CHAP. T. — LES HÉROS ET L'AGE HEROÏQUE. W
auteur moderne (l) t'a émise récemment, et l'a présentée au inonde sa- inmj.c. vaut sous l'aspect le plus séduisant que pouvait lui donner pour la ,S0!M1»' faire- réussir un érudtt aussi ingénieux que profond. Ses remarquables arguments s'appuient principalement sur les Institutions religieuses vulgairement attribuées a l'époque de Minos. Selon son hypothèse, les colons Cretois, qui, durant cette période, se répandirent sur les lies et sur les côtes orientales de la mer Egée, y introduisirent le culte de leur dieu national, l'Apollon dorien, avec ses symboles caractéristiques, ses rites et ses sanctuaires prophétiques- Ils fondèrent les nombreux temples établis le long de la cote de laTroade, où il régnait, sans aucun doute longtemps avant l'époque d'Homère, à Chryse, à Cilla, et sur l'Ile voisine de Ténédos (2). Ce dieu eut, par la suite, des oracles encore plus célèbres à Didyma ou Branchidce, près de Milet, aClaros, près de Colophon , et à Pâtura, près de l'embouchure du Xanthe, dans la Lycie. Tous ces oracles se rattachent, à ce qu'il parait, aux établissements cré toi s. Un des hymnes d'Homère iudique l'existence de relations très-an dénués entre l'Ile de Crète et l'oracle de Delphes. Dans cet hymne, Apollon conduit une troupe de Cretois venus de Cnossus, la cité de Minos, à Crissa, età son sanctuaire établi aupied du Parnasse, où il les constitue ses ministres. Le nom de Crissa et d'autres traditions semblables paraissent confirmer la substance de cette légende. Le Cretois Chrysothémis rut le premier poète qui gagna le prix de poésie a • Delphes, par un hymne en l'honneur du dieu, et son père Carmanor avait purifié Apollon et Artémis après le meurtre de Python (s). Le tribut athénien et l'expédition Cretoise de Thésée offrent même certains traits d'affinité avec la religion de Delphes. Si les Athéniens envoyaient en Crète, sept jeunes gens et sept jeunes filles, fi fallait autrefois un pareil nombre de victimes pour apaiser à Sicyone la colère d' Apollonet d' Artémis (4). Selon Aristote, les descendants des captifs athéniens qui étaient, non pas sacrifiés, mais seulement détenus en Crète jusqu'à la fin de leur vie, comme des esclaves sacrés, furent plus tard envoyés à Delphes avec une trouped'autreshiérodules que les Cretois, pour remplir un ancien voeu , consacrèrent au service d'Apollon (5) . Thésée conduisit, dit-on, une procession de pèlerins au temple du même dieu à Athènes, avant de s'embarquer pour la Crète; et, selon une tradition athénienne, ce fut dans le but d'accomplir un vœu qu'il avait fait à son retour que le vaisseau sacré , appelé ia Théorls, partait chaque année d'Athènes avec des offrandes pour l'autel d'Apollon à Délos (6).
Telle est, en résumé, la nature des arguments tirés des institutions mn™iqui religieuses de la Crète à l'appui de l'hypothèse qui établit dans cette Ile "JS^, une colonie dorienue à l'époque de Minos. L'obscurité répandue sur l'origine de toutes ces institutions dans la Grèce, et diverses indications qui tendent à une conclusion contraire, affaiblissent singulièrement leur force. Il n'est pas même démontré que les colons crétois de l'Asie y
(1) C. 0. Huiler (Doriens). — (2) 11., i, 38. — (3) Paus., x,7,2; u, 7,7. — (4) Paus., u. 7, 8. — (5) P!ut.,rMj.,10.— (6] Plat., Phédon , p. S8. Compilai toutefois l'origine ries Owophnrips décrites par Proi'iux. éil. Gainf., p. 388.
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AwtjjÇ, introduisirent ee culte d' Apollon # que nous y trouvons à une épo- ÎMMSJM- qUe postérieure. Ce fait fût- il prouvé, nous ignorerions toujours jusqu'à quel point ce culte était particulier à la race dorienne. D'un autre côté, s'il existe des vestige» de relations très-anciennes entre la Crète et Delphes, rien n'atteste la prépondérance delà religion de Delphes dans l'Ile à l'époque de Minos ; la légende de Minos, elle-même, semble plutôt appartenir à un cycle mythologique totalement différent. Les fables de sa naissance, celles qui concernent les personnages mythiques dont 11 est entouré, Europe et Pasiphaé, Ariane et le Minotaure, nous transportent dans une région entièrement étrangère nu culte du dieu de Delphes. Minos n'est pas un fils d'Apollon, comme l'eût probablement été un héros dorien \ c'est un fils de Jupiter : ce n'est pas d'Apollon, comme le législateur de Sparte, c'est de Jupiter que, sol on la tradition, il reçoit sa sagesse politique. Cet argument détruit, la colonie dorienne de Tectamus ne s'appuierait que sur de bien faibles preuves. Le passage de l'Odyssée n'est nullement concluant. Le poète savait que des Doriens habitaient la Crète de son temps ; alors même qu'il eût su que leurs établissements n'y remontaient pas à une époque reculée, il ne se serait fait aucun scrupule de compléter sa description, en les énuraérant avec les autres habitants de l'Ile. Certainement, s'il eût eu en vue l'âge d'Ulysse, s'il eût entendu parler de Cnossus, comme de la capitale d'un État dorien, auquel tout le reste de la Crète était soumis sous le règne de Minos, il n'eut pas confondu ensemble les différentes races. Cependant, la prétendue colonie de Tectamus doit probablement son origine à ce passage, et l'épithèle donnée aux Doriens semble avoir fait naître cette conjecture, que Minos partagea l'Ile en trois distrlots, et fonda une ville dans chacun d'eux (1).
Si Minos et son peuple ne doivent pas être considérés comme des Doriens, les institutions politiques de Minos ne purent avoir nécessairement que de très-faibles rapports avec celles qui existèrent plus tard dans les États doriens de la Crète. Nous nous réservons donc de décrire ces dernières institutions lorsque nous ferons l'histoire de l'époque à laquelle elles furent le plus probablement introduites pour la première fols dans l'Ile. A cet égard, l'autorité de ces écrivains anciens, qui volent dans Mhses le modèle imité par Lycurgue, ne mérite aucune confiance. Quand les Doriens erétois s'établirent sur leur nouvelle patrie, Minos y jouissait partout delà réputation d'un roi puissant, d'un sage législateur et cTwi juge impartial. Ils durent naturellement songer à rattacher à leurs propres institutions un nom aussi- glorieux. Il serait Inutile de nier que cette célébrité reposât sur une base historique. Dans un Age encore grossier, de faibles améliorations sociales peuvent valoir ■U leur auteur une grande réputation. Aussi est-il permis de croire que plusieurs usages, transmis de génération en génération depuis l'époque 'de Minos (2), furent, comme Aristote semble l'indiquer, conservés 'en divers endroits durant la période dorienne. En outre, on concevrait
(1) 8lrsl>„ p.476; Piort., v„ 7 (t. -» (g) Po|., n, lu.
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