‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 47 sur 143 · CHAP. VI. — SCIENCES ET ARTS. 1RS · texte numérisé non relu

CHAP. VI. — SCIENCES ET ARTS. 1RS

source, naturellement -fixée a l'extrémité de la terre. Aus*I, dans In poë~ Anrt t. c, mes d'Homère, toutes les autres rivières, toutes les sources, toutes les "**" fontaines, la mer salée elle-même, découlent du. fleuve Océan, qui est censé les entretenir par des courants souterrains. Cependant il est difficile de se former une idée nette de ce fleuve, ou de dire comment le poète l'a supposé borné. Ulysse s'y introduit en sortant de la mer d'Occident; mais on ignore s'ily entre par une embouchure ou par un canal, ou si leurs eaux ne sont séparées que par une ligne invisible. Au delà du fleuve Océan s'étend une vaste terre, mais une terre de ténèbres que le soleil ne saurait percer, la patrie des Cimmérieng, le royaume de Pluton, habité par les ombres des morts et par la famille des esprits. Le poète ne nous fournit aucun renseignement sur les antres dimensions de la terre; on serait embarrassé pour décider si c'est un cylindre ou un cône qui se rapproche le plus de la forme qu'il lui a vraisemblablement assignée. Il ne nous apprend pas non plus comment il la croyait soutenue dans l'espace. Mais elle était creuse a l'intérieur; dans sps flancs s'ouvraient de vastes souterrains, peut-être la demeure propre de Pluton, où se réunissaient les âmes des morts. Au-dessous, aussi éloigné de la terre que la terre était éloignée du ciel, se trouvait le gouffre encore plus sombre du Tartnre, fermé avec des portes de fer et garni d'un sol de bronze', le cachot réservé par Jupiter aux supplices de ses implacables ennemis.

De même qu'elles nourrissent la terre, les eaux de l'Océan renouvellent et purifient aussi l'éclat des astres célestes, parmi lesquels un seul ne répare jamais ses pertes dans ce bain rafraîchissant. Le soleil se lève, à ce qu'il parait, hors d'une baie spacieuse que le fleuve Océan forme du côté de l'Orient, pour accomplir son voyage sur la voûte du ciel. Cet astre est perpétuellement confondu avec ta divinité qui l'a- cun in nime, ou qui règle sa course. Mais ce dieu ne se montre pas sous la Hl'"' forme d'un conducteur de char qui darde ses rayons sur la terre a mesure qu'il gravit les hauteurs de l'étlier. On ignore aussi comment le poète rattachait l'une à l'autre la cessation et la reprise de sa tache quotidienne. Il ne le faisait évidemment pas descendre au-dessous de la surface de la terre; une telle, révolution eût été d'ailleurs incompatible avec les autres parties de son système du monde. Si, plus tard, la nécessité se fit sentir de quelque hypothèse additionnelle pour expliquer les alternatives du jour et de la nuit, on Inventa probablement alors une Action semblable à celle qui eut cours à une époque postérieure. Le poète Mimnerme, qui florissait entre le sixième et le septième siècle avant Jésus-Christ, se borna peut-être à exprimer une idée depuis longtemps familière aux Grecs, lorsqu'il célébra dans ses vers la carène d'or, que Vutcain avait fabriquée et garnie d'afles, comme une couche flottante pour le dieu du jour, qui, après avoir achevé sa tache, se repose dans le navire enchanté, et se voit transporté rapidement sur la surface de l'eau de la demeure des Hespérides aux pays des Éthiopiens, où il trouve un autre char et un attelage frais.

