CHAPITRE VIII
LÉGISLATION JDE LYCUHGIÎE.
Nous revenons maintenant aux Doiiens du Péloponese. Bien qne nous Amit j. c. ne possédions qu'un très-petit nombre de renseignements relatifs à ce œtpays dans les temps primitifs, l'histoire des Doricns est un peu moins obscure, et beaucoup plus intéressante, que celle des autres tribus grecques durant la même période. Nous verrons d'abord par quels degrés successifs Sparte parvint à acquérir sur les autres États doriens une su-
(l)À7i;uu. — {2} Kpliore, dans Strahon, i, p. 483,— (5) Ariulnl., Pol.,nt 10.
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iot j. c. prématie, qui finit par s'étendre sur toute la Grèce. Tel est l'événement le plus fmportant de la période comprise entre le retour des Héraclides et les guerres persiques. 11 eut eu partie pour cause l'addition considérable que Sparte fit à son territoire, en y annexant celui de l'État qui l'avoisinait du côté de l'Occident. Mais cette conquête peut être regardée en elle-même comme un résultat de ces institutions particulières qui, dès qu'elles furent fermement établies, fixèrent son caractère et réglèrent sa destinée jusqu'à In fin de son existence politique, et qui, considérées isolément, forment un des sujets les plus intéressants que puissent se proposer d'étudier l'homme d'État et le philosophe dans l'histoire de la Grèce.
MDiomdi- Avant d'essayer de décrire la constitution de Sparte, nous devons
"lÏcuJ- mentionner [es opinions diverses qui ont été émises sur son origine et sur son auteur. Les écrivains anciens et modernes la regardent le plus ordinairement comme l'œuvre d'un seul homme, comme le fruit de l'heureux génie ou du caractère dominateur de Lycurgue, à qui on a généralement attribué le mérite, sinon de lavoir inventée, du moins de l'avoir introduite et établie parmi ses compatriotes. Considérée sous ce point de vue, elle ajustement excité, non-seulement l'admiration, mais l'étonnement : elle semble un prodige de l'art, que nous contemplons comme une pyramide égyptienne, — un édifice dont l'exécution est merveilleuse, mais dont le but primitif reste enveloppé d'un profond mystère. — Nous admirons l'influence que le législateur a exercée sur ses semblables ; mais, si sa hardiesse et son succès nous étonnent, nous ne pouvons nous empêcher de soupçonner qu'il dut être en partie dominé par le désir d'élever un monument extraordinaire à sa propre renommée. Selon l'opinion opposée, la constitution de Sparle ne dut, pour ainsi dire, rien à l'art ; elle naquit spontanément, et le peuple chez lequel elle se développa n'eut presque rien à faire pour l'amener à son plus haut point de perfection. L'intervention de Lycurgue se trouve * ainsi resserrée dans une limite si étroite, que l'existence de ce célèbre législateur devient même une question fort incertaine et peu importante. La vérité se trouvera peut-être dans un juste milieu eutre ces deux-points extrêmes. Les raisons qui nous défendent d'adopter complètement l'une ou l'autre de ces deux opinions seront mieux comprises si nous étudions d'abord l'histoire de Lycurgue lui-même, telle que nous l'a transmise le témoignage général des anciens, avant de résumer les renseignement? qu'ils nous ont légués sur le but et le caractère de ses institutions.
Les auteurs qui mentionnent uu fait varient souvent sur sa date et sur ses circonstances; mais leur désaccord dans ses détails, si grave qu'il soit, ne peut jamais être, l'expérience l'a prouvé, un motif suffisant. "du douter de sa réalité. Examinées avec plus d'attention, les différences chronologiques qui frappèrent si vivement Plutarque, dans les diverses
« »t (*- traditions relatives à Lycurgue, ne paraissent pas très- cou si dé râbles. ,' y~ Xenophou, il est vrai, da&s un passage où il se propose d'exalter l'antiquité des lois de Sparte, mentionne une légende, ou une opinion, qui
fuit de Lycurgue un contemporain des Héraclides (l). Cette allégation aiuij.c. toutefois ne doit peut-être pas être interprétée plus littéralement qu'une 884' autre assertion d'Arlstote, qui, dans un de ses ouvrages parvenu jusqu'à nous, semble supposer que le législateur vécût après la (in des guerres m esséniennes (2). La grande majorité des témoignages de l'antiquité relatifs à Lycurgue, en y comprenant ceux d'Aristote et de Thucydide, fixe l'établissement de sa législation au neuvième siècle avant notre ère. Les variations de date qui rentrent dans cette période n'ont aucune importance, si elles ne sont pas simplement apparentes. Un pareil désaccord, qui révélait quelque incertitude, existait aussi par rapport à sa filiation. Après la mort d'Aristodèrae, ses deux Ris, Eurysthèues et Proclès, se partagèrent, nous l'avons déjà vu, le trône de Sparte.' La royauté continua d'être héréditaire dans ces deux ligues, qui exercèrent une égale autorité, bien que celle d'Euiysthènes obtint une certaine préséance, ou dignité supérieure, fondée sur sa priorité de naissance supposée. Ce ne? fut pas toutefois de ces ancélres éloignés que les deux familles royales dérivèrent leur dénomination distiuctive ; la branche ainée dut à Agis, llls d'Eurysthènes, le nom d'Agides ; Eurypon, le successeur de Soiis, fils de Proclès, donna à la branche cadette celui d'Eurypontides : fait remarquable, que n'explique pas d'une manière satisfaisante la renommée guerrière de ces princes, et qui indique peut-être une lacune cachée dans chaque dynastie. Agis eut pour successeurs Echestratus et Labotas ; et, selon Hérodote, ce fut durant la minorité de Labotas, que Lycurgue, sou tuteur (3), gouvernant en qualité de régent, employa le pouvoir qui lui était ainsi accidentellement confié pour établir ses institutions. Cette assertion contredit tout à ta fois la chronologie reçue, et la tradition la mieux prouvée, qui constatent que le législateur appartenait à la branche des Eurypontides. Selon l'opinion commune, il était llls d'Eunomus, petit-fils d'Eurypon, bien que le poète Simonide, adoptant une généalogie différente, l'ait désigné comme fils de Prytauis, qui passe généralement pour le père d'Eunomus, et le successeur immédiat d'Eurypon. * Eunomus fut tué, dit-on, dans une dispute qu'il s'efforçait d'apaiser. Son fils aîné, Polydectes, lui succéda; mais il mourut peu de temps après sans laisser d'enfants. La couronne revenait donc de dfoit à .Lycnrgue; toutefois, comme la veuve de son frère reconnut bientôt qu'elle était enceinte, il déclara qu'il se démettrait de sa dignité en faveur de son enfant, si c'était un fils. A en croire les révélations de Plutarque, l'ambitieuse reine mit sa vertu à une épreuve encore plus forte. Elle lui fit proposer secrètement de lui assurer la possession du troue, à n«sh:h» la condition qu'il le partagerait avec elle, en détruisant dans son sein le dB Cb*r'1*1"" fruit de ses eut rail les. Lycurgue maîtrisa son indignation; ilfeignitmème d'accepter l'offre de la reine, et, comme s'il s'inquiétait de sa santé, il lui recommanda dé ne faire aucune violence à la nature. — «Quand l'enfant sera né, lui dit-il, il sera facile de s'en défaire. » — u II la trompa, ajoute
(1] flep. lac, x, 9. — (2) foi., n. 9. — >(3) Dea. d'Haï, (h, 49) désigne Eunouitis comme le tuteur.
kiml.c- Plutarque, jusqu'à la fin de sa grossesse, et il ne la sut pas plutôt en t8i- travail, qu'il envoya des gens sûrs pour assister à ses couches et la surveiller. SI elle accouchait d'une fille, ils avaient ordre de la remettre entre les mains des femmes ; si celait un fils, de le lui apporter, quelle que fut l'affaire qui l'occupât à cet instant. Ce fut un fils quelle mit au inonde. Lycurgue était à souper avec les magistrats, quand ceux qu'il avait chargés de cet office vinrent lui apporter l'enfant : il le prit entre ses bras, et dit aux assistants : « Spartiates, un- roi nous est né. b II déposa l'enfant sur le siège royal, et le nomma Cbarilaùs, à cause de l'éx tféme joie des assistants, qu'avaient saisis d'admiration la grandeur d'Ame de Lycurgue et sa justice. »
voyigaede Bien qu'il eût résisté à une telle tentation, Lycurgue eut, à ce qu'il «tourïïîa' paraît, la faiblesse de ne pas" oser tenir tète à une vile calomnie. La w et •» mort, reine, furieuse, l'accusa, d'accord avec ses parents, d'avoir formé le projet de se débarrasser de son fils. Craignant que ces bruits mensongers ne parussent un jour confirmés par la mort prématurée de Charilaûs, il résolut de s'éloigner : au lieu de rester à Sparte pour y exercer son autorité dans le double intérêt du jeune roi mineur et de l'Etat, il prit le parti de se retirer dans des pays où la calomnie ne saurait l'atteindre, jusqu'à ce que l'âge de son pupille et la naissance d'un héritier eussent enlevé tout prétexte à de telles imputations. Ainsi, malgré les regrets et les invitations réitérées de ses compatriotes, il passa les plus belles années de sa vie dans un exil volontaire, mais il les employa à mûrir uu plan qu'il avait déjà conçu, pour remédier aux maux dont Sparte avait si longtemps souffert, en opérant un grand changement dans sa constitution et dans ses lois. Dans ce but, il visita plusieurs contrées étrangères, il observa leurs institutions et leurs mœurs, il s'entretint avec leurs sages. La Crète et les lois de Mi nos passent pour avoir été l'objet principal de ses études; un poète crétois fut, dit-on, un de ses maîtres dans l'art de la législation ; mais les prêtres égyptiens s'honoraient aussi de l'avoir compté au nombre de leurs disciples; et les Spartiates d'une époque postérieure conservaient de nombreuses traditions qui le faisaient pénétrer jusque dans l'Inde, et s'asseoir aux pieds des brahmines. A son retour, il reconnut que les maux de l'État s'étaient empires, et que le besoin d'une réforme était plus généralement senti. Il fortifia son autorité avec la sanction de l'oracle de Delphes, qui avait déclaré sa sagesse supérieure à celle de tous les autres hommes ; puis, s 'étant assuré du secours d'un nombreux parti parmi les principaux citoyens qui prirent les ajmes pour le soutenir, il parvint successivement à faire promulguer une série d'ordonnances ou de lois solennelles (Rhetras) ( l), qui devaient établir sur une base sacrée et Immuable la constitution civile et militaire de la république, le partage de la propriété, l'éducation des citoyeus, les règles de leurs relations quotidiennes et de leur vie domestique. Plusieurs de ces dispositions soulevèrent une violente opposition qui menaça même la vie de Lycurgue ; mais sa fermeté et sa pâli) Sur le seni propre du mol jwp«, voir Nitisch, De hisl, Zfom., 1, p. 82.
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CHAP. Vin. — LÉGISLATION DE LYCURGUE. an
tience finirent par triompher de tous les obstacles, et il vécut a&stz long- i*«u t. c. temps pour voir sa grande idée, développée dans toute sa beauté, corn- 8a*" mencer son règne avec tous les signes d'un long et glorieux avenir. Le dernier acte de sa vie fut encore un sacrifice ; il se dévoua à la perpétuité de son œuvre. Il partit pour Delphes, après avoir obligé ses compatriotes, par un serment solennel, de ne faire uucun changement à ses lais avant son retour. Quand la réponse de l'oracle, qui prédit que Sparte prospérerait tant qu'elle conserverait les institutions de Lycurgue, eut mis le dernier sceau â sa constitution, il transmit cette grédiction a ses compatriotes, et, afin qu'ils ne pussent jamais être dégagés de leurs serments, il résolut de finir ses jours sur une terre étrangère. Le lien et le genre de sa mort sont enveloppés dans une obscurité qui convient an caractère du héros. Les terrains sacrés de Delphes, de la Crète et de l'Élide ont eu, selon diverses traditions, l'honneur de recevoir sa dépouille mortelle; les Spartiates lui élevèrent un temple, comme s'il eût été un dieu, et jusqu'aux derniers temps de leur histoire ils lui offrirent des sacrifices annuels.
Tel est le résumé, aussi succinct que possible, d'une tradition trop Anuqmu généralement répandue pour être rejetée comme une fiction dénuée de J™, JJÎÏÙJ* tout fondement, alors même qu'il serait prouvé qu'aucune partie ne peut insupporter l'examen d'une critique sévère. Mais la question principale est celle de savoir si l'Idée qu'elle nous donne du caractère de Lycurgue, en sa qualité d'homme d'État, est essentiellement correcte. A cet égard nous serions certainement disposé à le considérai- sous un point de vue très- différent, s'il nous paraissait que les institutions qu'il- était supposé avoir recueillies avec tant de peine, et fondées a vécue si grandes difficultés, eussent existé longtemps avant sa naissance-, non-seulement en Crète, mais à Sparte; non-seulement à Sparte, mais dans d'autres États de la Grèce. Dans notre opinion, il en fut réellement ainsi de toutes les parties importantes de ces institutions. Quanta la plupart de celles qui furent communes à la Crète et à Sparte, il semble impossible d'en douter ; et cette vérité est également évidente, soit que nous admettions, soit que nous niions que quelques établissements des Doriens dans l'Ile de Crète précédèrent la conquête du Péloponèse. Ce fut * Lyctus, dans une colonie laconienne. comme Aristote nous l'apprend, que les institutions que Lycurgue passait pour avoir prises pour modèle fleurirent lé plus longtemps dans leur pureté primitive : aussi quelquesuns des écrivains de l'antiquité prétendirent-ils qu'elles avaient été transférées de la Laconie dans l'Ile de Crète; argument qe'Éphore songeait à réfuter quand il remarqua que Lycurgue fut postérieur de cinq générations à Althœmènes, qui fonda une des colonies doriemes de cette lie. Mais, à moins d'imaginer que chacune de ces colonies produisit snnMinosou son Lycurgue, nous devons conclure qu'elles conservèrent simplement les institutions qu'elles apportèrent avec elles de la mère-patrie. Trouvèrent-elles les mêmes coutumes, déjà établies en Crète? cette question dépend de celle de savoir si une partie de la population de cette Ile était déjà dorienne. Dans toute autre hypothèse,
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Avii.t j.c. l'adoption générale des lois de Mi nos dans les villes doriennes de la -**1' Crète, et la constance avec laquelle Lyctus les conserva, sont des faits n Inexpliqués et difficiles à comprendre. Nous soupçonnons que l'opinion contraire repose sur une idée fausse de l'omnipotence des législateurs humains, idée qui a toujours prévalu parmi les philosophes, mais que l'expérience n'a jamais confirmée. On est autorisé à douter que l'histoire du monde fournisse aucun exemple d'une création politique semblable à celle qui est attribuée à Minos ou à Lycurgue. Aucun parallèle ne nous est offert par une législation dans laquelle, comme dans celle de Moïse, la religion ne soit pas, non-seulement la base, mais le principal élément du système. S'il était privé de quelque secours extraordinaire de ce genre, un homme réunirait en vain ce pouvoir absolu et cette prudence consommée que Platon jugeait nécessaires à la fondation de sa république, il serait incapable de façonner et de transformer un peuple à son gré. Toutefois nous n'appuyons pas notre' opinion sur ces raisons générales : c'est l'examen des institutions Spartiates elles-mêmes qui semble nous autoriser à conclure qu'elles furent moins le fruit des méditations et de la sagesse d'un législateur, qu'une forme de société, qui fut primitivement en rapport naturel avec le caractère des Doriens et la situation dans laquelle les placèrent leurs nouvelles conquêtes, et dont les traits principaux n'étaient pas même particuliers à ce peuple, ou à aucune autre branche isolée de la nation hellénique. ' Ljcurgua I-a question envisagée sous ce point de vue, l'Intervention de Ly-
TODtMiiîë" cui'8ue devient pour ainsi dire Inutile, et son existence individuelle peut sembler contestable ; aussi Hellanicus, qui ne mentionna même pas Lycurgue, et qui attribua ses institutions à Eurysthènes et à Proclès ( t ), paraîtrait- il avoir été beaucoup mieux Informé, ou s'être formé une idée plus exacte de la vérité, que les écrivains postérieurs qui firent honneur au législateur le plus célèbre de toutes les lois de Sparte. Mais, si digue d'attention que soit cette opinion d'Hellanicus, on ne peut pas admettre qu'elle doive l'emporter sur le témoignage unanime des autres écrivains de l'antiquité ; témoignage qui nous oblige au moins à conclure que Lycurgue ne fut pas un personnage imaginaire ou symbolique, mais qu'il fut un homme éminent, dont le nom marque une époque importante dans l'histoire de son pays. Parmi toutes les traditions contradictoires qui concernent sa vie, nous pouvons distinguer un fait général, unanimement attesté, et indépendant, en apparence, de toutes ces dissemblances de détails : il délivre Sparte des maux de l'anarchie ou d'un mauvais gouvernement ; et, a dater de cette époque, commence Kitun eu P°ur e"e une long"6 période de tranquillité et d'ordre. Mais nous ne
i. révoiuiioD trouvons nulle part des renseignements nets et précis sur l'origine et
''"'" "" ""' sur la nature véritable des désordres dont il constata l'existence, ni sur le but réel et l'esprit des remèdes qu'il leur appliqua. Pour s'en faire une idée, il faut recourir à un procédé difficile et incertain : il faut réunir entre eux des faits isolés, et en tirer des inductions. Quand ils défi) Slrab , «il, p. 566.
