‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 55 sur 143 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

DES GUEBBRS DE LA MESSE NIE ET DB l'wSTOIBE DB SPABTB JUSQU'AU

SIXIÈME SIÈCLE AVANT JBSUS-CHB18T.

Vers la première olympiade (TTC avant Jésus-Christ), la Laconie o«™ d était soumise et tranquille. Les Institutions de Lycurgue faisaient 5Siïî?at ?3S

régner l'union à Sparte , et 1a belliqueuse Jeunesse de cette ville était «<"•prête à tenter de nouvelles entreprises; peut-être même attendait- elle avec impatience une occasion favorable. Tant que la chute d'Amyclée et les autres conquêtes de Téléclus n'eurent pas assuré la soumission de la Laconie, les Spartiates furent probablement trop occupés de leurs affaires Intérieures pour engager avec leurs voisins des luîtes qui eussent exigé un long emploi de leurs forces. Quelques tentatives de conquête eurent]lieu, il est vrai, à une époque très-reculée , sur les frontières de l'Arcadie et d'Argos ; mais elles ne furent jamais poursuivies avec vigueur, et leurs résultats n'eurent point d'Importance. L'expédition de Sous, fils de Proclès, contre Clitor, dans l'Arcadie, où il sauva, dit-on, son armée d'un grand danger par un stratagème, est un fait isolé qui ne s'explique pas. Mais la jalousie divisa bientôt Sparte et Argos, et détruisit entre ces deux villes l'harmonie dont leurs liens de parenté auraient dû garantir le maintien. Sous le règne d'Échestratus, âlsd'Agfs, les Spartiates s'étalent emparés de Cynuric, où un reste de l'antique population ionienne avait conservé son indépendance. A peine voisins des Argiens, Ils devinrent leurs ennemis. Les hostilités éclatèrent sous le règne de Prytanis, fils d'Eurypon ; ses successeurs, Charilaus et Nîcander, firent de nombreuses Invasions sur le territoire des Argiens. Les Dryopes d'Aslné aceordèi-ent des secours aux Spartiates dont les sujets avaient été excités À la révolte par les Argiens. Peu de temps après, les Argiens les ayant chassés de leur ville, les contraignirent à se réfugier en Laconie (l). Ce même Cliarilaiis, qui envahit l'Argolide, porta ses armes dans l'Arcadie, trompé, dit-on, par un oracle qui semblait lui promettre la conquête de Tégée. Les Spartiates avaient préparé d'avance des chaînes pour les habitants de celte ville,— Hérodote déclare les avoir vues, — mais ils furent défaits, et les prisonniers, chargés des fers qu'ils avaient apportés, se virent réduits n

(t) Pmmii., ni,2, 5 et 7.

tu HISTOIRE DE LA GBËCE.

in*t j. c- cultiver les terres de leurs ennemis. Malgré ce revers, les Spartiates rn- continuèrent la guerre pendant plusieurs générations ; mais ils ne remportèrent pas une seule victoire.

Eut de !■-> Une conquête plus facile et plus séduisante s'offrit alors aux Spar-

iteu4nie. fyffa mr un autre point ; ils remarquaient sans doute depuis longtemps avec jalousie combien le pays que le sort ou la fraude avait attribué a Crespbontes l'emportait eu beauté sur celui qu'ils possédaient. Places dans des circonstances différentes de celles qui avaient favorisé le développement des Spartiates, lesMesséniens ne leur ressemblaient en rien. Les Acbéens de la Messénie s'étaient, dit-on, soumis sans résistance a leurs nouveaux souverains, et les rois héraclides avaient adopté, à ce qu'il parait, un système de gouvernement aussi sage que libéral. Cresphontes ne partageait pas les préjugés de ses Doriens , ou bien il les domina. Il fixa, il est vrai, sa résidence dans une nouvelle capitale qu'il fonda dans la plaine, de Stényclaros, — position centrale éloignée d'Àndaule etdePylos, les anciennes demeures des rois messéniens ; — mais il divisa son royaume en cinq districts, et il accorda à leurs capitales les mêmes droits qu'à Stényclaros. En vain les Doriens, refusant de se mêler avec les anciens habitants, forcèrent leur roi à les réunir dans la capitale, et à réduire toutes les autres villes au rang de villages dépendants. Malgré ces obstacles apportés à l'accomplissement de son premier plan, il semble n'avoir pas renoncé à sa généreuse politique, et la faveur qu'il témoigna à la dernière classe de ses sujets, — probablement les anciens Messéniens,1 — provoqua, dit-on, une conspiration de la classe riche, — l'oligarchie dorienne. — Il fut massacré avec toute sa famille. Un de ses fils, nommé jŒpytus, survécut seul àcette boucherie; sa mère MéropeétaitlafilledeCypsélus, roi d'Areadie, oudcquelqueprovince de l'Arcadie. Il s'enfuit sur le terri toirede son aïeul. Parvenu à un âge plus avancé, il recouvra, avec le secours des autres rois héraclides (i), son trône héréditaire, et punit les assassins de son père, dont il parait avoir suivi l'exemple avec plus de bonheur. Selon la tradition, les honneurs et les bienfaits qu'il prodigua à la noblesse et au peuple de la Messénie lui valurent leur affection et leur reconnaissance. Il avait donc probablement aboli les distinctions établies jusqu'alors entre eux et les Do- Politique r'ens rebelles. Les successeurs d'jEpytus, qui le révérèrent comme le