Le poète ne parait pas avoir connu une différence digne de son atlen-

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«4 HIST0J1H m LA GftèCfi,

*<»* y-a. tion ntn tes moitié» septentrionale et méridionale du grand plateau *W1- terrestre; mal» les «mirée* soumises 6 l'influence immédiate du soleil levant oa du soleil couchent tout le théâtre de scènes merveilleuse» et peuplée» d'une race particulière, Les rives ou les lie» adjacente» jouissent d'une portion double de lumière et de chaleur, et d'une fertilité ta Éthiffl- inépuisable. Bien qu'elle ne soit pas très-éloignée de la terre des ténè- *"*"'• bres et des songes, la pleine élyeéenne ne voit, jamais aucun nuage troubler la sérénité de sou atmosphère. Les peuples qui habitent ces régions privilégiées des extrémité» de l'Occident et de l'Orient témoignent du voisinage du soleil par leur teint basané, particularité qu'exprime leur nom d'Ethiopiens : tes dieux eux-mêmes quittent quelquefois leur demeure céleste, pour partager l'abondance de leurs banquets, et pour honorer leur piété et leur innocence. On a supposé qu' une vague tradition, concernant une race noire établie sur la côte orientale du Pont- Euxin, pouvait avoir suggéré la première idée de ces Éthiopiens fabuieux ; mais leur couleur était déterminée par leur position, et la patrie d'un peuple dont l'innocence et la justice touchaient à la perfection ne pouvait être fixée qu'aux confins les plus éloignés du monde. Ces Ethiopiens devinrent le modèle d'une race semblable, accomplie, heureuse, qui vivait longtemps, et qui habitait, sur les frontières du Nord, un paradis,'abrité par une barrière de montagnes contre le souffle impétueux de Borée. Quand les Grecs commencèrent a connaître les tribu» de l'Afrique, l'Ethiopie fut transférée sur les rivages de la mer méridionale; là, sous le règne de Cambyse, existait, dans l'opinion générale, un peuple doué d'une beauté, d'une stature et d'une longévité extraordinaires ; l'or y était plus abondant que le cuivre, et la table du Soleil s'y couvrait chaque jour spontanément d'une foule de mets variés ; enfin d'une source d'eau pure et odorante découlait un étixirde vie (1).

Quelques-unes des épitbètes (qu'Homère applique au ciel semblent impliquer qu'il le considérait comme une voûte solide de métal. Mais il ne faut ni interpréter si littéralement ces épitbètes, ni tirer une semblable déduction de sa description de l'Atlas, cette base des majestueuses L'olympe, colonnes qui soutiennent le ciel à la distance voulue de la terre. Cependant la comparaison qu'il établit entre la hauteur du ciel et la profondeur du Tartare semblerait indiquer que, dans son opinion, la région de la lumière avait des bornes limitées. I.e sommet de l'Olympe thessalique passait pour le point le plus élevé de la terre, et il n'est pas toujours nettement distingué des régions supérieures de l'atmosphère. Homère ne sépare jamais dans sou esprit l'idée de la montagne véritable de celle de la demeure des dieux, dérivée peut-être d'une tradition plue ancienne, qui ne la fixait sur aucun point géographique. Aussi Vulcain, lorsqu'il est précipité du seuil du palais de Jupiter, roule-t-il du matin au midi, et du midi au soir, avant de tomber sur taronos (3), et Jupiter parle -t-il de suspendre la terre par une chaîne au sommet de l'Olympe (3), (1) Hérod., m, 18, 23, H l« note» de B»hr. — (t) II., i, 898. — (3) II,,