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crivent l'état de Sparte, antérieur à la législation de Lycurgue, Héro- atimj.c. dote et Thucydide ne se servent que d'expressions générales et vagues. n*' Le premier de ces deux historiens dit que c'était lejmys le plus mal réglé p de ta Grèce, par rapport aux relations mutuelles des citoyens et à l'accueil inhospitalier qu'y recevaient les étrangers : remarque singulière, puisque, aux plus beaux jours desa grandeur, Sparte s'est surtout rendue célèbre par la jalousie qui lui faisait exclure les étrangers de son territoire. Thucydide parle d'une longue période de dissensions civiles, antérieure à l'établissement de l'excellent gouvernement qui existaitdeson époque. Aristote nous fournit un renseignement un peu plus défini , bien que très-obscur, lorsqu'il remarque que, sousle règne de Charilaùs, le gouvernement spartiate, qui avait été une monarchie absolue, devint une aristocratie (l). Phi turque, » ia vérité, est beaucoup plu s explicite; mais il semble avoir été incapable de se former une idée claire de ce sujet. A l'en croire, la cause du mal était l' affaiblissement de l'autorité royale, affaiblissement qui avait commencé sous le règne d'Eurypon, et qui n'avait pas cessé de faire des progrès jusqu'à ce que, sous le règne de Lycurgue, -cette autorité fut réduite à rien. 'Dans sou opinion, tel était le mal auquel le législateur se proposait de remédier, en instituant un sénat destiné tout à la fois a soutenir et à limiter le pouvoir royal, et à maintenir ainsi un juste équilibre entre les rois et le peuple. La principale cause de désordre , décrite ensuite par Plutarque , était la disproportion excessive qui existait dans la distribution de la propriété privée : le second des établissements de Lycurgue et le plus hardi fut, nous apprend-il, le partage des terres. Ce remède violent, il ne l'appliqua pas seulement aux Spartiates, il retendit à tous les habitants de la Laconie; et il s'efforça d'attaquer le mal dans sa racine, par une série de règlements qui tendaient à abolir toutes les distinctions, et à exclure tous les plaisirs, propres à fournir des aliments à la cupidité privée. Plutarque n'essaye pas de signaler un rapport quelconque entre ces deux mesures dont te but était directement opposé; car la première réprime la licence populaire par une institution aristocratique, tandis Difueuiw que la seconde égalise tous les avantages de la naissance et de la for- £• „","*',][£ tune. Aussi le concours des principaux citoyens aida Lycurgue à faire ti™» d« *">adopter ia première, mais les riches s'opposèrent à la seconde avec une violence qui mit ses jours en danger. Il est encore plus difficile de concilier ce récit avec la remarque d' Aristote, qu'un gouvernement aristocratique succéda a la tyrannie de Charilaûs. Ce fait nous rappelle, il est vrai, un autre passage de Plutarque : selon cet historien, la première émeute causée par les mesures de Lycurgue alarma tellement Charilaûs, que, s'iraaginant qu'une conspiration était tramée contre ses jours, il alla se réfugier dans le sanctuaire du temple de Minerve Chalciœcos, où, peu de temps après, Lycurgue lui-même fut forcé d'aller chercher un asile (2). Mais ses craintes furent bientôt apaisées, et il aida même activement Lycurgue à faire triompher la nouvelle réforme.
(1) Pol., v, 12. — (2) Plut.,ap. Loc.,7.
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» t BBTOIRB DE LA GRÈCE.
. c Si nous admettons qu'une révolution quelconque fat réellement opérée par Lyeurgue, il semble nécessaire, afin de comprendre les deseripqui tions diverses qui en ont été faites, de supposer que sou but ne fut pas n d« précisément tel que tendrait à nous le mire croire, au premier abord, le ■"'■- langage des écrivains de l'antiquité. Tant que nous nous bornons à 'examiner seulement les Doriens de Sparte , nous sommes embarras- •sés d'expliquer l'ascendant croissant d'une classe populaire qui finit ' par fouler aux pieds les prérogatives royales, et à la tyrannie de laquelle une Institution aristocratique devient un contre-poids nécessaire, tandis que, dans le même État, un petit corps d'individus acquiert, par l'accumulation de ses richesses, une prépondérance telle sur la masse de la nation, que le législateur se voit forcé de recourir à l'expédient démocratique d'un partage général. Des extrêmes si opposés peuvent souvent, il est vrai, se trouver réunis dans une de ces phases sociales qui précèdent Immédiatement une grande convulsion politique ; mais si une telle révolution a lieu, et si la classe riche est forcée de céder, le résultat de cet événement ne sers certainement pas l'établissement d'un gouvernement aristocratique, rigide et ferme : supposer que Lyeurgue a tiré une semblable constitution de pareils éléments, ce serait en faire, non un sage, mais un magicien. Il semble impossible de comprendre la nature de sa réforme sans être autorisé à penser qu'elle détermina, non-seulement les rapports dans lesquels les Dorions se trouvèrent placés entre eux ou vis-à-vis de leurs rois , mais ceux qui les réunirent a leurs sujets, les habitants des nouvelles provinces de la Lacouie; et la tradition qui rapporte que Lyeurgue étendit sur tout le pays ses règlements agraires, semble prouver que cette opinion n'est pas entièrement hypothétique. Les auteurs qui représentent la conquête de la La— conie comme achevée quelques générations plus tôt, devraient, il est vrai , nous déterminer à conclure que la position respective des conquérants et de leurs sujets avait pris depuis longtemps son assiette définitive ; mais comme nous avons, ainsi qu'il- a été dit plus haut, dès raisons de soupçonner que la conquête elle-même fut beaucoup plus graduelle, il ne paraît pas improbable que la tâche de fixer les rapports mutuels des dl verses classes ait été finalement réservée à Lyeurgue. Parmi ces classes, nous devons le rappeler aussi, se trouvaient, outre les Achéens conquis, d'autres étrangers qui avaient aidé les Doriens dans leur entreprise, et qui, par conséquent, pouvaient sembler avoir des titres plus positifs à un partage égal des droits politiques. Un des membres des maisons royales de Sparte se montra peut-être favorable à de telles réclamations; ce fait, fort naturel d'ailleurs, concorderait avec la politique adoptée à la même époque par les rois doriens de la Messénie, et il serait possible qu'il nous fut révélé,— car l'histoire offre de nombreux exemples de semblables erreurs ou inversions de langage, — par les désirs de popularité d'Eurypon, la mort d'Eunomus et la tyrannie de Charilaùs. Eurypon serait un démagogue et Charilaus un tyran, si nous attribuons à ce dernier mot le même sens que lui donnaient vraisemblablement les Doriens en l'appliquant à Cresphontes , lorsqu'il
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voulut les réduire au même degré dé soumission que ses autres sujets ; a«m j. c et ce fat peut-être dans une lutte semblable qu' Eunomus perdit aussi ?64, la vie. ,
Les progrès graduels delà conquête peuvent vraisemblablement servir aussi à expliquer l'inégalité des fortunes territoriales, constatée parmi les Doriens; inégalité qui doit être considérée comme un effet, non d'une^ distribution primitive, ni de transferts successifs accidentels, main d'usurpations et d'empiétements violents, et qui, par conséquent, bien, que tolérée pendant quelque temps, devait finir par exciter le mécontentement, et occasionner la division des conquérants. Lors de la première invasion, un partage des terres ent probablement lieu dans cette partie du territoire qui fut occupée immédiatement par les envahisseurs doriens ; et dans ce cas, il put être fait d'après des principes d'égalité; cependant, la conquête des diverses villes et provinces soumises postérieurement a Sparte dut- vraisemblablement fournira quelques-uns des chefs principaux de l'armée des occasions de s'enrichir aux dépens des anciens propriétaires dn soi, a l'exclusion de leurs compagnons moins heureux, qui purent ainsi] être disposés à favoriser les prétentions des habitants des provinces de la Laconie.
Si cette supposition correspond entièrement à. l'état de choses qui Bntqu'ii: existait du temps de Lycurgue, il ne sera pas difficile de comprendre *•"•"■ le double aspect que présente sa législation. It dut avoir deux objets principaux en vue; l'un de maintenir la souveraineté de Sparte sur le reste de la Laconie; l'autre,— condition nécessaire du premier ^— d'unir les Spartiates entre eux par les liens les plus solides. La^manière. dont il accomplit cette double tache n'est pas moins digne de notre admiration, parce qu'il trouva sous sa main tous les instruments dont il avait besoin, et parce qu'il fut secondé par les désirs généraux du peuple. Pour assurer à Sparte la paix et la-force Intérieures qui lui manquaient, il suffisait, a ce qu'il parait, de la faire rentrer dans son ancienne voie, d'où elle semble s'être écartée partiellement pendant quelque temps; il fallait que les citoyens reprissent toutes les coutumes de leurs ancêtres, qu'ils avaient abandonnées, et que, sacrifiant toutes les distinctions artificielles, et leurs goûts nouvellement acquis, Ils vécussent ensemble selon l'antique usage, commedes frères d'armes, sous la discipline sévère, mais égale, d'un camp. Non-seulement ce genre de vie avait été celui de tous les Spartiates avant le temps de Lycurgue, mais jamais II n'avait été complètement abandonné; négligé surtout probablement par la classe privilégiée, que ses richesses élevaient au-dessus de la masse, 11 dut reprendre presque spontanément son premier empire quand cette cause d'inégalité eut été détruite. Toutefois, les*cireonstances exigeaient que ce qui n'avait été jusqu'alors qu'un usage libre et indéfini assumât désormais le caractère d'une loi stricte, solennellement promulguée, et consacrée par la sanction de la religion. Si Lycurgue n'eut pas d'autre mission à remplir, après avoir surmonté les obstacles que l'intérêt et la passion multiplièrent sur son chemin, il perd nécessairement la gloire d'un triomphe merveilleux sur l'humanité, mais il conserve celle d'avoir
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Aïint j.c. appliqué, avec autant de jugement que de succès, à nue grande et dif— M* flcile entreprise, les moyens les plus simples et les plus efficaces que pouvait lui offrir la nature.
Que le lecteur ne l'oublie pas toutefois, cette opinion n'est qu'une hypothèse qui doit disparaître, des qu'une autre plus probable aura été proposée. Dans notre opinion, noua nous rapprochons davantage de la vérité, en supposant que la cause qui fit naître la législation de Lycurgue fut le danger, dont les DorienB-Spartiates se trouvèrent menaces pendant leurs divisions intestines, de perdre les privilèges qui tes élevaient au-dessus de leurs sujets, la masse des hommes libres de la Laconie : qu'en conséquence, la base de toutes ses Institutions fut un nouveau partage des propriétés, qui écarta les principales causes de discorde, et facilita la répression d'autres abus; que cette réforme fut suivie d'une détermination plus précise des droits politiques, et qu'enfin le législateur profita de cette même occasion favorable .pour renforcer et étendre toutes les distinctions d'éducation et d'habitudes qui, en séparant les citoyens des sujets, liaient plus fermement ensemble les membres de la classe supérieure. Telles paraissent au moins avoir été la pensée première et la tendance des institutions Spartiates, quelque opinion que l'on se forme de leur origine et de leur auteur; et nous allons, par conséquent, suivre cet ordre d'idées, eu essayant d'esquisser leurs traits principaux.
