CHAP. VI
plument dissemblables i l'Ame et le corps. Le corps n'a pas de vie * sans l'âme, l'Ame n'a pu de forée sans le corps. Les âmes des héron allaient habiter le royaume de l'Hadès (l'invisible), leurs corps restaient sur la terre la proie des chiens et des oiseaux. Lorsqu'on lit dans les poèmes d'Homère que l'ombre d'Hercules erre parmi les morts, taudis Qu'il s'assied aux banquets des dieux immortels, on doit supposer qu'il avait reçu, en récompense de ses exploits et de ses vertus, nn corps nouveau et impérissable, et une Ame divine. « Dès qu'un homme est mort, dit l'ombre d'Aaticlée, sa chair et ses os sont abandonnés aux flammes qui doivent les consumer, mais l'Ame s'envole comme un rêve, a Les. rites funéraires ne furent pas, à ce qu'il parait, une condition nécessaire de l'entrée d'une Ame dans l'Hadès; mais tant que ces rites n'avalent pas été accomplis, elle n'y jouissait d'aucun repos (1). De le l'importance qu'y attachaient les amis survivants, les luttes obstinées qui sut lieu sur les cadavres, l'effort désespéré de Prlam pour recouvrer le corps d'Hector. Quelques-uns des faits tes plus intéressants de la poésie et de l'histoire grecques reposent entièrement sur ce sentiment. Quand l'âme s'est échappée par les lèvres ou par une blessure, elle se s'évanouit £ pas dans l'air, elle conserve la forme de l'être qu'elle a animé. Hais la surface de la terre, éclairée par les rayons du soleil, n'offre pas une demeure convenable & ce faible et triste fantôme. Il traîne son existence Inutile dans le crépuscule mélancolique du monde inférieur ; il n'est plus que l'ombre de ce qu'il a été, il poursuit sans cesse l'image vaine de ses occupations et de ses joies passées. Semblable au spectre du chasseur de l'Amérique du Nord , Orion chasse sur des prairies d'asphodèles les ombres des bétes qu'il a tuées dans les montagnes. Hlnos préside des tribunaux qui n'ont rien à Juger, et dispense sa justice sévère à une race privée du pouvoir de faire le mal. Achille Conserve son ancienne prééminence parmi ses compagnons morts, mais il échangerait avec joie cet honneur sans réalité, alors même qu'il s'étendrait au monde entier des esprits, contre la vie positive du plus humble des mercenaires. Rien ne fut plus éloigné de la philosophie d'Homère que l'idée que l'Ame, une fois dégagée de ses liens terrestres, exerçait ses facultés intellectuelles avec une plus grande vigueur. H la représente, a* contraire, comme réduite par la mort a un état de faiblesse insensible.: ■ Hélas ! s'écrie Achille, quand Patrocle a rendu le dernier soupir, il y a toujours dans l'Hadès un spectre, et une image du mort, mais l'Ame a fui à jamais. » Seul parmi les morts, et grâce à la faveur spéciale de Proserpine, Tiréslas conserve un certain degré de vigueur mentale. Le sang d'une victime égorgée a-t-il réparé Leurs forces, alors seulement ces fantômes recouvrent la raison et la mémoire pour un moment, ils peuvent reconnaître leurs amis vivants, et s'Inquiéter du sort de ceux qu'ils ont laissés sur la terre. Tandis que la majeure partie de la vaste foule qui peuple la demeure de l'Hadès voit simplement se prolonger pour elle une existence inutile et vaine, quelques grands coupables sont condamnés à un
(i) Ûd.,xi, 68; /(., «111,71.
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ànit i. C. genre de supplice qui s'accorde mieux avec le caractère des royaumes ll8t- infernaux : ceux-ci aux fatigues de travaux incessants, ceux-là à des désirs qui ne doivent jamais Être satisfaits. Une prison, plus terrible encore, aussi enfoncée au-dessous de l'Hadès que ta terre est éloignée du ciel, était réservée aux ennemis audacieux de Jupiter. C'était l'abîme du Tartare, solidement fermé par une porte de fer et garni d'un pavé de bronze. D'un autre coté, un petit nombre de héros privilégiés, au Heu de descendre dans l'Hadès, étaient transportés sur une plaine délicieuse, une Ile de l'Océan, rafraîchie par des brises perpétuelles venues de l'Occident, et exempte de toutes les variations pénibles des saisons, cniteatu- Dans l'opinion générale, la faveur des dieu* s'obtenait par des moyens c *"' semblables à ceux qui sont les plus efficaces avec les mortels puissants, c'est-à-dire par des hommages et des tributs, appelés, dans la langue de la religion, culte et sacrifices. Considérés sons un point de vue, les sacrifices des Grecs nous offrent l'aspect le plus agréable, comme l'expression d'une piété pure, quoique mal dirigée; sous une autre face, ils ne présentent que les impulsions aveugles d'une superstition grossière. L'homme primitif commence-t- il à comprendre que sa destinée dépend de la bonté divine, il essaie naturellement de se la rendre favorable par une offrande qui, si insignifiante qu'elle soit en elle-même, peut être un symbole équivalent du sentiment religieux. Ce caractère purement symbolique prédomine dans la plupart des rites grecs, comme dans ceux du culte domestique; il distingue les libations qui accompagnaient le festin social, Véiresioné et d'autres offrandes de la moisson (l), les boucles de cheveux votives que les jeunes genset les jeunes filles dédiaient souvent a une divinité protectrice (2) ; et ces coutumes furent peut-être les formes religieuses les plus anciennes. Mais la même idée fausse de la nature divine, qui détermina les Grecs a considérer l'offrande matérielle comme la partie essentielle de tout culte, donna naissance a des rites plus luxueux et moins innocente. Après avoir attribué aux puissances célestes les passions des rois de la terre, on finit par se persuader que l'efficacité d'un sacrifice dépendait de- sa valeur, et que l'offrande devait non-seulement exprimer le sentiment qui la faisait faire, mais en donner la mesure. Deux préjugés populaires entretinrent cette conviction : on croyait les dieux capables d'envie et de jalousie, et on s'imaginait calmer ces passions en leur offrant de riches présente ; on regardait un sacrifice comme un banquet donné aux dieux, qui leur était d'autant plus agréable qu'il était plus riche et plus splendide (3). sicrifltH un sacrifice avait-il pour but d'apaiser la colère d'une divinité offensée, il devenait alors d'une somptuosité extraordinaire, car il était tout à la fois une offrande propitiatoire et une expiation volontaire. Ces préjugés en durent faire naître aisément d'autres plus graves encore ; on en vint probablement à penser que dans certaines occasions l'offrande
oparei Millier, Duriens, 11, 8, 1, et Hefiïer, Die Gœtterd. auf fin., p. 81. , mu, 442, elles puisages réunis pur Meursius, Gracia ftriata, p. 239.
