INSTITUTIONS NATIONALES ET FOEMBS DE GOUVERNEMENT
Deux sortes de révolutions résultèrent des diverses migrations et conquêtes qui rendirent les Thessaliens, les Béotiens et les Doriens maîtres des contrées sur lesquelles ils fondèrent des établissements définitifs : l'une influa suc la condition intérieurede la Grèce elle-même, l'autre se fit sentir dans les pays étrangers, où débarquèrent successivement les nombreuses colonies qui reçurent leur impulsion première des bouleversements de la mère-patrie, Nousparleronsailleursdecescolonies; ce chapitre sera consacré à l'étude des effets les plus importants produits par les causes ci-dessus mentionnées sur l'état de la Grèce. Une pareille étude se subdivise nécessairement en deux parties distinctes : nous examinerons d'abord quelques institutions nationales qui naquirent -' pendant cette nouvelle période, ou qui y prirent un nouveau caractère; puis nous nous occuperons des changements politiques survenus dans divers Etats, depuis le retour des Héraclides jusqu'à l'époque où la Grèce entra pour la première fols en lutte avec la Perse.
Jusqu'à présent, nous n'avons bit, pour ainsi dire, aucune mention d'institutions qui tendissent à fondre les divers peuples de. la Grèce en une seule et même nation. Pendant la guerre de Troie, telle qu'Homère c™» qui l'a décrite, des liens communs les unissent déjà: ils parlent la même lan- u "d™!"™ gue, ils professent la même religion, ils se proposent le même but. De g"e™1 '" ces trois liens, les deux premiers étaient permanents, mais le dernier n'était qu'accidentel et transitoire, et le poète n'en indique aucun autre capable de le remplacer. Quant aux causes qui tenaient les Grecs divisés, malgré leur communauté de langage, et de religion, nous les avons déjà signalées ; c'était d'une part la constitution physique du sol, et, d'antre part, l'égalité de forces qui permettait aux tribus voisines de se maintenir dans un juste équilibre, et de conserver leur Indépendance mutuelle. Nous avons aussi fait allusion à des associations partielles formées entre des États voisins, en partie dans un but politique, en partie dans un but religieux. Sous allons nous occuper maintenant de ces associations en général, et en particulier de l'une d'elles, qui étendit ses limites primitives au point d'assumer l'aspect d'une confédération nationale, et nous l' étudierons principalement pour expliquer les causes qui l'empêchèrent de devenir en réalité ce qu'elle paraissait être.
Dès les temps les plus reculés, l'état de division et d'anarchie où se or^t«*d'utiouvait la Grèce fit naître de nombreuses occasions de guerre entre imi«ti<«™ les tribus voisines. Celles-ci ne pouvaient résister aux tentations qu'elles t™/™ uom éprouvaient de. piller leurs rivales, celles-là avaient des droits à faire s"cia,:,i valoir, des empiétements publics ou privés à réprimer, des injures à punir, des représailles à exercer. La transition qui s'opéra entre la période historique la plus ancienne et le nouvel ordre de choses, repré-
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36fi HISTOIRE DE LA GRECE.