A«iyst de Selon utfe des traditions que Plutarque nous a transmises, Lycurgue •» egisinioD. (j[vj8a (QU(eg ies terres de la Laconie en trente-neuf mille parts, dont neuf mille furent attribuées à autant de familles Spartiates, et trente mille à leurs sujets libres. Plutarque semble avoir supposé que ces parts furent toutes égales, de sorte que le Spartiate ne fut pas plus avantagé Partageai) aux dépens du Laeonien qu'à ceux de ses compatriotes; car il raconte wrt08' que Lycurgue, revenant quelques années plus tard d'un voyage, vers
la fin de la moisson, sourit à la vue des tas de gerbes bien alignés et parfaitement égaux, et dit à ceux qui l'accompagnaient : « La Laconie a l'air d'un héritage que plusieurs frères viennent de partager. » Il importe, toutefois, de se rappeler d'abord que, dans le temps de Lycurgue , plusieurs districts de la Laconie étaient probablement encore indépendants de Sparte; ensuite que, même dans le cas contraire, et en ce qui touche la partie de ce pays alors soumise aux conquérants, la nature du sol devait rendre un partage parfaitement égal tout à fait impraticable à une telle époque et chez un tel peuple (i). On ne comprend pas non plus quel motif eût pu déterminer le législateur à chercher à établir une telle égalité dans le pays des Laooniens, où la difficulté matérielle devait être la plus grande. D'un
(1) Korlucm, dons les Archiv., de Schlosser, III, p. ,57. Lachmarm, Dieapartanische Staatsverfassung,\>. 1f>8el suiv. D'un au Ire colé.C. F. Mùller dit (Anliqmtates lactmicœ, p. t7.ij : a Sponle palet, non lam spufia agrorum quais reililus ieqntilos esse. » Sclmmiann (Àntiq. J.P. Grttc., p. liG, n. 4) (lit : <c Snnp ert'ililiile psi Lycareum née primum nec soluin hoc insliluisse, sed lanlummodn S nul elinm Inrbalam aliquo modo œqiiabililaiom
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f.HAP. VIII. — LÉGISLATION DE LYCURGUE. 211
antre côté, c'était une question controversée parmi les anciens que i celle de savoir si les neuf mille parts attribuées aux Spartiates étaient toute» comprises dans la Laconie, ou si elles renfermaient celles qui furent acquises, après l'époque de Lycurgue, dans la Messénle. Plutarque mentionne deux opinions contraires sur ce sujet. Selon l'une, Lycurgue n'avait fait que six mille parts, et trois mille furent ajoutées par te roi Polydore, à la fin de ta première guerre messénienne ; d'après l'autre, Polydore doubla le nombre primitif de quatre mille cinq cents. La seconde de ces deux 'opinions semble fortement confirmée par le plan du malheureux Agis, qui proposait de. diviser le territoire Spartiate en quatre mille cinq cents parts, en même temps qu'il en attribuait quinze mille aux habitants des provinces la cou i en nés. Àristote, qui écrivit à une époque où la Messénie avait été séparée du territoire de Sparte, semble dire, en parlant des terres que possédaient les Spartiates dans la Laconie, qu'elles étaient en état de faire subsister trois mille fantassins et quinze cents cavaliers (l); il ajoute que le nombre des Spartiates passait pour s'être élevé jadis a dix mille. Certes, si l'assertion d'Isocrate que, dans le principe, les Spartiates ne comptaient que deux mille hommes, reposait sur quelque fondement, il serait difficile de croire qu'ils eussent pu, par quelques moyens que ce fut, dépasser plus de deux fois ee chiffre au temps de Lycurgue : nous expliquerons plus tard les causes probables de leur accroissement postérieur. Comme l'allégation de Plutarque semble erronée à cet égard, on peut également soupçonner qu'il a exagéré considérablement le chiffre total de la population libre de la Laconie. La proportion qui existait entre cette population et celle de Sparte, au temps de Lycurgue, différa probablement peu de celle qu'Agis s'efforça de rétablir; autrement une diminution inexplicable aurait eu lieu nécessairement avant la guerre des Perses, car alors, d'après les calculs les plus larges, la force militaire des Laconiens ne dépassait pas seize mille hommes (2). Dans cette hypothèse, Plutarque ne se serait trompé que sur le nombre des parts faites par Lycurgue; il en aurait donné la proportion exacte, quinze mille pour quatre mille cinq cents (3). Toutefois, sa description suggère une idée totalement erronée sur un autre point très-important; car il suppose, comme nous l'avons remarqué, que les trente-neuf mille parts furent toutes égales, au moins dans leurs dimensions moyennes. Cette conjecture est bien éloignée de la vérité. Aristote semble nous donner à entendre que les Spartiates occupèrent la plus grande partie de la Laconie (•(). Leur part comprit, sans aucun doute, comme Isocrate le remarque expressément, les contrées les plus fertiles, et qui avnient le <» plus de valeur (5) ; et, à en juger par la population qu'elle nourissait, cette région ne peut pas avoir été inférieure au reste en étendue. A Platée, chaque Spartiate était accompagné de septHilotes; or, en admettant les calculs les plus faibles basés sur ce fait, lèsHilotes durent avoir été à cette époque, par rapport aux hommes libres de la Laconie, envi-
(1) Pel., il. fi. — (2) Voir Clinton, Fa st. JMI„ II, p. *07. — (3) C. F. Herrannn, Antiq. £«e.,p. 88, n. 18. — '(4) Pot., if, 6. — (3) Panath., P; «70.
SU ffiSTOffiR DE LÀ GRECE.
itDi j. c. ron dans la proportion de un à trois. Mali les Hllotes sont représentés • *w' partout comme les esclaves, non des Laconiens, mats des Spartiates; aussi, alors même que la part la plus gronde eut appartenu à la Messénie, les esclaves laconiens eussent eu besoin d'un peu moins de la moitié dn pays pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs maîtres. Toutes les terres n'étalent pas possédées par des particuliers; l'État conserva un domaine considérable, qui renfermait peut-être la plupart des mines, des carrières et des districts montagneux et boisés, où les citoyens se livraient aux plaisirs et aux exercices de la chasse; une autre portion, formée de parcelles éparses, fut consacrée au service des nombreux temples élevés en l'honneur des dieux. N»ture du SI, comme nons venons de le montrer, nous ne saurions déterminer juT^Lycur- la proportion exacte dans laquelle le territoire lacédémonien fut purs"*' tagé au temps de Lycurgue, H est très-probable que les règlements
agraires de ce législateur, au moins ceux qui se rapportaient aux Spartiates, eurent pour but une division égale des terres. Mais 11 D'est pas certain que, pour accomplir son dessein, il ait été obligé d'enlever toutes les anciennes limites, et de faire un partage entièrement nouveau ; il lui suffit vraisemblablement de forcer la classe riche à se démettre d'une partie de ses propriétés, celle peut-être à laquelle elle n'avait d'autres titres que les droits d'une occupation illégale. Si nous supposons que l'illégalité territoriale avait dû , chez les Spartiates, sa cause principale aux actes d'usurpation des principaux conquérants , qui s'étalent emparés des terres des Achéens vaincus, terres dont l'État devenait de droit propriétaire lorsqu'on en dépouillait leurs possesseurs, leur reprise dut fournir tout a la fois les moyens de remédier à un mal qui troublait la tranquillité intérieure de Sparte, et de réparer une Injustice qui semait le mécontentement parmi ses sujets. « Les rois, nous apprend Xénophon, possédaient des domaines dans les districts de quelques villes provinciales (l). a Des acquisitions semblables penventavoir été faites par quelques particuliers Spartiates avant le temps de Lycurgue, et le partage du législateur, en tant qu'il concerne les Laconiens sujets, peut avoir consisté principalement en la reprise et la distribution de ces propriétés- Condition De la division des terres passons-nous à la condition des habitants, «mit™! " *" nous les trouvons partagés en trois classes , qui doivent être étudiées séparément : les Doriens de Sparte ; leurs serfs, les Hllotes ; et la , population des districts provinciaux. Nous parlerons d'abord de cette
Habiunti dernière classe qui différait plus des deux autres que celles-ci ne diffé- •«pro ncet. rajent ei]tre e|jeg< | es habitants des provinces étaient une race mixte, composée en partie des Achéens conquis, en partie d'étrangers qui avaient accompagné les conquérants dans leur expédition , ou qui avaient été invités par eux à venir occuper la place des anciens habitants. Il est possible qu'il se trouvât aussi parmi eux quelques Doriens, car nous savons que la ville de Bœse eut pour fondateur un chef de la
(I) Dr Lac. Rep., ç. 15,
DofeedtvGoOgk
race des Héraclides ; et que, peu de temps après l'époque de Lycurgue, *™t i, a une colonie partie de Sparte vint peupler Géronthrœ, que les Achéens ***' avalent évacuée (1). Mais comme le corps entier des envahisseurs fut à peine assez fort pour effectuer la conquête , les divers détachements qui s'en séparèrent ainsi durent avoir été très-faibles , même lorsque les privilèges attachés à la qualité de citoyen de Sparte n'avalent pas l'Importance qu'ils acquirent après la soumission de la Messénte. A en croire Isocrate, les Doriens s'efforcèrent constamment d'affaiblir les Achéens conquis, en les dispersant dans un grand nombre de misérables hameaux, qu'ils honoraient du nom de villes, et qui se trouvaient situés dans la partie la moins productive du territoire. Cette assertion n'est peut-être pas unesimplefiction du rhéteur, bien qu'en semblant admettre un système uniforme, elle dénature Bans aucun doute, ou exagère considérablement la vérité; car Bœœ, par exemple, passe pour avoir été peuplée par les habitants de trois villes plus anciennes. Le fait que mentionne Isocrate peut donc s'être passé réellement dans certaines localités ; et alors il servirait à expliquer le nombre extraordinaire des villes laconiennes, comme on les appelait, qui s'élevait, dit-on, à cent, et qui fit instituer le sacrifice annuel d'une hécatombe; car il ne semble pas nécessaire de supposer que ce nombre comprit les villes de ta Messénte. Il est aussi assez probable que Sparte considéra toujours d'un œil jaloux les villes soumises, et ne leur permit jamais d'atteindre à un haut degré de puissance ou d'opulence. Nous pouvons reprocher,' sans craindre de nous tromper, une grande exagération à la description du territoire assigné au peuple conquis ; car, à l'en croire, il comprenait une grande partie des domaines de la couronne ; mais H ' est hors de doute que les Spartiates en occupèrent la partie la plus fertile et la plus belle.
Les terres provinciales payaient un tribut à l'État; mais ce tribut était peut-être considéré moins comme une source de revenu que comme une reconnaissance de souveraineté. Les provinciaux étaient des sujets: ifs De jouissaient d'aucun des privilèges politiques des Spartiates (3); leur gouvernement municipal subissait peut-être le contrôle de fonctionnaires Spartiates (3); et pourtant ils portaient le poids le plus lourd des charges
(1) Paus., m, 21. — (2) Voir Miller, Dor., lu. 2, § î, dont l'opinion est
adoptée complètement pur Schœmann, Anl. J. P. G., p. 113. En ce uni '
le droit de voter dnns l 'assemblée générale, C. F. Hermann (A. £., p. 44}
isposé à adopter l'opinion opposée; bien qu'une raison, expliquée dans une Jps noies suivantes, le détermine à considérer la question comme peu importante. — (5) Voir Arnold Tfiucyi). i, p. 649. Schœmann {Ant.J. P. G., p. 113) adopte l'opinion qui est exprimée avec Quelques doutes dans ce passage; mais C. F. Hermann (Ax t., p. 25) la rejette. Ce dernier écrivain fait la remarque suivante sur l'nrgument tiré de Thucydide, iv, 33, KufttiptS«-,u, certe prorsus shigularis ratio est; » .et il semble croire qu'il était seulement un fonctionnaire militaire, qualité qui parait s'accorder difficilement avec ce litre. Schœmann est aussi disposé a penser que les vingt harmostee mentionnés par le scoliastede Pindare {01. , vi, 154: r,™ îà ipjiosTai Aa*tStti|i™aiv ilwoiy) étaient les gouverneurs d'autant de districts
de la Laeonie. Hermann prétend qu'ils étaient au moins seulement des préfets militaires. M. Lewis (PftiJ. Jfw., II, p. 43) pense que le passage deXenophon (Hell.,
3 Oilized air GoOgk
:. publiques; ils pouvaient être contraints d'abandonner leurs champs et leur foyer, pour nller verser leur sang dans des querelles qui n'intéressaient que l'orgueil ou l'ambition de Sparte. Tels étaient les maux principaux dont ils avaient à souffrir ; mais, à d'autres égards, et lorsqu'ils comparaient leur sort ,à celui de la classe la plus nombreuse de la population, ils devaient se trouver très-privilégiés, et, en définitive, ils ne voyaient peut-être presque rien à envier dans la condition des Spartiates eux-mêmes. S'ils ne possédaient pas leur indépendance politique , ils étaient du moins exempts d'une foule d'obligations et de restrictions pénibles, imposées à la caste dominante, et que l'habitude seule pouvait rendre tolérables. Ils étaient forcés de cultiver" la partie la plus ingrate du sol ; mais aussi le commerce et l'industrie du pays leur appartenaient sans partage. Le caractère particulier des institutions Spartiates diminuait beaucoup, il est vrai, la valeur de cet avantage, car il bannissait de la capitale, le luxe et tous les arts qui en dépendent, et s'il n'empêchait pas complètement les étrangers de venir visiter Sparte, du moins il les en dissuadait ; toutefois , bien que la simplicité de la vie spartiate et la politique jalouse du gouvernement tendissent à en- Jtraver lés progrès de l'industrie, les édifices publics et les fêtes dans lesquels se manifestèrent la piété et la magnificence de l'État durent fournir aux artisans des occupations profitables, car Sparte montra toujours autant de zèle pour les intérêts de la religion que toute autre ville de la Grèce, et elle oubliait sa parcimonie lorsqu'il s'agissait du service des dieux. Aussi les habitants des provinces cultivèrent des branches1 d'industrie d'un ordre inférieur aussi bien que les arts les plus élevés, quoiqu'un Spartiate les eût toutes dédaignées comme également dégradantes; et la Laconie fournil plusieurs noms célèbres à la liste des artistes grecs. Nous nous sentirions disposé à nous former une idée encore plus haute de la prospérité de cette classe, et du respect avec lequel elle était considérée, si nous pouvions croire qu'elle envoya plusieurs compétiteurs heureux aux jeux olympiques. Mais les exemples qui, au premier aspect, paraissent attester ce fuit, sont tous plus ou moins ambigus. Nous ne pouvons pas résoudre encore, avec une plus grande exactitude, d'autres problèmes intéressants qui se rapportent à ce sujet. La division de la Laconie en six districts qui, selon la supposition d'Ephore, avait eu lieu immédiatement après la conquête, semble impliquer au moins que cette province avait> A une certaine époque, été divisée en plusieurs parties gouvernées par des magistrats Spartiates (l) Mais nous ne connaissons pas la nature précise de cette institution, et nous ignorons quelle fut sa durée. L'exemple deCythère, où nous trouvons un fonctiounaire Spartiate sous un nom particulier (Cytherodicts) (2), ne nous permet pas de conclure que la Laconie fut soumise aune administration semblable. Tous les habitants des provinces qui combattirent à la bataille de Platée
ni, 3, 8) confirme l'opinion du docteur Arnold. Mitis cette dernière assertion semble incontestable. — (1) Voir toutefois C. F. Hermann, p. 23, qui tire une induction différente de l'assertion d'Kphorc, et propose une correction dans Slrabon, vin, p. 364. — (2) TIiik-.. iv, H3.
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CHAP. Vlll. — LÉGISLATION DE LYCUBGUE. 221
étaient accompagnés d'un soldat armé à la légère. Cette différence d'ar- a mes ne nous révèle-t-elle pas une distinction correspondante de rangs parmi eux? Une classe, comprise sous le nom général de Laconiens, n'était-elle pas aussi nettement séparée d'une autre que le corps entier l'était des Spartiates? En tout cas, nous n'avons aucun moyen de déterminer si cette différence provenait de la naissance ou des occupations, ni si elle était éventuelle on permanente.
