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Cetart jouissait de la plus haute considération parmi les héros. Le i*ut /. c. barde appartient à cette classe d'êtres privilégiés, qu'on fait venir tout li8'* exprès de pays éloignés : il est sûr d'être bien accueilli à toutes les fêtes. Vraisemblablement toutes les familles riches et puissantes en 'avaient un à leur service, et elles le traitaient avec un respect presque religieux; quand il part pour le siège de Troie, Agamemuon confie ses affaires les plus importantes au barde qu'il laisse dans son palais. 11 paraîtrait même que la'poèsîe et la musique étaient regardées comme une partie essentielle de l'éducation d'un prince, car Achille chante, dans sa tente, en jouant de l'instrument avec lequel les bardes accompagnent constamment leurs chants. Cette poésie héroïque' a aussi un caractère général distinctement marqué: elle est du genre narratff, eH$£puùse ses matériaux dans les exploits ou les aventures des hommes renommés; elle chante de préférence les hauts faits des héros dont la célébrité est la plus récente (il. Le barde devait toujours savoir par cœur un grand nombre de chants, qu'il en fût ou non l'auteur (s) : très-souvent sa mémoire était peut-être plus riche que son imagination, mais on le jugea toujours, à ce qu'il parait, faiblement propre à remplir cet emploi, quand il n'était pas capable d'improviser des chanls qui formassent un petit poème complet, de manière à satisfaire la curiosité de ses auditeurs, sur quelque thème qui lui fût proposé, et de rajeunir les sujets déjà usés par quelques touches fraîches, ou par de nouvelles combinaisons. Un autre genre de poésie, probablement d'une origine beaucoup pi us ancienne, existait toutefoisàlamême époque; — Homère a constaté ce fait, bien qu'il le mentionne avec plus de réserve : — nous voulons parler de la poésie sacrée, transmise peut-être à l'âge héroïque par les anciens bardes que les traditions grecques avaient célébrés comme les fondateurs de rites religieux, et comme étant consacrés au service desdieux. C'était vraisemblablement à l'aide d'hymnes pnisésà cette source quels colère d'Apollon devait être apaisée par les Grecs qui furent envoyés avec une hécatombe à son temple de Chrysé. L'Odyssée nous offre un exemple très-intéressant d'une troisième espèce de poésie : c'est un petit poème que Démodocus récite aux Phéacîens pour les distraire et qu'Homère rapporte, pour ainsi dire, textuellement. Ce poème décrit, au lieu de quelques actions des mortels, une. scène qui se passe dans l'Olympe. Le ton du récit est une légèreté licencieuse, et les principaux personnages se trouvent placés dans des situations plaisantes. Très- probablement cet échantillon nous révèle la manière dont certains sujets, qui appartenaient proprement à la poésie sacrée, furent adap-
(1) Od., i, 531 . — (2) Selon Heeren (Idem, III, i, p. 151), les bardes ne chaulaient jamais que leurs propres œuvres ; Welcker (£]>. Çycl., p. 546) soutient que YOdyssée contient des allusions positives à l'habitude qu'ils avaient contractée de réciter le» compositions d'autres poètes. Il croit ce fait démontré par l'assertion do Phémius [Od., un, 347), qu'il s était instruit lui-même, Nitisch est du même avis (Mst.Hom., I, p. 121) : uReperimus alioa sua, alios aliorum carmins exfci bu isse, ex qui but tameu illi quoqne prius aliorum versus didiense, quant ipsi quidquatn coraponerent, pulaodi suiit. »
AratJ.a tés, en étant traités différemment, à des occasions profanes et a des
U8*' personnages mixtes.
