CHAP. TH. - RETOUR DES HÉBACLIDES
qui devait garder leur nom. Combien de temps après la guerre de Troie a™u.c. eut lien cet événement ? II nous est impossible de le conjecturer. Comme "**• ils étaient partis de l'Épire thesprotienne, habitée anciennement par i« Thcles Pélasges, ils appartenaient probablement à cette race, et ce qai ten- fi™dtvÈ'drait A confirmer cette opinion, c'est que, bien qu'ils n'atteignirent ja- £™ ™ Tljeik mais le même degré de civilisation que les autres Grecs, ils parlèrent la même langue. Quelques particularités presque insignifiantes de leur costume national, et fe reproche de légèreté, de perfidie et de sensualité grossière (l), toujours adressé plus tard à leur caractère, ne pourraient pas nous autoriser à supposer qu'ils étaient d'une origine totalement étrangère, — une tribu lllyrienne, — qui avait adopté la langue du peuple conquis (3). Plusieurs écrivains donnent Hercules pour père à Thessalus, leur ancêtre fabuleux ; selon d'autres, T h essai us était. le filsd'Hœmon,dequi la Thessalie avait anciennement reçu le nom d'Hsmonie. Cette dernière généalogie fut peut-être fabriquée dans l'unique but de leur donner des droits légitimes A la possession des pays qu'ils avaient conquis , et comme des migrations eurent Heu de trèsbonne heure, A ce qu'il parait, de la Thessalie dans l'Épire, il se pourrait que leur prétention eût été en effet, jusqu'à un certain point, fondée. On a dit aussi qu'ils avaient eu pour chefs des descendants d'Antiplius et de Phidippus qui faisaient remonter leur filiation par Thessalus à Hercules; et pourtant, dans les catalogues d'Homère, ces deux chefs amènent de Cos et des Iles voisines, sur la cote d'Asie, les forces qu'ils commandent (3). N'y aurait-il pas aussi un fond de vérité dans cette assertion : bien que la nation fût pélasgique', quelques-uns de ses chefs ne purent-ils pas être d'une race hellénique pare? Leur passion pour les chevaux , et leur habileté A les dompter, rendirent toujours les Thessaliens célèbres ; ce fut probablement A leur cavalerie, arme nouvelle A cette époque pour les Grecs, qu'ils durent en grande partie leurs succès. Leurs progrès furent toutefois graduels. Les Achéens, les Perrhœbes, les Magnètes, leur opposèreut une longue résistance (4). Parmi les tribus qui se soumirent le plus-tôt A leur joug, nous mai- iu<*>»Dt donnerons les Béotiens, alors établis sur le territoire central del'yEolide, ta "*■*'"■ où les JEoiivns, ses anciens habitants, paraissent avoir été mêlés à une race différente qui donna son nom A toute la population. Selon l'opinion ta plus commune, cette race était venue de Tlièbes après en avoir été chassée par les Thraces et les Pélasges, lorsque cette ville eut été détruite à la fin de la guerre avec Argos (à); fait assez vraisemblable, etqui pourtant a peut-être été inventé aussi dans le but de prouver qu'ils n'en-
(i) Sur la perfidie des Tlicssolicns, toïr Voenicl, Prolcg. ad Demosth., Phil i, $24, n. 8; et Tir. Lit., ixxrv.Sl; sur leur gloutonnerie, Athén., i, 12et n, p. 47, b; sur leurs débauches, presque aussi excessives nue celles des jeu» floraux à Rome (Val. Mm., il, 10, 8; Allién.. nu, p. 607, c.) — (21 Voir Huiler, Doriens, introduction, § 4, el comparer In remarque d'Héraclids de Ponl, dans Alhén., nv, 19, et In description qui suit du cnraelère «Milieu. — (3) Voir Bocckh. EœpHc. ad PinA. Pylh., x (toi. ni, p. 532).— (4) Ariïlole, Polit., n, 9. — {!>) Sfral... ix, p. 401.