En général, les provinciaux semblent n'avoir eu à se' plaindre que de la privation de leur indépendance politique ; et s'ils se composèrent en grande partie des étrangers qui s'étaient établis dans ces contrées avec la permission des Doriens, cette privation ne pouvait être considérée, ni comme une injustice, ni comme une peine. Bien différente était la condition desHitotes. Ce nom, — quelle que fût son origine, — j rappelait que la perte de leur liberté personnelle avait été la cause première de leur état et formait son caractère essentiel. Dans l'antiquité, ils passaient pour des Achéens que leur résistance obstinée avait fait réduire en esclavage par les conquérants; et, selon l'opinion générale, leur condition était la plus misérable et la plus dégradante des servitudes. Un historien moderne les considère sous un point de vue totalement différent. A ses yeux , ils se composaient d'une race aborigène subjuguée a une époque très-reculée ; ils passèrent immédiatement, en qualité d'esclaves, sous la domination des Doriens, et ils ne furent pas plus maltraités qu'ils ne devaient s'y attendre dans leur état, ou qu'ils ne l'avaient été probablement par leurs premiers maîtres ( I ). Ces deux questions, — leur origine et leur condition, —sont intimement liées. IVous manquons de témoignages directs suffisants pour résoudre la pre- "' mière, et nous sommes réduits aux ressources incertaines des conjectures étymologiques (s) ; mais, en ce qui touche la seconde, nous possédons des éléments de conviction plus satisfaisants. Bien que te degré d'oppression auquel les Hilotes furent soumis ait vraisemblablement été quelquefois exagéré, il est Incontestable que leurs maîtres les surveillèrent toujours avec une grande méfiance, comme des ennemis qui n'attendaient qu'une occasion pour se révolter;, qu'ils étaient placés sous la garde vigilante d'une police active, etque des mesures d'une violence atroce furent prises en diverses circonstances pour réprimer leur force OU pour dompter leur énergie. Ces faits sont très-faciles à comprendre lorsqu'on admet la tradition commune de leur origine. Mais s'ils appartinrent à une race que les Doriens trouvèrent déjà réduite en esclavage lors de leur première invasion, il serait plus difficile d'expliquer cette inimitié héréditaire qui existait entre eux et leurs maîtres; car, s'ils ne perdirent pas leur liberté, ils paraîtraient avoir gagné quelques avantages à la conquête dorienne. Ils furent, il est vrai, obligés de partager avec leurs nouveaux possesseurs les produits des terres qu'ils cultivaient; mais le fermage qu'on exigea d'eux était modéré et fixe ; de sorte qu'ils étaient certains de profiter de tous les bénéfices que pou-
(1) Mùller, Dvr., 111, i . — (3) Voir Uiellliug, Excvrnu ad Arist. Pot., y. 4U5,
m HISTOIRE DE LA GRÈCE.
kmn j. c. valent leur procurer leur activité, leur frugalité et des'saisons prospères. Wl' IIb restaient attachés au sol ; mats, en revanche, on ne pouvait pas tes en arracher, et des engagements formels, ou des coutumes invariablement suivies, les mettaient à l'abri du danger d'être vendus pour être transportés dans des régions étrangères, — calamité a laquelle les cultivateurs du sol furent longtemps exposés dans l'Attique. Une partie d'entre eux étaient employés à des travaux publics ; une autre partie remplissaient des fonctions domestiques, occupation moins lucrative, sans doute, mais qui leur offrait la chance d'être émancipés, en récompense de leur zèle et de leur activité. La même espérance, et les occasions qu'ils avalent de s'enrichir par le pillage, les dédommageaient des ennuis et des dangers de leur service forcé pendant la guerre. Aussi, à moins que leur condition politique n'eut subi un changement, on ne comprendrait pas pourquoi leurs relations ordinaires et permanentes leur eussent inspiré le désir de secouer le nouveau joug qui, au moins, ne peut pas avoir été plus lourd que l'ancien. D'un autre côté, bien que l'humanité ne fût pas une vertu propre aux Doriens, la prudence dut empêcher les epnquérants de se montrer trop cruels et trop insolents envers uneiUmbreuse classe d'hommes dont la révolte eut compromis l'existence de l'État. Mais ils paraissent avoir compris qu'ils n'avaient aucun droit à l'affection de leurs serfs, et qu'ils ne pouvaient les maintenir sous leur domination qu'à l'aide de la force et de la menace. Aussi, le traitement habituel des H ilotes semble- t-il avoir été ordonné dans le but de rendre aussi apparente, et de faire sentir à chaque classe, aussi profondément que possible, la distinction établie entre l'homme libre et l'esclave. Un individu de la race inférieure profanait en le touchant tout ce qui appartenait à un membre de la caste dominante. Un Hiloté, par * exemple, n'aurait pas osé chanter un des chants Spartiates (î), ou porter un costume autre que celui des paysans, qui était la livrée de sa servitude (2). ai tel fut réellement le principe de la politique adoptée et suivie vis-à-vis de ces êtres infortunés, il importe peu que nous ajoutions foi au récit que Plu tarque nous a transmis des outrages particuliers qu'ils avaient souvent à subir. Ainsi, à en croire cet historien, ils auraient parfois été forcés de s'enivrer pour être exposés dans cet état au mépris et aux railleries des enfants de leurs maîtres, et pour leur donner une leçon pratique de sobriété. Que cette tradition et d'autres semblables aient été singulièrement exagérées ou altérées, c'est un fait incontestable; mais cela ne doit nous causer aucune surprise, si nous réfléchissons aux difficultés que les Grecs des autres États éprouvèrent eux-mêmes à se procurer des renseignements exacts sur les institutions Spartiates. Ainsi, pien que le fait suivant soit rapporté par Aristote, il est impossible de l'admettre comme littéralement vrai : « Les éphores, nous apprend-il,
(1) Plat., Lyc, 28. — (2) Myrnu dans Alhéu., xiv, p/637. Huiler {Dor.t lit, 5) regarde celte assertion comme une erreur évidente, parce que, dît-il, ce ue pouvait pus être une chose pénible pour les Hilotes de porler le costume ordinaire des paysans. MaisWeleker (Théognis, p,ini) remarque très-judicieusement : »Est aliquitj tam singtriis quam populis gulerum viltosom el geslare pusse et depouare. »
CHAP. VIII. — LÉGISLATION DB LYCUaGUE. SU
lorsqu'ils entraient en fonctions, faisaient une déclaration de guerre Awu.c. formelle aux Bilotes. » Quel qu'il ait pu être, le fait ainsi dénaturé *** devait vraisemblablement se rattacher à une commission donnée chaque année à un certain nombre de jeunes Spartiates, en vertu de laquelle ils parcouraient secrètement, armés de poignards, le pays dans de certaines directions. Cette commission était la fameuse cryptit, nom qui ucryptt*. ne peut être mentionné sans horreur, si l'explication qu'en donne Plutarque est exacte. Selon cet historien, en effet, la eryptie était un système d'assassinat légal , établi pour se débarrasser des Hllotes qui avaient excité la jalousie du gouvernement par des qualités émlnentes, physiques ou intellectuelles. Plutarque lui-même hésite à imputer à Lycurgue une Institution aussi odieuse ; et nous sommes autorisés à douter qu'elle ait jamais existé telle qu'il la décrit. Cependant, il est certain que ce mot exprimait une réalité, et que la eryptie fut une sorte de commission secrète. Un usage, à peu près semblable, mais qui n'avait aucun caractère secret, s'était établi dans l'Attique avec -le double but d'exercer les jeunes gens destinés à devenir des citoyens, et d'assurer la tranquillité du pays ; et Platon propose, pour sa colonie Cretoise, une institution qui porte le même nom que la eryptie, et qui offre,,*ur presque tous les points, de nombreuses analogies avec elle, bien qu'elle n'ait aucun but sanguiuaire. La eryptie Spartiate n'avait certes pas été instituée uniquement pour accoutumer la jeunesse guerrière aux fatigues de la vie militaire. Les exagérations des anciens semblent montrer que, dans les temps postérieurs au moins, elle était surtout dirigée contre les Hilotes, et qu'elle ne se bornait pas à les passer en revue et à les surveiller. Il est inutile de supposer que des victimes aient été régulièrement désignées a des assassins nocturnes ; mais, d'un autre côté, on doit présumer que le poignard n'était pas seulement une arme dé- . fensive, et que la certitude qu'ils avaient d'être constamment épiés et toujours exposés a recevoir un coup mortel d'une main invisible intimida les plus hardis des mécontents. Aucun scrupule de justice ou d'humanité ne dut jamais empêcher le gouvernement ou ses agents de donner aux Hllotes d'aussi terribles avertissements, quand des raisons politiques pouvaient sembler les rendre nécessaires ; cette triste vérité est suffisamment prouvée par un attentat rapporté par Thucydide,, et dont l'atrocité Jrizarre dépasse de beaucoup tous les autres crimes mentionnés dans l'histoire grecque. Bien qu'il ne laisse pas le plus faible motif d'en douter, l'historien grec recouvre ce fait d'un voile de mystère qui en augmente encore l'horreur. a A une certaine époque, nous apprend-il , Sparte affaiblie avait quelques raisons de redouter une insurrection des Hllotes; tousceux d'entre eux qui, par leurs services passés, semblaient avoir mérité d'être affranchis, reçurent une invita-' lion publique de se présenter et de réclamer la récompense à laquelle ils avaient droit. Les plus braves et les plus ambitieux de liberté se présentèrent, et, sur le nombre total, deux mille furent choisis comme les plus dignes; dans leur joie, ils se réunirent encercle autour des temples afin de remercier les dieux. On profita de ce moment pour les dé-
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avjdi j. c. trufre, avec ce système hypocrite qui marque d'ordinaire les atrocités d'une oligarchie. » Aussi l'historien, bien qu'il fut certain de leur mort, se put-il pas apprendre comment ils avaient été massacrés.
L'émancipation d'un Hilote n'était pas un fait rare; il fallait, à ce qu'il parait, passer par plusieurs degrés d'affranchissement pour s'élever de la condition d'esclave à celle de citoyen de Sparte. Mais le fait que nous venons de mentionner se concilie difficilement avec l'opinion assez généralement répandue , que cette émancipation successive était accordée, soit par la loi, soit par la coutume, à tout serf, comme une récompense de ses services et de ses talents, qu'il dépendait de lui d'obtenir. Il est seulement surprenant qu'un gouvernement, qui accordait parfois une pareille faveur, ait pu jamais avoir recours à un expédient aussi horrible que le stratagème rapporté par Thucydide. Rappelons toutefois que la conduite des Hilotes différa probablement selon les époques. D'après une remarque de Flutarquc, les Spartiates devinrent de plus en plus jaloux, et par conséquent de plus en plus cruels ; ces passions durent, a ce qu'il parait, leurs développements redoutables à d'autres causes que l'insurrection partielle à laquelle il tes attribue 11). Nous aurons aussi bientôt à raconter un événement qui donna naissance à une nouvelle classe d'Hilotes, gouvernés probablement d'après d'autres maximes, car ils différaient complètement de condition et de sentiments avec ceux de la Laconie. lM g^ La servitude des Hilotes fut la base sur laquelle reposa l'existence ti»w>. Individuelle des Spartiates. La soumission du reste de la Laconie con-
tribua matériellement, il est vrai, à l'augmentation de leur puissance et de leur sûreté; mais sans les produits du district que les Hilotes cultivaient, et les services de toute espèce qu'ils lui rendaient, soit à la guerre, soit pendant la paix, la classe dominante n'eut pas eu ce loisir, qui était la condition essentielle de toutes les institutions Spartiates. Procurer par son travail ce loisir à son maître, telle était, selon le système Spartiate, la seule fin pour laquelle l'Hilote existât; en jouir à son profit, ou s'en servir pour l'utilité immédiate de la république, telle était la seule occupation qui ne déshonorât pas un homme libre. A cet égard les Spartiates étaient tous égaux : mis en contraste avec les serfs qui cultivaient leurs terres, et qui les servaient à table, Ils étalent tous oisifs ; comparés avec les provinciaux tributaires exclus d«s conseils et du gouvernement de l'État, ils étalent tous uobles. Toutefois une telle égalité relative n'excluait pas des distinctions particulières de rang ; aussi devons-nous encore nous demander si les Spartiates étaient tous égaux entre eux. A une période, dont l'histoire est mieux connue que celle de J ère dé" Lycurgue, mais où leur condition avait subi de grands changements, il exista, on ne peut en douter, parmi les Spartiates , une inégalité de rangs, qui entraîna les conséquences les plus graves ; mais c'est une question intéressante et difficile à résoudre que celle de savoir si cette différence remontait à une haute antiquité, et
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avait eu pour base leurs relations primitives, ou si, établie à une époque a™u.c. postérieure, elle avait dû son origine à des révolutions intérieures. La ***" caste dominante se dislingua évidemment par certaines divisions: les unes étaient contemporaines de la conquête, les autres encore plus anciennes; ' mais on ne sait pas positivement si elles impliquaient une différence de rang ou de privilèges. Les Doriens, en général, se partageaient en Tc'iboiipwtrois tribus, et une partie de chacune de ces tribus prit part à l'Invasion de, la Laconie. Parmi ces tribus, les Hylléens durent naturellement avoir une sorte de prééminence honorifique sur les Dymancs et les Pamphyliens, car c'était d'eux que descendaient les deux familles royales. Mais nous ne trouvons nulle part la preuve et même l'induction que cette prééminence, si elle exista réellement, fût jamais légalement reconnue, ou accompagnée de quelques avantages politiques. Outre cette division, commune à la race doiienne, nous pouvons eu constater d'autres propres à la Laconie. Les lEgéides eadméeus, d'à près Hérodote, »
étaient une grande tribu (une phylè) à Sparte; les Héraclides, et même les Doriens, sont aussi représentés quelquefois comme des tribus séparées. Cependant il semble plus probable que cette dernière assertion est une simple erreur, et que les >Egéides et les Héraclides furent compris dans la triple division nationale. Mais il y eut aussi, à ce qu'il parait, des tribus locales à Sparte, qui correspondaient aux quartiers ou aux réglons de la capitale, ou plutôt peut-être aux hameaux ou bourgs dont elle se composait : les noms de quatre de ces tribus sont parvenus jus- , qu'à nous ; leur nombre s'éleva probablement à cinq, car Sparte ne figure pas dans cette liste. Toutes les tribus naturelles ou généalogiques renferment plusieurs subdivisions : à Sparte, la subdivision inférieure portait le nom particulier d'obé (l), mot qui signifiait primitivement un village on un district, bien que rien ne nous révèle qu'il se fût jamais rattaché aux tribus locales. On comptait trente de ces obés, nombre qui correspond parfaitement avec la triple division de la nation, mais qui pourtant peut s'accorder aussi avec les assertions de différents auteurs, d'après lesquelles les tribus Spartiates auraient été au nombre de cinq, six et dix. Toutefois, à l'exception du droit héréditaire à la couronne, qui appartenait à deux familles de la race des Héraclides, nous ne trouvons aucun privilège attaché à l'un ou à l'autre de ces corps, ni aucun vestige d'un ordre de nobles distinct de la masse des hommes libres de Sparte (2).
Il est pourtant permis de penser que l'existence d'un tel ordre peut KoUMipu» être déduite avec quelque certitude d'exemples analogues, et, selon les tl8M"' plus fortes probabilités, que les Héraclides fussent ou ne fussent pas des étrangers, il dut se trouver, parmi les Doriens, d'autres races, dlstin — guéesde la masse commune par leur illustre filiation. Nous n'oserions même point nier que la division des trois tribus n'ait pu, dans l'origine, signifier une inégalité politique-, mais il ne s'ensuivrait pas que cette iné-
(1) ù&i, xâ|ut selon Hesycliius, et peul-èlre Sa; «A|Mtï. — (2) Cette opiniou est soutenue d'une manière remarquable par C. V. Hemiuuu, ouvrage ci-dessus cité, p. 33, contre les conjectures de Korinem, Scliiosser, Laclnuann et Plu*.
AnitJ.C ganté eût subsisté après la conquête. La gloire et les dangers, — qui, *8*' comme nous l'avons vu, ne cessèrent pas immédiatement, — d'une entreprise faite en commun, tendirent à niveler toutes les distinctions politi- • ques parmi les conquérants, et nous n'avons aucun motif de croire qu'il existât alors une classe intermédiaire entre les rois et le corps principal du peuple; tous les hommes libres paraissent avoir formé une communauté de nobles. La constitution Spartiate primitive peut donc, bien qu'elle n'exclue pas toute inégalité de rang ou de fortune, être représentée comme une démocratie, gouvernée par deux magistrats héréditaires; et les institutions de Lycurgue semblent avoir pour but plutôt d'effacer que d'introduire des distinctions artificielles. II appartiendra à l'histoire d'une période postérieure de montrer comment cet état de choses fat changé.