Li musique La poésie et la musique sont dans cette période presque in sépara -
«tiadmic. jj[ement unies, comme elles continuèrent de l'être pendant longtemps. Le second de ces deux arts parait communément un simple accessoire du premier; il sert a préparer l'auditoire, à exciter et a soutenir l'inspiration du barde. On ignore si les divers instruments qui retentissent dans le camp troyeu, et qui viennent frapper les oreilles d'Agamemuon, doivent être considérés Comme une exception (l). Dans la description que fait l'Iliade d'une fête de noce, divers instruments forment un orchestre pour accompagner une danse et un chant chanté en chœur. La danse se trouvait ainsi très-fréquemment unie à la musique et à la poésie; et cet art semble avoir été cultivé avec beaucoup de soin, comme celui qui, dans les occasions publiques, apprenait aux jeunes gens des deux sexes à former des groupes réguliers, et leur fournissait les moyens de déployé rieur agilité avec des mouvements pleins de grâce et d'harmonie. Le goût que les Grecs montrèrent, dès les temps les plus reculés, pour ces sortes de spectacles, se rattachait, sans aucun doute, à ce sentiment particulier de la beauté qui se manifesta plus tard dans leur statuaire, et il eut une influence considérable sur son développement. L'Mdutte- A défaut d'autres monuments du passé, les descriptions d'Homère ne
,ure' nous apprendraient pas aussi positivement si, de son temps, l'archi-
tecture avait fait d'assez grands progrès pour mériter une place parmi les beaux-arts. Le poète mentionne fréquemment deux sortes de bâtiments qui offraient la plus grande latitude nu génie architectural de son époque, — les palais des chefs et les temples des dieux ; — mais ses expressions ue nous permettent pas de nous former une idée générale même du plan ordinaire des habitations privées, dont il parle encore plus souvent; elles ne nous apprennent rien ni de leur style, ni de leur aspect. Le soin tout particulier avec lequel il décrit leurs ornements métalliques semblerait indiquer que la beauté plus noble des proportions était alors peu cherchée ou peu comprise, et c'est peutêtre plutôt la solidité et la commodité que l'élégance qu'il a l'intention de louer, quand il fait l'éloge de la belle maison que Paris avait construite pour son usage, avec l'aide des plus habiles maçons de Troie (2). Quant aux temples, — les demeures ou les maisons des dieux, comme ils sont fréquemment nommés (3), — la nature précise de leur 'construction est même encore plus obscure ; toutefois il semble probable qu'à l'extérieur ils ne différèrent pas beaucoup matériellement
(1) /(., x, 13. — (2) /(.. vi, 3U. Compar. 242 et soif. — (3) Hao't, ftpc* Les architecte? se proposaient probablement de donner aux temples In forme que leur imagination atlribuail aux habitations des dieux dans l'Olympe, — habitations considérées comme autant de palais royaux. (0d., îv, 74 et suîv.) Bode (Gtsch. d. Hell Dicht., I, p. 198) afïirme que les mentions des temples el ■des images das dieux (dans les poèmes d'Homère) no s'appliquent qu'à l'Asie : Jes divinités helléniques n'ont, dit-il, que des bois sucrés, des autels et dot, victimes, cl il remarque que le passage relatif nu temple de Minerve à Athènes est douteux. Mais un ne comprend pas quelle explication il donnerait des allusions
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des maisons des grands, et qu'ils leur ressemblèrent dans quelques / parties de leur disposition intérieure (l). Les allusions d'Homère peuvent seulement nous servir à esquisser quelques-uns de leurs traits principaux; ils étaient presque tous cou verts d'un toit, nu moins en partie f2). plu sieurs, comme celui d l'Apollon à Delphes, renfermaient de grands trésors, et celui du même dieu, à Troie, avait un sanctuaire intérieur (8). Les portes du temple de Minerve à Troie sont ouvertes par la prétresse, lorsqu'on vient faire une offrande à la déesse (4) ; en général, l'idée d'un temple est constamment associée non-seulement à l'idée de sacrifices, mais encore à celle d'offrandes votives permanentes (5), composées de robes, de vases et d'autres objets d'art précieux, qu'il dut être nécessaire de mettre à l'abri d'un coup de main et des intempéries de l'atmosphère, et qui contribuèrent, par conséquent, à déterminer la forme de l'édifice. Tous ces renseignements cependant , bien qu'ils puissent servir à nous faire comprendre le progrès général de la civilisation, ne nous aident guère a fixer le rang que l'architecture occupait parmi les beaux-arts. Mais si les vestiges, que nous avons déjà mentionnés, des constructions connues sous le nom de Trésors, appartiennent réellement aux âges héroïques, ils semblent nous autoriser à croire que les édifices sacrés de la même période ne manquaient pas complètement d'une certaine élégance déformes et de décorations architecturales (6),
Une question non moins intéressante et non moins difficile k résou- 1 dre est celle de savoir à quel degré Homère et ses contemporains connurent et pratiquèrent les arts d'imitation, et surtout ceux qui ont pour but la représentation des formes humaines. Nous trouvons dans l'Iliade