(BAT. VL — IKUGION. ut
d'une vie humaine pouvait sente fléchir le courrouxdes dieux. Il parait liai J. c. certain qu'avant tes temps décrits par Homère, les déductions de leurs, "* propres idées, on les influences d'exemptes étrangers, avaient déjà amené les Grecs à cette terrible conclusion. On a nié cette haute antiquité de sacrifices humains chez tes Grecs, par le motif qu'Homère n'avait jamais mentionné de tels rites et n'y avait jamais fait allusion; mais, selon nous, le silence d'Homère peut d'autant moins détruire l'autorité des nombreuses légendes qui parlent de sacrifices humains offerts occasionnellement et même périodiquement dans certains temples (i ), que dans le dernier cas elles rappellent la substitution primitive d'autres victimes ou de rites plus doux. Quoique l'usage, évidemment très-ancien, de consacrer des personnes vivantes à une divinité puisse n'avoir jamais été dans l'origine souillé par aucune effusion de sang, il révèle cependant le sentiment dominant; ef rien, dans les mœurs de l'âge héroïque, ne nous empêche de croire que le même sentiment ne se soit manifesté quelquefois par des sacrifices humains, quand bien même cette coutume n'eût pas été transmise de génération en génération depuis les temps les plus reculés. Homère lui-même parait confirmer fortement les témoignages des écrivains postérieurs concernant l'antiquité de cette coutume. 11 nous apprend, en effet, qu'Achille immola douze prisonniers troyens sur te bûcher funéraire de Patrocle, non pour satisfaire sa propre vengeance, mais pour être agréable à l'ami dont 11 pleurait la mort. Le poète considère, il est vrai, cette boucherie comme une terrible preuve d'affection, mais il n'eût évidemment rien trouvé d'incompatible avec la piété ou l'humanité dans un semblable sacrifice offert aux dieux.
Des offrandes d'une autre espèce destinées & l'ornement perpétuel des TrapU* * lieux saints offrent une importance réelle pour l'histoire des arts, mais ££*'" "*~ elles ne nous fournissent aucun renseignement nouveau ou particulier sur le principe religieux qui les fit présenter aux dieux ; nous trouverons plus tard une meilleure occasion d'en parler. Nous dirons seulement quelques mots ici des édifices et des terrains sacrés. Bien que les dieux habitassent l'Olympe, plusieurs d'entre eux avaient sur la terre des territoires et des domaines (a; où Ils se plaisaient parfois à séjourner. Le terrain consacré à un dieu portait le même nom (3) que celui dont les produits étaient attribués à la dignité royale ; il était considéré avec le même respect. Un autel, probablement abrité par un bois sacré, lorsqu'il était élevé en plein air, le distinguait toujours, à ce qu'il parait, des terres voisines. Les revenus de la partie cultivée servaient, sans aucun doute, à subvenir aux dépenses des sacrifices et à l'entretien du prêtre. Quelques-uns de ces terrains consacrés fournirent peut-être au poète les éléments de sa description de l'Ile déserte, où les troupeaux du soleil étaient gardés par des nymphes, et où, bien qu'ils ne se reproduisissent pas, ils ne voyaient jamais leur nombre diminuer.
(I) Purpliyr., 4» Mit., il S4, 5S; Theodorel., Grax. aff. cw., »it,p. 893. — (2) XJOsk. Piod-, 01., vu, VU. — (5) Ti(u.«,
Anal I- c. La nature de la religion grecque impliquait l'existence d'individus chargés d'exercer les fondions sacrées qu'elle prescrivait, — de prétret, prtm* si le mot est pris dans ce sens général. Hais ce mot ne peut servir qu'à égarer notre jugement , tant que nous n'aurons pas constaté si ces Individus formaient une classe distincte, quelles idées on se faisait généralement de leur ministère, quels privilèges et quelle influence il leur donnait. Les Grecs n'attribuèrent spécialement à une classe d'hommes déterminée ancun des actes qui composaient le culte ordinaire des dieux, ni le sacrifice, ni la prière qui l'accompagnait. Le père de famille et le prince célébraient eux-mêmes tous ces rites, l'un dans sa famille, l'antre en faveur de son peuple. Dans la langue des poètes ou des rhéteurs, les héros qui sont ainsi occasionnellement engagés an service des dieux pouvaient s'appeler des prêtres royaux, ou des roissaeerdotauxj^omme l'Ànius de Virgile fut en même temps le roi des hommes et le prêtre d'Apollon (1). Mais une expression qui réunit les deux caractères, sans marquer leurs relations mutuelles, n'explique et ne définit rien. Pour connaître le sens propre de chacun des deux titres, il faut d'abord savoir lequel des deux était primitif et principal, lequel des deux dérivait de l'autre et lui était subordonné. Les héros d'Homère n'ajoutent évidemment que dans de certaines occasions un caractère sacerdotal à leur autorité publique. Nestor et Agamemnon font des sacrifices, mais ils ne sont pas des pfétres comme Chrysès, Maron et Darès. Bien que chacun d'eux soit souvent appelé à rempllrdes fonctions sacerdotales, les anciens de l'iEtolie ne sont pas des prêtres comme ceux qu'ils envoyèrent a Méléagre (S). Aussi Aristote établit-il nue distinction entre les sacrifices qui appartenaient aux rois et ceux qui ; * appartenaient aux prêtres dans les temps héroïques. Le mot prêtre