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L'état dans lequel Homère représente la navlgeUen et le commerce àom t.c n'admettait" ni des connaissances géographiques phu étendues, ol des "**" notions plus larges du système de la nature. Le poète exprime l'es opinions communes d'une époque où les voyages des Grecs étaient en grande partie limités a la mer Egée , dans le récit qu'il fait faire â Nestor das pérégrinations de Ménélas. Ainsi, lorsqu'il place Troie a une grande distance du pays des Achéens, nous ne devons pal attribuer seulement cette erreur à l'ignorance d'un berger d'Ithaque, Après la chute de Troie, les Grecs délibèrent sérieusement a Lesboa but le long 'voyage qu'ils vont entreprendre; ils ne savent pas s'ils doivent traverser la haute mer du nord de Chios a l'Ile d'Enbée, ou. naviguer le long de la côte, et doubler le cap Mimes. Le premier avis est adopté, et, à leur arrivée à Gérastus , ils offrent de nombreuses victimes A Neptune en reconnaissance de leur heureuse navigation sur une mer aussi étendue. Un autre fait prouverait au besoin quelles fausses idées ou se faisait alors des distances. L'insuccès de la première expédition dirigée contre Troie avait été attribué à une erreur des pilotes qui conduisirent la flotte sur la cote de ta Mysie, au lieu du royaume de Priant. Les navires des héros , et probablement ceux des contemporains du poète, étaient de petites barques demi-pontées : selon le calcul de Thucydide, qui semble soupçonner une certaine exagération, les plus vaste» contenaient cent vingt hommes, le plus grand nombre de rameurs mentionné dans le catalogue; mais dans l'Iliade vingt rameurs formentl'équipage d'un navire employé dans une occasion solennelle (l); et d'un autre passage, on a conclu que les plus grands bâtiments décrits par le poète ne contenaient pas plus de cinquante hommes (2). Le mat était mobile; on ne le dressait que pour profiter du vent quand il était favorable; à la fin de la journée, on le déposait dans sa place habituelle. Pendant le jour, le navigateur grec suivait ordinairement tes détours des cotes, ou bien il se dirigeait en ligne droite d'un promontoire à un promontoire, ou d'une Ile a une lie. Le soleil couché, il conduisait d'ordinaire son vaisseau dans un port, ou il l' échouait sur le rivage ; car, si pendant les nuits sereines il pouvait continuer son voyage aussi bien que pendantle jour , dès que le ciel se couvrait de nuages, il perdait inévitablement sa route. Homère ne mentionne jamais d'engagement naval , bien qu'il fasse desi fréquentes allusions a des excursions de pirates. Les combats étaient probablement rares ; mais, comme ils devaient quelquefois devenir inévitables, les navires étaient pourvus de longues perches qui ne servaient que dans ces occasions, L'approche de l'hiver mettait un terme à toute navigation ordinaire. Hésiode fixe l'époque ou l'on devait retirer de l'eau le navire marchand, le couvrir de pierres, enlever les agrès et suspendre le gouvernail auprès du foyer. Bans son opinion, la saison favorable ne dure que cinquante jours : quelques marins s'aventurent sûr mer, il est vrai, avant l'ouverture de cette époque , mais un homme prudent ne doit pas alors se confier aux flots (3).

(1) ll„ i, 309. L'hécaiombe ne doit pas être compris» littéralement. — (2) B. Thiersch, p. 278; ÛoV, ï, 208. — (3) Les relmîoui maritimes ne devaient pa*

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L'Mtronomle pratique des Grecs primitifs se composait d'un petit nombre d'observations faites sur les corps célestes. Leurs aspects exer- ■■ paient l'Influence la pins remarquable sur les occupations ordinaires de la vie. La succession du jour et de la nuit, les phases périodiques de In luue, les vicissitudes des saisons, présentaient trois périodes de temps régulières qui, bien qu'elles attirassent également l'attention, n'étalent pas marquées avec une égale exactitude par des limites positives. Dès l'antiquité la plus reculée, et jusqu'à l'époque de Solon, les Grecs semblent avoir adopté, pour mesurer leurs mois, le moyen le plus naturel ; ils les déterminaient par l'intervalle qui séparait une nouvelle lune de l'autre : aussi étaient-ils d'inégale longueur; cependant, en prenant un ' chiffré rond, on peut dire qu'ils se composaient de trente jours. Hésiode parle d'un trentième jour comme s'il avait appartenu à chaque mois; expression qui a donné lieu à de longues controverses parmi les écrivains modernes, mais dont les contemporains du poète n'eussent pu méconnaître le sens, alors même qu'il ne leur en eut pas fourni l'explication (1). Le compte des jours du mois semble n'avoir eu d'Importance qu'au point de vue religieux. La superstition populaire leur donnait a chacun, en effet, un caractère particulier de bon ou de mauvais augure, et les traditions sacrées fixaient à de certains jours les fêtes de certaines divinités, Hésiode consacre une partie de son poème sur l'agriculture aux jours d» mois, qu'il en u mère et décrit selon leurs diverses propriétés imaginaires; Il recommande a tous les pères de famille d'en prendre soigneusement note pour l'instruction de leurs domestiques. On remarqua de bonne heure que les révolutions de la lune étaient loin de fournir une mesure exacte de la révolution annuelle apparente du soleil, et que si on regardait cette dernière comme égale à douze des premières, les' diverses saisons commenceraient tour à tour dans tous les mois de l'année, ce qui n'eut d'ailleurs occasionné aucune perturbation dans les affaires humaines. Sons le ciel de la Grèce les étoiles étaient presque aussi apparentes que In lune elle-même; quelques-uns de leurs groupes les plus saillants furent observés et reçurent des noms de bonne heure ; leur apparition et leur disparition servirent à régler les travaux des agriculteurs et les courses des marins. Mais les intérêts de la religion paraissent avoir exigé qu'on conciliât l'ordre des mois lunaires avec celui des saisons. Un culte, composé presque exclusivement de cérémonies, exige qu'on se conforme strictement aux rites établis dans tout ce qui les concerne; aussi les Grecs ne croyaient-ils pas avoir convenablement célébré une fêle sacrée si cette célébration avait seulement lieu le même jour d'un même mois ; pour les Batisfaire.il fallait en outre qu'elle tombât, selon l'ancien usage, dans la même saison de l'année. Cette remarque appartient, il est vrai, à un écrivain grec d'une époque postérieure; mais elle s'accorde si parfaitement avec le caractère général de la religion primitive de ses com-

