Kthra un gros bloc dérocher sous lequel il avait caché une épée et une paire dp sandales : Quand l'enfant que vous portez, lui dit-il, si c'est un fils, sera en état de soulever cette pierre, il viendra à Athènes avec les marques précieuses de sa filiation qu'elles recouvrent, et il se proclamera hautement mon fils. A cause de ce dépôt, +".thra donnaàson fils le nom de Thésée.
La vie de Thésée se compose de trois faits principaux : son voyage fVi ™y»ge de Trézène à Athènes, sa victoire sur le Minotaure, et la révolution pc~ * A" B""litique qu'il accomplit dans l'Attique. Ces trois faits, malgré leur apparence fabuleuse, ont probablement une base historique. On peut seulement se demander jusqu'à quel point le troisième doit être attribué à un seul individu. Au lieu de traverser le golfe Sa ro nique, quand il partit enfin de Trézène pour aller réclamer le trône d'Athènes, le jeune héros résolut d'immortaliser son voyage en débarrassant la route sauvage qui bordait la mer des monstres et des brigands qui l'infestaient, et dont les ravages et les crimes avaient presque interrompu toute communication par terre entre Trézène et l'Attique. Sur le territoire d'Ëpklaure, il s'empara de la massue de cuivre avec laquelle Périphète massacrait le voyageur imprudent qu'il avait surpris. Dans l'Isthme, il infligea à Si nuis le supplice qu'il avait fait souffrir à ses victimes, en les écartelant avec les branches de deux pins; et il célébra cette victoire en rétablissant les jeux fsthmiens, fondés jadis en l'honneur du dieu maria Palémon, et consacrés à Neptune. Avant de quitter l'isthme, il ne dédaigna pas de chasser et de tuer la laie de Crommyon. Sur le territoire de Mégare, il se vit arrêté de iiou\ eau à un passage étroit, creusé dans un rocher, d'où Seiron prenait plaisir à jeter les voyageurs an milieu des flots qui baignaient sa base. Thésée purifia la roche maudite en précipitant le tyran dans la mer, et il débarrassa la route de Seiron de tous les obstacles qui pouvaient la rendre dangereuse. Marchant ainsi de combats en combats et de victoires en victoires, car même a Eleusis et dans l'Attique il rencontrade nouveaux antagonistes, f I parvint sur les bords du Céphise, où il reçut, pour la première fois, unaccueil bienveillant des Phy talides hospitaliers, qui le purifièrent de tout le sang qu'il avait versé. Reconnu par Jîgée, il déjoua une conspiration de ses .parents qui le considéraient comme un intrus; puis il mita la voile pour la Crète, afin de délivrer l'Attique du joug de Mi nos, ref?a*c'rti"" qui, tous les neuf ans, exigeait un tribut de jeunes gens et de jeunes filles d'Athènes, condamnés à servir de pâture à un monstre nommé le Minotaure. Selon une autre tradition moins tragique, ces otages étaient seulement détenus dans l'Ile de Crète, comme des captifs consacrés au
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il* HISTUIRK DE LA UttÈCB.
Ai.ntj-c. dieu, qili, après avoir décimé les Athéniens par la famine etpar la peste, 1300-uoo. Jes avajt .forcés a apaiser sa colère avec un pareil sacrifice fi). Grâce à l'aide d'Ariane, la fille de Mines, Thésée vainquit le Minotaure, et parvint à retrouver l'issue da labyrinthe. Mais, en revenant à Athènes, il abandonna sa belle protectrice sur le rivage de Naxos, où, selon les poètes, Bacchus la consola de la perte de son amant mortel. Il laissa aussi à Délos des souvenirs de sa présence, en y établissant des fêtes religieuses, conservées pendant les siècles suivants avec un pieux respect. Son arrivée à Athènes coûta la vie à son père : a la vue de la voile noire du vaisseau des victimes, que Thésée avait oublié de remplacer par le signe, convenu entre eux, de la victoire, JEgée fut saisi d'un tel accès de désespoir, qu'il se précipita du haut de la roche Cécropienne. Les Athéniens honorèrent sa mémoire par des sacrifices annuels, dont les Phytalides furent nommés ministres héréditaires. De brillantes fêtes furent instituées pour célébrer le retour de Thésée, et l'heureuse abon dance rendue à l'Attique après que son entreprise eut apaisé définitivement la colère des dieux. Lui-même ouvrit, dit-on, la procession des vendanges, dite des Oscophories, avec deux jeunes gens qui l'avaient accompagné déguisés parmi les jeunes filles, et il institua la fête des moissons, appelée Pyanepsia, dans laquelle on promenait avec solennité, en l'honneur du Soleil et des Saisons, i'Eiresioné, branche d'olivier, chargée de fruits de l'année, de gâteaux, de figues, et de flacons rems iflcMinn plis de miel, d'huile et de vin.