sente pnr la diffusion des fils d'Helleu, tendit très- probablement à multiplier ces luttes intestines et ces alternatives d'agression et de vengeance qui en étaient la conséquence. Ce rapport, dans lequel la plupart des tribus se trouvèrent alors pincées vis-à-vis l'une de l'autre, suggéra l'idée que l'inimitié et la guerre étaient l'état nécessaire de l'humanité, partout où quelque convention expresse n'avait pas été conclue pour y apporter des restrictions plus ou moins fortes, et qu'un traité formel pouvait seul limiter le droit qu'avait chaque peuple d'opprimer ses voisins, et d'exercer comme il lui convenait la supériorité qu'il devait à la force. Cette loi naturelle supposée semble n'avoir admis qu'une unique exception : quand la séparation en deux États distincts de deux tribus de la même race n'avait pas duré assez longtemps pour leur faire perdre le sentiment de leur origine commune , ou avait eu lieu dans des circonstances telles que, malgré leur indépendance" politique, elles étaient restées unies comme deux membres delà même famille. Partout où il subsista, ce lien exclut sans aucun doute les causes ordinaires de discorde, et il réprima l'explosion de ces hostilités insensées qui éclataient continuellement sans provocation. SI des contestations accidentelles entre deux tribus de même race pouvaient souvent dégénérer en guerre ouverte, la paix était le caractère habituel et régulier de leurs relations. Tel parait avoir été le degré d'union qui subsista pendant un temps parmi les habitants de l'Attique, de Mégare et de l'Ile d'Eobée; chez les deux derniers de ces peuples, une antique coutume réglait le mode et les termes de la guerre civile. Cet effet, qui, dans ces divers oas, résulta du sentiment d'une origine commune, eut ailleurs pour cause le fait même du voisinage. Des guerres perpétuelles, poussées avec l'acharnement de In rage jusqu'à la dernière extrémité, eussent promptement ruiné et anéanti de petites tribus, dont les territoires se composaient de quelques vallées limitrophes, toujours ouvertes à l'invasion; ta nécessité d'une modération mutuelle pour le salut général eût suffi pour suggérer la sage pensée d'une association amiable, en dehors de toutes vues ultérieures, soit d'agrandissement, soit de protection contre un ennemi commun. Ce genre d'association, destiné à régler les relations des tribus voisines et indépendantes , et qui se distingue ainsi, d'une part, des confédérations formées dans un but offensif ou défensif, d'autre part, des rapports d'amitié continus qu'entretenaient entre eux les membres indépendants d'une même race, est proprement décrit par le mot grec à'amphictyonie.
Aœphictjo- Selon les conjectures de quelques écrivains anciens et modernes, ce "*" mot, que nous sommes obligé d'emprunter à la langue grecque, déri-
vait du nom d'Amphictyon, fils de Deucalion, le fondateur supposé de la plus célèbre de ces associations, celle qui est toujours désignée sous le titre de la confédération amphictyonique. — Cet Àmphtctyon est certainement un personnage entièrement fabuleux, inventé tout exprès pour servir à expliquer l'institution dont on lui attribuait l'origine, et dont l'auteur, — à supposer qu'elle fût l'œuvre d'un seul bomme , — resta probablement aussi inconnu que les fondateurs des autres am-
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phictyonies qui n'acquirent pas la même célébrité. Ce serait une coïncidence trop merveilleuse pour pouvoir être attribuée au hasard, s) son nom avait, sans subir d'autre altération que l'addition d'une seule lettre, signifié cette institution qui est non-seulement son seul titre de gloire, mais toute la base et l'essence de son existence fabuleuse. Le mot amphictyonie, qui a probablement été adapté à la légende, et qu'il serait plus rationnel d'écrire amphictionie (l), désigne simplement une corporation qui se réunit dans une localité centrale, et n'implique par lui-même aucune affinité nationale (2) ; en fait, les associations connues sous ce nom renfermaient plusieurs tribus, qui avaient entre elles des rapports de parenté fort éloignés. Mais le point central dans lequel elles se réunissaient fut toujours, 'à ce qu'il parait, un lieu sanctifié par la religion, un temple commun, où se tenaient des assemblées périodiques pour la célébration d'un culte commun; or, les Grecs, qui étaient unis par les mêmes liens religieux, se croyaient, surtout dans les temps primitifs , unis aussi par des liens de parenté ; ce qui semble positif, c'est que ceux qui pratiquaient le même culte parlaient la même langue. Il nous semblerait donc permis d'attribuer aux associations amphictyoniques cette même base sur laquelle reposaient les rapports de paix et d'amitié des tribus de la même race, bien que l'éloignement ou d'autres causes accidentelles pussent en exclure quelques-unes que les droits du sang autorisaient à y prendre part comme celles qui les composaient.