A Sparte, comme dans toutes les autres républiques grecques, le pou- A.'wmbWe* voir souverain résidait dans l'assemblée du peuple; là, lin Héraclide, u peops. qUejque regpect que lui valût sa naissance, n'avait pas plus de droits, quand il s'agissait de voter, qu'un homme du peuple dorien. A une époque moins reculée, nous, trouvons la mention de deux assemblées, une grande et une petite ; mais c'est là, à ce qu'il parait, une innovation qui se rattache à d'autres changements que nous aurons plus tard l'occasion de décrire. D'après la première des ordonnances pour lesquelles Lycurgue voulut avoir la sanction de l'oracle, — ordonnance qui réglait sans doute une ancienne coutume, — les assemblées du peuple devaient être tenues périodiquement sur un terrain voisin de la ville(l); le magistrat qui les convoquait devait avoir le droit de proposer les mesures qui lui semblaient utiles ; au peuple appartenait le pouvoir de les approuver ou de les rejeter. Mats il paraît que l'assemblée pouvait seulement exprimer, par son vote, la volonté générale, et que les fonctionnaires publics étaient seuls autorisés à formuler leur opinion. A une certaine époque, l'assemblée usurpa le droit de faire des amendements à une proposition, mais cette usurpation semble avoir été considérée comme une violation des principes de la constitution, et sous un règne postérieur, l'ancien état de choses fut, ainsi que nous le verrons, formellement rétabli. Les réunions ordinaires de l'assemblée du peuple à Sparte ne durent avoir, surtout dans les temps primitifs, qu'un trèspetit nombre d'affaires à régler ; et ces réunions extraordinaires furent sans doute fort rares. Dans les premières, elle se bornait à élire les magistrats et les prêtres, qui exerçaient leurs fonctions pendant un certain temps fixé; dans les secondes, elle -traitait principalement les questions de la paix et de la guerre, et toutes celles qui en découlaient,
(1) Mûller {Dor., 111, 2, $ 2) considère celle reslriclion de la localité comme une preuve que les provinciaux ne possédaient pas le droit de voter dans ces assemblées. C. F. Hermann, p. 44, cite, en l'approuvant, une remarque de Clavier, Hùt. d»s prêt», temps, t. Il, p. 167 ; « Mais, Lycurgueavant ordonné que les lois proposées par le sénat et adoptées par le peuple assemblé entre le Babyrc et le Cnacion lussent observées dans toute la Laconie, les habitants des villes un peu éloignées, qui ne pouvaient pas se rendre à ces assemblées, se trouvaient réellement Uscrrii au peuple de Sparte el de «es er'
uzedoir GoOgk
CHAP. VIO. — LÉGISLATION DE LYCURGUE. ÏS7 AvwtJ.C.
c'est-à-dire qui se rapportaient aux impôts, aux traités, etc.. S'agissait-il de réformer la constitution , ia succession au trône était-elle disputée, c'était aussi la même autorité suprême qui réglait ces difficultés.
Des assemblées du peuple furent incontestablement tenues à Sparte i*G4nn» longtemps avant l'époque de Lycurgue, et, à cet égard, le législateur se contenta, pour ainsi dire, de confirmer une ancienne coutume. Aussi avons-nous les plus fortes raisons de croire qu'il y eut, de temps immémorial, un conseil d'Anciens chez tes Doriens, comme dans tous les États héroïques. Non-seulement il est tout à fait impossible d'ajouter foi à la tradition qui fait fonder par Lycurgue le conseil Spartiate (appelé la Gérusie ou sénat); il n'est pas même certain que ce législateur introduisit quelque changement important dans sa constitution nu dans ses fonctions (1). Il se composait de trente membres, correspondant au nombre des obés, division aussi ancienne que celle des tribus ; ce seul fait suffirait pour réfuter la légende qui rapporte que le premier sénat fut composé des trente citoyens dont Lycurgue s'était fait aider dans son entreprise, alors même que nons ne saurions pas que deux des obés étaient représentées par les rois. Ce privilège des deuy familles royales peut certainement nous autorisera penser que Lycurgue, bien qu'il n'ait pas fondé le sénat, y introduisit une importante innovation, et qu'avant son époque certaines familles, les plus anciennes ou les plus illustres de chaque obé, occupaient aussi les vingt-huit autres places. Cette opinion toutefois n'est qu'une simple conjecture; nous savons seulement que les vingt-huit collègues des rois furent toujours élus par le peuple qui n'avait égard qu'à leur âge et à leur mérite personnel. Le mode d'élection se fait remarquer par une simplicité primitive : les candidats, qui devaient avoir atteint l'âge de soixante ans, \e présentaient successivement à l'assemblée, où ils étaient accueillis par des applaudissements proportionnés à l'estime que faisaient d'^ux leur* compatriotes. Des hommes choisis tout exprès, et enfermés dan* une maison voisine, d'où ils pouvaient entendre les acclamations, mais d'où ils ne pouvaient voir les compétiteurs, notaient les degrés de ces manifestations de l'opinion du peuple. Celui qui d'après leur jugement avait fait pousser la clameur la plus soutenue et la plus forte remportait le prix,— la plus haute dignité de la république après la dignité royale. —Les sénateurs étalent nommés à vie, et aucune précaution n'avait été prise par le législateur pour les cas extraordinaires de vieil-. lesse ou de folie. Ils n'étaient soumis à aucune responsabilité régulière; car une longue carrière d'honneur et de gloire les élevait au-dessus du soupçon, mais ils étaient exposés à une condamnation judiciaire s'jls étaient reconnus coupables de prévarication. Leurs fonctions étalent tout à la fois délibératives, judiciaires et executives : ils préparaient les mesures qu'ils devaient soumettre à l'assemblée populaire; ils exer-
(I) Sur la différence du sénat de Sparte et des conseils senihlables des Etals homériques et des Dorieni de la Crète, voir C. F. Hermanu, outrage ci-dessus cité, p. 4L
j.c. çaient une juridiction criminelle qui u'était limitée par aucune loi écrite, Ils avaient le droit d'infliger la peine de mort ou la dégradation civile); ils paraissent aussi avoir possédé une sorte d'autorité patriarcale pour assurer l'observation régulière des anciens usages et règlements. Mais il n'est pas facile de définir avec exactitude les limites primitives de leur pouvoir, surtout dans la dernière branche de leurs fonctions, car ils furent en partie supplantés de très-bonne heure par des magistrats d'une création postérieure, les éphores, qui, comme nous le verrons, absorbèrent graduellement à leur profit les attributions et l'autorité du sénat et des rois.
10* Les vingt-huit sénateurs étaient, ainsi que nous l'avons remarqué, ■ les collègues des rois : c'est là un des aspects sous lesquels il est nécessaire de considérer la royauté Spartiate, si on veut bien comprendre sa nature particulière. Si plus tard elle attira sur elle l'attention par sa singularité, ce ne fut pas seulement parce qu'elle resta seule debout, a une époque où la monarchie avait été abolie dans le reste de la Grèce; ce fut parce qu'elle demeura soumise à des limites et à des restrictions inconnues des constitutions de tous les autres États héroïques, tandis que dans la plupart de ses fonctions et de ses attributions elle présentait une image frappante de la royauté de l'époque des héros. La majeure partie de ces restrictions furent introduites après ie siècle de Lycurgue, par le pouvoir croissant des éphores : dans la période primitive, les rois de Sparte ne différèrent peut-être que sous un seul point important de la plupart des rois décrits dans les poèmes d'Homère, — le partage de la souveraineté entre deux personnes. — Mais cette institution n'était pas même pa'rticulière à Sparte : les légendes de Thèbes, et de nombreux passages du catalogue de l'Iliade, semblent prouver qu'une diarckie, bien qu'elle fut moins commune qu'une monarchie, n'était pas une forme de gouvernement rare, au moins dans la seconde partie des âges héroïques. La diarchie fut probablement un des premiers résultats de la jalousie ambitieuse des nobles, qui finirent par absorber le pouvoir royal (l). Un pareil fait ne saurait nous autoriser à rejeter le fond de la légende Spartiate qui faisait descendre les deux familles royales des fils jumeaux d'Aristodémus ; mais il tend à prouver que cette institution fut probablement autant la conséquence d'un projet réfléchi que le résultat du hasard. Son effet inévitable, la rivalité des deux maisons royales, avait sans aucun doute été prévu ; mais cette rivalité, qui aurait pu être si nuisible, si l'autorité royale eût éié plus forte, devint vraisemblablement^ittle à l'État, comme celle des consuls romains, lorsque les deux souverains étaient soumis à un contrôle convenable; et tel fut peut-être le but que se proposèrent
, (I) Sehwencl (Rhein. Mus., VI, p. 482) «met l'opinion mie la division de la royauté enlre dcu\ personnes dans les lemps primitifs fut toujours causée par une coalilion de deui tribus. Mais cette proposition semble trop générale pour être admise sans preuves. Welckeï (KM. Kol., p. ^l) remarque que la diarchie fui un mojen de diviser et de limiter le pouvoir suprême employé ailleurs qu'à Sparleet à Borne. Compares la noie dans les Prolegomena a Iheognis, p. mviii.
ceux qui obtinrent la sanction de l'oracle pour le partage de la royauté. *■ D'après les auteurs qui attribuaient à Lycurgue la création du sénat, le démembrement de la couronne eût pu certes paraître nécessaire pour protéger la liberté du peuple ; mois si, selon notre hypothèse, le sénat fut une partie primitive et essentielle des institutions Spartiates, le pouvoir des rois ne dut jamais avoir été redoutable. Dans le sénat, ils n'avaient qu'une voix comme tous les autres sénateurs : en leur absence, leur place parait avoir été occupée, en vertu de quelque règlement qui n'est pas clairement expliqué , par des sénateurs de la même tribu ; et il est probable que le roi de la branche aluée avait un vote prépondérant (l). Ils présidaient aussi un tribunal séparé, qui, ■ avant la création des éphores, exerçait peut-être une juridiction civile plus étendue, mais qui par la suite n'eut plus a juger que certaines questions d'héritage et de procédure rattachées au caractère patriarcal des rois. Comme tous les rois des âges héroïques , ils furent les grands prêtres de la nation : ils étaient tous les deux prêtres de Jupiter, mais avec cette distinction que l'un, vraisemblablement le plus âgé, sacrifiait au dieu sous son titre dorien, et que l'autre l'adorait sous le nom qu'il portait en Laconie, probablement avant la conquête (2). lis étalent aussi chargés, apparemment en ia même qualité, de l'emploi, plus important de faire consulter l'oracle de Delphes par des fonctionnaires qu'ils choisissaient eux-mêmes, et de conserver les réponses qu'ils en avaient reçues. Mais leur principale prérogative fut toujours le commandement des armées ; car c'était pendant la guerre que la majesté royale brillait de tout son lustre. Bien que la nation eût le droit de déclarer la guerre ou de conclure des traités de paix, les rois paraissent avoir possédé dans l'origine celui de diriger toutes les opérations militaires, après avoir pris toute/ois l'avis d'un conseil de guerre1; un long espace de temps s'écoula avant qu'on reconnût l'inconvénient qu'il y avait à ce qu'ils se missent tous les deux conjointement en campagne. Leur autorité militaire, surtout dans les expéditions qui dépassaient la frontière, semble avoir été presque entièrement illimitée. Dans l'intérieur de leur royaume, en la même qualité de généraux héréditaires de la nation, ils s'occupaient de l'entretien des routes publiques (3), et ils nommaient des fonctionnaires chargés, comme les consuls actuels, de protéger les intérêts des étrangers. '
Les honneurs attachés à la royauté étaient toutefois encore plus grands que son autorité, et ils ne subirent qu'une faible diminution, même '" après qu'elle eut été le plus restreinte. Les rois étaient révérés, nonseulement comme les premiers magistrats de la cité, mais comme des êtres extraordinaires alliés aux dieux par leur filiation héroïque. Toutefois les marques extérieures de ce respect étaient telles qu'il convenait à des hommes libres et a des Spartiates de les accorder, et conformes à
(!) On peut peut-être eipliquer ainsi k différence signalée entre Héi-ndole (vi.
J-' -■ dide (- -" ■-■"■■"■ ' - "■'■ '■-■'—■■■■■' ■
57) et Thucydide [i, 20). — (2) Hérod., vi. 36. — (3) Ainsi ils étaient penl
' ''' ' -'- - r les Hilnles et sur les (militants des proïi '
n des griind^s routes. (Hémd., i, 57.)
•Où HISTOIRB DE LÀ GRECE.
AtiDtJC la simplicité des temps héroïques, d'où elles dérivaient. Les emblèmes -M4' de la dignité royale ne consistaient, ni en pompe d'apparat et en étiquette, ni en splendeur et en luxe personnels. Un roi de Sparte ne se distinguait pas de ses concitoyens par son costume ou sa manière de vivre , il était soumis aux mêmes lob qui réglaient le régime de l'homme libre ordinaire; mais l'Etat lui fournissait largement les moyens d'entretenir sa maison sur le pied le plus honorable, et de subvenir aux dépenses d'une sorte d'hospitalité qu'il exerçait plutôt en sa qualité de prêtre qu'en sa qualité de roi. Aussi, outre les domaines qui lui étaient assignés dans les districts provinciaux, chaque roi avait droit à certains payements en espèces qui lui permettaient, à des époques fixées, d'offrir des sacrifices aux dieux, et de recevoir ses amis. A chaque sacrifice public offert par d'autres citoyens, il était de droit l'hôte le plus honoré ; la première place lui appartenait dans toutes les assemblées ; et avant que les éphores eussent fait une exception à cette règle générale, tous les hommes libres se levaient à son approche. Dans le camp il menait encore un train de vie pins royal que dans la capitale : une troupe choisie de cent hommes veillait sur sa personne; le trésor public payait les dépenses de sa table, à laquelle il recevait chaque jour les principaux officiers : et bien qu'un certain nombre de fonctionnaires inférieurs ne lui laissassent pas d'autre occupation que celle de diriger les opérations générales de la campagne, la loi exigeait que, dans aucun cas, ils n'agissent sans sa permission expresse. Gomment les deux rois partageaient-ils le commandement lorsqu'ils prenaient part tous les deux à la même expédition ? nous n'avons à ce sujet aucune notion distincte. L'avènement et le décès des rois étaient signalés par des coutumes qui, selon l'observation d'Hérodote, avaient un caractère plutôt oriental qu'hellénique. Dans le premier cas, la remise que l'État faisait de leurs dettes à tous les créanciers exprimait la satisfaction publique, et ce n'était peut-être pas un grand sacrifice pour le trésor Spartiate. Les obsèques royales étaient célébrées par une cessation de toutes les affaires publiques qui durait dix jours, et par un deuil général, auquel lesHilotes . et les habitants des provinces étaient forcés de prendre la part la plus active. Des hommes achevai en portaient la nouvelle dans tout le pays, et des milliers d'individus de la classe sujette, de même que celle des serfs, assistaient aux funérailles, faisaient retentir l'air de leurs lamentations, , et proclamaient à haute voix les vertus du prince dont ils déploraient la perte supérieures à celles de tous ses prédécesseurs.
t*«*pbqres. Les rares renseignements parvenus jusqu'à nous sur les fonctions des magistrats inférieurs ne sont pas assez importants pour mériter d'être détaillés ici ; une raison toute différente nous détermine h. ne faire, pour le moment, qu'un petit nombre de remarques sur les fonctions des éphores, bien que ces magistrats aient fini par acquérir l'autorité suprême dans l'État. Ni leur nom, ni leur office primitif, ne semblent avoir été particuliers à Sparte, car ils se retrouvent dans d'autres villes doriennes (1). Aussi, bien que quelques auteurs aient attribué leur (t) Comme à Cjrène. Héracl. de Pont, iv.
création à Lycurgue, et d'autres à un règne postérieur, remontaient-ils Amt j.c. probablement a- une antiquité plus reculée. Leur nombre de cinq, qui ***■ parait avoir été toujours le même, avait vraisemblablement quelque rapport avec celui des tribus locales, ou des quartiers de Sparte. Ils étaient renouvelés tous les ans, et ils semblent avoir exercé dès l'origine, sur tout ce qui concernait la vie civile des Spartiates, une juridiction et une surveillance qui ne furent peut-être jamais exactement déterminées , et qui admirent par conséquent un accroissement indéfini. La réponse de l'oracle, qui contient l'esquisse générale de la constitution Spartiate, telle qu'elle existait au temps de Lycurgue, n'en Tait aucune mention ; on peut conclure de ce silence que les changements introduits par ce législateur n'étendirent pas les pouvoirs qu'ils possédaient à cette époque. En tout cas, 11 est évident que leur importance politique naquit à une période postérieure, et le caractère nouveau que leurs fonctions prirent alors paraît si Intimement lié à l'histoire de cette époque, qu'il sera plus convenable de les étudier ensemble.