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""Si ' vahirent point sans quelques droits leurs nouveaux domaines, mais qu'ils reconquirent la fiée tie comme un héritage' légitime, et exercèrent de justes représailles en en chassant les usurpateurs pélasgiques. Aussi, bien que le catalogue d'Homère et Thucydide sanction tient la tradition vulgaire, la généalogie fabuleuse, qui fait de Boeotus, leur ancêtre, un fils d'Itonus et d'Arné, fille d'^Eolus, est-elle peut-être l'expression la plus simple et la plus fidèle de tout ce qu'on savait réellement de leur histoire et de leurs relations primitives. Car Arnéet Iton furent deuxde leurs principales villes , et le temple de la Minerve Itonienne, sur la rivière Coralius, était leur sanctuaire national. i«M*foM°û 1^ conquête de la Thessalie fut suivie d'une migration générale des "Sot! d" nommea. Hhres de l'j£o!tde. Tous les anciens habitants de ce pays, qui y restèrent, étaient ou devinrent serfs, sous le nom particulier de Pénestes (l). Les émigrants se dirigèrent vers le pays appelé depuis lors Béotie ; il leur fallut, à ce qu'il parait, beaucoup de temps pour le subjuguer complètement, et ils eurent à vaincre une résistance opiniâtre; d'une part, Éphore a conservé le souvenir d'un armistice, conclu entre lesTuraces de l'Hélfcon et les Béotiens pour un nombre de jours déterminé, traité que les premiers interprétèrent si strictement, qu'ils ne se firent aucun scrupule de surprendre le camp béotien pendant la nuit ; et d'autre part, une curieuse légende, parvenue jusqu'à nous, nous apprend qu'une ambassade avait été envoyée par les Béotiens et les Pélasges à l'oracle de lîodone, qui trahit sa partialité en faveur des derniers, en ordonant à leurs ennemis de commettre quelque outrage impie (2). L'Arné béotienne, dont Homère a vanté les vignobles fertiles, avait, sans aucun doute, reçu son nom de l'Ame thessalique, et doit avoir été un des premiers points occupés par les conquérants. A l'époque où vivait Strabon, sa position réelle n'était plus connue; on se rappelait seulement qu'elle se trouvait située à peu de distance du lac Copaïs ; quelques écrivains la plaçaient si près du lac, qu'elle avait été, disaient-ils, recouverte par l'élévation du niveau de ses eaux ; d'autres la retrouvaient sur la rive orientale, dans Acrsephion, qui passait pour avoir , dès les temps les plus anciens , fait partie du territoire thébaiu. Chéronée aussi avait, à en croire certains auteurs, porté le nom d'Arné (3), et, selon Plutarque (4), elle fut la première ville occupée par les envahisseurs; même du temps des Romains, elle comptait parmi ses citoyens un descendant du devin Pcripostas, qui accompagnait le roi Opheltas à son départ de la Thessalie. Toutefois, on a quelques raisons de croire que l'Ame la plus ancienne était située près de Coronée , car la fête nationale de la Pambœalia se célébrait par des jeux dans le voisinage de cette ville, sur lesbords d'une rivière appelée Coralius, non loin <lu temple de la Minerve itonienne ; noms qui semblent révéler que les conquérants formèrent en ce lieu leur premier établissement, quand les souvenirs qu'ils avaient (1) ntvûrai, cultiïaieurs. Selon quelques auteurs (Aruhemachus dans AtMn., vt, 83), ils furent, dans l'origine, appelésMevio™, comme attachés au sol. — (2] Sirab., ix, p. 401 , 402.— (.1] Stepti. Bji., X«.f«vu«. — (4) Cimon, i.