Il a du exister en Grèce, à une certaine époque, un grand nombre d'ampbictyonies dont aucun souvenir n'est parvenu jusqu'à nous. Les renseignements que nous possédons sur celles qui ont échappé à un oubli total sont pour la plupart très-incomplets. Strabon en a mentionné une (3 ) qni tenait ses assemblées à Oncheste, en Béotie, sans doute dans le sanctuaire de Neptune, où l'on célébrait tous les ans une fête religieuse avec des courses de chars [4). Nous ne savons rien de plus. Le même auteur (5) nous fait connaître une autre amphictyonie, qui dut avoir jadis (njî5Jjj5îî une grande importance, à en juger par les noms des membres qui la «mmSIm composaient. Elle se réunissait aussi dans un sanctuaire de Neptune, de l'Ile de Calaurée, temple longtemps célèbre et vénéré. On y comptait sept États, trois villes de l'Argolide, Epidaure, Hermione et Nauplie, Prasies, la Laconie, l'He â'Mglat, Athènes et l'Orchomène de Béotie. Cette confédération avait été évidemment fondée dans un but plus politique que religieux, puisque la ville de Trézène n'en faisait pas partie, bien qu'elle fut voisine du lieu où se tenaient ses assemblées, et placée aussi sous l'invocation tutélaire de Neptune. Les noms de ses membres attestent son antiquité; car Orchomèue dut y entrer
(t) L'orthographe correcte se retrouve quelquefois. Noua cilcrotis «Dire autres monuments une pièce de monnaie publiée par Brœndsled (hns le frontispice de ses Heistn, ÀMttIKTIO. Voir BiEckh dans les Berlin JahrbUclier, 1827, 1, p. 32. — (2} Voir C. F. Hermann ; lihrbuch, % 11, et les Berlin. Jahrbttcher f. tu. k., 1837, 11, p. 219. — (3) a, p. 412. — (4) Homère, H, dans Apoli., 53.— (3) vu.,
à l'époque où elle était encore indépendante et poissante, c'est-à-dire, nat- conséquent, avant la conquête delaBéotie par les Pollens. Quant aux motifs de cette association entre des États aussi éloignés l'un de l'autre, et si peu rapprochés en apparence par leurs intérêts , ils peuvent seulement donner lieu à des conjectures fort incertaines. On a supposé (1) que les États les plus faibles, ceux du Péioponèse, avaient cherché l'appui d'autres États plus puissants contre de redoutables voisins; mais nous n'osons combler ainsi cette lacune historique. Tout ce qui est certain, c'est que quand les relations polttiquesqui avaient fait naître la confédération eurent été changées , et qu'elle eut perdu son importance primitive, Argos y remplaça Nauplie, et Sparte la ville de Prasies, pour la célébration des cérémonies religieuses, qui en devinrent l'unique objet.