deeioiimei- fondateur de leur dynastie, héritèrent de ses maximes; du moins, les principaux actes de leur administration indiquent un ylf désir de se concilier tous les esprits, d'apaiser toutes les haines. Ils dédièrent des temples, Ils instituèrent des cérémonies, en l'honneur des anciens dieux et des anciens héros de la Messénie ; ils voulaient évidemment fonder, par l'unité religieuse, l'unité civile et politique. Un motif semblable peut avoir déterminé l'un d'entre eux à faire exécuter d'importants travaux au port de Méthone pour inspirer à ses sujets le goût des expéditions maritimes. Sous un règne postérieur, les Messéniens envoyè-

(I) Selon une tradition de Sparte, les (ils de CresphûDlee cédèrent aux Spartiates la souveraineté de la Messénie, comme le prix de leurs sceours. Isotrate, Archid., p. 120.

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CHAP. IX. — GUERRES DE LA MESSÉNIE. i*7

peut à Délos un chœur d'hommes avec un sacrifice ; l'hymne que ces atuu.ç. hommes chantèrent devant l'autel d'Apollon se transmit de génération ,m en génération, et il passait pour le seul ouvrage authentique qui restât du poète corinthien Eumélus. Ainsi , la Messénie prospérait , les arts' '

de la' paix y (tarissaient ; mais plus la nation devenait unie, moins une classe quelconque visait à exceller dans le maniement des armes. Purapport à leurs talents et à leur discipline militaires, les Messeniens étalent peut-être inférieurs au peuple de Lycurgue.

Quand deux États voisins désirent se faire la guerre, ils ne tardent Premier* pas à trouver des prétextes ou des raisons pour se battre. Sparte ne tira SS"!"™'!™ pas l'épée tant qu'elle n'eut pas à alléguer d'insultes et d'injures qui «tMénie. criassent vengeance. Les Messeniens, de leur coté, soutinrent que les Spartiates avaient été les agresseurs, et prétendirent qu'ils leur avaient déclaré la guerre dans le seul but de satisfaire leur turbulente ambition. A Limnée (tes marais), sur le versant occidental du Taygéte, s'élevait un temple consacré à Diane Limuatis ; ce temple, situé sur leurs fron- •

tières, servait aux deux peuples. Aucune autre nation, même de la race dorienne, n'avait le droit d'y entrer. Sous le règne de Téléclus, le septième successeur d'Agis, des jeunes filles Spartiates vinrent y célébrer une fête. Téléclus les accompagnait. A en croire les Spartiates, quelques jeunes Messeniens, qui se trouvaient dans le temple, insultèrent ces jeunes filles. Une lutte s'engagea, et le roi fut tué en s'efforçant de s'opposer à leurs coupables tentatives. Selon la tradition messenienne, Téléclus, voulant s'emparer par ruse des principaux membres de la noblesse, avait déguisé en femmes une troupe de jeunes Spartiates qui tenaient des armes cachées sous leurs vêtements ; mais les Messeniens découvrirent son stratagème et le massacrèrent avec ses complices, et leurs compatriotes, qui connaissaient leur culpabilité, ne demandèrent aucune réparation.

