‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 51 sur 143 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

BETÛUfl DES HtHACLIOES.

La guerre de Troie, telle qu'Homère l'a racontée, ne fut pas, quel- g, que idée que l'on se forme de la grandeur de l'expédition et de la con- or*. quête, un événement qui produisit nécessairement des effets importants Trel sur la condition de la Grèce ; aucune raison connue ne dut empêcher tous les princes et les chefs survivants de retourner dans leurs royaumes, dès qu'elle fut terminée, pour y jouir, dans un honorable repos, des fruits de leur victoire, et de transmettre paisiblement leur couronne à leurs descendants (2). Aussi l'Odyssée nous représente- -t— elle diverses contrées de laGrèce, surtout les domaines de Nestor et de Ménélas, soumises, après la guerre, aux héros qui avaient combattu sous les murs de Troie , et pouvons-nous induire de ce fait que In grande lutte natiouale fut suivie par une période de tranquillité générale. D'un autre coté, le poëte nous apprend qu'après la chute de Troie les vainqueurs encoururent la haine des dieux, qui avaient auparavant épousé leur cause, L'Odyssée tout entière est consacrée au récit des calamités dont la colère divine se plut à accabler les Grecs dans la personne d'Ulysse, roi d'Ithaque. Ménélas lui-même, qui, dans ce poème, jouit d'une

(t) Sur celle question soulevée par Wolf, Voir Niliscli. de Htetoria Homtri Me- Irtemata; Mûller, dans le G&llittgen Gel. Anieîgen, féï. 1831 ; Kreuzer, Vorfragen Vtbtr Moments, et surtout son ouvrage postérieur, Homtrischt Rhapsode», et Hcrm anni dans la revue ci-dessus criée. Bauniuarteii-CruBius a publié, dans \csJahrbûcher ftir Philologie vnd Padagogik de jalinpoui'1827, l'analyse de quelques ouvrages moins important! sur ce même sujel. — (2) Voir B Thiersch. p. tfiJi el suiv. ri son Essni dans le Jahrbiicher fur Philologie und Padagogik, de Jnlin 1826 Wtbtr Honurtts' Eutwpœischen Vruprung, p. HO); et pour l'hypothèse opposée, Plus» (d;ins le Neuet Archiv fur Philologie tmd Pœdagogik de Seehmlc 1828], Vernu-h utber den Trojanisehen Krieg als HittorUch* Thatsache, p. 60.

. grande prospérité à Lacédémone, n'avait pu atteindre son royaume qu'après avoir erré pendant longtemps sur des mers et dans des con-

■ trées éloignées. Ajax, fils d'Oïlée, était mort englouti par les vagues. Àgamemnon, a son retour à Argos , avait été assassiné par ^Egisthc, qui, pendant son absence, avait séduit Clytemneslre, sa femme, et usurpé le trône de sa victime, qu'Orestes, l'héritier légitime, nedevait pas recouvrer avant l'expiration de plusieurs années, Néoptolème, fils d'Achille, Philoctcte, un des chefs thessaliens, Diomè.le d'Argos, Idoménée de Crète, reviennent sains et saurs dans leurs royaumes avec tous leurs compagnons; le poète le dit expressément; mais il ne nous apprend pas dans quel état ils les trouvèrent, ni combien de temps ils les conservèrent. Or, à en croire des légendes postérieures, diverses pauses les forcèrent a les quitter, et à aller s'établir dans des contrées étrangères. Nous ne pouvons, il estvrai, arcorderaucuii crédit à ces traditions ou à d'autres récits semblables, car l'imagination des successeurs d'Homère a pu facilement développer le thème vague que leur fournissait l'Odyssée sur les désastres de l'armée grecque après sa victoire (l). En outre, la vanité des colonies est toujours intéressée à faire remonter leur origine à une période reculée et à un nom illustre. L'absence prolongée des chefs avait dû vraisemblablement occasionner, dans la plupartdes cas, des usurpations et des révolutions, et amener ainsi l'expulsion ou la migration volontaire de familles royales ou nobles. Mais jusqu'à quel point les choses se passèrent-elles ainsi, nous l'ignorerons toujours. Toutefois, un événement tel que la guerre de Troie dut avoir pour résultat inévitable de répandre parmi les Grecs une connaissance plus générale des Iles etdes côtes de la mer Egée, et de leur laisser uu vif souvenir de la beauté et de la fertilité des contrées de l'Asie où ils avaient livré tant de glorieux combats. Les populations qui par la suite allèrent chercher une nouvelle patrie sur une terre étrangère songèrent naturellement à ce pays; et ce fait seul, que les migrations des Grecs pri rentrée Dément cette direction dès que la Grèce fut en proie à l'anarchie, peut être cité avec raison à l'appui de la réalité de la guerre de Troie (2).

Pendant les soixante années qui suivirent la chute de Troie, l'histoire ne mentionne aucun changement important survenu dans l'état de la Grèce. A la fin de cette période, si ce n'est plus tôt, commence une longue série de guerres, d'invasions et de migrations qui finissent par introduire un nouvel ordre de choses, non-seulement dans la Grèce, mais dans la plupart des contrées voisines. La cause primitive de cette mémorable révolution se trouve probablement cachée hors de la Grèce, et toutes nos recherches pour la découvrir seraient vaines ; nous pouvons seulement reconnaître ses traces jusque dans la Thessalie, le pays où elle se manifesta pour la première fors. Les Thessaliens, venus de l'Kpire par la chaîne du Pinde, descendirent un jour sur les riches plaines des bords du Pénée, et commencèrent la conquête de celte tégiou

(i) 111,132. — (2) Plnss., p. G3.

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