Les restitutions que nous venons de décrire ne nous ont rien offert qui put être attribué, avec quelque probabilité, à Lycurgue ; une trèsfaible partie , nous l'avons vu , en fut dans l'origine particulière a Sparte. Mais comme à toutes les époques les usages de leur vie civile et privée distinguèrent surtout les Spartiates des autres Grecs, c'est dans ces usages que, selon l'opinion générale, l'influence du législateur est le plus visible. Nous avons déjà exposé les raisons qui nous déterminaient ii croire que, sur beaucoup d'autres points, il avait seulement transformé en ordonnances et en lois l'habitude et la coutume ; nous sommes convaincu aussi que, dans ce dernier cas, obéissant à la même Impulsion, il rie- se contenta pas de modifier et de corriger les institutions qu'il trouva établies, mais qu'il en créa un certain nombre de nouvelles. Toutefois aucun critique ne pourrait aujourd'hui prétendre distinguer l'un de l'autre ces éléments divers, en en exceptant cependanteeux qui s'accordent plus ou moins avec la coutume générale del'antiquitégrecque. Un principe dominant régit toutes les institutions de Sparte; le principe citoyen ne nait et ne vit que pour l'Etat; Il doit consacrera son service f^,"*^™ sa fortune, son temps, sa force, ses facultés et ses affections ; la prospé- iptiinw* rite et la gloire de sa patrie peuvent seules le rendre heureux et illustre. Mais si Lycurgue fut le premier Spartiate daus l'esprit duquel ce principe devint une pensée distincte, ce ne fut certes pas lui qui le eon- , çut pour la première fois. II résulta nécessairement des circonstances qui établirent une poignée d'hommes dans un pays dont ils occupaient .■ J seulement un point Isolé, au milieu d'une population de beaucoup supérieure en nombre, et qu'ils étaient toutefois bien résolus d'asservir a leur joug comme princes et comme maîtres. De ce principe, Lycurgue semble' avoir fait la base de sa législation, et avoir dépassé, dans, ses applications pratiques, tous ceux qui l'avalent précédé.
En imposant au riche l'obligation de céder à l'État une partie de ses terres, Lycurgue reconnaissait que chaque Spartiate ne possédait qu'en vertu d'un titre précaire , si on peut dire qu'il en avait un.
Domzeday GoOgk
Annu.c. En fait, le propriétaire foncier était loin d'avoir on droit absolu sur m,~ la portion de terres qui lui était assignée ; les restrictions les plus étroites gênaient l'exercice de son droit. Les Hilotesqui cultivaient un champ devaient plutôt en être considérés comme les véritables propriétaires, car ils étaient seulement obligés de remettre à leur maître chaque année une quantité invariable de ses produits, avec laquelle il devait subvenir aux dépenses de sa maison. Ce fermage ne dépassait pas en moyenne ce qui pouvait être nécessaire à l'entretien modeste d'une famille composée de six personnes. Ledroit de transmettre unepropriété territoriale était aussi limitéquelajuuissance :le patrimoine indivisible, inaliénable, descendait au nlsainé, et, à défaut d'héritier môle, a ce qu'il paraîtrait, à la fille aînée. Le législateur semble avoir voulu qu'après la division et le partage des terres chaque lot fût toujours représenté par le chef d'une famille. Mais quel moyen employa-t-il pour alteindre ce but? c'est là un des points DbpMttMi les plus obscurs du système Spartiate. La première difficulté fut d'empepoùr but do cher le nombre total des familles qu'il fallait nourrir de s'élever au-desucT™™- sus ou d* tomber au-dessous de celui des lots qui leur avaient été assibKd« («mil- gués pour pourvoir à leurs besoins. Éviter les maux qui pouvaient naître, ""'' ' même lorsque cette égalité fut maintenue, d'une forte disproportion entre le nombre des membres et les propriétés de chaque famille, tel fut le second problème. La fondation d'une colonie , expédient souvent employé, eût fourni un moyen aisé de se débarrasser d'un excès de population; mais, en réalité, un semblable danger semble n'avoir jamais été ni encouru ni redouté par Sparte. Lycurgue institua des peines contre le célibat, et, aune époque postérieure, des récompenses furent accordées par la loi aux pères d'une nombreuse famille. Cependant le nombre des citoyens Spartiates continuait toujours de décroître. Aussi le fonds commun suffit-il toujours largement aux besoins de la communauté, et la seule difficulté pratique consista- t-el le à régler sa distribu- .. tion de manière à éviter tout à la fois les deux extrêmes, une fortune colossale et une misère profonde. Dans les temps les plus prospères de la "" république, ce but semble avoir été principalement atteint par des adop- ' lions, et par des mariages avec de riches héritières, qui enrichissaient les cadets des familles trop nombreuses pour que leur propriété héréditaire suffit à l'entretien de tous leurs membres. Selon toute probabilité, l'État avait rarement besoin d'intervenir, afin de déterminer un propriétaire qui n'avait pas d'enfants, ou le père d'une riche héritière, à faire un choix convenable. Mais comme toute adoption exigeait la sanction royale, et que les rois avaient aussi le droit de disposer de la main d'une riche orpheline, quand son père ne lui avait pas signifié en mourant sa volonté, on ne peut guère douter que le magistrat ne possédât le pouvoir de s'interposer dans de telles circonstances, en contrariant même des désirs et des goûts individuels, pour venir en aide aux jeunes gens pauvres, et empêcher l'accumulation de la richesse. Plutarque rapporte que les pères devaient porter leurs enfants dans un lieu appelé Leschée, où s'assemblaient les anciens de chaque tribu, et que, si ceux-ci trouvaient le nouveau-né digne de vivre, ils ordonnaient qu'on le nourrit, et lui
assignaient, pour son apanage une des neuf mille parts de terre, mais on a.uij ignore sur quel fondement reposait cette étrange assertion. 88*"
Les institutions qui empêchaient le citoyen Spartiate d'exercer toute p™i.ib espèce d'industrie lucrative, — à moins qu'on ne range la chasse dans nrîeieuï cette catégorie, — ne lui laissèrent d'autres ressources pour vivre que su""les récoltes de ses propriétés. Dans les rares et simples transactions commerciales auxquelles il était obligé de se livrer pour subvenir à la consommation qui se faisait dans sa maison, il n'avait besoin que d'une petite somme d'argent à la fois. Aussi, quand les progrès de l'industrie et du commerce eurent déterminé les Grecs à transformer en monnaie les métaux précieux, la nécessité d'un pareil instrument d'échange ne se lit pas sentir à Sparte dans les relations ordinaires de la vie. On regarda cette innovation comme un danger, et la possession des métaux précieux fut interdite. Le fer, ce produit naturel de la Lacouie, travaillé, de manière à ne pas pouvoir servir à d'autres usages, d'abord en petites barres, et plus tard sous une forme plus convenable, continua d'être la seule monnaie légale de Sparte jusqu'aux derniers temps de son histoire. Toutefois, quelques auteurs ont prétendu que le cuir reçutaussi te même emploi (l). Cette défense a souvent été attribuée à Lycurgue, mais elle ne doit pas remonter à une époque si reculée, car, selon toute probabilité", les Grecs ne commencèrent a frapper de la monnaie d'argent qu'un siècle après la mort de ce législateur (2). En ce qui touche l'or, elle eût été de son temps complètement superflue, puisque deux faits incontestables (3) prouvent que, jusqu'à la guerre des Perses, ce métal resta si rare, qu'il fut impossible à un particulier Spartiate de s'en procurer. Toutefois la possession delà monnaie d'or ou d'argent semble n'avoir été interdite qu'aux Spartiates; car les habitants des provinces, à qui le commerce était permis, durent „ ■" en avoir eu un besoin indispensable; en outre, le législateur ne peut pas s'être proposé d'imposer une semblable restriction à l'État : une . question plus douteuse encore est celle de savoir si les rois furent dans l'origine exemptés de cette règle, ou s'ils durent seulement à des révo- ■ luttons postérieures dans la république le privilège, qu'ils possédaient sans aucun doute, d'amasser des richesses, Cetle loi prohibitive dut certainement contribuera maintenir la simplicité des mœurs antiques ; mais elle semble avoir eu une autre conséquence, qui devint souvent préjudiciable aux intérêts publics. L'espèce humaine est malheureusement trop disposée à rechercher et à faire tout ce qui lui est défendu ; cette tendance fâcheuse fut probablement la cause secrète de cette vénalité dont l'histoire de Sparte nous offre tant d'exemples remarquables. L'avarice parait avoir été le vice auquel le Spartiate fut le plus enclin :
(1) Sénèque. FJe Btntf., i. 4; Nicol. Dam, ap. Slobœum, Sert»., T. XLIV, 41 (Gaisf, il, p. 338).— (3) Voir Nilisch, de Hist. Hom., I, p. 60, qui se rapparie à Diog. Lnër., i, 117. \oir Hermann, p. tf6. — (3) Les Spartiates envoyèrent en Lydie pour s'en procurer une uelile quantité (Hérod., i, h9) ; Hiéron en fit demandera Archîlelès, le Corinthien, le seul hoinm» de la Créée qui en eûl amasse' une quantité considérable- Théopnmpe, dnns Athéo., vi, p. 352 .
3 omzed air GoOgk
Anat J. c. l'argent monnayé, dont il n'avait que de rares occasions de se servir, fat pour lui une amorce à laquelle le plus pur patriotisme put rarement résister.
Condition Le même esprit qui exerçait ce contrôle absolu sur lu propriété S»"fcnu«™ Pr'"ée ge montre dans toutes les lois qui avaient pour but d'élever ■pmiMo. |e ciloyen pour le service de l'État, et qui posaient la base de la famille ; mais le caractère particulier du système Spartiate se révèle surtout dans les rapports qu'il imposait aux deux sexes. Le traitement des femmes peut servir à nous faire comprendre de quelle manière les antiques coutumes helléniques avaient été modifiées à Sparte par le plan particulier du législateur. La liberté dont elles Jouissaient, et la déférence qu'on leur témoignait, — liberté et déférence que les époques postérieures blâmèrent comme excessives, lorsqu'elles contrastèrent avec les usages alors prépondérants en Grèce, — étaient des vestiges d'une antiquité reculée, et se rapportaient aux coutumes décrites dans les poèmes homériques. L'indépendance accordée aux jeunes filles avant leur mariage caractérisait d'une manière plus saillante les institutions Spartiates. Dans leur éducation, on songeait moins à elles, c'est-à-dire à leur apprendre à bien remplir leurs devoirs de maltresses de maison futures, qu'aux citoyens qu'elles promettaient de donner à la république. Elles devaient être les mères d'une race robuste ; aussi étaient-elles assujetties aux mêmes exercices de force et d'adresse que les hommes. Le législateur semble même avoir voulu qu'elles ne fussent considérées que sous ce point de vue, et qu'elles n'inspirassent aucune affection qui se proposât un autre objet. Ce fut probablement avec intention, — bien que son but dût être différent de celui que Plutarque suppose , — qu'il les obligea fréquemment a se montrer dans des processions et dans des danses publiques dans un état de nudité qui, selon notre délicatesse moderne, trahirait le dernier degré de la licence publique (i). Toutefois il est certain qu'à cet égard la moralité Spartiate était aussi pure que celle d'aucun autre peuple de l'antiquité et peut-être de toutes les nations modernes. Ces spectacles, qui étaient probablement un reste d'un usage primitif, et qui se rattachaient à des rites religieux, ne firent jamais rien perdre à la vierge Spartiate de l'estime que l'antre sexe avait pour elle ; et l'éloge, ou le blâme, que dans de telles circonstances elle était autorisée à dispenser aux assistants, futreconnu comme un des moyens les plus efficaces pour exciter l'émulation des jeunes hommes. Le mariage conservait à Sparte la forme qui avait, sans aucun doute, été donnée à cette cérémonie dans les montagnes habitées primitivement par la race dorfenne, et qui, aujourd'hui même, est encore établie parmi les tribus de la Circassie. La fiancée, considérée comme la récompense du courage et de l'adresse , était toujours supposée arrachée par force ou par ruse du toit paternel. Les matrones
(1) Toutefois il est nécessaire de faire une distinction entre les exercices privés, dons lesquels elles déposaient tout vêtement, «l les eihibitions publiques, dans lesquelles elles portaient cette sorte de tunique à demi ouverte (le s^lotôc x<t»»)> qui leur vulut 1 épîlliète de fWHjngpiSit.
CHAP. TIH. — LEGISLATION DE LTCUBGUE. 35S
Spartiates se montraient plus rarement en public que les Jeunes filles, Atmij.c. et bien que les plaisirs de ta vie privée fussent peu estimés à Sparte, où >M4' il était même honteux pour un jeune marié d'être vu en compagnie de sa femme, elles étaient traitées avec une considération et exerçaient une Influence qui semblaient aux autres Grecs aussi ridicules que dangereuses; mais ce danger n'exista, — s'il exista jamais, —que lorsque toute la nation eut dégénéré. Dans -les plus beaux temps de l'histoire de Sparte, les femmes Spartiates furent, de toutes les femmes grecques, les. seules qui rivalisèrent par la dignité de leur caractère avec les matrones romaines. L'adultère fut pendant longtemps Inconnu A Sparte ; toutefois, le lien conjugal y était si peu sacré , qu'on le sacrifiait sans scrupule, et d'une manière qui choque nos idées de décence, à des maximes de politique d'État ou à des nécessités privées (l).
A dater de sa naissance , tout Spartiate appartenait à l'État , qui Éducui» décidait, ainsi que nous l'avons vu, s'il était destiné en apparence A i$2âSi?m devenir un membre utile de la communauté, et qui mettait immédiatement un terme à la vie de l'enfant malade ou difforme (2). A l'âge de sept ans, la garde et l'éducation d'un enfant étaient confiées à ses tuteurs naturels, qui n'avaient pas, toutefois, le droit de l'élever à leur gré, mais qui devaient se soumettre à certaines règles établies pour empêcher les abus redoutés d'une tendresse trop indulgente. A l'expiration de sept années commentait une longue éducation publique, qui devenait de plus en plus sévère à mesure que l'enfant approchait de la puberté. L'éducation de lajuunesse était, jusqu'à un certain point, l'occupation principale de tous les citoyens plus Agés ; car chacun d'eux y contribuait, sinon d'une manière active, du moins par sa présence et par sa surveillance. Elle était placée sous le contrôle spécial d'un fonctionnaire (3) élu parmi les citoyens les plus estimés ; ce fonctionnaire choisissait un certain nombre de jeunes gens qui venaient d'atteindre leur vingtième, année, et qu) unissaient au plus haut degré le courage à la sagesse, et il tes chargeait d'exercer une surveillance plus immédiate sur les différentes classes (4) que formait la masse des enfants. Le chef dechaque classe dirigeait les études et les jeux de ses jeuues disciples ; quand il n'était pas satisfait de leur conduite, il les punissait nvec une rigueur militaire , mais il était responsable envers ses supérieurs de la manière dont il remplissait ses fonctions. L'éducation Spartiate se distinguait par sa simplicité ; elle n'était pas le résultat d'une théorie générale de la nature humaine , elle ne se proposait pas d'en développer les diverses facultés ; son objet principal était d'élever des hommes destinés à vivre au milieu de difficultés et de dangers de tonte espèce, et qui ne pouvaient Être en sûreté chez eux qu'en tenant sous . un joug de fer un certain nombre de leurs semblables. Le citoyen défi) Plut., !.yc, IS. Voir aussi quelques remarque* de H. Lewis dans lePAttological Muséum, vol. Il, p. 70, note 43. — (2) On l'exposait dans un talion enfoncé du Taygèle, qu'on appelait tes dmttrai. Les douze tables contenaient une disposition semblable. Cic.,dB teg„ m, 8. — (3) Le ««uJoWjMt. — (4) <tyùu,
33e HISTOIRE DE LA GRÈCE.
