‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 58 sur 143 · CBAP. IX. — GUERRES DE LA MESSÉNIE. SRI · texte numérisé non relu

CBAP. IX. — GUERRES DE LA MESSÉNIE. SRI

dant quelque temps delà présence de ses ennemis; et quand Aristo- AmtJ.C mène retourna à Andanîe, les femmes le couronnèrent de fleurs, et ea1' célébrèrent, dans des vers conservés et répétés pendant des milliers d'années, la grande victoire qu'il avait remportée, dans la plaine de Sté-j nyclaros, sur les Lacéâémoniens, qu'il avait poursuivis, après leur défaite, jusqu'au sommet des montagnes. Étant descendu peu de temps après, par l'avis d'Apollon , dans la grotte de Trophonius, à Lébadée, il y retrouva son bouclier perdu, sur lequel était représenté un aigle planant dans l'air. A son retour de ce voyage, il ne se contenta plus de rester sur la défensive, il résolut d'attaquer ses ennemis ; et après avoir menacé pendant quelque temps, comme un nuage sombre, les Spartiates effrayés, il tomba avec la rapidité de la foudre sur leurs villes et sur leurs villages, suivi d'un petit nombre de compagnons choisis; il surprit et pilla Phars, il défit le roi spartiate Anaxandre, venu au secours de cette ville, et une blessure accidentelle arrêta seule ses progrès. A peine guéri, il médita une attaque contre Sparte elle-même ; mais Hélène et les Jumeaux tutélaires vinrent au secours de cette ville, et avertirent dans un songe Aristomène de renoncer à son 'dessein. Toutefois, une surprise heureuse le rendit maître jdes jeunes Tilles Spartiates qui célébraient par des danses le culte de Diane à Carya?, ville située sur les montagnes voisines des sources de l'Euro tus, et 11 les emmena en Messénie. Mais, généreux autant que brave, il les protégea ' contre la violence de ses jeunes compagnons d'armes, et il les remit, moyennant une forte rançon, à leurs parents. A Jïgila, il fit une semblable tentative qui eut un résultat tout différent : pour la première fois il tomba entre les mains de ses ennemis ; enveloppé de tous cotés par les femmes qui célébraient les rites de Cérès, et, renversé par leurs torches enflammées, il fut fait prisonnier. Mais pendant la nuit il coupa les **

cordes qui liaient ses bras, ou il dut sa liberté à la compassion de la prétresse, et il retourna sain et sauf en Messénie.

La troisième année de la guerre, Sparte se prépara de nouveau au combat ; mais, se méfiant de sa propre force, elle ne rougit pas d'essayer de vaincre par des moyens indigne; d'elle. Les seuls alliés des Messéniens furent dans cette occasion les Arcadiens, commandés par Aristocrate, fils d'Hicétas, rftî d'Arcadie, selon quelques écrj vains, mais plus probablement roi d'Orchomène. Gagné par les présents des Spartiates , Aristocrate abandonna ses alliés au plus fort de la mêlée, et, après avoir mis par sa retraite le désordre dans les rangs des Messéniens, il les laissa exposés de tons côtés à l'attaque de forces supérieures en nombre. Malgré leur valeur, Aristomène et ses compagnons ne purent pas ce jour-là triompher de leurs ennemis. Les plus braves guerriers de la Messénie restèrent sur le champ de bataille; Aristomène rallia les fugitifs, et se retira à Andnnie avec les faibles débris de son armée. Tous ceux qui avaient pu le suivre, désespérés par cette sangknte défaite, s'adressèrent encore à lui comme a un sauveur : il leur conseilla de suivre l'exemple de leurs ancêtres, de se réunir sur une montagne, dans une position fortifiée, d'où ils pourraient défier les atta-

oogle

i.mt j. c. ques de l'armée Spartiate.. Toutefois, au lieu d'Ithôme, qui était peut

us" être au pouvoir de l'ennemi , il leur indiqua le mont Ira, au pied duquel

Le, Me»*- ia ivêda sépare la Messéuie de la Triphylie. Ils se fortifièrent doue dans

îteoUn?] " ce poste, «t les Spartiates, maîtres de tout le pays, excepté de Pylos, de

4féthone et de la cote voisine, vinrent établir leur camp devant lira,

qu'Us espéraient bientôt réduire par la force ou par la famine.