se rapportait toujours, non-seulement à quelque divinité particulière, mais à quelques temples particuliers consacrés à son culte; dans le cas contraire, il n'eut pas eu un sens plus étendu et plus défini que le titre de roi, lorsque ce titre ne correspondait pas a un peuple ou a un pays déterminé. On est donc autorisée conjecturer que, partout où un temple ou un territoire était consacré à un dieu, un prêtre en était nommé le ministre. Il est possible qu'à une certaine période une pareille caste sacerdotale n'ait pas existé en Grèce; alors le foyer domestique fut le seul autel , et la maison du chef le seul temple de la tribu. Mais dans l'Age héroïque, bien que tous les rois fussent, dans de certaines mesures, des prêtres, les fonctions sacerdotales avaient depuis si longtemps cessé d'être une simple annexe de l'autorité royale ou patriarcale, que les poèmes d'Homère ne nous fournissent pas un seul exemple positif d'un individu qui fût tout A la fols prêtre et roi, comme l'Anius de Virgile. Cependant lorsqu'un temple s'élevait en l'honneur du dieu tutélaire d'une tribu, la famille dominante put souvent être chargée du soin de le garder et d'y célébrer les cérémonies du culte ; ces fonctions devinrent héréditaires, et elle les eraarqu
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CHAR VI. — BBU6I0N. m
conserva probablement après avoir perdu le pouvoir civil qui, dans IV in» l. a rigine, l'en avait investie. Des révolutions politiques, ou quelques- uni ittL des innombrables accidents qui détournent sans cesse le cours de toutes les superstitions populaires, élargirent fréquemment la sphère d'un culte local, et, d'un rituel domestique obscur, firent une branche de la religion nationale. Alors les ministres héréditaires du dieu virent s'accroître dans une égale proportion leurs dignités et leurs richesses, et leur caractère sacerdotal devint leur titre le plus distingué et le plus estimé. D'un autre coté, les fonctions sacerdotales, qui étaient primitivement d'une nature publique, et qui étaient nées avec le temple où elles s'exerçaient, durent être, selon toutes probabilités, rarement monopolisées par une famille particulière, si ce n'est quand le don de divination passait pour une faculté héréditaire, ou dans des cas semblables à celui que rapporte Hérodote. L'ancêtre de Gélon, Telines, avait apaisé^' nous dft-fl, par l'influence de la religion, les dissensions civiles de* Gela, et' stipulé que ses descendants seraient les ministres héréditaires des divinités au nom desquelles il avait rétabli la paix. Homère lui-même nous apprend comment de telles fonctions se conféraient d'ordinaire, lorsqu'il mentionne que Théano fut élue prétresse de Minerve par tes Troyens. Dans les derniers temps de la Grèce, l'administration de la religion revêtit une multiplicité Infinie de formes : les fonctions sacerdotales électives étaient conférées quelquefois pour la vie, quelquefois pour un terme très-court; dans ce dernier cas, cet emploi temporaire ne donnait évidemment aucun caractère nouveau au citoyen qui en était revêtu -, dans le premier, il devenait' souvent pour lui une profession qui 4e séparait complètement du reste de la communauté.
Le plus savant de nos historiens a remarqué que les Grecs et les Ror Aqueiooi.t mains n'avaient fait aucune distinction entre les laïques et le clergé. ù™f dw» Cette assertion est vraie dans le sens qu'il voulait lui donner, mais il ■pfciii*. peut être utile de mentionner les restrictions qu'elle admet, et de montrer que, bous un autre point de vue, la distinction dont 11 s'agit n'était pas Inconnue des Grecs. Les fonctions sacerdotales n'entraînaient par elles-mêmes aucune exemption ou Incapacité civile; dans l'opinion des anciens, elles ne devaient pas empêcher l'individu qui en était revêtu de remplir les devoirs de sénateur, de juge ou de soldat, soit par le motif que ces occupations étaient moins agréables aux dieux, soit parce que leur service exigeait le sacrifice complet de toute la vie et de toutes les facultés d'un homme. Mais les ministres d'un temple, (marges de le garder, ou d'y célébrer les cérémonies du culte, étaient forcés d'y résider et d'y être présenta presque continuellement ; ainsi exclus en effet de tout autre emploi, ils restaient, dans une retraite sacrée, étrangers à toutes les occupations ordinaires de leurs condtoyena. Les prêtres grecs ne constituèrent jamais un corps organisé,- et leur isolement ne fut pas simplement un effet des divisions politiques de leur pays : même dans un seul état ils ne reconnaissaient aucune sorte de hiérarchie, et ils n'avaient ni des motifs, ni des moyens suffisants pour forma- des associations volontaires. Considérés en nasse, ils paraissent
tu HISTOIRE DE LA GRECE.