t'tre fréquentes, car Homère mentionne 1» déportation dans une Ile comme un cMlimcnl commun (fi., xxi, 4S4 ; Od.. ni, 270). — (I) Par le vers 766, selon l'interprétation de Ideler ( Handbvrh «fer Chronologie, i, p, Î63), interprétation (pli n'eut pas détruite parles objections HeGrettlinp.

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patriotes, qu'où peut l'adopter sans crainlc de se tromper et l'appliquer *™ aux temps les plus reculés (l ); Il est donc Tort probable que, mime avant l le temps d'Homère, les Grecs avaieut déjà complété l'année lunaire en y ajoutant un mois intercalaire. Dans la division des saisons, Homère semble n'établir aucune distinction eutre l'été et l'automne. Les déesses qui les gouvernent, — les Heures, — étaient primitivement au nombre de trois; leur nom n'était pas encore donné a des fractions du jour; ces fractions, le poète les désigne d'ordinaire par les occupations civiles qui leur sont propres. C'est le moment où le bûcheron se repose de son travail et prend son repas (3), celui où l'on détache les boeufs accouplés (3), celui où le juge quitte son siège (4). La nuit, les étoiles, qui étaient le calendrier des agriculteurs, servaient d'horloge à tous les individus auxquels leurs habitudes rendaient familiers les différents aspects de la voûte éthérée. c«

A en juger par les descriptions d'Homère, le commerce dut être connu, mais peu estimé, des Grecs de l'âge héroïque. Ainsi un Pliéacien . semoque d'Ulysse," et .cependant les habitants de Corcyre étaient un peuple maritime. « Étranger, lui dit-il, je ne puis croire que jamais tu te sots exercé dans les jeux qui font les plaisirs des peuples civilisés et la passion des belles -âmes ; peut-être, sur un navire marchand, tu as commandé à des matelots ; facteur ou subrécargue, tu sais calculer des chances de profit ou de perte, mais tu ne fus jamais un athlète. » Dans le récit qu'il fait à Eumée de ses aventures fabuleuses, Ulysse avoue qu'il a été au service d'un négociant phénicien ; mais II a déjà déclaré avec orgueil que, bien qu'il fut orphelin et sans fortune, il n'avait jamais pu se décider a se livrer h quelque occupation tranquille, pour acquérir des richesses dans sa patrie : les vaisseaux étaient sa passion ; il a fait de nombreuses expéditions de la Crète dans les pays étrangers, toujours avec des compagnons armés, dans le but de s'enrichir en pillant les cotes sur lesquelles il allait débarquer. Cependant, dans l'Odyssée, la déesse qui se métamorphose en un chef taphien déclare qu'elle se rend a Temcsa avec une cargaison de fer qu'elle va y échanger contre du cuivre ; et dans l'Iliade, le fils de Jason, le prince de Lemnos, semble engagé dans un commerce actif avec les Grecs réunis sous les murs de Troie. Il leur envoie un certain nombre de bâtiments chargés de tonneaux remplis de vin que ses acheteurs lui payent avec du cuivre, du fer, des peaux, du bétail et des esclaves. Ni dans cette description, ni dons aucun autre passage de ses poèmes, Homère ne nous donne il entendre que l'usage de la monnaie oit été connu de sou temps. Il parle des métaux précieux comme de marchandises dont le poids déterminait toujours la valeur. D'après l'Odyssée les commerçants phéniciens fréquentaient régulièrement les ports de la Grèce (s); mais si des esclaves étaient souvent «menés de la Phénicle en Grèce, les Phéniciens ne se faisaient aucun scrupule, même dans les pays où

(I) Gemimis, Imu., 6, cité por Mekr, I, p. 256. — M) «-, U, 86. — (5) ». fcawv**. « , *Vi, TÎ9 ; (M., », 38. — (*) M.,»i,439. — J5} W., nii,WS.

