‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 49 sur 143 · CHAP. VI. - SCIENCES ET ARTS · texte numérisé non relu

CHAP. VI. - SCIENCES ET ARTS

Symbole d'union ; mais une imagination vive peut y avoir vu, sans au- a«oi j.c. cun secours artificiel, deux personnes se donnant un baiser fraternel. llM" Des rapports beaucoup plus vagues encore ont donné naissance aux noms de la plupart des constellations. Même selon cette manière d'envisager ce sujet, on peut dire que l'art grec primitif, après avoir atteint un certain degré peu élevé, y fut maintenu longtemps stationna ire pat l'influence de la religion : en d'autres termes, que le peuple et les artistes se contentèrent pendant longtemps d'exprimer leurs idées religieuses, en partie par la forme humaine, en partie par les symboles qui, dans les statues antiques, y étaient souvent associes. Dans les anciennes idoles, qui paraissent avoir été toutes revêtues d'habillements, les draperies et les ornements symboliques occupèrent naturellement plus que les traits l'attention de l'artiste. L'emploi de nouvelles matières étendit graduellement les limites de l'art. L'usage de l'argile et du bronze précéda celui du marbre ; mais la première statue de bronze fut probablement bien postérieure à l'époque d'Homère (t). L'art se transmit comme un héritage, de génération en génération, dans les mêmes familles ; cet usage suffit peut-être pour expliquer les progrès si lents de la sculpture, et l'uniformité de ses productions primitives. Toutefois, comme la solution de cette question dépend du caractère précis des monuments dont nous possédons des débris ou des descriptions, nous devons l'abandonner à des juges spéciaux et compétents.

Le pcéte ne fait aucune allusion à des tableaux, ou a l'art de la peinture proprement dit, bien qu'il nous apprenne que les femmes de la Carie et de la Mœonie avaient un talent tout particulier pour colorier l'ivoire. Remarquons, toutefois, que ses ouvrages ne renferment qu'un . seul passage, et encore ce passage est- il fort obscur, dans lequel il fasse une mention d'une sorte de dessin , malgré ses nombreuses descriptions d'ouvrages qui impliquent une connaissance préalable de cet art. Cette remarque soulève naturellement nne autre question, la plus importante de toutes celles qui se rapportent aux progrès des sciences Vêatan. et des arts, et que nous avons, par conséquent, réservée pour la fin de cette dissertation : celle de savoir si l'art de l'écriture avait étéintroduit, et dans quelles limites il fut pratiqué , chez les Grecs, à l'époque d'Homère? Pour comprendre la nature réelle de la question, il est nécessaire de distinguer trois points qui, bien que réunis par la tradition, sont, par eux-mêmes, complètement indépendants l'un de l'autre: l'origine de l'alphabet grec, l'époque de son introduction, et la période où son usage devint familier aux Grecs. Le premier de ces trois points ne peut plus donner lieu aujourd'hui à aucune controverse. Les noms de la plupart des lettres, leur ordre, les formes qu'elles revêtent dans les

. (1) Selon Pausanias (m, 17, C), la première statue en bronze fut l'œuvre de Léarchus de Rliegiuni. Par conséquent, file ne remonterait pas plus haut que la seconde moitié du huitième tiède avant J. C. Pline {.V. H., xxxvi, A) dît en par- jaf latildeDipoenus eldeScyllis, qu'ils furent les premiers artistes qui acquirent de la réputation en sculptant Te marbre, et qu'ils vécurent Te» la cinquième olympiade.

