‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 42 sur 143 · CHAP. V. — LES HÉROS ET L'AGE HEROÏQUE · texte numérisé non relu

CHAP. V. — LES HÉROS ET L'AGE HEROÏQUE

ner le nom opposé d'Euxiu. La Colchide était le terme de l'expédition, a™u.c car elle contenait ce trésor qui l'a fait souvent appeler l'expédition de 1MW~1100 la Toison d'Or. Jason construisit nn vaisseau d'une grandeur extraordinaire, en termes plus précis, la première galère a cinqante rames que ses compatriotes eussent jamais lancée. Il s'y embarqua avec une troupe de héros, accourus des diverses contrées de la Grèce pour partager avec loi la gloire de son entreprise, et il mit à la voile pour la Colchidc ; nonseulement il eut le bonheur d'atteindre le principal but de son expédition , quel qu'il eût été, mais il enleva Médée, la fille d'jEétès, roi de la Colchide.

Bien que cette relation ait été rédigée pour réconcilier avec la nature et les probabilités les principaux incidents d'une histoire merveilleuse, elle contient quelques faits, qu'il n'est guère possible d'expliquer ni de croire. Ainsi, elle nous transporte à une période où la navigation était encore dans l'enfance chez les Grecs; et cependant, d'après elle, le premier essai de découvertes maritimes que Ait ce peuple aurait atteint la limite extrême, à laquelle ne parvinrent que longtemps après les hardis aventuriers qui explorèrent peu à peu la même mer si redoutable, et s'établirent le long de ses côtes. Toutefois, le succès de l'entreprise n'est pas aussi étonnant que le projet en lui-même; car ce projet implique une connaissance préalable, dont il est difficile de se rendre compte, du pays qu'il s'agissait d'explorer. Mais la fin proposée est encore plus mystérieuse, et ne peut se comprendre qu'avec l'aide d'une conjecture. Quelques-uns des écrivains de la dernière période de l'histoire grecque ont essayé de l'expliquer. Ils avaient reconnu que la légende tout entière reposait sur la Toison d'or, le motif supposé du voyage, et que cette base n'était pas suffisamment historique. Les torrents des montagnes delà Colchide roulaient, disait-on, des parcelles d'or, que les indigènes avaient pris l'habitude d'arrêter au passage avec des toisons tenduesdans les cours d'eau. Cette tradition leur fournit un moyen de donner à la fable une signification historique. Dans leur hypothèse, les trésors métalliques de ce pays avaient attiré les Argonautes, et la Toison d'Or n'était qu'une description poétique du procédé qu'ils avaient observé ou peut-être pratiqué. Cette interprétation est plus ingénieuse ou moins absurde que celle de Diodore, qui transforme les taureaux qui exhalaient du feu par les narines, et que Jnson avait, dit-on, accouplés par l'ordre d'jEétès, enune troupe de Taurlens, gardiens de la toison d'or, et le dragon, toujours éveillé, chargé de veiller snx elle, en leur commandant Draco. Toutefois elle n'est pas plus satisfaisante; car, si elle explique une circonstance accidentelle, immatérielle, elle ne touche en rien au point essentiel de In légende. L'épithète dorie, à laquelle elle se rapporte, n'est qu'un ornement poétique, et ne nous en apprend pas plus sur la nature de la toison que les épithètes blanche ou pourpre, que lui donnèrent aussi les premiers poètes de la Grèce (l). Selon la tradition primitive et pure, la toison était une relique sacrée; elle

(1) Schoi. Apollod. K., n, 177.

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Avant j.c, devait entièrement son importance à son rapport avec l'histoire tragii3ûû-iao). ^ue ^e Phrixus, dont le fait principal est le sacrifice humain que les dieux avaient exigé de la maison d'Athamas. Phrixus, fils d'Athamas, s'offrit volontairement, ou fut désigné comme la victime par les artifices de sa belle-mère Ino. Mais, au moment fatal, quand il ae tenait debout devant l'autel, les dieux envoyèrent pour le sauver un bélier merveilleux qui le transporta au delà des mers jusque dans la Cojchlde. A son arrivée, Phrixus sacrifia le bélier a Jupiter, le dieu auquel il croyait devoir sa délivrance (l), et la toison de la victime fut clouée à un chêne dans le bois de Mars, où Métès la faisait garder comme un trésor sacré ou comme un palladium.