AT»nt j. c privés de tout pouvoir et de toute influence. Même dans les occasions llw" les plus capables de le faire naître, on ne retrouve parmi eux aucune trace d'un esprit de parti ou de confraternité. L'hostilité jalouse qui accueillit les progrès de In philosophie athénienne, et qui se manifesta quelquefois par la persécution déclarée de ses professeurs, n'eut pas pour cause, à ce qu'il parait, les machinations des prêtres ; elle ne fut pas non plus entretenue ou dirigée par eux, bien que lesopinious qui excitaient l'indignation populaire menaçassent leurs intérêts particuliers et communs. Mais si les prêtres grecs n'avaient, comme ordre, aucun lien d'union, et par conséquent aucun instrument d'ambition à leur disposition, les diverses corporations locales qu'ils formaient étaient peut-être, par cela même, animées d'un sentiment plus vif de leur caractère et de leur intérêt particuliers. Les ministres attachés pour toute leur vie à un temple se voyaient d'autant plus honorés qu'il était plus renommé; la garde d'un sanctuaire très-fréquent* dut souvent leur offrir des avantages encore plus solides. Les prêtres trouvèrent donc en Grèce des raisons d'être aussi efficaces et aussi puissantes, et un terrain aussi vaste à explorer, que partout ailleurs ; ils s'y montrèrent aussi habiles à se servir d'expédients avantageux, à inventer des légendes, à fabriquer des reliques, et à tirer parti de tous les autres modes d'imposture. Les qualités exigées d'un aspirant h la prêtrise étaient aussi variées que les aspects de la religion elle-même. Le contrasté qu'il remarqua à cet égard entre les institutions grecques et égyptiennes frappa vivement Hérodote. « En Egypte, dit-il, aucune prétresse n'était attachée au service des*dleux ou des déesses. » Dans son pays, la religion comptait peut-être un nombre égal de ministres des deux sexes, et cet usage remontait, à ce qu'il parait, à l'antiquité la plus reculée, même dans les temples des divinités auxquelles Hérodote attribuait une origine égyptienne. Aucun âge n'était exclu d'après une règle générale ; le hasard ou le caprice déterminait seul le choix de celui qui était préféré dans chaque cas particulier. Il n'entrait, pas dans les devoirs du prêtre d'expliquer des dogmes théologiques ou de répandre des préceptes moraux (l). Ses fonctions ordinaires consistaient a répéter certaines cérémonies liturgiques qui n'exigeaient même pas de grands efforts de mémoire; aussi Isocrate fit-il la remarque que, dans l'opinion de quelques-uns de ses contemporains, tous les hommes étaient aussi capables d'être rois que d'être prêtres(2). Le caractère moral du prêtre ne fut jamais considéré au point de vue de l'influence de son exemple ou de son autorité sur les esprits des autres hommes. Cependant le service des dieux était censé demander des mains blanches, et, jusqu'à un certain point, un cœur pur (3) : il ne pouvait pas être valablement confié à un individu souillé de sang humain ou coupable de quelque crime atroce. Le célibat était même fréquemment exigé; mais la plupart du temps on atteignait plus sagement le même but, en choisissant pour prêtres des hommes trop jennes pour que leurs
(1) Hefflcr, p.S7. — (2) Nicocl., p. 17. — (3) ttom.,11., vi, 266; ^schin., c. W,$188,p.370.BeL
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passions fussent déjà éveillées, ou assez âgés pour qu'elles fussent en- a™i j.c. dormies(I). "«•
Une idée superstitieuse formata branche la plus importante de la Otadw religion grecque, celle qui exerça la plus grande Influence sur les institutions politiques, les mœurs et l'histoire de la nation. D'après les préjugés populaires, un mortel obtenait, par la faveur divine, une connaissance de l'avenir, à laquelle ses facultés naturelles ne pouvaient pas atteindre. Bien que les dieux laissassent rarement voit leur forme ou entendre leur voix, ils avaient à leur disposition, pour divulguer les secrets de leur prescience, un grand nombre d'agents et dejnoyens de transport. Tantôt , selon l'opinion générale, ils accordaient, comme un don permanent, la faculté prophétique à quelques individus ou à quelque famille privilégiée, autorisée à la transmettre à ses descendants? tantôt ils l'attribuaient a une place déterminée, le siège de leur présence immédiate, etqu'on appelait alors un oracle. V origine d&ces sanctuaires prophétiques remonte probablement jusqu'à cette forme primitive de In religion grecque qui s'inspira d'abord des particularités naturelles du sol. Dans le. principe, au lieu de passer pour le séjour habituel d'une divinité spécialement désignée , ils durent être considérés seulement comme la résidence de ces puissances indéfinies qui laissaient exhaler l'esprit de divination hors des fontaines et des grottes. Mais quand la suprématie de Jupiter sur la famille de l'Olympe eut été généralement reconnue, quand les emplois et les attributs des autres divinités eurent été distingués, le père des dieux, dont la volonté réglait l'avenir, fut naturellement regardé comme la source principale de l'inspiration prophétique (2), et Apollon devint, on ne sait pas au juste comment, J'interprète général de sa volonté, et le dispensateur de su .prescience (3). Les plus anciens et les plus célèbres des oracles grecs étaient attachés aux temples de ces divinités, à Dbdone et à Delphes (4). Les causes politiques qui donnèrent à l'oracle d'Apollon à Delphes sa prépondérance sur toutes les institutions semblables, appartiennent à une période postérieure; mais Homère nous le montre déjà renommé et riche avant la guerre de Troie. Le poète connaît aussi bien, et même mieux, la faculté personnelle et héréditaire de divination. Selon l'opinion générale, les ombres des morts possédaient également la faculté de révéler l'avenir, et il y avait quelques oracles où elles pouvaient être consultées^).Toutefois, ces Institutions ne semblent pas avoir jamais excité la sympathie des Grecs, et ceux d'entre eux que le remords avait plongés dans une superstition exceptionnelle y eurent presque seuls recours.
(i) Paus., 11, 33, 2 ; vit, 26, S; v», 49, 1; vu, 2S, t3 ; vm, 47, 3 ; 1, 34, 8.T (2) De là son épilhète mni|ij«oi. /(., vm, 250. — (3) Selon l'explication de HermniiTi (Briëf. an. Creuser, p. H2), Apollon prédit ce qu'il muse. 11 est la divinité
Îui envoie ou qui écarte la peste et la destruction ; mais, comme rien Dépéri) sbm Ire à l'instant même remplacé, il prévoit, dît-on, les conséquences de ses propre* actes. — (4) Hermann (p. 60, même ouvrage) fuit la remarque qu'Homère na menfiouné qu'un seul oracle, celui de Dodonc. Mais l'ornole de Delphes semble très-nettement décrit dans les vers 70 et 80 de l'Od., chaut vm. — (S) Miillcr, JProlftjr., p. 503k
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148 HISTOIRE DU LÀ GftKCK.