ai j. c. vaft toujours être prêt à se défendre ou k défendre sou pays , sur m' son territoire, et au delà de ses frontières; il devait par conséquent être également habitué au commandement et à l'obéissance. Sou corps, son esprit et son caractère étaient exercés et formés dans ce but unique de son éducation; aussi, le système Spartiate s'appliquant . directement à cette fin principale, et dédaignant tout ce qui lui était étranger, al teignit- il, dans sa sphère propre, une perfection qu'il est impossible de ne pas admirer. Le jeune Spartiate était peut-être incapable de lire ou d'écrire ; il possédait à peine les éléments d'un des arts ou d'une des sciences qui enrichissent ou ornent une société ; mais il savait courir, sauter, lutter, lancer le disque ou le javelot, et manier toute autre arme avec une vigueur, une agilité, une grâce qui n'étaient surpassées dans aucun autre pays. Ces talents pouvaient s'acquérir dans toutes les palestres grecques. Il était donc exposé à rencontrer de nombreux rivaux dans les divers exercices; mais nul de ses compétiteurs n'avait appris comme lui à souffrir. Dès l'âge tendre auquel il quittait le giron de sa mère pour entrer dans les écoles publiques, sa vie devenait un long apprentissage de la patience. Une nourriture grossière et rare, souvent retirée à dessein, un vêtement léger auquel il n'ajoutait rien, même au cœur de l'hiver; un lit de roseaux qu'il allait cueillir lui-même daus l'Eurutas, des lattes avec ses camarades, des coups que lui donnaient ses gouverneurs, plus encore pour l'habituer à en recevoir que pour le punir, l'accoutumaient à toutes les peines et û toutes les privations. Une épreuve de cette force -passive élait trèscélèbre parmi les anciens. Dans les temps primitifs, probablement avant la conquête dorienne, des victimes humaines avaient été, a ce qu'il parait, offertes dans la Laconie à une image de Diane, qu'Oreste passait pour avoir apportée avec lui de la Scythie. Lycurgue abolit, dit-on, ce rite sanguinaire, mais il te remplaça par une lutte presque aussi barbare, dans laquelle les jeunes gens les plus intrépides, debout sur l'autel, se présentaient volontairement aux verges, et expiraient quelquefois sous les coups sans pousser un soupir. Une' autre coutume, non moins fameuse, avait pour effet d'habituer les enfants tout à la fois à souffrir et à agir. Ils étaient souvent obligés, soit par l'ordre exprès de leur chef, soit par la nécessité, c'est-à-dire par la faim , d'aller marauder dans les champs ou dans les maisons où ils parvenaient à s'Introduire furtivement. Le voleur habile et heureux était sûr d'obtenir des éloges outre son butin ; celui qui se laissait surprendre en flagrant délit recevait des reproches et des coups, non pour sa tentative, mais pour sa négligence ou sa maladresse. La plupart des historiens ont commis à ce sujet une erreur grossière ; cette coutume n'était pas, à ce qu'il parait, comme ils l'ont pensé, un attentat contre la propriété, un encouragement au vol; c'était une préparation, non moins remarquable que beaucoup d'autres, aux privations, aux dangers et aux expédients d une vie militaire. L'odieuse cryptie semble avoir été une institution semblable, mais elle servit à un but politique. La veille d'une bataille, les Spartiates offraient régulièrement un
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:e aux Muses, et l'union de la lance et de la lyre fut un thème fa- av„: vori des poètes laconiens, et de ceux qui chantèrent les coutumes spar- ' tiates (1). Bien qu'habitué dès sou enfance à la discipline du camp, le Co jeune Spartiate, comme le héros de l'Iliade, ne restait étranger ni à la lectn musique ni à la poésie; il apprenait à chanter et à jouer de la flûte et de £"„ la lyre ; mais les chants dont on ornait sa mémoire, et auxquels on exerçait sa voix, étaient des hymnes sacrés, où ils respiraient un esprit guerrier ; ce fut parce qu'ils entretenaient de tels sentiments que les poèmes d'Homère, s'ils ne furent pas introduits à Sparte par Lycurgue, y obtinrent de bonne heure un accueil favorable ; le même motif fit honorer Tyrtée, et bannir Archiioque, ce poète si aimé des Grecs, qui n'avait pas rougi de chanter sa fuite honteuse d'un champ de bataille (3). Ces exercices musicaux avaient pour but de développer le cœur plus encore que l'intelligence ; ainsi le législateur se proposa moins peut-être d'aiguiser leur esprit, que de leur apprendre à conserver leur sang-froid, a prendre une décision prompte et à trouver un expédient, lorsqu'il contraignit les enfants à contracter l'habitude de répondre à toutes les questions qu'on leur adressait, avec une brièveté vive, piquante, sententieuse, qui devint le caractère proverbial de la conversation Spartiate. Mais on leur enseignait surtout, plus encore par l'exemple qu'en paroles, à être modestes et soumis, et à honorer les vieillards et les magistrats; car telles lurent les qualités sur lesquelles reposait principalement la stabilité de la république. La démarche et le regard des jeunes Spartiates, quand ils passaient dans les rues, respiraient, comme le remarque Xénophon, la modestie et la réserve. En présence des anciens ils étaient aussi timides que de jeunes filles, aussi silencieux que des statues, à moins qu'un ne leur adressât une question. Ce fut, selon la remarque de Plutarque, pour montrer l'importance de ces vertus qu'on éleva le temple de la Peur près de la demeure des éphores (3). En fait, son respect pour les lois, qui rendit le Spartiate si ennemi de toute innovation intérieure, n'était guère qu'une autre forme de cette crainte religieuse que l'éducation de sa jeunesse lui avait inspirée pour les magistrats et pour les vieillards. Cesentimentse rattachait aussi intimement à cette horreur si vive et si profonde de la honte, qui lui faisait fuir le déshonneur comme la plus redoutable des calamités, et qui lui donnait la force d'affronter la mort avec tant de calme lorsque son pays lui demandait le sacrifice de sa vie.
L'intervalle qui séparait la vingtième année de la trentième élait regardé comme un état transitoire entre l'enfance et la virilité. Durant cette période, le jeune Spartiate se voyait déjà affranchi de la discl-
(1) P\at., Lyc, 21; Alhcn., xiv, 35; Huiler, Dor., IV, », «3. Mais il faut lire aussi C F. Hermann, p. 101 , qui cite une remarque rteWelcler sur les fragments d Alcman, p. 5 : a Spurtnngiiim lyricm priiimrios linud fuisse indigent», artemniie musieam Lacedawione honora tnmuuideiii, sed lanqnam liuspitam qusiudaai «uIjmtmkm liabiUiii esse, ex vitriis indiens perspicero milii videor. » — (2) Plut., Inst. Lac, 34. Valcre Maxime (vi, 5, K, ij atlribuc à son expulsion un motif différent et beaucoup moins probable. —(3) Cleo*»., ».
atuu.c. plinedes classes; maison ne lui permettait pas encore de prendre place "^ parmi les hommes mûrs dans l'assemblée, et il était peut-être principalement occupé du service militaire qui pouvait être exigé de lui dans l'intérieur du pays. Mais son éducation ne se terminait réellement que lorsqu'il avait atteint sa pleine maturité et commencé à remplir ses devoirs d'époux et de père. La vie du Spartiate, en temps de paix, était une vie de loisir. La dignité d'un homme libre exigeait qu'il ne se livrât à aucune occupation ; mais ce n'était pas une vie de plaisirs et d'indolence, car une telle existence l'eût rendu incapable d'être un citoyen et un guerrier. N'était-il pas employé aux affaires de l'État , il s'occupait rarement de ses affaires privées ; les exercices de la palestre et de la chasse se partageaient presque tous ses instants de loisir. Il se reposait de ses fatigues aux repas publics. Si nous parlons ici de cette institution que Sparte conserva, comme la Crète, jusqu'aux derniers temps de son histoire, c'est seulement pour signaler une ou deux de ses par- La ijaitia ticularités purement Spartiates. A Sparte, le repas était servi aux frais,
*p"ttat*" non de l'État, mais de ceux qui y prenaient part. Le chef de chaque famille, dans la proportion de ses moyens, contribuait à la dépense commune pour tous ses membres; mais le citoyen réduit à l'indigence n'avait pas le droit de s'asseoir à la table publique. Ces convives se divisaient en un certain nombre de compagnies, composées généralement de quinze personnes. Une place devenait-elle vide, on procédait par un scrutin à la nomination de celui qui devait l'occuper. L'unanimité des voix était exigée pour chaque élection. Aucun membre, — pas même les rois, — n'obtenait l'autorisation de ne pas paraître au repas public, si ce n'est dans une occasion extraordinaire, quand il faisait un sacrifice anx dieux, ou quand la chasse l'avait entraîné trop loin ; et alors il envoyait les prémices de la victoire ou une portion de son gibier. De telles offrandes variaient souvent le frugal repas, toujours animé par des saillies d'une gaieté modérée et d'une plaisanterie bienveillante (l). La vie militaire se terminait à soixante ans. Durant la période qui suivait cette époque, le citoyen de Sparte goûtait un doux repos, mais il ne restait pas complètement inactif : les récompenses naturelles d'une honorable carrière, la considération, la préséance, l'autorité rendaient sa vieillesse heureuse ; il trouvait une occupation régulière et agréable, sinon dans l'administration des affaires de l'État, du moins dans la surveillance et dans la direction de l'éducation de la jeunesse. L'âge le privait-il enfin de distractions plus actives, le vieillard pouvait encore jouir de la société de ses égaux dans la letchée, — place consacrée à Sparte, comme dans la plupart des villes grecques, à des réunions qui avaient pour but des conversations publiques, — où les souvenirs d'une jeunesse bien occupée embellissaient le soir de sa vie. institution» Les auteurs anciens qui admirèrent le plus les institutions Spartiates
mutHiM. blâmèrent leur tendance exclusivement guerrière. On ne saurait nier, en effet, que toute la vie d'un Spartiate ne fût une préparation conti-
(1) De là le mot «xSîtw, selon Plut., Lyc, il.
3 oinzed a? GoOgk
nuelle à la guerre, bien qu'elle se proposât sans doute un antre but. *™u.c. C'est peut-être seulement dans ce sens que le système militaire de 88*' Sparte peut être proprement attribué à Lycurgue, malgré l'assertion de Plutarque (l) qui lui fait honneur de quelques améliorations pratiques. Selon une opinion plus généralement répandue, Lycurgue émit le premier une maxime politique qui fut sanctionnée, dit-on, par une de ses ordonnances, et qui tendait à retenir l'ardeur belliqueuse de ses concitoyens dans les limites d'une sage modération. Il leur défendit d'entreprendre de fréquentes expéditions contre le même ennemi ; d'après quelques auteurs, cette précaution devait avoir pour résultat de les prémunir contre le danger auquel ils se fussent exposés, de donner, par des attaques multipliées, à un adversaire timide et ignorant le courage et les connaissances qui lui manquaient (2). A en croire Plutarque, le premier revers important qu'essuyèrent les Spartiates eut pour cause la violation de cette règle. Mais il est difficile de citer une période de l'histoire durant laquelle elle paraisse avoir été observée. Toutefois, on doit le reconnaître, la prudence était une qualité saillante du Spartiate ; et quand cette qualité s'unissait en lui au sentiment qu'il avait de sa supériorité, elle put parfois remplacer la pitié et adoucir les coutumes barbares de la guerre , de même qu'une autre de leurs maximes militaires les empêchait de poursuivre un ennemi vaincu (3). Une superstition salutaire, qui respectait certaines fêtes religieuses comme des armistices sacrés, contribua à la même fin. Mais l'esprit belliqueux des institutions de Sparte se manifeste surtout, en outre du système général de l'éducation, dans le soin que le législateur avait pris de rendre la guerre aussi attrayante que possible. La ville, à plusieurs égards, ressemblait à un camp. Au camp, le guerrier n'était soumis à aucune des obligations pénibles que le citoyen subissait dans la ville. La guerre fut toujours l'élément au milieu duquel il semble avoir respiré le plus librement, et goûté le sentiment le plus complet de son existence. Il se coiffait et se couronnait pour une bataille comme d'autres hommes pour une fête; et quand il s'avançait contre l'ennemi, prêt à engager avec lui un combat mortel, il se montrait aussi calme, aussi joyeux que lorsqu'il se présentait dans l'arène pour disputer un prix aux jeux publics.
Cette disposition naturelle, qui eût presque suffi pour rendre le Spar- xk«Uqw. tiate invincible, était soutenue par un système de tactique, dont Xénophon loue l'admirable simplicité, malgré sa complication apparente, et qu'il décrit avec une précision minutieuse, que nous n'osons pas imiter. L'origine de cette tactique remontait probablement à une époque antérieure même à la conquête du Féloponese, et elle contribua peut-être plus que toute autre causeàcet événement ; mais elle fut sans aucun doute per-
(1) Lyc, SB.— g) Plut.,t!/c.,13;Niti3ch (Hist. Rom.,], p. 61) fait la remarque suivante : a Ea ut ab ipso Lvcurgo proposita TÎdcalur, req ni ri vjdeiur alîa ratio, alque vulgo inlerpret&nliir. Poluil eo speclare, ut unaquaque àd bellum unuectioue pacem redimere, et semel former debellare (uberentar; quauquam ulitermura est Muellero. » (III, 12, S, 9.) C. F. Hermann (Ant. Lac, p. 45) : « Non oiiinor ea de causa quani Plularchus arguîl, sed ne ipsi reges per militaris obsequii occaaionem potestalé sua aliutereulur. » — (5) Plut., Lyc, 22.
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340 HISTOIRE DE LA CittÈfJi.