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bissés derrière eux, dans les environs de l'Ame thessalique, n'avalent «.tmI.cpas encore eu le temps de s'effacer de leur mémoire (l). Ce serait, a naL ce qu'il parait, de cette position centrale que les Béotiens auraient porté leurs armes, soit successivement, soit en même temps, mais en troupes séparées, au nord, contre l'opulente Orcliomène, au midi, contre Thèbes. Une légende, qui rapporte a cette époque l'origine de l'une des fé- , tes thébaines, donne à entendre que l'armée gui assiégeait Thèbes se vit, pendant quelque temps, obligée de se contenter de ravager la contrée environnante, parce qu'elle ne pouvait pas s'emparer de la ville (2). La chute d'Orchomène et de Thèbes détermina le sort de tout lé pays. Selon l'assertion que Thucydide fait émettre aux Thébains, dans leur réponse aux Plntéens prisonniers, Platée fut conquise après le reste . de la Béotie. Les Thébains se vantent d'avoir fondé la ville, après avoir expulsé de cette localité une race mixte qui l'occupait antérieurement. Telle était, selon toute probabilité, l'opinion généralement répandue à Thèbes, opinion qui fournissait à ses habitants un argument en faveur de leur prétention à une entière suprématie sur les Platéens. Mais les Platéens se vantaient de leur côté d'être un peuple aborigène : les seuls rois don t ils conservassent le souvenir étaient Asoptis etCittueron; et leur héroïne Platée était la fille du fleuve Asopus{3). Il ne serait pas impossible que le nom et la langue des Béotiens se fussent établis même dans les contrées qui ne changèrent pas de population, et que l'hostilité manifestée contre Thèbes par les Platéens a toutes les périodes de leur histoire eut dû sa naissance ou sa force au sentiment intime d'une origine différente. La conquête de la Béotie, comme celle de la Thessalie, occasionna de nombreuses émigrations; un corps considérable de ces fugitifs, auquel s'étaient jointes des troupes d'aventuriers du Péloponèse, commandés par des descendants d'Agamemnon, s'embarqua pour l'Asie. Ces expéditions constituèrent )u migration aolienne, ainsi appelée de la race qui y prit la part principale, bien qu'elle en comptât beaucoup d'autres. Nous raconterons ailleurs son histoire. Un certain nombre de familles cherchèrent aussi un refuge dans l'Attique et dans le Péloponèse. Les Pélasges qui fortifièrent une partie de ta citadelle d'Athènes, et qui s'emparèrent plus tard de Lemnos, passaient pour des émigrants de la Béotie. Leurs alliés, les Thraces, se retirèrent a l'Ouest, et s'établirent pour quelque temps dans le voisinage du Parnasse, où Us disparaissent entièrement aux regards de l'historien.
A quel point et comment ces révolutions se rattachent-elles à une JffiJ™ autre encore plus importante, — la migration des Doriens des pays qu'ils habitaient à la base septentrionale du Parnasse, dans le Péloponèse,— postérieure de vingt années, selon Thucydide, A l'expulsion des Béotiens de la Thessalie? On ne le sait pas d'une manière positive. On ignore si les Doriens furent chassés de la Thessalie par la même invasion qui fit fuir les Béotiens, ou s'ils s'étaient préalablement établis à
m Str«b.,«,p. 411.— (41 Proclut, Chrestont., 26, p. 386, éd. Gaiif. — (3) P«u»., ix, f , 2.
nxttl.c l'extrémité supérieure de la vallée du Céphyse et dans la région voi- "°'- Bine. Diverses causes faciles à imaginer purent, dans cette période de bouleversement général, les déterminer à quitter la Doride, bien que le petit pays, appelé, par la suite de ce nom, semble n'avoir eu à souffrir d'aucune Invasion hostile. Mais comme il ne formait probablement qu'une partie de leur territoire, si le reste leur avait été enlevé, ils purent se trouver forcés d'aller chercher ailleurs une nouvelle patrie. Toutefois les écrivains de l'antiquité attribuent leur migration à un motif différent. Ils s'accordent tous dans leurs récits. A les en croire, après la mort d'Hercules, ses enfants, persécutés par Eurysthée, se réfugièrent dans l'Attique, où ils défirent et massacrèrent ce tyran. Leur ennemi mort, ils reprirent possession de leur patrimoine dans le Péloponèse ; mais ils ne jouirent pas longtemps des fruits de leur victoire. Une peste qu'ils attribuèrent à la vengeance des dieux les força de nouveau à s'exiler. L'Attique leur offrit encore un asile. Quand ils commencèrent à recouvrer les espérances qu'ils avaient perdues, un oracle ambigu les