B»e mi- Celte légende n'était pas une simple fiction poétique; elle dérivait Sgëôde." * d'uue forme particulière de religion qui dominait dans cette contrée de la Grèce d'où les Argonautes partirent, dit-on, pour leur expédition, et qui s'y maintint jusqu'à l'époque des guerres persiqu.es. Lorsque Xerxès, dans sa marche sur la Grèce, fut arrivé a A lu*, ville de l'Acliaïe thessalique, située près du golfe Pagasétique, dana un district appelé quelquefois la plaine Athamanienne, ses guides, nous apprend Hérodote, lui décrivirent les rîtes du temple de Jupiter {.apkyâtien, épi thète qui équivalait à celle que portait le Jupiter auquel Phrlxut sacrifia le bélier. Défenses étaient fuites à l'ainé des descendants de Phrixus d'entrer dans la maison du sénat à Alus, bien que leur, ancêtre Athamas fut le fondateur de la ville. Le chef de la famille était-il surpris sur ce soi interdit, on le conduisait en procession solennelle, couvert de guirlandes, comme une victime ordinaire, au temple, où on le sacrifiait. Plusieurs des membres de cette race vouée à Jupiter s'expatrièrent, dit -on, pour éviter ce danger, et, revenus après une longue absence , expièrent par leur mort un moment d'oubli. L'origine da ce rite s'explique ainsi : après l'heureuse délivrance de Phrixus, les Achéens avaient été sur le point de sacrifier Athamas en personne pour apaiser la colère des dieux ; mais il fut sauvé par l'intervention opportune de Cytissorus, fds de Phrixus, qui revenait de f <Ea de la Colchide, le pays où son père était exilé ; aussi la malédiction divine, n'ayant pu* été suivie d'effet, fut léguée pour toujours à la postérité de Phrixus. Non-seulement cette histoire, si étrange qu'elle paraisse, repose sur une autorité incontestable, mais elle peut être encore confirmée par des exemples identiques de la superstition grecque ; elle prouve pour ainsi dire que ce fut à la croyance religieuse du peuple, parmi lequel la légende a rgo nautique prit naissance, qu'elle dut son caractère particulier , et que l'expédition, en tant qu'elle fut la conquête de la Toison d'or, n'eut aucun rapport, ni avec la piraterie, ni avec le commerce, ni avec la science géographique. Elle ressembla tout à fait à quelques-unes des entreprises romanesques célébrées par les poètes du moyen âge, dont l'objet était imaginaire, et la direction incertaine. Aussi Pindare (3) la représente-t-il comme ayant été tentée dans le butde rapporter, avec la

(t) Zsù; <pu£iîî. Miiller, Orchomtnos, p. 104, — (2) Pjlb., n, ICO.

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toison d'or, l'Ame de Phrtxus, qui ne pouvait pu trouver le repos sur t«n( ;. c. la terre étrangère 6ù elle avait été bannie. iW-uoo.

Mais des expéditions et des aventures réelles durent aussi fournir A sitaifc )a tradition une base historique; autrement II lui eut été presque impôt- "qut" sible de naîtra, et elle ne se fut pas asses généralement répandue pour acquérir une célébrité peu inférieure A celle de la guerre de Troie (t). Toutefois st la toison n'existait que dans la croyance populaire, le pays où 11 (allait l'aller chercher était une circonstance insignifiante. Il se peut que, dans la première forme de ta légende, ce pays n'ait nullement été désigné, mais qu'il y fut seulement décrit comme une région éloignée, Inconnue plus tard, lorsqu'il eut été nommé, son nom varia probablement selon les progrès successifs de la science géographique. Dans ce cas, le voyage des Argonautes ne serait plus une aventure isolée, sans aucun motif suffisant; ainsi que l'expédition de ['Hercules de Tyr, il représenterait une série d'entreprises qui auraient vraisemblablement occupé plusieurs générations. Celle hypothèse s'accorde parfaf tementavec les renseignements les plus particuliers que nous fournisse la tradition sur les Argonautes. "Ce sont des Minyens, branche de la nation grecque, que leur situation, et peut-être l'exemple des Phéniciens et leurs rapports avec ce peuple, avaient de très-bonne heure engagés dans des entreprises maritimes. La direction de leurs premières expéditions navales détermina probablement la forme primitive de la légende. Les lies situées devant l'entrée de l'Hellespont, puis les rivages de la Propontide et de ses deux détroits, les attirèrent naturellement vers le nord-est. Leurs colonies successives, ou les points signalés, soft par leurs luttes, soft par leurs transactions pacifiques avec les indigènes, seraient Be venus les lieux de débarquement des Argonautes. Une telle colonie extstaitA Lomnos, c'est un fuit qui parait hors de doute. Il ne s'ensuit pas cepen- . dant qu'Eunée, le fils de .lason, mentionné dans l'Iliade comme te roi de cette lie durant la guerre de Troie, fût un personnage historique. Les voyages des Minyens semblent avoir eu pour limite l'entrée du Pont- Euxin, où, s'ils dépassèrent ce point, s'être bornés A la côte européenne, où Salmy dessus, et Cyttea elle-même, se trouvaient originairement situées. Plus tard, le premier de ces noms fut appliqué A la cote de l'Asie, et le second AlaColchideouàlaScythie. Hérodote mentionne Ma (mot signifiant terre ou pays) avec l'épithète colchique, comme le terme de l'expédition des Argonautes. Homère paraît aussi avoir entendu parler û'JEu, comme il avait entendu parler d'jEétès, mais avoir placé son royaume, de même que l'Ile d'.'Kanne, la résidence de sa sœur Clrcé, dans 1* Occident (3). En tout cas, on Ignore s'il connut la Colchlde,