Tandis que ses ennemis comptaient sur une reddition prompte, Aristomène tramait les plans de nouvelles attaques. 11 portait le nombre de ses compagnons à trois cents, forçait ou tournait les lignes Spartiates, pillait sans distinction les vallées de la Laconie et de la Messéuie ; car, à l'exception de quelques localités peu importantes, Sparte possédait tout le pays, et il retournait chargé de butin à Ira. Les Spartiates, ainsi forcés de nourrir l'ennemi qu'ils désiraient réduire par la famine, résolurent de transformer en désert la Messéuie et la frontière de la Laconie; en conséquence, ils défendirent à leurs citoyens de cultiver leurs terres dans toutes ces contrées jusqu'à la fin de la guerre. Mais, quand elle reçut son application, cette résolution produisit une disette générale, et les possesseurs du sol se plaignirent hautement de la perte qu'ils éprouvaient. La guerre civile eût éclaté, si Tyrtée qui, après le désastre du monument du Sanglier, avait ranimé le courage chancelant des Spartiates par ses chants belliqueux, n'eût alors touché une corde différente, et calmé leurs passions excitées, en célébrant les bienfaits de la concorde et de la soumission aux lois. Exploita et Enhardi par ses succès, Aristomène se détermina à frapper un coup ristoinïnt. plus hardi. Un soir, suivi de sa tçoupe, il sortit dira; il marcha loute la nuit avec une rapidité merveilleuse , et il atteignit Amyclffi au point du jour. Avant qu'aucun secours fût arrivé de Sparte, il avait pillé la ville, et il était reparti. Mais dans une seconde sortie de ce genre, il n'eut pas le bonheur de surprendre ses ennemis; une moitié de l'armée Spartiate, commandée par les deux rois, lui barra le passage. Sa petite troupe fut enveloppée de toutes parts. Il tint pendant longtemps ses ennemis à distance, mais enfin, épuisé par la perte de son sang, une pierre vint le frapper, il tomba, et il fut fait prisonnier avec cinquante de ses compagnons. Tous les Messéniens furent condamnés, comme les plus vils malfaiteurs, à être précipités du haut d'un rocher élevé, dans un trou profond, appelé la Céada. Ils périrent tous, écrasés dans leur chute; Aristomène seul, protégé, dit-on, par son bouclier, que ses bourreaux lui avaient permis de conserver, toucha le fond du précipice, sans s'être fait une seule blessure; désespérant de pouvoir sortir d'un pareil tombeau, il se couvrit la figure de son manteau pour attendre la mort. Mais, le troisième jour, le bruit que fait un être animé en marchant vint frapper son oreille ; se découvrant le visage, il aperçut un renard, qui s'était introduit dans le précipice ; il existait donc uu ■ passage par lequel il pouvait s'échapper. Immobile, il laissa l'animal s'approcher de lui, le saisit par la queue, et, se traînant sur ses pas, taudis qu'il essayait de s'échapper, il finit par apercevoir un rayon de Btmière entre les fentes des rochers, et il trouva assez de force pour élar-

CHAP. II. — GUERHES DE LA I gir avec ses mains cette ouverture naturelle. Le lendemain, 11 était dans *„« j. c. la forteresse d'Ira. BSa-

Il serait trop long de raconter ici tous les autres exploits et toutes les aventures semblables de l'invincible héros de la Hessénie; nous ne dirons pas comment il tailla en pièces une armée corinthienne, qui ait tait rejoindre les Spartiates; comment, plus tard, pendant une trèw, il tomba dans une embuscade d'archers crétois ; comment, ayant été fait prisonnier, il dut sa délivrance à la pitié d'une jeune fille, qu'il maria, pour la récompenser, à son fils Gorgus. Trois fois Aristomene offrit an Jupiter d'Ithome le sacrifice extraordinaire appelé hécatomphonie, parce qu'il était réservé aux guerriers qui avaient tué cent de leurs ennemis. Mais il provoqua, dit-on, la colère des Jumeaux protecteurs de Sparte par ses impiétés ; il osa se faire passer pour eux, et il troubla par le meurtre une fête que les Spartiates célébraient en leur honneur (l). Les dieux abandonnèrent les Messéniens. La onzième année du siège d'Ira, un signe certain annonça que .la guerre touchait à son terme, a Lorsqu'un bouc boira de l'eau de la Néda, avait dit l'oracle, là ruine de la M essénie sera prochaine.» Mais, dans le dialecte messénien, le même mot signifiait un bouc et un figuier sauvage. Or un figuier sau vage croissait au bord de la Néda; une de ses branches, inclinée eu avant, atteignit enfin la surface de l'eau. Lorsque Théocle, le devin, eut constaté ce fait de ses propres yeux, il comprit que l'oracle venait de s'accomplir , et que le terme marqué par le destin pour la ruine de la Messénie était arrivé; en conséquence, il avertit Aristomene de se résignera la perte de son pays.