' Ce ne sont pas là les seuls faits qui nous autorisent à conclure que tes ligues a inphlctyo niques furent plus nombreuses jadis que ne tendraient à «ous le faire croire les rares monuments du passé. Il y en eut, h. ce qu'il parait, une troisième dans i'Argolide, distincte de celle de Calaurée (2), et une quatrième, dont Délos fut le centre, jouit d'une grande renommée. Mais de toutes ces institutions, la plus célèbre et la plus importante est celle qui fut connue sous le nom de ligue ou conseil amphictyonique, sans autre distinction locale. Ce mot de conseil indique que les affaires de tout le corps amphictyonique étaient dirigées par un congrès dedéputés envoyés par les différents États conformément à des fUunisu règles établies de temps immémorial. Ce qui distinguait surtout ce SSm"*' dÏÏ- congrès c'est qu'il s'assemblait régulièrement deux fols chaque année, en Ttûnno «.* deux- localités différentes; la première fois, au printemps, à Delphes; ' la seconde fois, à l'automne, dans un temple de Cérès, au passage des " Thermopyles, près de la petite ville d'Anthèle, Cette diversité des lieux de réunion a fait naître une foule de questions difficiles à résoudre concernant l'origine de la ligue. 11 est peu probable que tous deux aient été choisis simultanément, et 11 n'est pas facile de déterminer lequel a été adopté le premier. Les anciens semblent avoir considéré Delphes comme le centre primitif de l'association, opinion confirmée par l'antique sainteté de cette ville et la renommée primitive de son oracle. Le choix des Thermopyles, au contraire, ne pouvait être motivé que par l'importance de cette position, considération qui ne se rapporte à aucun des objets ordinaires de la ligue. D'un autre côté, le nom de Pyl&a; donné également aux deux assemblées, semble assigner la priorité aux Thermopyles, dont l'adoption ultérieure serait d'ailleurs difficile à concevoir dans l'hypothèse opposée. Le moyen le plus facile de concilier ces arguments contradictoires, c'est d'admettre qu'il yeut dans l'origine deux confédérations distinctes, formées peut-être, l'une, par les Iribus maritimes, l'autre, par les tribus de l'intérieur, et que, quand l'influence cwfssante de Delphes les eut fondues en une seule, le respect du à chacun des sanctuaires lit conserver les anciens lieux de- réunion.
{i) Mulier, Mgmelica, $ 8. — (2) Pausanlas, iv, S.
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CHAP. X. — INSTITUTIONS NATIONALES. ait
Cette conjecture parait confirmée par les légendes qui associent, dans l'histoire du conseil, les noms d'Amphictyon et d'Acrisius. Ce dernier, roi d'Argos, aurait, dit-on, fondé l'assemblée de Delphes en rivalité de celle qu'Amphictynn avait créée aux Thermopyles ; et plus tard, il les aurait réunies, et leur aurait donné de nouvelles lois (1). Cette tradition peut être vraie nu fond, bien qu'elle se trompe sur l'Intervention d'Acrisius ; car une autre tradition , qui fait honneur à Acrisius de la fondation du temple d'Anthèle, semblerait le rattacher plus immédiatement au congrès des Thermopyles. D'après Strabon (s), c'était une opinion reçue de son temps, que ce prince avait le premier organisé ta confédération avec un certain ordre, fixé le nombre de ses membres, la répartition des voix dans le conseil, et la nature des questions qui dévoient être soumises à sa juridiction. Mais nous ignorons complètement comment Argos put acquérir une telle influence, et quel est le peuple que représente plus proprement Acrisius ; nous pouvons seulement conjecturer d'après cette légende qu'il appartient plutôt aux Achéens du nord qu'à ceux du midi.
Les questions qu'il importe surtout de résoudre sont celles qui se T"i^)^ni rapportent à la constitution, aux fonctions etâ l'autorité du conseil. Le ubgue. conseil passe pour avoir été composé dans l'origine de députés, nommés par douze nations ou tribus, dont chacune pouvait comprendre plusieurs Etats indépendants. L'énumératlon des tribus confédérées varie selon les auteurs; la comparaison de leurs listes nous permet de retrouver la plupart des noms, et de nous former une opinion probable a l'égard des autres. On en peut conclure aussi qu'il s'est opéré dans la constitution du conseil, à une époque éloignée, des changements sur lesquels la tradition est muette. La