mu j.c. Les Grecs pratiquèrent, dès les temps primitifs, un autre mode de ,M** divination, qui s'est également répandu, et qui continue peut-être i^M«M«t d'exister, dans presque toutes les contrées du globe, et cette forme de •"a*"* superstition survécut chei eux 'à toutes les autres de I» même nature. Tout tes objets et tous les sonsque le hasard leur faisait voir et entendre, ils s'empreesnient de les interpréter, leur accordant d'autantplus d'attention qu'ils en méritaient moins, car plus ils éprouvaient de difficultés a découvrir leur rapport avec l'état de choses ordinaire, plus Ils leur donnaient une Importance Imaginaire. Chaque incident, si Insignifiant qu'il fut, qui.se trouvait en dehors des habitudes et des prévisions de la vie ordinaire, était regardé comme un présage qui annonçait quelques vicissitudes remarquables de la fortune ; Il excitait un Intérêt pins profond, lorsqu'il coïncidait avec des circonstances' graves. Ainsi, que dans une assemblée appelée à délibérer sur les affaires de l'État, un mot fut prononcé qui rappelât une idée agréable ou fâcheuse, il n'en Aillait pas plus pour suspendre ou déterminer l'issue (te la discussion. Jamais, dans un moment critique, le vol ou le chaut d'un oiseau ne laissait indifférent le spectateur ou l'auditeur. Les phénomènes naturels, tels que le tonnerre, les éclairs et les éclipses, causaient encore des émotions bien plus vives. Les diverses observations faites sur une vie-' Mme dans les phases successives d'un sacrifice passaient pour des indices certains de la satisfaction ou du déplaisir de ta divinité à laquelle' eUe était offerte. Ce préjugé donna naissance à un système de divination expérimentale' qui, à une époque postérieure, occupa une nombreuse classe de devins. Dans les grandes occasions, telles que la veille d'une expédition ou d'une bataille, on sacrifiait une victime aux dieux , pour chercher dans ses entrailles sanglantes ta révélation du résultat de l'entreprise ou de l'issue du combat. Les devins qut Interprétaient ces signes ne se prétendaient d'ordinaire doués d'aucune inspiration permanente ou temporaire ; d'après leurs propres aveux , des règles découvertes par l'expérience servaient de base A leurs prédictions ou a leurs conseils. Le vol .des oiseaux, tes changements de l'atmosphère et les corps célestes étalent également, à de certaines époques, soumis à on examen réfléchi. Mais les Grecs n'étudièrent jamais avec autant d'ardeur et de succès que les Toscans, tes diverses branches de l'art de4 la divination ] et ils ne parvinrent pas à leur donner, comme Vax, une aussi grande apparence d'exactitude scientifique. Dans l'Age homérique, si Ici présages accidentels sont soigneusement remarqués',' la divination expérimentale semble à peine connue. Nous sommes même agréablement surpris de voir le poète faire exprimera Hector un sentiment auquel n'eurent pas ta force d'atteindre l'esprit et le caractère de Xénopheu. I» meilleur auçurt, dit-il, ett de combattre pour ta patrie. On croyait aussi que les songes étaient envoyés par Jupiter, et l'art de le* interpréter fit donner un nom particulier à une classe distincte de de- Vins; mais il n'est pas démontré qu'il existât déjà quelques-uns de ces oracles où l'homme se mettait es rapport avec une divinité pu des, visions nocturnes» en restant du soir au matin dans un ds au tenspki:
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CHAP. TI. - BEtlQIOf*. m
Homère'ne fait aucune mention (Inculte de» héros» qui, après lof, auhj.c, occupe une place si importante dans la religion grecque. Nous som- "**■ mes loin de croire que ce culte Tut le fondement de cette religion, mais cuita dti les Idées et les sentiments qnl lui donnèrent naissance nous semblent "*** faciles à distinguer dans les poèmes homériques. Le culte des héros, en Grèce, présentait deux aspects différents : il était tantôt l'expression d'un respect religieux pour, les qualités qui, pendant sa vie, avaient élevé un homme, leur heureux possesseur, au-dessus de ses semblables; tantôt un tribut d'affection et de reconnaissance 'payé a un ami, à UQ parent ou à un bienfaiteur décédé. Selon la théologie Homérique, une vertu éminente pouvait faire admettre nn mortel comme Hercules (l) dans la famille des dieux, ou lui procurer, comme A Rdénélas et A Bhadamanthe, une félicité éternelle, presque aussi désirable qu'un pareil honneur. Dans l'un et l'autre cas, l'individu qui se rapprochait ainsi de. la divinité devenait digne de recevoir les mêmes hommages. La douleur des amis survivants se manifestait par les offrandes les plus conteuses, déposées sur le bûcher funéraire. À une époque très- reculée, l'habitude s'établit probablement de renouveler de pareilles cérémonies, à de certains Intervalles, sur le tombeau des morts. Ainsi un tombeau devint peu à peu un antel, et quelquefois le site d'un temple (a). Mais ce culte particulier dut surtout ses développements à une opinion qui parait exprimée pour la première fois dans la poésie d'Hésiode (a). Se- d*"* ion ce poète, trente mille démons, esprits des héros morts, errent continuellement sur la terre, enveloppés dans d'épaisses ténèbres, surveillant ' les actions des hommes et dispensant le bonheur ou le malheur. L'idée générale d'Un démon comprenait toutes les espèces d'agents mystérieux et surnaturels que l'imagination n'avait pas conçus sous une forme distincte, et fournissait un moyen de personnifier toutes les facultés et toutes les relations abstraites à l'aide desquelles ils acquéraient sur les sentiments des hommes une influence indépendante de l'imagination poétique (■)). Tout ce qui, dans la nature ou dans l'homme, rxcitait, par son excellence ou sa singularité, l'admiration on l'étonnement, prit ce caractère. Si on ne se rendait pas compte de ce fait, il serait impossible de comprendre la prodigalité avec laquelle les Grecs conférèrent les honneurs héroïques . Ainsi , par exemple , les habitants de Ségeste élèvent une chapelle et Instituent des sacrifices sur la tombe d'un ennemi vaincu et tué, sans avoir d'autres motifs, pour lui rendre cet honneur, que sa beauté extraordinaire (s). Les héros, qui tenaient ainsi du démon, ressemblent beaucoup aux fées et aux lutins des autres my-
(J)LeacoftéepM» aii«i trauraveir été élevée In raog <in dteiaéi. (Od.,v\, 3S4,) — (21 Voir un Emu de H. Mare, dana le lUMh Jfiw., vi, 2, p. 26H.— (5) 0. et û , 880. — (4) On trouvera dans les Kltin. Sehrift.de Dissen (p. 349) quelques remarques excellentes sur le principe de personnifiée lion et sur ses manifestai ions religieuses, historiques, poétiques cl populaires. Botte (Gesch. d. H. D.,l, p. 4(6) attribue l'introduction de la doctrine dea démena i l'MliMMe de» [mailles lacetdotales, qui auraient prétendu mettre le culte phrygien de Bacchus en harmonie a»ec celui d'Apollon : théorie qui, au moins dam celte forme, semble saisi dlffi' cile à comprendre qu'à établir. — (S) Her., v, 47. ■■ ■
. thologies ( i ). La superstition grecque les représentait comme toujours actif», quelquefois bienfaisants, mais souvent capricieux et méchants (3). Nous avons insisté plus longuement ici sur ce sujet, parce que les changements qui turent lieu dans la religion grecque, après l'âge d'Homère, réformèrent plutôt son aspect extérieur que son caractère essentiel. Son rapport avec l'État, la science et la morale, ne continua pas d'être le même; a mesure que le commerce ouvrit de nouvelles communications avec 1rs contrées étrangères, il introduisit en Grèce de nouvelles divinités ; les progrès de la richesse et des arts multiplièrent et perfectionnèrent ses rites, mais les poèmes homériques nous montrent au moins le germe de toutes les institutions et de tous les principes religieux qui ont nue véritable importance.