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A«wt 3. c. ils entretenaient des relations amicales, d'enlever des enfants grecs pour "**■ les réduire én'esclavage (1).

Dcgr< do L'impression générale que laissent dans l'esprit du lecteur les

ÎÏÏt3i«. peintures de la société homérique, c'est que plusieurs des arts utiles, ■» c'est-à-dire ceux qui servent à la satisfaction des besoins animaux on aux jouissances de la vie, — avalent déjà fait de tels progrès, qu'ils permettaient aux familles riches, non-seulement de se procurer une abondance grossière, mais d'atteindre a un degré extraordinaire de luxe «de magnificence. A en croire lés descriptions ordinaires du poète, tout ce qui appartenait aux chefs, — habitation, ameublement, vêtements, armes, — était splendide, somptueux, élégant ; la perfection du travail égalait la richesse des matières premières. La profusion apparente des métaux précieux et d'autres objets rares et magnifiques dans la demeure des grands, nous étonne moins encore que l'ingénieuse habileté des ouvriers qui leur avaient donné des formes convenables et f gracieuses. On ne doit, il est vrai, tirer qu'avec une grande réserve de ces descriptions des Inductions sor l'état des arts dans l'Age homérique. Le poète a toujours à sa disposition des trésors dont II peut se montrer prodigue, car Ils ne lui coûtent rien. Il peut orner, selon son caprice, les divers théâtres ou 11 place ses personnages ; il n'avait pas besoin de modèles réels pour faire une description détaillée des ouvrages d'art les pins soigneusement travaillés ; une ébn-"4ie grossière pouvait suffire parfois pour révéler à son imagination des combinaisons plus Ingénieuses et plus .labtles que tontes celles qu'il avait pu admirer jusqu'alors. Ces remarques s'appliquent tontes h Homère. Le bouclier fabriqué parVulcain pour Achille ne saurait être considéré comme un échantillon des progrès de l'art ; il n'est pas seulement l'ouvrage d'un dieu, H est fait dans une occasion extraordinaire pour exciter l'admiration des hommes : le poète n'avait certainement jamais vu dans aucune habitation humaine dés statues d'or et d'argent comparables à celles dont II embellit le palais feertque d'AIclnoûs, et qu'il attribue, en partie du moins, au même artiste divin. Mais nous n'ignorons pas seulement jusqu'à quel point son Imagination a dépassé la vérité dans ses descriptions de semblables objets; certains passages de ses poèmes sont de nature a nous inspirer un {tutre doute. Ils tendraient en effet à nous faire supposer que, même quand il eut sous les yeux quelques modèles véritables, ces modèles furent les productions, non de l'art grec, mais d'un art étranger. N'oublions pas non plus que s'il fut, comme cela parait au moins le plus probable, un Grec asiatique, unefouie de choses presque inconnues de ses compatriotes européens avant la guerre de Troie peuvent luf avoir été familières. E* palais de Ménélas est tout étfncelant d'or et d'argent, d'ivoire et d'ambre; mais sa splendeur excite l'étonnement de Télémaque i bien que la demeure d'Ulysse soit décrite comme une habitation princière , et bfén qu'il vienne de quitter la résidence royale de Nestor, It ne peut comparer ce palais qu'à l'idée qu'il s'est formée de celui de Jupiter

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dans l'Olympe. Ces ornements somptueux avaient été, pour la plupart, *"«» '• * apportés parMénélas de pays étrangers. Ainsi, le pectoral d'Agamem- 1W** non, qui avait une valetir intrinsèque si considérable, et qu'ornaient du riches sculptures, était un présent qu'il avait reçu de l'Ile de Chypre. L« poète regarde divers peuples orientaux, et surtout tes l'hénldefts, comme tellement supérieurs aux Grecs , non-seulement par leurs ri*' cbesses, mais par leurs connaissances et par leur habileté, que,' comparés atix progrès des nations étrangères, les arts de ses compatriotes paraissent être encore dans l'enfance. L'arrivée d'un vaisseau phénicien dans une lie grecque, avec une cargaison d'objets de luxe, et l'admiration avec laquelle une matrone du plus haut rang et ses femmes' manient et contemplent un de ces colifichets étrangers, nous offrent la peinture fidèle du commerce que font actuellement tes Européens avec les Insulaires de la mer du Sud. Il semble que de semblables objets au" moins étaient avidement convoités par les Grecs, qui n'avaient aucun moyen de se les procurer dans leur patrie. '