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Àttnij.c. monuments tes plus anciens, tout confirme la vérité de la tradition qui ll81, fait dériver l'alphabet grec de la Phénlcle; tous les doutes que pouvait faire naître un examen trop rapide de cet alphabet, dans son état postérieur, sont depuis longtemps levés de la manière la plus satisfaisante. Divers changements furent nécessaires pour adapter les caractères orientaux à une langue étrangère et totalement différente. Les propriétés de ceux qui ne pouvaient pas convenir aux organes grecs cédèrent leur place à d'autres qui manquaient dans l'alphabet phénicien ; quelques éléments furent rejetés finalement, comme superflus, de la langue écrite, bien qu'ils fussent conservés en qualité de chiffres ; et avec le temps, l'invention de quelques signes nouveaux satisfit les exigences particulières. Les altérations que subirent les figures des caractères grecs peuvent être en partie attribuées à l'Inversion de leur position, qui eut lieu lorsque les Grecs renoncèrent instinctivement à jfi coutume orientale d'écrire de droite à gauche, changement dont le progrès graduel est visible dans quelques inscriptions encore existantes. Ce fait est donc établi par un témoignage qni ne pourrait, pour ainsi dire, emprunter aucun nouveau poids à la plus haute autorité historique. 'Mais nous ne pouvons pas espérer trouver des preuves semblables pour constater l'époque à laquelle les Grecs reçurent leur alphabet des Phéniciens; cet événement est si éloigné, que le témoignage des historiens les plus estimés ne saurait même suffire à détruire tous les doutes que peut faire naître en nous une pareille question. 11 serait inutile de mentionner ici les nombreuses légendes grecques relatives à l'origine de l'art de l'écriture, qui sont évidemment, pour la plupart, des fictions poétiques, philosophiques, ou purement arbitraires. Le nom de son L'wtdrf*- auteur, et ses marques intrinsèques d'une étude consciencieuse et ré- Itltn™' fléchie, rendent plus digne de notre attention une assertion d'Hérodote. Selon cet historien, les Phéniciens, qui vinrent avec Cadmus à ThèbeSi introduisirent les lettres chez les Grecs, avec d'autres branches des connaissances humaines : les caractères furent d'abord précisément les mêmes que ceux dont les Phéniciens continuaient à se servir à son époque; mais leurs propriétés et leurs formes subirent des changements graduels, opérés, d'abord par les colons phéniciens eux-mêmes, puis par les Grecs de la région voisine, qui étaient des Ioniens. Comme c'étaient des Phéniciens qui leur enseignaient l'usage des lettres, ceux-ci nommèrent leurs lettres pkiniâmnt* ; et l'historien ajoute que, de son temps, les Ioniens appelaient leurs livres ou rouleaux, bien qu'ils fussent faits de papyrus égyptien, des peaux, parce que telle était la matière dont Ils s'étaient servis pour écrire aune époque plus reculée, comme s'en servaient encore plusieurs nations barbares. On ne peut nier que ce récit ne paraisse au premier aspect parfaitement clair et probable, et cependant un examen plus réfléchi fait douter sur quelques points de son exactitude. Hérodote parle si vaguement des Ioniensvoisins de la colonie phénicienne, qu'il est permis de penser que ce qu'il en dit ne s'appuie sur aucune tradition directe, et n'est qu'une simple hypothèse, ou qu'une pure'induction. Le seul

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fait qu'il paroisse avoir constaté, c'est que les Ioniens de l'Asie, qui, i*ntX. c comme nous le verrons plus tard, étaient, selon sa propre opinion, une ltM* race mixte, connurent avant les autres Grecs l'art de l'écriture : ils donnaient à leurs livres ou rouleaux un nom qui avait probablement le même sens que le mot phénicien appliqué à la même chose, et ils appliquèrent a leur alphabet une épithète qui révélait son origine orientale. Mais comme l'historien croyait avoir des raisons suffisantes de penser que l'art de l'écriture avait été pour la première fois communiqué aux Grecs par In colonie phénicienne de Thèbes, il conclut que les Ioniens de l'Asie durent l'avoir reçu , non directement des Phéniciens, mais par l'intermédiaire de leurs ancêtres européens. S'il arriva A sa conclusion par ces prémisses, il ne s'ensuivrait pas qu'il se fût trompé. Toutefois si nous pesons les seules misons sur lesquelles il s'appuie pour croire que le plus ancien alphabet fut trouvé à Thèbes, nous reconnaissons qu'elles ne peuvent avoir aucune autorité, bief qu'elles eussent pu lui sembler parfaitement concluantes. Jl mentionne trois inscriptions en vers qu'il avait vues lui-même, gravées sur quelques vases dans un temple de Thèbes, en caractères qu'il appelle cudméens, et qui, dit-il, ressemblaient presque aux caractères ioniens» Ces inscriptions étaient destinées à perpétuer le souvenir de donations faites au temple avant la guerre de Troie, et elles étaient contemporaines des actes qu'elles rappelaient. Il n'est pas nécessaire de mettre en doute leur antiquité, bien que les imitations d'un mode d'écriture déjà hors d'usage fussent assez fréquentes en Grèce ;-mais, fussent-elles authentiques, elles ne sauraient servir de base certaine A un pareil argument. Hérodote a sans doute appuyé son opinion sur d'autres motifs, mais nous ne les connaissons pas, et nous sommes forcé de résoudre sans leur secours la question controversée de la colonie, e a dmee une de Thèbes.