1 V. — Nous n'avons pas l'intention de décrire complètement l'état des scieucesetdesartsdanslesages héroïques, ou de réunir toutes les esquisses disséminées dans les œuvres d'Homère, pour en former un tableau aussi complet qu'elles pourraient nous aider à le composer ; nous nous bornerons àen choisir quelques-unes des plus frappantes, propres à marquer les limites qu'avaient atteintes tes progrès intellectuels des Grecs de cette période et les applications pratiques de leurs connaissances, i- Une vénération juste, mais peu raisonnée, pour le génie d'Homère, " inspira une idée très-exagérée de soit érudition aux Grecs des époques *■ postérieures, où la science florissait encore, mais où le sentiment poétique était presque éteint. Ils ne pouvaient pas se décider à croire que le barde divin qui, pendant tant de siècles, avait été le flambeau de la Grèce, et dont ils étaient habitués à révérer la sagesse depuis leur enfance, eût ignoré une foule de choses devenues de leur temps familières au vulgaire, et que ses Idées des objets qui étaient restés en dehors du cercle étroit de ses connaissances eussent été réduites à un état de nullité et d'extravagance tel qu'une époque plus éclairée avait de la peine à le comprendre. Strabon emploie une partie considérable de l'introduction de son ouvrage à réfuter Ératosthène; selon ce hardi critique, en effet, le poète n'avait eu d'autre butque d'amuser ses lecteurs ; ses connaissances géographiques se bornaient aux contrées habitées par les Grecs; et comme, dans sa description des contrées étrangères, il avait donné un libre cours à son imagination, ses commentateurs perdaient complètement leur temps quand ils essayaient de concilier ses récits avec les découvertes postérieures. Strabon prétend se tenir dans un juste milieu entre ces reproches irrévérénts et le zèle excessif de ceux qui- regardaient Homère comme le maître de tous les arts et de toutes les sciences. Cependant, au lieu d'admettre qu'il ne connaissait pas les rudiments de la géographie, il ne 'se fait aucun scrupule d'attribuer a ses paroles le sens le plus arbitraire, et d'en tirer les inductions les plus Improbables. Aujourd'hui, peut-être, le monde savant serait plutôt èx-
(I) Arinlujik, Av., 1190, et loscoliaslc — (i) Hésiode, 0. et D., 142, et l'hitluire du héros de Tcniesa Jnns Piuianiu, vt, U.
CHAP. VI. - SCIENCES ET ARTS. . m
posé au danger de dépasser l'opinion d'Éretosthène que de se préelpi- i™tJ. c- 1er dans l'excès opposé. Quelques écrivains modernes semblent avoir "**' assigné des limites trop étroites aux connaissances géographiques d'Homère ; ils ont peut-être oublié parfois que ses idées sur tes régions inconnues de la terre et sur le reste de l'univers étaient probablement aussi vagues et aussi indéfinies qu'elles étaient erronées ; fis leur ont attribué une précision et une solidité qu'il n'eut vraisemblablement Jamais l'intention de leur donner. D'un autre coté, ses descriptions, on a quelques raisons de le supposer, ne sont pas seulement des Actions poétiques ; si elles ne représentent pas exactement l'opinion populaire, elles ont toujours pour base quelque croyance généralement répandue. La cosmologie homérique est ce système du monde que doivent ' naturellement concevoir des hommes qui contemplent In nature avec une confiance entière dans les perceptions de leurs sens, qui se contentent des moyens les plus grossiers pour les expliquer et les concilier, et qui permettent volontiers à leur imagination d'errer, au delà des limites de leur expérience, à la recherche du merveilleux.
