‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 56 sur 143 · CHAP. IX. — GUERRES DE LA MESSÉME · texte numérisé non relu

CHAP. IX. — GUERRES DE LA MESSÉME

rien ; aussi Pausawias reproelie-t-il à Rhianus de grossiers anachro- t nismes. Du reste, le prosateur lui parait encore moins digne de foi ; il l'accuse positivement d'avoir fait peu de cas de la vérité et de la vraisemblance. Un récit puisé a de telles sources ne doit pas inspirer une grande confiance ; mais il mérite pourtant une place dans l'histoire ; les faits principaux en sont vrais, et, quant aux détails, s'ils sont en partie mensongers, ils appartenaient primitivement à quelque antique tradition populaire, qui, malgré ses licences poétiques, reflétait fidèlement le véritable caractère des hommes et des événements de l'époque où elle était née. Ces souvenirs si précieux d'un autre âge, transmis de génération en génération durent consoler, dans son exil, la nation bannie, et soutenir ses espérances, jusqu'à ce que des jours plus heureux eussent lui pour elle. Quelque altération que leur rissent subir Rhianus et Myron en les recueillant, ils en ont conservé le sens, car ils n'en étalent pas les premiers inventeurs. Au lieu de les rejeter comme indignes de son attention , l'historien doit s'empresser de les étudier, dans l'espérance d'y retrouver quelques révélations intéressantes sur la vie de l'antiquité.

Quand les Messéniens apprirent la surprise d'Àmpheïa, ils comprirent qu'ils devaient se préparer à une longue et terrible lutte; ils s'adonnèrent plus activement qu'auparavant aux arts et aux exercices guerriers ; rrnis, se jugeant inférieurs a leurs ennemis sur les champs de bataille, Ils évitèrent prudemment une rencontre, et se retirèrent derrière les murailles de leurs villes. Incapables de forcer ces retranchements, les Spartiates firent des incursions dans le coeur du pays. Regardant déjà la Messénie comme leur propriété, ils respectaient les fermes, les vignobles et les oliviers, et se contentaient de s'emparer des fruits, du blé, du bétail et des esclaves. De leur côté, les Messéniens ne restaient pas inactifs ; ils faisaient des incursions dans la Laconie, et ravageaient ses côtes.

La quatrième année de la guerre, les Messéitiens se. sentirent assez forts pour tenir la campagne ; mais leur «n\ Euphaés, n'osa pas encore offrir le combat aux Spartiates ; 11 se retrancha dans une forte position où ses ennemis ne pouvaient pas l'attaquer sans s'exposer aux plus grands périls. Après quelques escarmouches des troupes légères, les deux années s'éloignèrent l'une de l'autre sans engager la lotte. L'année suivante, elles se livrèrent, dit-on, une grande bataille dans laquelle les Spartiates furent soutenus par des archers crélois et par les Dryopes qu'Argos avait chassés d'Asiné; mais ni l'une ni l'autre ne remporta ta victoire, et elles ensevelirent leurs morts d'un accord mutuel.

Si la guerre se continuait ainsi sans résultat, chaque année la Messénie souffrait de plus en plus de la présence de l'ennemi. L'entretien de garnisons dans toutes les villes absorbait des sommes considérables ; les agriculteurs n'avaient plus le courage de cultiver leurs champs ; les esclaves, abandonnant leurs maîtres, allaient se réfugier dans l'armée Spartiate ; les maladies qui accompagnent partout la guerre et la famine exerçaient d'affreux ravages dans ee malheureux pays. Réduits

AnntJ.c. à cette extrémité, les Messéniens adoptèrent un nouveau plan de dé-

,3B' fense. Ces forces, qu'ils disséminaient sur toute la surrace de leur ter-

LeiMes»*- ritoire, Hr prirent le parti de les rassembler dans une forteresse inexprt-

lamt itMan" gnable, d'où ils pourraient tenir l'ennemi en échec et couvrir leurs derrières. Sur le versant occidental de la vallée du Pamlsus s'élèvent deux hautes montagnes, réunies l'une à l'autre pan une crête étroite d'an quart de lieue environ. Celle du midi est le mont Évan ; celle du nord, le mont Itbc-me. De cette dernière, qui domine toutes les montagnes voisines, on découvre la Messénie depuis la cote méridionale jusqu'à la cote occidentale. Au midi et à l'ouest, ses versants sont escarpés ; mais du coté de la rivière et vers le nord, des précipices à pic défendent son sommet. Sur cette crête une petite ville avait été bâtie dès les temps les plus reculés, probablement par les .£oliens venus du nord de la Tftessalie. Les Messéniens résolurent d'agrandir cette petite forteresse , ou de joindre une ville nouvelle, construite au pied de la colline, à la citadelle qui couronnait sa crête.