persuada qu'ils pénétreraient enfin heureusement par l'Isthme dans le pays de leurs ancêtres, après avoir récolté leur troisième moisson. Mais à l'entrée du Péloponèse ils rencontrèrent les forces unies des Achéens, des Ioniens et des Arcadiens ; leur chef Hyllus, le fils aîné d'Hercules, proposa de terminer la querelle par un combat singulier, et les confédérés péloponésiens choisirent pour leur champion Echémus, roi de Tégée. Hyllus ayant succombé, les Héraelides se trouvèrent obligés, aux termes de leurs conventions, de renoncer à leur entreprise pendant cent ans. Toutefois Cléodœus , fils d'Hyllus, et Aristomachus, son petit-fils, renouvelèrent sans plus de succès sa tentative. Quand Aria tomachus eut été tué dans un combat, l'oracle ambigu fut expliqué a ses fils Aristodémus, Téménus et Cresphontes ; ils apprirent alors que le temps — la troisième génération — était venu où il leur serait permis d'effectuer leur retour, non toutefois comme ils le croyaient, par l'Isthme, qui était gardé, mais par l'entrée du golfe occidental, dont un canal, large seulement de quelques centaines de mètres, sépare les deux rives opposées. Ainsi encouragés, avec l'aide des Doricns, des ^ïloliens et des Locriens (i), ils traversèrent ie détroit, vainquirent Tisamène, fils d'Orestes, et se partagèrent entre eux la plus belle partie du Péloponèse, Eiamrn I.c témoignage unanime de l'antiquité confirme la légende qui rapporte
tel'égeodft 1"* les Doriens furent conduits à la conquête du Péloponèse par des princes d'origine aiihéenue, les héritiers légitimes des anciens rois de ce paysyCette opinion était déjà devenue populaire dès le temps d'Hésiode. ' Elle fut admise, non-seulement par les Doriens eux- mêmes, mais par les nations étrangères. La protection que les Athéniens accordèrent aux Héraclides contre Eurysthée continua d'être, jusqu'à la dernière période
{!) Les Locriens trompe rcnl, dit-on, les Pcloponésiens. Ils s'etoieni engages h 1rs avertir par des signaux, si le» Doriens tentaient île traverser le délroi t. Ils manquèrent n leur promesse, el-esPctopuuéiiensfurcul vaincu* par surprise. Polyb., dans Mai. Ser. Vtt., u, p. 386.
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de l'histoire grecque, un des thèmes favoris des poètes et des orateurs a™ altiques; et la tradition conserva le souvenir du district assigné pour résidence aux exilés. Pendant la guerre des Perses, les Tégéates réclamèrent un poste d'honneur dans l'armée grecque, et firent valoir, comme un titre à ce privilège, la victoire remportée par Echémus sur Hyllus. Peu de traditions peuvent se vanter d'une plus haute autorité; le fait, considéré en lui-même, n'est pas indigne de foi, et il admet divers commentaires, qui serviraient à expliquer ses principales improbabilités apparentes. Quoique, dans l'origine, les Doriens et les Achéens différassent énormément entre eux, sans aucun doute, presque sur tous les points, ces différences purent disparaître entièrement en quelques générations, lorsqu'un petit corps d'une nation eut été incorporé dans l'autre. La faiblesse et l'anarchie des Doriens, aux premiers temps de leur histoire, tendent à faire croire qu'ils furent toujours alors disposes à recevoir parmi eux des étrangers qui y arrivaient recommandés par une naissance illustre, par leurs richesses ou par leur mérite, et qu'ils formèrent avec les Béraclides une nouvelle tribu; ou, que si ceux-ci ne furent pas assez nombreux, ils les admirent dons une de celles qui existaient déjà, et qui, depuis lors, porta un nouveau nom. Toutefois, malgré leur vraisemblance , ces faits ont été contestes. On s'est appuyé, pour les rejeter, sur des motifs qui ne manquent certainement ni de force ni de fondement, s'ils ne l'emportent pas sur tous les arguments allégués en leur faveur. Ils peuvent avoir été inventés ; fussent-ils vrais d'ailleurs, ils se concevraient encore moins aisément que l'occasion et les motifs de leur fabrication ; car, dans l'histoire primitive de la Grèce, de tels événements furent, sans aucun doute, beaucoup plus rares que de telles fictions. L'origine des tribus doriennes , comme celle de toutes les formes politiques semblables qu'une nation avait revêtues dans les premiers temps de son existence, dut plutôt, selon toute probabilité, avoir été oubliée et attribuée à des personnages imaginaires, qu'avoir laissé des souvenirs précis. C'est ainsi que les choses se passent d'ordinaire; c'est ainsi qu'elles durent se passer par rapport aux deux tribus qui dérivaient, dit-on, leur nom des fils d'jïgimius; et pourtant, par un singulier anachronisme, une légende rapporte que Pamphylus et Dymas succombèrent dans la dernière expédition qui rendit leurs compatriotes maîtres du Péioponèse, et une autre représente Pamphylus comme vivant encore dans la seconde génération, postérieure à la conquête (!]