de 1 a légende. Nous trouverons ailleurs une occasion plus convenable de parler des institutions politiques attribuées à Thésée; et nous devons passer ici sous silence un grand nombre d'autres aventures qui ornent sa légende. Quelques-unes d'entre elles, cependant, telles que la guerre dans laquelle il repoussa, dit-on, l'invasion des Amazones, pourraient bien n'être pas complètement dépoarvues de vérité historique. Il nous reste à peine la place nécessaire pour faire quelques remarques sur les caractères généraux de cette légende que nous venons de mentionner. L'épisode du voyage de Trézène semble fondé sur ce fait, que des tribu de la race ionienne, alliées par le sang, occupèrent de bonne heure les côtes du golfe saronique. Aussi, Neptune, la grande divinité ionienne, •• est-il le père de Thésée, le héros national. Le nom d'/Kgée n'était probablement qu'une épithète appliquée au même dieu. Cependant le voyage de Thésée ne doit pas seulement indiquer une simple relation nationale, car son caractère saillant est uue lutte heureuse avec toutes sortes d'obstacles. L'explication la plus rationnelle qu'on en puisse donner est peut-être de supposer que cette tradition conservait le souvenir d'une période où l'établissement de réunions périodiques, consacrées au culte du dieu national, avait cimenté, non sans oppositions et sans interruptions, l'union des tribus ioniennes de l'Attique et de la cote opposée du Péloponèse. La légende semble également indiquer que, durant la même période, un changement, occasionné peut- être par les
(1) Plat,, IfeMr, 16.
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CHAP. V. — LKS HÉftOS ET L'AGE HËUOIQUE. 95
troubles auxquels donnèrent lieu ces événements, s'opéra dans la dy- a nastie régnante d'Athènes. Cette révolution parait élre tacitement ré- ' vélée par la tradition qui représente jiEgée et Thésée comme étrangers à la famille d'Erechthée ; ils viennent tous les deux de Mégare pour prendre possession de l'Attique, et les légendes qui racontent que Pandion s'enfuit d'Athènes pour aller régner a Mégare, et que Thésée, après être monté sur le troue, ajouta Mégare à ses domaines, rapportent vraisemblablement le même fuit ; seulement elles l'intervertissent. Mais il n'y a pas de raisons suffisantes pour attribuer l'une on l'autre de ces traditions à une migration qui aurait rendu pour la première fois les Ioniens maîtres de l'Attique.
La légende de l'expédition crétoise conserve très-probablement aussi quelques souvenirs historiques purs de tout alliage; mais le seul fait positif qui paraisse en résulter est une alliance temporaire entre la Crète et l'Attique. Ces rapports furent-ils fondés seulement sur la religion, ou bien eurent-ils pourcause nne domination partielle exercée par la Crète sur Athènes ? Quelle fut la nature du tribut athénien, ou celle du culte c retins auquel se rapportait ce tribut? Tous-ces problèmes sont également insolubles. Cette partie de la légende, qui concerne Naios et Délos, y fut probablement introduite après l'occupation de ces Iles par les Ioniens. Mais le rôle assigné, dans ces traditions, à Mlnos, appelle naturellement- notre attention sur le caractère et tes actions de ce célèbre personnage, qui, à en croire le témoignage unanime de l'antiquité, aurait élevé l'Ile de Crète à un plus haut degré de prospérité et de puissance que tons ceux qu'elle atteignit à tontes les époques ultérieures de son histoire. Minos nous apparaît sous un double aspect : tantôt, prince victorieux, il exerce une domination salutaire sur In mer et sur les Iles voisines, tantôt, sage, et juste législateur, Il montre à la Grèce le premier modèle d'un état bien gouverné. Dans son premier rôle, il réunit sous son sceptre les diverses tribus delà Crète, forme une grande marine, purge la mer Egée de ses pirates, subjugue les Cariens et les Lélèges, s'empare des Cyclndes, fonde diverses colonies, entreprend une expédition heureuse contre Mégare et l'Attique, et impose, ainsi que nous l'avons vu, un tribut à ses ennemis vaincus. On dit même qu'il porta ses armes1 jusque dans la Sicile, on il périt victime d'une trahison, et où sa flotte fut détruite. Cependant ses sujets parvinrent à s'y maintenir, et y fondèrent un établissement qui conserva son nom. L« triple témoignage d'Hérodote, de Thucydide et d'Arlstote, et une foule de traditions indépendantes, confirment les principaux faits de cette légende, qui ne parait pas avoir exagéré beaucoup la vérité. La Crète, comme le fait remarquer Aristote(l), semble formée par la nature, et destinée, par sa position géographique, pour commander à toute la Grèce; et certes, l'Insignifiance à laquelle elle a été réduite, durant la période historique, est encore plus extraordinaire que l'éclat transitoire qu'elle a jeté dans les âges mythologiques.