- On peut toutefois admettre une telle infériorité, Sans supposer quti les Grecs eussent été complètement tributaires des peuplés étrangers,' même pour les objets qui excédent une grande habileté. Il est possible que les descriptions qu'Homère nous a laissées du mode de vie de" l'époque héroïque soient un peu exagérées , mais nous avons des1 raisons de croira qu'elles étajejtf empruntées à la réalité. S'il h pri être trop prodigue des métaux précieux, d'autres métaux, surtout le cuivre, étaient peut-être alors plus abondants qu'ils ne le furent *< dans les temps postérieurs : outre te cuivre et le fer, l'acier et l'étain^ que les Phéniciens paraissent avoir déjà apportés âet contrées' occidentales de l'Europe , sont fréquemment mentionnés. L'Industrie dés Grecs avait, sans aucun doute, utilisé depuis longtemps ces matières1 premières. Rien ne nous autorise a supposer que le commerce qu'ils faisaient avec les Phéniciens, d'après les poèmes d'Homère, fut d'une origine récente, et ces relations devaient avoir presque infailliblement pour résultat d'encourager leurs talents naturels à imiter et 8 égaler1 l'art phénicien. Nous devons donc être disposés à croire que, même dans" les temps héroïques, les ouvrages des artisans grecs portaient déjà le cachet du génie national. Des monuments, découverts depuis peu, d'une1 architecture qui, selon les plus grandes probabilités, remonte à l'époque de la guerre de Troie, confirment, sur quelques points Importants, la vérité des descriptions d'Homère. Les ruines de Mycènea et d'autres villes de l'antiquité semblent des témoignages suffisants de la1 fidélité avec laquelle II a représenté le caractère général de cette magnificence que les chefs héroïques se plaisaient à déployer. Ce sont des reste* de bâtiments spacieux, d'une construction particulière, recouverts a l'intérieur de plaques de métal, et ornés richement à ^extérieur de marbre extrait de diverses carrières éloignées; ils durent dans l'origine, cuminé cela parait prouvé maintenant, servir de tombeaux,) mais,, aptèa avoir «ftpati niut un wrlatn degré 4e wiattté, ils furent quelque fois destinés à recevoir les trésors amassés par les grands, bien qu'em*

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m j. c. autre place semble leur avoir été régulièrement assignée dans les palais 1M' des héros (l). D'un autre côté, divers passages des poèmes d'Homère tendent à prouver que si, dans l'Age que ces poèmes décrivent, de tels arts faisaient peut-être des progrès rapides, ils n'étaient pas alors connus depuis assez longtemps des Grecs pour être généralement pratiqués ; qu'un ouvrier habite était difficile à trouver ; qu'il excitait par conséquent une grande admiration et occupait un rang élevé dans la société. Ainsi la profession de charpentier parait être des plus honorables, et placée sous le patronage spécial de la déesse Minerve (2), Le charpentier appartient a la même datte que le devin, le médecin et le borde, et, comme eux, on vient souvent le chercher de pays éloignés (3). Le fils d'un charpentier éminent n'est pas mêlé aux soldats sur le champ de bataille; il prend place parmi les guerriers les plus distingués (4). Si cette profession semble conférer par elle-même une sorte de noblesse, elle est exercée par les chefs tes plus illustres. Ulysse est représenté comme un charpentier très-habile; non-seulement il construit le balimentsur lequel II s'enfuit de l'Ile de Calypso, mais, dans son propre palais, il sculpte, dans le tronc d'un arbre, un bois de lit remarquable qu'il orne d'or, d'argent et d'ivoire. Un autre chef, Epéus, se rendit célèbre en construisant le cheval de bois dans lequel se cachèrent les héros grecs pour s'emparer de Troie. Selon l'opinion générale, la déesse Minerve présidait a cet art, ainsi qu'à tous les arts manuels, et elle favorisait ceux qui y excellaient de ses conseils inspirateurs, i da la ï'a guerre fut la plus importante occupation et le principal amuse- •■ ment de l'âge héroïque; mais il s'en fallut de beaucoup, à ce qu'il parait, qu'elle eût été soumise à aucune règle qui pût la faire ranger au nombre des arts. C'est là à peu près tout ce que nous apprennent les nombreuses descriptions de batailles et de sièges que nous a laissées Homère, bien que l'Iliade entière ne soit que le récit d'uue longue guerre. Le poète entre dans de grands détails sur les combats des chefs ; il ne nous dit rien, ou il nous apprend peu de choses, désengagements des armées. Quelquefois, il- est vrai, il semble attacher unegrande importance à la disposition générale des. troupes ; il met en contraste la marche silencieuse, grave et résolue des Grecs avec la course bruyante desTroyens; mais l'issue du combat est toujours décidée, soit par l'intervention immédiate des dieux, soit par la voleur personnelle des chefs. Les simples soldats ressemblent à des figurants, qui se tiennent dans le fond de la scène, sans prendre part a l'action, pour compléter l'effet d'un tableau. Un seul héros d'une valeur éminente suffit pour. mettre toute une armée en fuite. Nestor doit à son expérience l'honneur de présider tous les conseils. Dans la dixième année de la guerre, il pro-