Mais en même temps, craignant que quelque vengeance secrète des dieux ne rendit leur précaution inutile, ils consultèrent l'oracle de Delphes : «'Qu'une fille vierge du sang d^Epytus, choisie par le sort, répondit l'oracle, soit la victime d'un sacrifice nocturne offert aux divinités infernales. En cas d'erreur du sort, qu'une victime volontaire se dévoue pour le salut de tous. » Le sort désigna la fille de Lyciscusj mais un augure s'opposa au sacrifice, car il avait appris par son art que cette jeune fille ne descendait pas d'^Epytus. Au milieu de la stupéfaction générale, Lyciscus enleva sa 1111e, et s'enfuit. avec elle à Sparte. Alors Ànitoiénip. un yEpy tiiie, nommé Aristodème, guerrier renommé par sa valeur, offrit de lui-même sa propre fille, bien qu'il l'eût déjà fiancée, et que le jour du mariage fût même fixé. Après quelques remontrances Inutiles, l'amant indigné essaya de sauver sa fiancée au prix de son honneur. Il affirma qu'elle avait perdu sa"tvjrginité, et qu'elle allait devenir mère. Ce mensonge fut inutile. Soit colère, soit impatience, Aristodème égorgea sa fille de ses propres mains, et prouva la calomnie de son fiancé. Mais l'augure déclara qu'un meurtre n'était point un sacrifice, et que les dieux réclamaient une nouvelle victime. Les Messéniens indignée voulaient égorger le calomniateur ; mais Euphaès, leur roi, qui s'intéressait à ce jeune homme, leur persuada que l'augure se trompait; et, convaincus que la colère des dieux était apaisée, ils célébrèrent cet heureux événement par de grandes réjouissances.

Ces nouvelles jetèrent le découragement dans l'aimée Spartiate. Six années s'étaient écoulées depuis qu'Ithôme avait élé fortifiée, lorsque le roi Théopompe se décida à venir l'assiéger. Les Messéniens acceptèrent la bataille; mais bien que la nuit seule eût séparé les deux armées, la victoire resta encore une fois indécise. Comme les héros de l'antiquité, les chefs sortirent des rangs , et prouvèrent leur bravoure dans des combats singuliers. Euphaës provoqua Théopompe et fut vaincu. Délivré par ses amis des mains de son vainqueur, il mourut peu de temps après des suites de ses blessures sans laisser d'héritier. Le peuple élut à sa

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place Aristodème, quoique des augures lui donnassent le conseil de se knmJ. métier d'un homme qnl, disaient-ils, souillerait de taches de sang le ™" trône d'^Epytus. Toutefofs le nouveau roi sut gagner par sa bonne administration l'affection de tous ses sujets ; il envoya demander des secours aux Arcadlens ses voisins, à Argos et à. Sicyone . Les Arcadlens aidèrent les Messéniens à ravager la Laconie; car, Indépendamment de petites incursions qui se continuèrent périodiquement, chaque nation ennemie envahissait régulièrement le territoire de l'autre avant la récolte. Quant à Argos et à Sicyone, elles attendirent une occasion favorable.

La cinquième année du règne d'Aristodème, les Spartiates essuyèrent, à ce qu'il parait, une défaite importante au pied de l'Ithôrne. Leur ardeur commençant à diminuer, ils allèrent à leur tour consulte/ l'oracle de Delphes. L'oracle promit le siïfccès à des stratagèmes," et Sparte en essaya vainement un certain nombre. Cependant le dieu avait aussi averti Aristodème de se méfier des ruses de ses ennemis. A en croire ses réponses obscures et menaçantes, des prodiges devaient annoncer la chute prochaine d'Ithome. Enfin l'époque fixée par le destin pour la ruine de cette ville arriva, et les prophéties de l'oracle parurent plus claires. Tandis que les Spartiates pressaient vigoureusement le siège d'Ithome, Apollon déclara aux Messéniens que leur pays appartiendrait à la nation qui consacrerait la première cent trépieds sur l'autel de Jupiter à Ithome. Aussitôt ils préparèrent cette offrande ; manquant de cuivre, ils se virent forcés d'employer le bois. Durant ces préparatifs, un Spartiate, qui connaissait la réponse de l'oracle, pénétra dans le temple pendant la nuit , et plaça de petits trépieds de terre autour de l'autel. Alors des récits d'étranges prodiges circulèrent parmi l'armée assiégée; chacun se rappela avec terreur les sinistres prédictions de l'oracle ; Aristodème, lui-même, se laissa effrayer par des signes certains de la ruine imminente de sa patrie. Sa fille lui apparut pendant son' sommeil, vêtue de noir, lui montrant ses blessures ; elle lui enleva ses armes, et l'orna, comme pour ses obsèques, d'une couronne d'or et ' d'une robe blanche. Ne doutant plus du sort qui lui était réservé ainsi qu'à ses compatriotes, il se tua sur le tombeau de sa fille. Sa mort enleva aux Messéniens1 leur dernière espérance, mais elle n'abattit pas leur courage. Ils élurent un chef, sans lui donner le titre de roi; et quand ils s'y virent contraints par la famine, ils firent une vigoureuse sortie. Mais la fortune se déclara contre eux; leurs plus braves chefs périrent sous les coups de leurs ennemis, et enfin, la vingtième année de la guerre, la première année de la quatorzième olympiade, ils s'enfuirent, comme le rapporte Tyrtée dans ses vers, des grandes monta- Fin de gnes d'Ithome, abandonnant leur riche territoire à leurs conquérants, '"f * Ainsi finit la première guerre messénienne, 723 ans avant Jésus-Christ, ttaitm».