Atui i. c. fectionnée par l'expérience de plusieurs générations successives. Nous -M4' donnerons ailleurs (I) quelques détails sur l'organisation de l'armée Spartiate, mats nous nous bornerons ici à un petit nombre de remarques générales. La force de l'armée Spartiate consistait surtout dans son infanterie pesamment armée f oplites); aucun autre genre déservice n'était, dans l'opinion générale, aussi digne du guerrier libre, parce qu'aucun n'exigeait autant décourage et de discipline. Aussi la cavalerie était-elle peu estimée, et si, dans la guerre du Péloponèse, on reconnut la nécessité de lui accorder une plus grande attention, elle n'acquit jamais ni une grande puissance ni une grande réputation. Le nom de cavalier était, il est vrai, un titre d'honneur porté par une troupe de trois cents jeunes gens; trois officiers, nommés tout exprès dans ce but parleséphores. Tes choisissaient parmi l'élite de la jeunesse; ils servaient en campagne de gardes du corps au roi ; mais, malgré leur titre, ils combattaient à pied, et s'ils montaient à cbeval, c'était seulement dans les marches, ou pour exécuter les ordres du roi (2). Le Spartiate répugnait pour la même cause à donner l'assaut à une ville fortifiée ; car dans ces sortes de combats, — c'est une remarque attribuée à Lycurgue, — un brave guerrier pouvait tomber mortellement frappé par la main d'une femme ou d'un enfant (3). La guerre maritime inspira toujours aux Spartiates une vive répugnance, et les Hilotes composèrent principalement les équipages de leurs bâtiments, comme dans les campagnes déterre ils servaient de troupes légères, ou suivaient l'armée en qualité de domestiques. La supériorité de l'infanterie Spartiate dépendait d'un système de subordination habilement gradué, à l'aide duquel les ordres du général, rapidement transmis, s'exécutaient avec une facilité et une précision remarquables. Le chef de YEnomotie, la dernière subdivision, oulepremier élément du corps entier, était tout à la fois l'organe qui communiquait le mot du commandement à sa compagnie et le pivot des divers mouvements qui mettaient sa position en rapport avec les nécessités d'une marche ou d'une bataille. Les danses générales, plus particulièrement In danse de guerre appelée la pyrrhique, auxquelles la jeunesse Spartiate était habituellement exercée, rendaient ces évolutions beaucoup plus faciles et plus promptes, et aidaient à l'harmonieuse combi- Muimna naison des mouvements des diverses subdivisions de l'armée (4). Leur «AuSÎ*"" sage prévoyance avait pu, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, inspirer aux Spartiates la maxime générale, qui toutefois était loin d'être constamment observée, d'éviter des luttes répétées avec le même ennemi. Le soin qu'ils prenaient de tenir secret le nombre des guerriers qui composaient une expédition, et tous les règlements disciplinaires du camp, témoignent une égale prudence. On peut probablement at-
(1) Voir l'appendice, n. 3. — (2) A en juger par un passage de Thucydide (v, 72), ce litre eut é lé purement nominal. Wachsmulh (II, 1, p. 578) suppose
Îu'il avn.it été dérivé de l'époque où les chefs combattaient dans des chars, et celle lypolhèse peut sembler confirmée par Epboi'e (Slrab., ï, p. 411), oui, enparl.tnl d'eux , emploie le mot àfxii. Mais Dehys (B. A., il, 13) et Iiérod. (vm, 124) semblent prouver qu'ils étaieut montés. — (3) Plut. , an. Lac, Lyc, 25. —
(4) Athin., i
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tribuer à un motif semblable l'obligation qu'ils s' imposaient, d'après l'as- < sertion formelle de Thucydide (i), de ne pas poursuivre un ennemi vaincu plus loin que la nécessité ne le leur commandait pour s'assurer la victoire. Nous serions heureux de croire que l'humanité était dans de telles circonstances le motif déterminant de leur conduite ; mais cette coutume ne semble pas plus mériter un pareil éloge qu'un antre règlement, particulier au genre deguerre Spartiate, qui défendait de dépouiller les morts avant la fin du combat (2). Si les Spartiates s'abstinrent de suspendre dans les temples de leurs dieux les dépouilles des morts, ce fut probablement par un scrupule religieux. La raison que les dépouilles des lâches ne pouvaient pas être une offrande convenable pour les dieux, était digne de l'insolence insensée du premier Cléômène (3). Dans les plus beaux temps de leur histoire, les Spartiates essuyaient trop rarement des défaites pour que le succès de leurs armes leur causât une grande joie. La nouvelle d'une victoire importante était célébrée par le sacrifice d'un coq , et celui qui l'apportait ne recevait pas d'autre récompense qu'un plat de la table des éphores (4). Durant cette période, le cri de guerre du guerrier Spartiate était la victoire ou la mort, et, selon les expressions attribuées à la matrone Spartiate (5), il devait rapporter son bouclier dans sa patrie ou être rapporté dessus. Survivreà la perte de cette arme, c'était s'exposer à un déshonneur qu'une âme noble ne pouvait pas supporter. Le lâche (G), qui n'avait pas vaincu, ou qui n'était pas mort avec ses compagnons d'armes, perdait tous les privilèges dont il jouissait, et se voyait perpétuellement exposé aux outrages du mépris et de l'indignation de ses concitoyens. Exclu de toute fonction et de toute société honorable, il était obligé de se montrer en public couvert de baillons, et la barbe à demi rasée. Ses filles ne trouvaient pas d'époux ; s'il n'était pas marié, il ne devait plus espérer de trouver une femme, et cependant il était condamné aux peines infligées par la loi au célibat volontaire. Les jeunes gens ne devaient aucun respect à son âge ; et ceux qui ne s'écartaient pas de lui avec dégoût pouvaient le frapper impunément. * Je ne suis pas surpris, s'écrie Xénophon, que des hommes préfèrent la mort à une telle vie. » Lycurgue interdit, dit-on, l'usage des lois écrites (7); cependant l'ordonnance qui contenait cette prohibition semble avoir été, avec
(i) v, 73.— (î) Plut. y>. Lac, Lyc, 31 ; M., F. H., vi, 6. — (3) Plut. »p.
Lac, Cleom., 18. — (4) Plul., Agés., 33. — (3) En cinq mois, i, riw, i, ici t«j. — (6) i Tpsra;.— (7) Plut., £yc, 13. ii* xpiiaflsu wu,«c irtîfyw- Nilasch , Hist. Ilom., I, p. 151: h A vero is aberret, qui forte en ipsa rhelra conficere velit, nihil imquam Sparlre lileris esse manda tu m, quod legum genero ne domine coittineatur. Quod jamsaspiusmonilumest, i:u.:\ nunc riicunturlcgcs civiles, quarum cura pênes mflgislratus,ususpra?('ipinisinjii(liciisesl.nC.F.iIcrmann,p. 52 : «Tnntnm ahcral ut moribus in leges mulalis (suivant une phrase rituel avec approbation par Limburg Brouner, Hist. de la Civilisation des Crées depuis le retour dcsHèractides, 1. 1, ]i. 127, ti. 07 ; A Sparte les mœurs ont plongé sons lus luis, à Athènes les lois ont obéi auï mœurs), quidquid vutero cuusucludiiicti'adiUimnou esset, illegilïnium Lvcurgus judiearcl, ut pauca Ijnlum, ubi privais arbitrîa dnmnuni rei publics minabaulur, ccrlis uoriuisdescriberel; inreliquis, modo privalinisibi uuinia couslal'eul, nihil pulilicu sauiicuduui chc pularel. n
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i yiSTOIRË DE LA GRÈCE.
Mut J.c. beaucoup d'autres, conservée par l'écriture,- Il crut peut-être que la sta- ***" Wllté générale du système serait plus efficacement garantie, s'il laissajt >iioiB>pu- aussi la possibilité d'introduire de temps en temps, dans ses détails, les île"™ changements nécessités par les circonstances, et conformes à son esprit. Hais on reconnut évidemment de bonne heure que la base véritable des institutions de Sparte n'était pas une pierre ou une tablette, mais qu'elle reposait sur le sentiment nalional ; et ce Ait probablement dans le but de conserver à ce sentiment toute ta force et toute sa pureté, que la loi défendit aux citoyens de s'absenter sans la permission des magistrats, et qu'elle chercha à éloigner les étrangers de Sparte. Une ordonnance toujours en vigueur prononçait-elle leur exclusion comme une peine dont le magistrat seul avait le pouvoir de les exempter, ou étaient-ils seulement exposés à se voir chassés suivant le caprice du magistrat? C'est un point. qui n'est pas parfaitement clair, mais qui n'offre aucune importance pratique. Ce que nous devons plutôt remarquer, c'est que dans les temps primitifs, avant que sa rivalité avec Athènes eût excité la jalousie du gouvernement, cette loi sévère semble avoir été rarement mise en vigueur, et que des étrangers distingués, capables de servir l'État, furent alors, non-seulement autorisés, mais invités à séjourner à Sparte (1).
La connaissance Imparfaite que nous avons de la condition intérieure des autres États dorions, dans la période a laquelle se rapporte la législation de Lycurgue, rend pour nous très- difficile à résoudre la question de savoir à quel degré leurs institutions ont pu ressembler à celles de Sparte. D'un renseignement vague ,. conservé accidentellement par un écrivain de l'antiquité, un auteur moderne a conclu que l'usage de la syssltie continua de subsister à C.orint lie jusqu'aux derniers temps de l'histoire de la Grèce (2). Cette induction, qui conduirait à d'autres conclusions relatives à la personnalité de Lycurgue, ne s'appuie peut -être pas sur des prémisses assez solides; mais, selon toute probabilité, si nous parvenions à distinguer toutes les coutumes et toutes jes lois Spartiates qui furent également communesà d'autres États de l'antiquité, nous n'en trouverions qu'un petit nombre, dont nous serions autorisés à lui faire exclusivement honneur. Le caractère de la race dorienne, que cette race imprima à ses arts, à sa langue et à sa religion, se distingua, sans aucun doute, par plusieurs traits particuliers de celui des autres tribus helléniques, et la majeure partie des singularités qui nous frappent le plus dans leurs mœurs et dans leurs institutions doivent être attribuées à cette cause, limite infranchissable qui arrête nos investigations. Mais la base de la république dorienne est un débris de l'antique société hellénique; les idées principales et les senti-
(1) Voir C. V. Ilermann, p. &5 ; Ladinuuw , Spartan. Staatsv., p." 166. — (2) Hiiller appuie celle opinion sur l 'histoire d'&lhiops (Atlién., îv, c. 63), qui, dans son voyage en Sicile aiec Archias, le fondateur de Syracuse, vendit su portion de terre pour un gâteau de miel à son compagnon de utile (toi Sau-rcô ouaoi™) ; mais ce fait, que deux personne» auraient fait bourse commune pendant un voyage, ne saurait prouver que celle coutume régnât à Corhithe.
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CBAP. VIII. — LÉGISLATION DE LYCUHGUE. M3
ments dominants;, qui déterminèrent la forme du gouvernement et les jl™* j.c. habitudes de la vie, avaient été transmis de génération en génération **■ depuis les âges héroïques. Les conquérants du Péloponèse* animés d'un lupport esprit belliqueux, conservèrent les maximes politiques de leurs ance- Ji, &££lZ très, qui étaient celles de toute la nation hellénique. Ils considérèrent «««td«»le droit de porter des armes comme le premier privilège d'un homme lutîoùtuîulibre; leur maniement, comme la seule occupation à laquelle II put se "^""^ livrer. Selon les règles de l'équité héroïque, celui qui excellait "dans cet art, le plus noble de tous les arts, était né pour commander; la race qui se montrait inférieure aux autres daus les vertus guerrières, devait être condamnée à obéir et à servir ; il n'y avait pas de société plu» parfaite que celle où la plus haute classe n'était occupée d'aucun soin ou d'aucun travail qui ne contribua pas a lui assurer cette sorte de supériorité, lin suprème.de son existence, et où les classes soumises étaient de simples instruments, utiles seulement pour décharger ses maîtres d'un travail nécessaire, mais dégradant; ordre de choses qui n'était particulier à aucune racé de l'espèce humaine, bien que parmi les nations chez lesquelles la superstition n'a pas sanctifié les mêmes maximes, aucune ne paraisse avoir été plus uniformément gouvernée par elles que les anciens Hellènes, et bien qu'aucune tribu hellénique ne les ait appliquées avec plus de résolution et de persévérance que les Doriens (l). La prépondérance de cet esprit militaire, dans la période primitive de l'histoire, d'une nation, ne doit certainement pas abaisser quelque nation que ce soit dans notre estime, malgré l'aversion et le mépris des arts de la paix qui l'accompagnent. C'est dans les races les plus nobles de notre espèce que cet instinct belliqueux s'est manifesté de la manière la plus éclatante ; il ne doit pas, par lui-même, nous faire présager défavorablement du développement futur de l'intelligence et de l'humanité d'un peuple chez lequel il se manifeste; ainsi, cet excès de vie, cette répulsion pour toute application mentale, cette .force pétulante, cette activité extraordinaire qui se font remarquer dans un enfant vigoureusement constitué, ne nous causent aucune inquiétude pour son esprit ni pour son cœur. Mais une éducation négligée ou vicieuse, ou des circonstances fâcheuses peuvent contrarier l'intention de la nature, comprimer le développement des facultés les plus élevées, ou les resserrer dans une seule direction et dans d'étroites limites, et maintenir ainsi des nations et des individus dans un état d'enfance intellectuelle, où leurs passions et leur force physique seules mûrissent et se développent. Un tel malheur, qui a quelquefois été célébré comme un avantage singulier, ou comme le plus noble fruit de la sagesse d'un législateur, arriva aux Doriens dans la Crète et à Sparte.
Les circonstances au milieu desquelles la race dorienne se développa circonsianroodî lièrent en elle, d'une manière particulière, le caractère hellénique ™n.,1>q1^1forprimitif. Avant l'invasion du Pcloponèse, les conquérants avaient eu à id*™ii»«sulnr de rudes épreuves. Dans les contrées montagneuses où ils avaient rieD.
(1) Hérod., ii, 167. ■ ,
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FA.-WU.C longtemps erré, ou fondé des établissements, ils s'étaient accoutumés à •*• mépriser tous les dangers eta supporter toutes les privations ; ils apportèrent sans aucun doute avec eux dans ces contrées plus favorisées, où ils finirent par fonder des États plus Importants, les habitudes et les sentiments qui naissent naturellement d'un pareil genre de vie. La plupart des vertus et des vices des Spartiates paraissent provenir de cette source. Un peuple, habitué à la pauvreté et au travail, est disposé û s'enorgueillir de la force d'àme avec laquelle il supporte les privations et la douleur; il met sa gloire à dédaigner toutes les jouissances superflues, et il repousse tout ce qui sert seulement à rendre la vie agréable et douce, comme un luxe honteux et dangereux. Bien qu'elle ne soit pas incompatible avec des affections tendres, cette simplicité austère s'allie presque toujours à une grossièreté et à une dureté de sentiments proportionnées, qui ne prennent aucun souci des devoirs plus délicats qu'entraînent les relations sociales, et qui sont trop disposées & dégénérer en férocité et en cruauté. Un penchant extraordinaire à la superstition, que diverses causes contribuent à entretenir chez les habitants des montagnes, distingua les Spartiates, même parmi les Grecs, jusqu'aux derniers temps de leur histoire : penchant intimement lié à ce vif attachement pour les anciens usages, à cette vénération profonde pour les droits établis, pour les privilèges et pour l'autorité, qui se font généralement remarquer dans les tribus de montagnes, et qui forment un des traits les plus saillants des Doriens -Spartiates; tempéré toutefois par un amour naturel de la liberté, et par ce sentiment de l'Indépendance que fait naître la nécessité d'une lutte constante avec la nature.
Considérée sous ce point de vue, la comparaison, établie par quelques écrivains de l'antiquité, entre les Spartiates et les Sabins, mérite une certaine attention (l ), bien qu'elle se rattache à l'hypothèse, complètement erronée, d'une parenté réelle. Mais ce que nous venons de dire s'applique également à tous les conquérants doriens duPéloponese et ne suffirait pas pour expliquer la rigueur singulière de la discipline' Spartiate, et l'exactitude minutieuse avec laquelle la législation de Sparte réglait des détails qui, dans la plupart des sociétés humaines, semblent indignes de l'attention du gouvernement. Ceux qui attribuent le système tout entier à Lycurgue, prétendent qu'il transforma Sparte en un camp; c'est la meilleure idée générale qu'ils puissent donner de Ponitoopu* sa législation. Mais il semble plus vrai de dire que Sparte fut un camp
spïtki,, dès le commencement de la conquête. Aucune description ne convient mieux à une ville sans murailles, occupée par une armée conquérante, nu milieu d'un peuple hostile et à demi vaincu. Aussi , le Spartiate fut-il toujours de garde durant toute sa vie militaire (2). Un peuple qui avait pris cette position, et qui, comme cela eut lieu, à ce qu'il parait, pour Sparte, se vit obligé de la conserver, jusqu'à ce qu'elle lui devint familière et agréable, fut aussi réduit à mettre ses Institutions en • rapport avec sa situation, c'est-à-dire à établir une discipline sévère, et
(1) Deiûi d'Haï., ii, «.-(1) tof-t*
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CBAP. IX. — GUERRES DE LA. MRSSÉME. 2*5
une surveillance active, qui laissait aux individus le moins de liberté Avumj.c. possible dans l'emploi de leur temps, des règles uniformes pour toutes 7Tf" les phases et toutes les affaires delà vie. Cet état social artificiel résulta fatalement pour Sparte de sa situation forcée, et aucun génie extraordinaire De fut nécessaire pour prescrire la forme qu'il devait prendre.