Cette querelle n'était pas encore apaisée qu'une autre éclata. Alca- muoira d« mènes avait succédé à son père Téléclus; Théopompe était son colle- Po'3":h"è*' gue : deux frères, Androclès et Antiochus, occupaient le troue de la Messénie. Les intérêts personnels et la vengeance d'un simple particulier allumèrent une guerre fatale entre les deux nations. Un Messenien, nommé Polycharès, qui jouissait d'un grand crédit parmi ses concitoyens, et qui avait gagné le prix aux jeux olympiques, ne possédant pas de champ pour faire paître ses bœufs , les confia à un Spartiate nommé Euamhnus; cet homme s'était engagé, moyennant une certaine somme, à nourrir ces animaux sur ses propriétés; mais il les vendit avec les bouviers à quelques marchands qui avaient touché à l'un des ports delaLaconie; puis, s' étant rendu auprès de Polycharès, il lui raconta que des pirates, débarqués sur la cête, venaient de les enlever. 11 achevait ce mensonge, quand un des bouviers, qui était parvenu à s'échapper des mains de ses acheteurs, accourut hors d'haleine, et révéla la vérité a son maître. Accablé de honte et d'effroi, Euœphnussejeta aux pieds de Polycharès, le suppliant de se contenter de la restitution du prix de ses bœufs et d'envoyer avec lui son fils, auquel

. Il remettrait cette somme. Polycharès consentit, ne soupçonnant aucune nouvelle trahison : le jeune homme accompagna Euamhnus; mais, à peine arrivé sur le territoire laconien, le Spartiate l'assassina. Polycharès s'adressa d'abord a Sparte pour obtenir justice. Trouvant les rois et les éphores sourds à ses plaintes, il se vengea de ses propres mains , dressa des embûches aux voyageurs qui passaient près de la frontière, et égorgea tous les Lacédémoniens dont il put s'emparer.

A leur tour, les Spartiates demandèrent qu'on leur livrât Polycharès. Les rois messeniens tinrent un grand conseil pour délibérer sur la réponse qu'il convenait de faire.' Les opinions furent divisées, et les deux rois se mirent à la tête des deux partis. Androclès voulait abandonner Polycharès aux Spartiates, Antiocbus s'y opposait; dans son opinion, H eût été trop durj de livrer à ses ennemis un homme qui avait souffert un si grave et si cruel préjudice, tandis que son agresseur demeurait Impuni. Les passions s' échauffant, la discussion se termina par une lutte sanglante, dans laquelle Androclès et plusieurs des membres principaux de son parti perdirent la vie. Ses enfants se réfugièrent à Sparte. Resté seul roi, Antiochus proposa aux Spartiates de s'en rapporter à la décision de quelque tribunal impartial, tel que l'amphfctyonie des Argiens ou l'aréopage d'Athènes. Sparte ne répondit rien ; elle résolut en silence de trancher seule la difficulté. Peu de mois après, Antiochus mourut, et son fils Euphaès lui succéda. Dès son avènement au trône, la seconde année de la neuvième olympiade (7 43 avant Jésus- Christ), les Spartiates s'engagèrent d'abord par un serment solennel à ne pas déposer les armes, que la guerre fut longue ou courte, heureuse ou malheureuse, jusqu'à ce qu'ils eussent entièrement conquis le territoire des Messeniens; puis, sans faire une déclaration de guerre par un héraut, ils franchirent la frontière, sous la conduite d'Alcamènes, dans l'ombre de la nuit, et marchèrent contre Ampheia, ville forte de la Messénie. Les portes d' Ampheia étaient ouvertes comme en temps de paix. w Les Spartiates, étant entrée sans rencontrer de résistance, massacrèrent, 1 dans leurs lits on au pied des autels de leurs dieux, les habitants qui - ne purent même pas se défendre. Ampheia était située sur une haute colline, et alimentée d'eau par de nombreuses sources; ils résolurent, en conséquence, d'en faire leur principale place d'armes, d'où ils pourraient, en toute saison, porter la guerre dans le cœur du pays ennemi. Tel fut le commencement de la première guerre messénienne. . Avant de continuer ce récit, nous devons dire quelques mots des sour- « ces où nous avons puisé nos renseignements. Presque tout ce que nous savons des deux premières guerres messéniennes, c'est Pausanias qui nous l'apprend. Outre les histoires générales d'Ephore et d'autres historiens, Pausanias consulta principalement les ouvrages spéciaux de deux écrivains qui vécurent après Alexandre; l'un, Rhianus, de René en Crète, racontait, dans un poème épique, les principaux événements de la seconde guerre; l'autre, Myron, de Priène, avait composé une histoire en prose de la première guerre, commençant è la surprise d' Ampheia. Il serait déraisonnable de demander au poète l'exactitude d'un histo-

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