au temple de Delphes (/(., 11, 404; Ûd., vin, 80), ou de l.i proposition que fuit Eurytoque (Od., xii, 345) d'élever un temple dans Ithaque, en expiation du massacre prémédité des troupeaux sacrés. — (I) Cela peut être induit, en outre de U remarque de la note précédente, de ce que le mot [U-[Kpm s'applique également a hh temple et à une maison, pour en distinguer la partie intérieureoula pins privée. — (2) Cela a été contesté pnr des motifs insuffisants. Ainsi 00 a remaïujué que Pausanias (vm, 44) mentionne un temple de Cjhèle dans l'Arcadie, qui, de son temps, n'avait pas de toit. Psusauias, dans le même chapitre, fait également mention d'un temple de Diane qui était dans le même étal, et qui devait probablement la perle de son toit à la morne cause, c'est-à-dire aux ravages du temps et aux vicissitudes de la fortune. L'assertion du texte semble clairement prouvée par l'analogie qui a été signalée, et par divers passages d'Homère. Le temple d'Apollon à Chrjsé a un toit (Jt., 1, 39) et le «Su«v dans leqnel Ênée est gardé par Latone et par Diane doit évidemment en avoir un. La description du temple de Delphes [II., ix, 404) n'indique nullement que ce temple fût sans toit. Quant à ce qui touche celui de Minerve à Athènes, le contraire deil être induit du langage du
B>êle(Orfyn.,Vii,81) : ton 5' Èps^Wio; wmviv 3dj«v. Comparez avec TH., 11, 549. irl lui-même, que sa théuiie Force à ravaler L'état des arts au temps d'Homère', exprime son opinion sur ce sujet d'une manière qui n'est nullement satisfaisante dans la- Geschichte der Baukunst, 1. p. 207. — (3) il., v, 448. — (4) Dans la légende du temple de Junon a Samos (Alhén., xv, 12), qui se rapporte à l'Age héroïque, le temple n'a pas de portes. — (5) Odys., in, 347. — (6) Ce n'était
Sis toutefois la beauté, mais la grosseur, que Pausanias admirait dam le trésor de invas fix, 56, 3), qui, dit-il, était une merveille égale i toutes celles que l'on pouvait voir sur U terre.
tizedoir GoOgk
ttts HISTOIRE M LA GRECE.
Amu.c. et dans l'Odyssée de fréquentes descriptions de semblables images sur 11S1" une petite échelle. Le vêtement tissu par Hélène représentait un certain nombre de scènes guerrières; celui que Pénélope offrit à Ulysse était orné d'une chasse brodée avec des fils d'or. Le bouclier d'Achille formait plusieurs compartiments qui offraient divers groupes de personnages compliqués ; et, bien qu'il fût un chef-d'œuvre de Vuleain, nous serions disposé à croire que te poète avait vu au moins plusieurs armes semblables , d'un travail moins fini et moins difficile. Mais les poèmes d'Homère ne contiennent qu'une seule allusion distincte à une statue qui eut été une œuvre de l'art humain. La robe que la reine de Troie offre à Minerve dans son temple est déposée pur la prétresse sur les genoux de la déesse, qui était, par conséquent, représentée assise (l). On peut dire, il est vrai, que ee fait ne prouve rien en ce qui touche les Grecs; mais, sans mentionner ici que la religion et les mœurs des Troyens sont entièrement grecques, nous n'avons aucune raison de soupçonner que les nombreuses légendes, qui attribuaient à la plupart des ; Idoles grecques une antiquité beaucoup plus reculée que la guerre de Troie, fussent fondées sur une idée complètement erronée de l'ancienne religion. Les slatues dorées de jeunes gens, élevées sur des autels ou sur des piédestaux dans le palais d'Alcinoùs pour tenir les torches qui éclairaient la salle des festins pendant la nuit, doivent être considérées, de même que les chiens d'argent qui gardaient les portes, comme l'œuvre de Vuleain, et n'appartiennent peut-être pas plus strictement à cette étude que ces statues de jeunes filles que le dieu avait faites avec la même matière pour soutenir ses pas, et qu'il avait douées delà faculté de se mouvoir, de penser et de parler. Elles peuvent seulement nous fournir un' nouveau motif de croire que le poète n'était pas étranger à de tels objets. Mais comme, selon le témoignage unanime de toutes les traditions du passé, les œuvres primitives de la statuaire parmi les Grecs, et peut-être chez tous les autres peuples, furent consacrées au service de la religion, nous n'avons à nous occuper tôt de l'état de cet art, dans l'âge homérique, que par rapport a sa plus noble application, c'est-à-dire à la représentation des objets du culte divin. Sur ce sujet deux opinions contraires sont encore soutenues avec chaleur. Les défenseurs de ces deux opinions s'accordent à admettre que les premiers objets du culte chez les habitants de la Grèce
(1) IL, VI, 303. Il semble assez probable que la phrase «Oya fliwi h -jcimat xùtm a da son origine i une prière adressée à une image visible. Les anciens supposaient communément que leycp: qui, selon V Iliade (xvm, 892) avait été fait — r Dttdale en Crète, pour Ariane, était une sculpture, et Pausanins (nt, 40, 5) ' -■ J- n temps il existait a Cnossus en marbre blanc. Toutefois K. 0.