(1) Pal., ii,4fl.
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c. La possession des Cyclades était une condition presque indispensable °' de la puissance maritime attribuée à Minos; aussi, des faits nombreux f confirment la tradition qui les soumet à sa domination. Deux de leur» 'H- villes, de même que l'île de Paros, portaient, dit-on, le nom de Minoa. ' Mais les colonies Cretoises s'étaient vraisemblablement répandues beaucoup plus loin sur les lies et sur les côtes de la Méditerranée, à Cliios, à Rhodes (l), dans la Carie, dans la Lycie, et même à Lemnos et dans la Thrace. D'après une légende, adoptée par Virgile, les Teucriens de la. Troade étaient d'origine crétojse. Ces établissements, dont la fondation est en général attribuée directement on indirectement à Minos, furent, selon toute probabilité, l'œuvre de plus d'une génération. La question la plus intéressante et la plus difficile qu'ils soulèvent est celle de savoir à quelle race appartenaient Minos et son peuple. Elle est intéressante, parce que, suivant une opinion vulgaire, ce peuple possédait des institutions qui devinrent plus tard le modèle de celles de Sparte. Peu de problèmes offrent à l'historien un plus grand nombre de raisons et d'autorités contradictoires. Nous devons toutefois .signaler brièvement à l'attention du lecteur les points les plus importants, selon nous, de cette discussion.
Homère représente Minos comme le fils de Jupiter et de la fille de Phœnix (2), que tous les écrivains postérieurs nomment Europe. Ainsi transporté dans la période la plus reculée de l'antiquité crétoise connue du poète, Minos nous apparaît comme un héros indigène, assez il- lustre pour descendre des dieux, et trop ancien pour qu'on puisse faire remonter sa filiation a une antre source. Mais dans une généalogie rapportée par des écrivains postérieurs, il devient le fits adoptjf d'Astérius, un descendant de Dorus, fils d'Uelleu. 11 se trouve ainsi mis en rapport avec une colonie conduite, dit-on, en Crète, par Tectamus, fils de Dorus, qui, parti de la Thessalie, avait traversé la mer, ou qui se serait embarqué à Malée, après avoir conduit ses compagnons, par terre, dans la Laeonie (3). C'est son fils, Astérius, qui épouse Europe, et qui laisse sou royaume à son fils Minos. Le témoignage d'Homère lui-même semble confirmer indirectement cette migration quelque peu merveilleuse, dont aucun écrivain digne de foi ne nous a laissé une mention expresse ; car, dans l'Odyssée, le poète compose la population mixte de la Crète d'Achéens, d'Etéocrcles (Cretois primitifs) et de Cydoniens, auxquels il ajoute des Doriens, avec une épithète qui dénote une triple division, et des Pélasges, qu'il distingue aussi par une épithètequisemble prouver qu'ils étaient connus de lui comme nue race indépendante.
Ce témoignage, quelle que fût sa force, n'aurait qu'une importance
secondaire, s'il était démontré que Minos a laissé des monuments de son
,t règnequ'on ne peut attribuer qu'à un prince ou à un peuple dorien. Cette
opinion, les anciens paraissent ne l'avoir même jamais soupçonnée. Un
(I) Apollod., iu,2, l;Diod„ v, 59,79; Hœck, Kreta, vol. 11, p. 215,394.— (2) 11., xiv, 321. — (3) Diod., iv, 60; v, 80; Strah., x., p. 475; Apollod.,
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