. Que la famille royale se vantât de descendre d'Hercules, bien qu'elle fût, en réalité, d'origine dorienne, ceux-là seuls s'en étonneront qui croient que les exploits attiibués à ce héros ont été accomplis par un seul homme qui a réellement existé. Mois s'il y eut un Hercules dorien, comme un Hercules achéen, et comme un Hercules thébain, les motifs qui portèrent les Doriens à les confondre après la conquête de leur nouvelle patrie sont faciles à expliquer. Les traditions de l'Attique et de l'Arcadie, qui paraissent confir-
(1) Apoli-, ti,8,3,9; P*us., n, 28,6. .
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<S( HISTOIRE de la ghkciî.
t j. c. mer la légende vulgaire, purent Être mises d'accord avec elle , bien ""' que leur base réelle ou imaginaire fût primitivement différente : le culte d'Hercules introduit dans cette partie de l'Àttique où les Héraclides passaient pour avoir fixé leur résidence temporaire (i), et la longue lutte de Tégée et de Laeédéraone, ouvrirent à la fiction un vaste théâtre. Mais nous nous sommes peut-être appesanti trop longtemps sur un point douteux, peu important après tout, puisqu'il ne touche en rien, ni à l'histoire, ni aux institutions ds la race conquérante. Nous reprenons donc le récit de l'expédition des Dorlens. Dansai Les envahisseurs se dirigèrent à l'ouest, et descendirent sur la cote é'w'io- du golfe de Corinthe prés de Naupacte ; ils allaient demander un utile =- secours aux £tollens de Cal y don avec lesquels ils entretenaient peutêtre, depuis quelque temps, des relations amicales, car Hyllus passait pour le fils de la princesse clolienne Déjanire. Les progrès des farouches tribu» de l'intérieur, qui finirent par détruire complètement la vieille race hellénique de Calydon, peuvent avoir été, pour les deux nations, le principal motif de leur migration. Selon la légende vulgaire, les Héraclides furent conduits daus le Péloponese par Oxylus, chef cetolien et leur parent, car il appartenait à la ligne d'OEneus, père de Déjanire, protégé jadis, comme yEgiroius, par le bras d'Hercules contre un ennemi formidable, les Thesprotes d'Ephyra (S). Oxylus prétendait à la possession de l'EIide, en vertu des mêmes droits sur lesquels ses alliés s'appuyaient pour réclamer les royaumes des Pélopides. La base de sa statue, élevée sur la place du marché d'Élis, portait une inscription constatant qu'^tolus, un de ses ancêtres, à la dixième génération avait quitté Élis, la demeure primitive de son peuple, les Épéens, et conquis cette partie du pays des Curetés appelée depuis étoile. Ce fait était confirmé par une inscription correspondante, gravée sur la statue d'jEtolus, dans la ville tetolienne de Therme. -Etolus avait changé de patrie, parce que la fatalité lu) avait fait commettre un meurtre. Forcé de s'exiler pour une cause semblable, Oxylus rencontra sur la terre étrangère les fils d'Aristoraacbus qui le prièrent d'accepter le commandement de leurs forces, car un oracle avait déclaré qu'ils ne réussiraient qu'à celte condition. Pour prix de son consentement, il exigea d'eux son royaume héréditaire de l'EIide (3). L'heureuse issue d'un combat singulier entre un de ses compagnons œtoliens et un chef épéeu le remit en possession des domaines de ses ancêtres (4J. A en croire la fin de la tradition, il usa avec sagesse et douceur de sa victoire. Il permit aux anciens habitants, qui avalent été forcés d'abandonner une partie de leurs terres aux envahisseurs œtoliens, de garder le reste en qualité de
(1) P«us., i, 1S, 3. — (2) Apoll., il, 7, 6, A. — (3) Apoll., n, 8, 3, 3. — (4) Degmenua l'Ëpéen se présenta dans h lice, armé d'un arc ; maie il fut terrusé pur une pierre nue lui lança, arec 6a fronde son adversaire IMitoKen Pvrtecliraes. Slmli., vm, p. 337. La rue Sinpé {Au Silence] à Elis conservait, selon l'opinion des anciens, le souvenir d'un événement qui tendait a prouver qu'Elis était jadis une ville fortifiée, et qu'elle avait été assiégée par Oxjlus. Paus VI, 23, 6. llomparei avec Slrab., vin, 557, 358. .