omit que de :
Ilandbuch dtr Ardurologii dar Kiinst, p. 41 , remarque que, selon l'usage homérique mentionné dans |7Ï„ in,394, et dans l'Odys., vin, 260, le mot oeut seulement signifier une place propre A la danse. On peut peut-être se demander si le nivellement d'un terrain fait dans ce but, de la manière décrite dans le passage de rodiwee, était un travail digned'êlre attribué a Datdale.ou, selon Hirt (GwcnrrA/e dtr bildendtn Kiinsle, p. 71), à Vuleain lui-même. Je ne sais comment résoudre relie question, à moins de supposer que le pnële voulut désigner un travail qui exigeait plus d'art, peut-être un pavé de mosaïque, on une marquelirie.
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furent symboliques au lieu d'être imitatifs; ce n'étaient pas des idoles; iwtj. c. c'étaient, soit des pierres à peine taillées, soit des planches on des pou- "** très, auxquelles un essai de sculpture n'avait pas même donné une ressemblance éloignée avec la forme humaine. Ou adorait sous de tels emblèmes le dieu de l'amour à Thespies (t), la déesse de la beauté a Paphos (!] , les Grâces à Orchomène (3), Jupiter et Diane a Sicyone (4), Castor et Pollux à Sparte (5). Même au temps de Pausanias, les habitants de Cher on ée rendaient de plus grands honneurs à un bâton, qu'ils regardaient comme le sceptre d'Agamemnou décrit dans l'Iliade , qu'à aucun desdieux (6). Le même auteur raconte qu'on adorait à P-hara, dans l'Achaïe, trente pierres carrées, chacune sous le nom d'un dieu séparé; puis il ajoute que, « dans les temps anciens , tous les Grecs rendaient les honneurs divins à des pierres grossières, au Heu d'adorer des images (ï). » La question est donc de savoir à quelle époque et pour quelle cause ce mode universel de culte fut remplacé par celui des idoles, qui régna plus tard dans les temples grecs. Dans l'opinion de quelques écrivains, les phases naturelles de la naissance et de la décadence de l'art j suffiraient pour expliquer ce fait; à son origine, l'art aurait commencé à faire quelques additions grossières aux vieux symboles, dans le but de les rapprocher de la forme humaine, et graduellement introduit des figures complètes qui, sous les ciseaux de plusieurs générations d'artistes, acquirent de plus en plus du naturel et de la grâce. D'autres ont cru qu'un tel changement graduel était très- Improbable en lui-même, parce qu'il s'accordait difficilement avec la vénération d°nt les symboles primitifs étaient l'objet, et qu'il contredit le témoignage le plus positif qui nous reste sur ce sujet, témoignage qui indique, au lieu d'une altération progressive des symboles primitifs , une substitution immédiate de nouvelles Idoles. Cette substitution a été attribuée aux colons étrangers, surtout aux Égyptiens, auxquels les traditions grecques relatives a Danaus (8), Cécrops (o) et Cadreras (10) font honneur de l'institution de rites religieux et de la consécration de certaines images. Cette hypothèse de l'origine de l'art grec a aussi Davantage d'expliquer un fait de son histoire, dont il serait autrement très-difficile de se ' rendre compte. Il est universellement admis qu'une grande révolution eut lieu dans le sixième siècle avant notre ère, et qu'en cent et quelques années elle porta la sculpture grecque a son plus haut degré de perfection. Mais cette révolution fut précédée par une période de plusieurs siècles, durant laquelle l'art paraît être resté presque stationnaire dans tous ses points essentiels ; aussi les juges intelligents qui, comme Pausanias, furent en état de comparer les ouvrages de toutes les périodes, depuis la pins reculée jusqu'à la dernière, considéraient les artistes de la première période comme appartenant tous à la même école, celle