On pent encore se demander si l'écriture ne doit pas avoir été introduite en Grèce, non comme le rapporte Hérodote, mais par les Phéniciens, avant le temps d'Homère et même avant la guerre de Troie. Les poèmes d'Homère nous autorisent à croire que des relations commerciales avaient existé, au moins pendant plusieurs générations, entre la Grèce et la Phénicie. Ils nous montrent les Grecs habitués a. certaines substances qu'ils n'avalent pu se procurer, qu'après que les Phéniciens eurent commencé à faire des voyages éloignés du coté de l'Occident : ainsi, c'était sans aucun doute ce peuple qui fournissait à la Grèce de 1'étain et de l'ambre (l). Comme les développements de la navigation et du commerce des Phéniciens semblent avoir nécessité un usage considérable de l'art de l'écriture, — art qu'ils possédaient sans aucun doute, — quelques écrivains se sont refusés A croire qu'ils ne l'eussent pas communiqué aux Grecs. D'un autre coté, on peut faire remarquer, il

(1) On ne peut douter qu'Homère n'ait voulu désigner l'ambre, et non on composé d'or «I d'argent, pnr le mut -©.«jupe, «fuMul on 4 lu l'E*Mii de BuIlBMnn sur ce sujet dans son Mythologui, 11, p. 337.

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m HISTOIRE DE LA GRÈCE.

u.c. est vrai, que, bien que nous ne ce-nnaissionspas l'époque exaeleàlaquelle w" commença le commerce des Grecs avec les Phéniciens, il semble prouvé que, jusqu'au temps d'Homère, ce commerce fut passif de la part des Grecs, et qu'il serait par conséquent possible que les relations des deux peuples se fussent établies et eussent eu lieu sans le secours de l'écriture. Mais il sern.plus utile et plus intéressant de rechercher si les poèmes d'Homère contiennent en eux-mêmes quelques preuves ou traces de l'usage on de. la connaissance de l'écriture parmi les contemporains du poète. Ce problème est double: d'une part l'Iliade et l'Odyssée mentionnent-elles l'ait de l'écriture, ou y fou t- elles allusion ? d'autre part, l'existence de cet art est-elle impliquée dans l'existence de ces poèmes! tde lé. Les écrivains modernes, qui attribuent une grande antiquité à l'al- VhÔ- phabet grec, mentionnent quelquefois comme de fortes preuves les nombreux passages dans lesquels les auteurs grecs des époques postérieures, et plus particulièrement les poètes, semblent révéler que l'art do l'écriture était pratiqué dans les Ages héroïques. Ainsi Euripide nous montre Agamemnon envoyant une lettre à Clytemnestre. D'après la description d'Eschyle, le bouclier de l'un des chefs grecs, au siège de Thèbes, portait une inscription menaçante en lettres d'or. Hais l'induction la plus rationnelle qu'on puisse tirer de ce fait, c'est que ces poètes, qui vivaient à une époque où l'art de l'écriture était universellement répandu, furent amenés naturellement à y faire quelquefois allusion dans leurs peintures des âges héroïques : aussi, si Homère n'en eût parlé nulle part, son silence serait une forte preuve qu'il l'avait trèspeu connu. Toutefois on ne peut pas prétendre qu'il n'en ait jamais parlé; car l'Iliade contient un passage célèbre, qui peut en être certainement reconnu comme une mention, et qui ne pourrait presque pas s'expliquer autrement sans quelque hypothèse arbitraire. C'est l'histoire du Bellérophon calomnié, que Piœtus, roi d'Argos, envoie à son allié lobate, roi de Lycie, en le chargeant de lui porter une tablette fermée sur laquelle il avait tracé quelques signet mortels; c'est-à-dire, comme le prouve la suite de l'histoire, donné à son ami l'ordre secret de (aire périr le porteur. Nous ne pouvons pas entrer ici dans un examen détaillé de ce passage, qui a été le sujet d'une controverse peut-être plus vive qu'il ueje méritait. On s'est demandé si la tablette contenait des caractères alphabétiques, ou simplement un dessin. La première de ces deux interprétations semble plus naturelle et plus facile que la seconde : mais si elle est admise, elle prouve seulement, — ce qui pouvait être à peine mis en doute, même avant ce témoignage, — que le poète n'était pas tellement ignorant de l'art de l'écriture, qu'il n'eût jamais entendu parler de son existence. Un tel degré d'ignorance serait presque incroyable à une époque où les Phéniciens avaient depuis longtemps fréquenté les ports de la Grèce. D'un autre coté, si la tablette ne cou tenait qu'un dessin ou une série de figures Imitatives (l), il devien-

(i) On n'&terail et wi n'ajouterait rien A l'argument en supposant que les caraclèrm étaient îles chiffres conTenlionnels. Mais une telle conjecture «ut a peine une menti nu.

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