Les habitants d'Ithome s' étaient-ils frayé un passage par la force au milieu de l'armée ennemie, ou avaient-ils capitulé? la tradition ne le dit pas. [Sous savons seulement qu'un petit nombre d'entre eux s'exila dans des pays étrangers. Ceux qui appartenaient à la plus haute classe

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'An* i. c. altèrent demander aux habitants d'Argos, de Sieyone et des villes de 7B" l'Arcadie, l'hospitalité qu'ils leur avaient souvent accordée ; les familles sacerdotales se retirèrent à Eleusis ; mais là masse se dispersant s'établit dans tes contrées de la Messénie, d'où elle était partie pour venir s'enfermer à Ithome. Après la chute de cette ville, qu'ils rasèrent jusqu'au sol, les Spartiates s'emparèrent de toutes .les autres villes de la Messénie, à l'exception, à ce qu'il parait, de Méthone et de Pylos,.et ils disposèrent du pays selon leurcapriee{l); pour prix de leur secours, les Dryopes obtinrent d'eux une portion de la côte située près du cap occidental du golfe de Messénie, et ils y fondèrent une autre colonie, où, au temps de Pausanias, ils conservaient encore avec amour leur nom et leurs souvenirs nationaux. Réinstallés dans leur ancienne patrie, les descendants d'Androclës reçurent des conquérants un district appelé Hyamla. Quant au traitement qu'eut a. subir le reste de la nation, — la masse au moins, — un témoignage irrécusable l'a révélé à la postérité. Trois générations âprèsja conquête, Tyrtée enflammait le courage des Spartiates en leur rappelant comment leurs aïeux avaient forcé les Messéniens vaincus à se courber comme des ânes sous de lourds fardeaux, et à donner a leurs maîtres la moitié des produits des terres qu'il leur était permis de cultiver. En un mot, les malheureux Messéniens se virent réduits a la même condition que les Hilotes de la Laconic; leur sort fut même plus dur; comme eux, ils étaient contraints d'assister en pleureurs, avec leurs femmes, aux funérailles des rois de Sparte. coufctaeD- La conquête de la Messénie influa plus que tout autre événement sur poôt Spiné le caractère et l'avenir de Sparte. Elle pavait s'être aussi rattachée à !■ u"ïïïu£ quelques changements importants survenus alors dans la constitution ni*. Spartiate ; mais il est presque impossible de se faire une idée nette de ce

rapport, tant les traditions parvenues Jusqu'à noussont rares et obscures. La majeure partie des terres conquises fut certainement partagée entre tous les citoyens Spartiates; mais on ignore si les citoyens primitifs profitèrent seuls de cet accroissement de territoire, ou si leur nombre s'augmenta. D'après quelques traditions, Polydore, un des rois sous le règne desquels la conquête fut achevée, avait, ainsi que nous l'avons déjà vu,* doublé, ou au moins augmente d'un tiers, le nombre des parts de terre possédées par les Spartiates , et ces traditions impliquent évidemment que le nombre des citoyens fut aussi augmenté. Les diverses légendes relatives à la fondation de Xarente confirment, dans une certaine mesure, cette opinion, en tant qu'elles s'accordent sur ce point, que les nécessités de la guerre avaient forcé les Spartiates à se relâcher de la rigueur de leurs principes, en permettant aux femmes de Sparte d'épouser des Laconiens ou d'autres provinciaux d'une condition inférieure. Des traditions, qu'on ne peut pas admettre littéralement, attribuent la cause de ces mariages au serinent prêté par les Spartiates de ne pas rentrer a

(!) Luchmann (p. 192) suppose que les conquérants s'emparèrent seulement de la plaine de Stënjclaros, laissant les parties plus montagneuses à leurs premiers possesseurs; et relie opinion est partagée cl soutenue par C. F. Hermann, Ant.

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