Si nous essayons d'abord de déterminer l'étendue des connaissances G*>*™|.ue géographiques du poète, nous nous trouvons presque confinés dans ta d w"min- Grèce et dans la mer Egée. Au delà de ce cercle, tout est étranger et obscur. Autant ses descriptions des pays les pins éloignés sont indécises et incomplètes, autant celles des contrées qui lui étaient familières se. font remarquer par leur précision détaillée; cette différence indique que, lorsqu'il parlait des régions qu'il ne connaissait pas, il n'avait pour se guider que de vagues rumeurs qu'il lui était loisible de façonner à son gré. Le catalogue des alliés des Troyens comprenait probablement tous les renseignements possédés pnr les Grecs sur cette partie du monde, & l'époque où il fut composé ; les noms de plusieurs peuples de l'intérieur de l'Asie Mineure y sont éoumérés. Les plus éloignés sont probablement les Halyioniens d'Alybé, qui, selon la supposition de Strabon, doivent être les Chaldéens dû Pont-Kuxin . Sur la cote méridionale de la péninsule, les Lyciens apparaissent comme une race Irèsélofgnée, dont le pays est par conséquent un théâtre convenable pour les aventures fabuleuses ; près de ses limites se trouvent les repaires de la monstrueuse Chimère et le territoire des Amazones : plus loin, à l'est, s'élèvent les montagnes des farouches Solymes, du haut desquelles Neptune, àson retour du pays des Éthiopiens, découvre le vaisseau d'Ulysse naviguant sur la mer d'Occident. Le poëte place ces Ethiopiens à vmgnu l'extrémité de la terre ; mais comme Ménélas les visita dons le cours de **"*'•"■ ses voyages, on doit supposer qu'ils s'avançaient jusque sur les rives de la Méditerranée, près des frontières des Phéniciens. Homère n'assignait probablement pas une grande étendue à la contrée intermédiaire. Nous ne trouvons dans l'Odyssée aucun passage qui nous donne à eutendre que Ménélas quitta ses vaisseaux sur la cote de la Syrie pour pénétrer dans l'Intérieur des terres. Nestor, il est vrai, parle de ce voyage de Ménélas dans des termes qui sembleraient, au premier aspect. Indiquer que les réglons qu'il visita étaient situées bien au delà
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a.wi j. c. des Hnttw ucfMibtw A U navigation grecque ordinaire : a H était re-
i'*4. venu (je peysd'où aucun homme ne pouvait espérer revenir, lorsqu'il avait été chassé par la tempête dans une mer si vaste et si terrible que les ai seau* eux-mêmes n'en reviennent pas dans la même année, » Ce D'est là toutefois qu'une exagération qui révèle seulement la timidité des marina grées, et non une idée erronée de la distance. Ailleurs, en effet, Ulysse décrit un voyage qu'il a fait en cinq jours, de l'Ile de Crète ni Egypte, et, à la fin de son récit, il nous montre les Taphiens engagés dans des expéditions de pirates sur la cote de la Pbénide, bien qu'ils habitent les régions occidentales de la Grèce. Sun autre coté, le poète exprime souvent, par rapport à ces contrées de l'Orient, une idée ' générale qu'il ne devait vraisemblablement pas à l'expérience de ses compatriotes. Il vante non-seulement la richesse de leurs habitants, mais leur généreuse hospitalité et leur splendlde munificence. Le palais de Ménélas est rempli des riches présents qu'il a recueillis durant son séjour en Orient ; Ulysse raconte que, bien que ses compagnons aient provoqué la colère des Egyptiens en pillant et en ravageant leurs champs, et qu'il ait été obligé de se constituer prisonnier, non-seulement le roi a épargné sa vie, mais que le peuple, a son départ, l'a comblé de cadeaux. Les Phéniciens et les Egyptiens dont parle le poète ont, pour la plupart, des noms purement grecs; mais ce fait n'a peut-éirn qu'une moindre importance, Quanta l'Egypte, i| semble évident qu'Hbmère savait seulement ce qu'il en avait entendu dire: qu'elle possédait mi fleuve nummé/Kgyptus, et une grande ville appelée Thèbes ; il n'eut, à ce qu'il parait, aucune idée distincte de la distance de cette villu.à l'embouchure du fleuve, La fertilité du sol est indiquée par une récolle abondante d'herbes vénéneuses et médicinales ; la civilisation du peupje, par son habileté daus l'art de guérir, art dans lequel il passe pour supérieur au reste de l'humanité. SI Homère mentionne l'Ile de Phares, il la place a un jour de navigation de l'embouchure du fleuve ; Strabon, pour excuser son ignorance, est forcé de supposer qu'il a voulu indiquer l'agrandissement du Delta, dont Ménélas pouvait avoir entendu parler, et qui put l'avoir détermine a substituer la distance par laquelle Pharos avait été jadis séparée de la cote à celle qu'il dut constater par lui-même. On ne connaît pas précisément la contrée de l'Afrique que Ménélas est censé avoir visitée ; il la décrit comme une terre privilégiée, où les brebis mettent bas deux fois par an, où tes agneaux ont des cornes dès leur naissance. Son voisinage du po.ys des Cyclopes permet de déterminer avec plus de précision la position de la partie de la Libye sur laquelle Ulysse trouva les peuples qui se nourrissaient du lotus, dont le fruit favori croit encore, sous le nom de jujube, le long de la même cote. Ainsi le poète paraîtrait doue avoir pensé qui) suffisait de moins d'un jour de navigation pour se ren- * dre de la Sicile sur le point le plus rapproché de l'Afrique, et nous avoir révélé l'existence d'un commerça régulier entre la Libye et la Phéni-
CHÀf. ?!.— SCWKCBS ÏT ARTS. 1H