(f ) Apre) avoir lu l'admirable essai île H. Mure sur ce sujet, on ne peut plu* conserver aucun doute sur la destinai ion du Trésor, comme on appelle commune' ment cet édifice, d'Alréc à Mvcènos, el d'autres constructions semblables. L'opinion soutenue par K. 0. Mùller, dans son Archœologie der Kunsl, el ailleurs, a été habilement réfutée parWelcker dans une revue de \' Archaologie (Rhtin. Mus., i».I85).— (8) Hefflcr, (Axttfrttaufe, p. 187. — (3) (M., «11,386. — (4) IL,

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pose un nouvel ordre de bataille, selon les divisions naturelles ou poli- « tiques de l'armée ; mais l'adoption de ce plan semble n'avoir aucun ré* sultat. La force et l'adresse que déployaient les chefs dans le maniement de leurs lourdes armes sont presque surnaturelles; cependant, elles ne furent probablement pas beaucoup exagérées ; elles peuvent être regardons comme les effets d'un long apprentissage du métier de la guerre, et elles servent à expliquer la terreur [qu'inspirait à une armée entière la présence d'un seul ennemi. Leurs chars, dont l'usage est la particularité la plus saillante de la guerre héroïque, distinguaient encore plus les héros principaux de leurs soldats. Sur le champ de bataille de Troie, les chevaux ne sont pas utilisés d'une autre manière. Il ne paraît pas que ces chars fussent employés, comme ceux des anciens Bretons, à jeter le désordre dans les rangs ennemis. Le guerrier se tenait debout sur son char, à coté du conducteur, et il combattait parfois dans cette position; mais, généralement, il en descendait à rapproche d'un adversaire redoutable, et il n'y remontait que pour poursuivre son ennemi ou pour fuir devant lui. II n'est pas facile de comprendre comment on pouvait faire une pareille guerre avec un certain ordre, et sans qu'il en résultat des accidente continuels. Un passage de l'Iliade noua semble encore plus inexplicable (l). Dans une conjoncture pressante, les Troyens songent à forcer leurs chevaux, qui naturellement reculent devant le danger, de franchir un fossé large et profond, de l'autre coté duquel s'élèvent des palissades et un mur. L'Iliade et l'Odyssée ne contiennent aucune mention de moyens artificiels employés pour l'attaque des villes fortifiées. Les murailles étaient-elles trop hautes ou trop bien défendues pour pouvoir être escaladées, les assiégeants se voyaient obligés d'attendre une occasion favorable de s'y Introduire par surprise ou par ruse. L'enceinte de Troie est d'une force extraordinaire; pendant des années, elle résiste à tous les efforts des Grecs, bien que les assaillants soient de beaucoup supérieurs eu nombre. Trois fois cependant l'atrocle essaye de monter par l'un des contreforts extérieurs, trois fois le bras du dieu tutélaire le repousse. Quand toute rtarrffêc Moyenne s'apprête à passer la nuit hors de la'sillc, Hector envoie les enfants et les vieillards veiller à la garde des murailles, pour prévenir une surprise, qu'il a des motifs de redouter de la part d'un détachement de l'armée ennemie; mais il né croit pas devoir prendre une semblable précaution pour la protection de ses troupes, que leur propre vigilance peut seule mettre à l'abri dune attaque imprévue. Le mérite d'un général semble plutôt avoir consisté a tramer des embuscades uu d'autres ruses et surprises, qu'à se garantir de celles de ses ennemis.