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CI1AP. VII. — KEYOl'R DES IIÊRACUDES. 1*t
propriétaires Indépendants; il accorda différents privilèges à Dius, le j roi dépossédé, et il conserva, sans y rien changer, les honneurs sacrés que l'on rendait à Augtas et aux autres héros Indigènes. Il est possible que le fond de cette tradition soit vrai ; toutefois, on ne peut guère douter que la nouvelle conquête n'ait occasionné dans l'Elide, comme dans les autres parties du Pélopouëse, une migration des anciens habitants. Des raisons politiques ont pu contribuer, en même temps que leurs liens d'affinité nationale, a disposer les Éléens à vivre en bonne intelligence avec les compagnons d'Oxylus, Selon les anciennes traditions, ils furent constamment en guerre avec leurs voisins méridionaux, les habitants de Pise, et les sujets de Nestor, et ils consentirent probablement volontiers à accepter , et même ù acheter par quelques sacrifices, un accroissement de force qui assurait leur supériorité. La conquête ne produisit pas d'antre révolution Immédiate dons la partie nord-ouest de la Péninsule. Le territoire de Pise continua; longtemps après d'être gouverné par ses princes indigènes, qui ne subirent jamais le joug des souverains de l'Elide. Le reste du pays, appelé depuis l'Elide, — soit qu'il fut resté sous la domination de Hélée, soit qu'il eût changé de maîtres, — conserva son indépendance pendant plusieurs siècles; cependant, nous le verrons occupé peu de temps après par une nouvelle colonie.
Oxylus craignit, dit-on, que la vne du pays fertile qui lut avait été promis comme la récompense de son secours, n'inspirât aux Héraclldes ta tentation de violer leur parole ; il ne les conduisit pas le long de la côte occidentale, mais 11 les lit passer par l'Arcadie pour aller gagner ta contrée qu'ils réclamaient comme leur patrimoine. La tradition n'a conservé le souvenir d'aucune tentative de résistance de la part des Arcadiéns ; au contraire, Cypsélus, qui est désigné comme rot de ce peuple, donna sa fille en mariage à Cresphontes. Mais, à cette époque, l'Arcadie était très- probable ment divisée en un grand nombre de petits États. Tandis que l'un d'entre eux manifestait des dispositions si favorables, d'autres auraient donc pu se montrer hostiles et résister. Telle fut petit-être l'origine de la rivalité de Tégéc et de Sparte. Toutefois, les envahisseurs ne fondèrent aucun établissement dans l'Arcadie; se bornant à la traverser, Ils marchèrent à la conquête des pays soumis a la maison d'Atrée, et gouvernés alors par Tisamène, Hls d'Orestes. Les i traditions varient beaucoup sur le sort de Tisamène. Selon une légende, " il périt en combattant les Héraclides (l); selon une autre (2), Il abandonna son territoire, et il conduisit tous les Aehéens qui désiraient rester Indépendants contre les Ioniens sur la côte dn golfe de Corintue. D'abord, dit-on, il proposa aux Ioniens de s'unir aux Aehéens. à la condition de faire un partage équitable des terres, et ce fut seulement la jalousie des princes Ioniens, qui craignaient que Tisamène ne devint le seul roi de la nation unie, qui empêcha l'adoption de cette proposition. Il fallut donc recourir aux armes, et le victoire se prononça en fa-
(1) Apnll., ir, 8, 3, ». — (2) P»us., vu, I, 8.