(1) Odjs., m, 70. — (2) La fontaine d'Arlacie, lieu mémorable dans la légende des Argonautes, qui la fixe dans le voisinage de Cjsicus, se trouve dans l'Odyssée (i, 108), placée sur la côte de l'Italie avec les géanls qui habitent ses alentours. Niehuhr, Sur les Siciliens dans l'Odyisée. ftliein. Mus., f, 2S0, [Phil., mu»., p. 175) fait In remarque suivante: «Dans la tradition, l'Orient et l'Occident, . tomme tous les eitrêmes diamétralement opposés, sont la même ebose [/(if die Sage idmtish). Ainsi nous avons les Planclie dans l'Occident, et nous les retrouvons, sous le nom de Cyaueœ, dans l'Orient. *

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toi HISTOIRE DE LA GRÈCE.

- dont il ne parle jamais, bien que ce Dom eût dû retentir souvent dans " toute lu Grèce si les Argonautes avaient réellement pénétré jusque-là, et il transporte dans la mer de Sicile les rochers mouvants entre lesquels Junon avait placé, pour le sauver, les vaisseaux de son favori Jason. Les monuments supposés de Phrixus et de Jason, qui, dans l'opinion de'Strabon, sont des preuves de la présence actuelle Se ces héros dans les contrées orientales du Pont-Euxin, n affaiblissent pas pour nous la conclusion que nous tirons du silence d'Homère et de toutes les circonstances de la tradition ; on partagera notre opinion lorsqu'on réfléchira avec quelle facilité s'élèvent de semblables monuments partout où une légende s'est répandue et établie. Il n'est pas même nécessaire de supposer que les nombreuses chapelles construites en l'honneur de Jason, dont le géographe ne parle que par ouï-dire, furent toutes ou imaginées ou fondées par les Grecs. Lorsque le conte merveilleux se fut répandu dans l'intérieur des terres, les barbares qui l'adoptèrent durent bientôt être en état de créer partout des vestiges de l'expédition de Jason. Ainsi, de nos jours, quelques tribus du Caucase célèbrent, dit-on, une sorte de culte païen dans les cavernes de leurs vallées. Ces lieux sont, dans leur opinion, consacrés par la présence du prophète Elle, pour lequel ils ont le plus profond respect, et ils le consultent en lui offrant des sacrifices, comme une divinité prophétique, sans avoir la plus faible notion de sou caractère et de sou histoire (l). Strabon lui-même croyait que Jason avait pénétré dans l'Arménie, et qu'un de ses compagnons, le Thessalien Arménus, avait donné son nom à ce pays. Enfin, il ne reprochait aucune improbabilité à l'hypothèse d'après laquelle Jason et Médée auraient régné dans la Médie, qui aurait reçu son nom de l'héroïne ou de celui de son fils Médus. Cet échantillon de sa crédulité marque tout à la fois le degré de confiance qu'il mérite dans de telles questions, et la tendance de la fable & étendre ses limites géogaphiques. *• Nous demandera-t-on cependant sous quel aspect le héros et l'héroïue de la légende doivent être considérés dans cette hypothèse? Nous répondrons que, selon l'opinion la plus probable, ils sont tous deux des personnages purement imaginaires, unis à la religion du peuple, à la poésie duquel ils appartiennent. Jason n'était peut-être que le dieu ou le héros samothrace Jasion, dont le nom s'écrivait quelquefois Jason, le favori de Cérès, comme son homonyme était celui de Junon, et le protecteur-des navigateurs, comme le héros thessalien était le chef des Argonautes. Médée ne fut primitivement, à ce qu'il parait, qu'une autre forme de Junon elle-même, et une transition commune la fit descendre du rang d'une déesse à celui d'une héroïne lorsqu'une épithète eut été prise par erreur pour un nom distinct. Selon la tradition corinthienne

(1) KlaproLli, Tableau du Caucase, ]). 99. Un voyageur qui connaît parfaitement celle parlic de l'Asie m'a appris que Klaproth atait dû êlre trompé par une similitude de. sons, et que l'objet réel de ce culte est totalement ilinerenl, — une personnification du soleil, si je ne me trompe. — L'erreur toutefois a, dous ce eas, la même valeur que la vérité.

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