La trahison et la faiblesse d'une femme exécutèrent l'arrêt porté par surpriu [es dieux. Le berger d'un Spartiate de haute naissance avait passé àd'"' l'ennemi avec les troupeaux de son maître. 11 les faisait paître sur les bords de la Néda, qui étaient encore ouverts à la garnison d'Ira. Une femme messénienne, qui venait chercher de l'eau à la rivière, s'éprit de lui, et le reçut daus sa maison, tandis que son époux gardait la citadelle. Pendant une nuit pluvieuse, le Messénien revint inopinément chez lui et révéla a sa femme la cause qui lui avait permis de quitter son poste. L'amant caché entendit toute Cette conversation. Une blessure empêchait Aristomene de faire ses rondes habituelles. En son absence, la discipline de la garnison s'était relâchée; quand le temps était mauvais, les sentinelles abandonnaient leur poste pour chercher un abri, et confiaient aux éléments la garde des murailles. Le berger résolut de profiter, pour son compte, de la découverte de ce secret ; il alla le révéler, pour obtenir son pardon et une forte récompense, à son maître Erapéramus, qui, eu l'absence des rois, commandait l'armée Spartiate à Ira. Guidés par lui, les Spartiates escaladèrent les murailles de la citadelle, et ils pénétrèrent dans l'intérieur avant que l'alarme fût donnée. Cependant les assiégés se montrèrent déterminés à disputer pied à pied lespositions qu'ils occupaient encore, et, malgré sa blessure, et bien

(1) Porjfenus, ii,M,S.

invt j. c. qu'il eut perdu tout espoir, Aristomène les excitait à la résistance. Des

m- que le jour naissant permit aux assaillants de marcher en avant, une

lutte terrible et désespérée s'engagea dans les rues el sur les places. Les

femmes elles-mêmes y prirent part; et comme la violence de la tempête ne

■ leur permettait pas de monter sur les toits pour jeter des pierres etdes tuiles sur leurs ennemis, elles s'armèrent et combattirent parmi tes hommes.

Mais la fatalité devait l'emporter; la pluie tombait par torrents; les éclairs aveuglaient tes Messéniens; les roulements du tonnerre les assourdissaient, comme la voix d'un dieu irrité. Cependant, pendant trois jours et trois nuits, ils continuèrent cette lutte inutile; tandis que les Spartiates étaient secourus par des troupes fraîches, leur petite troupe, combattant incessamment, sans repos, sans nourriture et sans abri, voyait diminuer à chaque instant le nombre de ses guerriers. Les uns mouraient des suites de leurs blessures, les autres tombaient épuisés à coté des cadavres de leurs compagnons d'armes. Enfin, Théocle exhorta Aristomène à cesser cette lutte vaine avec la destinée, et à sauver les dernières espérances de la Mcssénie. Il prédit aux Spartiates que leur prospérité ne serait pas éternelle; puis, se précipitant au plus fort de la mêlée, il tomba mortellement blessé, parmi les cadavres amoncelés de ses ennemis. Alors Aristomène calma l'ardeur imprudente des Messéniens qui combattaient encore; il leur ordonna de former un bataillon carré, au centre duquel il plaça les femmes et les enfants, et, s'avançnnt en personne vers les assiégeants, il leur demanda par signes de le laisser passer. Les Spartiates, craignant de les réduire à la dernière extré- » mité, s'écartèrent aussitôt devant les fugitifs, qui, se retirant en bon ordre, parvinrent à gagner les frontières de l'Arcadie.

Ils furent reçus dans ce pays avec une bonté hospitalière : leurs généreux alliés leur offrirent même de partager leurs terres avec eux ; mais, loin de penser à se reposer dans une douce oisiveté, Aristomène méditait déjà une nouvelle entreprise. Tandis que les Spartiates récoltaient

■ en pleine sécurité les fruits de leur récente victoire, il songeait à surprendre Sparte elle-même, et a l'emparer ainsi d'olages qui forçassent les conquérants a se montrer modérés. Mais le perfide Aristocrate révéla ses projets à ses ennemis; une réponse interceptée, dans laquelle le roi Spartiate Anaxandre le remerciait de ses services passés et présents, prouva sa double trahison A cette nouvelle, les Arcadiens indignés lapidèrent le traître, et élevèrent un monument, avec une inscription qui rappelait tout à la fois son crime et son châtiment.

Après cette nouvelle infortune, cinquante des exilés, sous la conduite d'un parent d'Aristomène, traversèrent secrètement la frontière, fondirent sur les Spartiates qui pillaient encore Ira, et moururent les armes a la main dans le pays de leurs pères. Fm de i> Ainsi Unit la seconde guerre de Messénie, la première année de In t".dMeUir" vingt-huitième: olympiade {ces ans avant Jésus-Christ). Tous les Messé- >'*- niens qui restèrent dans le pays devinrent des Hilotes, et probablement

un petit nombre d'hommes libres se soumirent à cette destinée. Tes habitants de Pyloset de Méthone, perdant tout espoir de

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