Avant J. g. vcur des Achéens. Les Ioniens, après leur défaite, se réfugièrent dans "•'■ Hélice, leur ville principale, mais ils finirent par capituler en ne demandant aux conquérants que la permission de quitter le pays. Depuis lors cette partie du Péloponèse porta le nom d'Achaîe. Selon une tradition, Tisamène fut tué dans la bataille décisive, et enseveli à Hélice, d'où les Spartiates, à une époque postérieure, transportèrent ses restes à Lacédémone, par l'ordre de l'oracle de Delphes (l). Mais, à en croire une autre tradition (3), il régna dans l'Achaïe après le départ ou la soumission des Ioniens. Quelques années plus tard , une partie des Achéens, sous le commandement d'Agoiïus, descendant d'Agamemnon, fondèrent une colonie dans l'Elide, où les avait appelés, dit-on, Oxylus, après qu'un oracle lui eut ordonné de partager ses nouveaux domaines avec un des Pélopides (3). Peut-être, eu appelant les Achéens, Oxylus voulait-il se constituer un droit à la possession de l'isc, l'ancienne résidence de Pélops. Les Ioniens, dont les Achéens venaient prendre la place, cherchèrent d'abord un refuge chez leurs compatriotes, dans l'Attique, et lorsque ce petit pays ne put plus les contenir tous, ils suivirent l'exemple des jEÔliens : s'associant à des troupes de fugitifs et d'aventuriers de diverses races , ils mirent à la voile pour la cote d'Asie.
Pm-uge d i Après la mort ou la retraite de Tisamène, la légende poétique de la ÏXSTh"- conquête représente les Héraclides comme uniquement occupés du parnciiiie». tagede son royaume. Aristodémus, ainsi qu'on le croyait partout, excepté à Sparte (4) n'était pas entré dans le Péloponèse; il était mort à Delphes, tué, soit par un coup de tonnerre, soit par une flèche d'Apollon, ou, selon une troisième tradition, égorgé par des assassins, alliés à la maison d'Atrée (5). Il avait laissé deux fils jumeaux, Proclès et Eurysthènes, et sa succession se partagea en trois parts : un tiers en commun pour Proclès et Eurysthènes, les deux autres tiers pour Téménus et Cresphontes. Les quatre héritiers élevèrent trois autels et célébrèrent sur chacun d'eux un sacrifice en l'honneur du père divin d'Hercules; puis ils jetèrent trois lots dans une urne remplie d'eau. Il avait été convenu entre eux que les lots seraient des pierres, et que le premier tiré gagnerait Argos, le second, Lacédémone, le troisième, la Messénie. Mais Cresphontes, pour être sûr de gagner la plus belle part, jeta dans l'eau une boule de terre qui, s'étant dissoute, resta au fond de l'urne, tandis que les lots de ses compétiteurs étaient tirés (G). Selon une autre forme de la légende , Argos avait été réservée à Téménus, qui s'unit à Cresphontes pour tromper les enfants d'Aristodémus(T). Le partage achevé, on trouva sur chacun des trois autels un animal différent, et les augures prédirent, d'après ces prodiges, la destinée et le caractère des trois peuples auxquels ces autels appartenaient. Un crapaud avait été vu sur celui d'Argus; les dieux lui donnaient ainsi le conseil de s'abstenir de toute agression ambitieuse etdc se contenter de ses limites
(i)Pnus.. vu, 1,8.— (ÈPoljb., ri, 4L — (3) Paus., v, i,\— {*) Hérod., vi, M. — (S) Apoll., h, 8,2,9; Pau»., ni. 1, 6. — (6) Apoll., il, 8, i, 2. — (7) P«u»., t 3,U
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