En résumé, nous remarquerons, et c'est uns observation qui nt AU- *•■•* j< c. que pas d'importance, que quelque connaissance qu'ait eue Homère de "**' ci* résinas de l'Est et du Midi, ks descriptions qu'il en ût furent de ns> *«™ *>* tare A piquer vivemont la curiosité de ses contemporains, et A diriger su- romdatHce point leur génie aventureux. Il en fut tout autrement pour les parties j^VonS*1-. opposées du inonde. Ces régions sont, ou enveloppées dans une profonde i™obscurité, ou représentées sous un aspect effrayant, comme si les mortels ne pouvaient y atteindre qu'en bravant des dangers qui font trembler le courage des plus hardis, pans l'opinion de Strabon, Homère dut .connaître le Bosphore Cimmérien, parce qu'il parla des Gimmériens comme d'un peuple établi sur les bords de l'Océan, qui, voisins de l'entrée du monde inférieur, sont couverts de brouillards et de nuages éternels, et ne voient jamais la lumière du soleil. De sa mention des Mysiens européens, il conclut également que le poète ne peut pas avoir ignoré l'existence du Danube; cependant, selon une remarque qu'il fait ailleurs, au temps d'Homère, le Pont-Euxin était regardé comme un autre Océan, et ceux qui y naviguaient étaient censés s'aventurer dans une région aussi éloignée que ceux qui dépassaient les Colonnes d'Hercules. A en juger par ia description que nous a laissée Homère du voyage des Argonautes, il ignora probablement l'existence des cotes septentrionales du Pont-Euxin, et il supposa que Jason passa avec son navire, du pays d'jSéiès.dans les mers de l'Occident, en doublant au nord la Grèce et l'Italie. A une époque postérieure, la tradition fit remonter le Danube aux Argonautes, et les fit descendre par un autre bras de ce fleuve dans l'Adriatique. Mais Homère n'était vraisemblablement pas assez Instruit pour éprouver le besoin d'inventer une telle fiction. Du coté de l'Occident, quelques points peu éloignés des cotes de la Grèce semblent former les limites de ses connais sauces ; un écrivain moderne a même essayé de prouver que l'auteur de l'Odyssée avait des notions si imparfaites sur le groupe d'iles dans lequel se trouvait situé le royaume d'Ulysse, qu'il a assigné une position totalement fausse à Ithaque elle-même (1). Toutefois il semble possible de concilier ses descriptions avec la vérité (2). Ainsi que nous l'avons déjà observé, 11 parait considérer comme une vaste mer ouverte ta partie septentrionale de l'Adriatique. L'opinion généralement répandue parmi les anciens et les modernes; que sa description de l'Ile merveilleuse des Phéaclent s'appliquait à Corcyre, semble n'avoir pas de base plus solide que le dé sir d'assigner aux fictions du poète une localité définie (3). Dans le même but, on s'est donné beaucoup de peine pour rechercher quelles éloient les Iles qu'habitaient Circé et Calypso, La situation de Corcyre fut peutêtre bien connue d'Homère, mais peut-être aussi ce n'était pas là la patrie
(t) Velrker, Ueber Homerische Géographie, c, iv, le meilleur ouvrage sur ce sujet après Vois. La matière a été aussi très- savamment traitée par Ukerl, Géographie ter Griechm und Ramer, vol. I. — (2) C'est le sujet d un petit ouvragi, Utbtr dus Homrrische Ilhaha, par R. v. L. Kuehle ion Lilientlern. — (3) Cela a été prouvé dernièrement d'une manière très- sali s faisan le par le professeur Welcker dnns un essai fort ingénieux et fort intéressant m» les Phéaciens d'Homère* publié dan» la nouvelle série do RheinUchet JUtMetim, i, 2.
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- qu'il voulait donner à ses Fhéaciens; et, s'il s'abandonna à son imagination en décrivant les merveilles de leur (le, on ne peut en tirer aucune conclusion certaine pour ou contre ses connaissances géographiques. lin peu phts à l'ouest, la Sicile et l'extrémité méridionale de l'Italie forment les limites de toutes tes navigations ordinaires. Au delà s'ouvre une vaste mer qui s'étend jusqu'aux connus de la nature et de l'espace. Diverses races de cannibales d'une taille gigantesque habitent la Sicile elle-même, ou du moins ses parties les plus reculées. Bien que l'Odyssée fasse mention des Sicèleset de laSicanie, on ignores!, à la même époque, quelques-unes des tribus qui occupèrent cette lie avant les Grecs avaient déjà formé des établissements connus sur ses rives orientales (l). Quelques phénomènes naturels, tels que les dangers des détroits et l'aspect des Iles volcaniques sur la cote septentrionale, ont, sans aucun doute, suggéré au poète l'idée première des merveilles dont il a embelli cette partie de son récit, et la hardiesse de ses Actions semble prouver qu'il donnait seulement une forme » de vagues traditions. Cependant les mines de enivre de Temesa sont déjà assez célèbres pour attirer les Taphfens qui y apportent du fer pour l'échanger (2). Maté le poète paraît avoir cru que l'Italie, comme la Grèce, était bornée, du coté du nord, par des mers d'une effrayante étendue.
Si on se demande comment l'imagination du peuple a pu combler les lacunes de ses découvertes et détei-mlner la forme du monde inconnu, on trouve que la grossièreté de ses conceptions correspond à l'insuffisance de ses connaissances, La partie de la terre exposée aux rayons du soleil était évidemment considérée, non comme une sphère, mais comme une surface plane, hérissée de hauteurs et sillonnée de vallées. Sans aucun doute aussi, l'horizon visible déterminait seul la forme de cette surface. L'orbe entier est entouré par l'Océan. Cet Océan n'est pas une mer large ; c'est une rivière profonde, nu cours lent, mais régulier, qui sépare le monde de la lumière et de la vie du royaume des ténèbres, des songes et delà mort. Telle est la particularité la plus distinctement saillante de la carte homérique. Aussi l'artiste divin termine- t-ii le bouclier d'Achille par une raie circulaire représentant la force quittante dit fleuve Océan, et toutes les épithètes que le poète applique à cette mer appartiennent-elles exclusivement à un fleuve. Cette Idée n'est pas facile n expliquer, alors même qu'on la supposerait née avant que les Grecs eussent connu le continent asiatique; car, du côté du nord, ils ne voyaient que des terres, et s'ils s'imaginèrent que la terre était entourée d'eau, rien du moins ne leur suggéra l'idée d'un fleuve limitrophe. Ils durent vraisemblablement l'inventer lorsqu'ils s'efforcèrent d'expliquer l'origine de l'élément liquide, en la faisant remonter à une seule
(I) La conjecture de Niebuir [Phil. Mut., 1, p. 174), que le» Siceles, donl
pnrle l'Odyssée, H, 385, étaient les habitants de Insniiva '
pouvoir s'accorder avec l'objet atnui du cumrnrrcr- : .
(2) Od., î, 184. Il n'es! loulefois pas certain nue celle Temcia fût e
On pourrait croire h» «niant de raison qu'elle «e (rôtirai! dnns l'île de Chvpre.
Voir F, h Mal h.
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sur l'ace de l'eau de la demeure des Hcspéridesaux pays de où il trouve un autre char et on attelage Trais. Le poète ne parait pas avoir connu une différence digne
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poiwotr rnccoraer RTec ronjel iitouc flu commerce- : IWi. x* i> (2) Od., i, 184. Il n'est toutefois |>as certain que celle Terne* Ou pourrait croire AtecauUDl de raison qu'elle te Irouvail riiui nie île Chypre.