(t) Paus-, ix, 27, i. — (2) Mai. de Tjr , vin. 8; Tacïl. , HUt., n, 3- — (Si Paus-, il, 58. — (4) Pauj., u, 9. — {S) Plut., de Frattrno Àmore. — (6) Pau»., ix, 40, H. Compare* la lance sacrée à Thèbes, menliorinée pnrPluj, 22, 4. — (B) Callimaq., Fr. cv;
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16ft HISTOIRE DE LA GRÈCE,
atl. Ci flu plus ancien sculpteur, Dédale (ij. Cette longue halte nous paraît 18i- d'autant plus mystérieuse, que nous Taisons plus de cas de l'activité et de l'habileté avec lesquelles, comme nous l'avons déjà vu, les Grecs avaient commencé à cultiver plusieurs branches de divers arts, même avant le temps d'Homère. Mais le problème est résolu pour nous, si nous supposons, qu'en Grèce, comme en Egypte, durant les Ages primitifs, l'influence de la religion enchaîna l'art, qui était originairement consacré à son service, en Lui prescrivant un type sacré, dont l'allération passait pour une profanation ; et que la forme de l'antique idole resta si longtemps la même, parce qu'elle avait été introduite soudainement, et qu'elle avait acquis immédiatement aux yeux du peuple une sainteté Inviolable qui s'étendait à toutes ses parties et à toutes ses proportions.
Ainsi, les légendes des colons orientaux recevraient, d'un autre point, une confirmation imprévue, Toutefois, il peut être utile défaire ici une remarque. S'il est probable, comme on l'a supposé, que les idoles égyptiennes ayant été jadis répandues sur toute la surface de la Grèce, leur forme primitive fût partout conservée durant la même période, et pour le même motif, avec une égale rigueur, on a peine à comprendre que le nouveau. culte eut été universellement admis, à moins qu'il n'eût répondu aux Idées et aux besoins religieux du peuple : et dans ce cas, nous sommes autorisés à croire qu'il a pu naître en Grèce sans rien devoir aux importations des étrangers. Ce changement fut peul*être un de ceux qui distinguèrent la période hellénique de la période pélasgique antérieure, et il ne serait pas improbable qu'il eût correspondu à une révolution de la poésie, dont nous retrouvons quelques traces plus distinctes, et qui eut pour résultat de remplacer le chant sacré des anciens bardes sacerdotaux par la forme héroïque employée pour célébrer les exploits des hommes et des dieux (2). Souvent, et même généralement, ce changement dut s'opérer par l'introduction d'une nouvelle image, qui, tout à' coup ou peu à peu, fut substituée à l'ancien symbole. Toutefois, i! n'existait probablement dans certains lieux aucun objet visible de culte, ou bien quelque animal sacré y était honoré comme le représentant d'une divinité ; dans ces localités, aucune lotte ne dut avoir lieu entre l'ancienne et la nouvelle forme. Mais, comme, d'après tous les historiens, le bois était la matière des plus anciennes images des dieux, il ne semble nullement difficile, d'imaginer que ces images eussent pu quelquefois être produites par une transformation graduelle. Une pièce de bois ou une planche dressée debout a toujours une si grande ressemblance avec la forme humaine, que quelques traits grossièrement marqués suffisent pour rappeler cette fonne à l'imagination du spectateur. Selon la description de Plntarque, les Jumeaux Spartiates furent anciennement représentés par deux pièces de bols verticales, réunies ensemble par deux autres également parallèles et l*H horizontales. Celle image informe ne fut peut-être qu'un simple
(1) Pan*., 11,18,1; nt, 17,6; v,28, 13. — (t) Od., i, 338.