Les chances diverses de la guerre fournissent naturellement au poëte Bl. de fréquentes occasions de parler de l'art de guérir. L'armée grecque possède deux chefs qui ont hérité dé l'habileté consommée qu'avait jadis possédée leur père Esculape; etChiron avait donné de si excellentes leçons à Achille, que Pafrocle, auquel Achille a transmis ses

(1) II,, «h, 30.

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HISTOIRE DB LA GKèCË.

m, est en état de les remplacer. Mais les détails que nous «tenue le poète, dans ce cas et dans d'autres, prouvent qu'un malade M un blessé ne courait pas de grands dangers en s'abandonnant aux mains les moins exercées. L'extraction d'une arme, à l'aide d'un instrument tranchant, ne passait pas pour demander une adresse particulière; laseience de l'hommede l'art se révélait surtout dans l'application d'herbes médicinales qui arrêtaient l'écoulement du sang, et calmaient la douleur. Quand Ulysse est blessé par un sanglier, ses amis serrent d'abord la plaie avec des ligatures, puis ils emploient un charme pour arrêter le sang. Comme la crédulité populaire exagérait excessivement la vertu des herbes médicinales, les Grecs s'imaginaient que ces plantes croissaient surtout dans de certaines régions, que leurs poisons mortels avaient également rendues célèbres. Nous signalerons en première ligne, parmi ces pays, le midi de la Thessalie, où Cbiron récolta les drogues puissantes qu'il fournit a Es eu lape (i). Le nom d'Ephyra, qui appartenait anciennement à diverses parties de la Grèce, de même qu'aune ville ou à un district de l'Epi re, se rattachait spécialement à cette eroyance. L'Ephyra de la Thesprotie n'est, il est vrai, mentionnée que comme la contrée des poisons : mais l'Epbyra éléenne se trouvait située dans te royaume d'Augias, dont la fille, Agamède, connaissait de même que Médée, qui appartient mitant a L'Ephyra corinthienne qu'au midi de la Thessalie, toutes les herbes médicinales qui naissent à la surface de la terre (i). La même propriété fut attribuée, comme nous l'avons vu, au sol de l'Egypte ; car Hélène reçut dans ce pays plusieurs drogues excellentes de Polydantna, parmi lesquelles il s'en trouvait une dont la description semblerait prouver que les G recs connaissaient, au temps d'Homère, les propriétés de l'opium. Ces exemples montrent aussi que si, en Grèce, tous les hommes n'exercèrent pas la médecine comme en Egypte, cet art y fut pratiqué, tel qu'il existait alors, aussi fréquemment et non moins heureusement par les femmes.

Quelques-uns des arts qui, dans le principe, s'appliquaient seulejj- ment à des besoins physiques, avaient été tellement perfectionnés, nous l'avons déjA vu, avant l'époque d'Homère, que leurs productions satisfirent le sentiment du beau, et devinrent des ornements agréables en même temps que des objets utiles. Aussi éprouvons -nous un vif désir de savoir positivement a quel degré ces arts qui , à une époque postérieure, devinrent la plus grande gloire de ta Grèce, et dans lesquels elle n'a jamais été surpassée, furent cultivés pendant l'âge héroïque. Malheureusement les renseignements que le poète nous a légués sur ce sujet sont si rares et si obscurs, qu'ils autorisent, sur beaucoup de points, d'Immenses différences d'opinion. Si nous commençons par cet art qu'il a immortalisé, et dont ses poèmes sont le plus ancien monument existant, U nous fourmi diverses indications de sa condition primitive.

(I) Voir Pinil., Pyth., m, et le fragment <fe Dicénrqiie sur Pc lion, à In fui des MeUttwataA* Creuïcr. — (2) /i.,m,74i.

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