liste la plus authentique des tribus amphictyont- * ques renferme les noms suivants : les Thessaliens, les Béotiens, les Do-" riens, les Perrheebes, les Magnésiens, les Locrlens, les OEtéens ou Énianiens, les Pthiotes ou Achéens de Pthie, les Maliens ou Méliens (3) et les Phocéens. L'orateur jEschine; qui uous a fourni cette liste, parle de douze tribus; il ne nous manque donc qu'unseuinom.Or, nous trouvons -dans les autres listes deux autres noms pour combler cette, lacune, les Doiopës et les habitants de Delphes. D est probable que les. premiers avaient été supplantés par les habitants de Delphes, qui paraissent avoir formé une race distincte des Phocéens (4). Un simple coup d'oeil jeté, sur cette liste suffit pour prouver la haute
(t)Seol. Euripid.,Omt.,ifJ87. — (2) «, p. 420. — (3) On ignore si ce tout le» nomade deui races différentes, ou des priantes du nom d'une même Iribu; et, dans ce dermer.cas, il est difficile de décider quelle es! celle qu'il faut préférer. Selon Diodore (ivui, 11), les Méliens auraient compris tes Maliens, situé* plus au nord du golfe malliumie. — (I) Les habitants rie Delphes ne permettaient pas qu'on les appelât Phocéens (Pausan., iv, 54, 11); et, avant la guene du Pcloponèse, on les voit s'unir à Sparte, taudis que les Phocéens étaient alliés d'Alliènes (Thucjd. i, 112), ce qui indiquerait des intérêts cl des relations politiques bien ' aistiacts. De ce fait, et d'autres indications analogues, on a inféré que les Doriens formaient à Delphes la classa dominante, et cette conjecture est confirmée par le dialecte local. ,■ -
chugt- antiquité de l'institution, et l'ignorance presque absolue où nous soin - SuaVeon^ raes °"e son histoïre primitive. Les Doriens durent évidemment devenir •utution de membres de la confédération avant la conquête qui les sépara en plusieurs États, dont chacun fut incomparablement plus puissant que la plupart des petites tribus du Nord, qui cependant possédaient dans le conseil un nombre de voix égal. On peut néanmoins douter qu'ils aient (ait partie de ce corps dès l'origine, et croire qu'ils se sont plutôt substitués à l'une des tribus qu'ils expulsèrent des environs de Delphes, peut-être auxDryopes(t). D'autre part, les Thessaliens n'out dû être admis dain la ligue qu'après leur invasion de la Thessalie, invasion antérieure de vingt ans seulement, selon l'opinion commune, à celle du Péloponèse par les Doriens (S). Il est donc présumable qu'ils turent admis en remplacement de quelque autre tribu, qui, par suite des nombreux bouleversements de cette époque, avait perdu son indépendance. Ce fut peut-être une des tribus qui habitaient la Béotie avant que les JEoliens d' Aîné eussent donné leur nom a ce pays ; par exemple, les Minyens d'Orchomène, ou les Cadméens de Thèbes. Telle est l'insuffisance de nos renseignements, qu'un écrivain a conjecturé (3), peut-être avec autant de probabilité, que les Thessaliens ne furent admis dans la ligue qu'au VI6 siècle avant Jésus-Christ, époque à laquelle ils prirent une part active à une guerre, dont nous parlerons ci-après, entre les Amphlctyons et la ville de Crissa. On pourrait conclure de ce fait, qu'avant le retour des Héraclides, le corps amphictyonique comprenait la plupart des États de ta Grèce situés au nord de l'isthme, mais que, malgré la mention du nom d'Acrisius, tous ceux qui étaient situés en deçà de cette limite s'en trouvaient exclus. Ce corps peut avoir été déjà considéré alors comme une confédération hellénique, et ce fut peut-être pour ce motif que les Achéims de la Pthie ne reçurent pas, dans les actes du conseil , le nom d'Hellènes, sous lequel les distinguent spécialement les poèmes d'Homère. Toutefois, si;àune époque postérieure, on a doniié n ce corps le titre de congrès général des Hellènes, il n'y a aucune raison de faire remonter cette qualification à l'époque où le nom d'Hellènes n'était porté que par quelques États du Nord, noyau primitif de la confédération.
E^ du Le nombre des tribus amphiclyoniques, déjà peut- être consacré par rtaBDM1** tôt 'e temps, demeura le même après le retour des Héraclides ; mais la surr*tu de ii face géographique de la ligue s'accrut de toute la région du Péloponèse occupée par les nouveaux États doriens. Bien qu'elle ne comprit pas une partie considérable de la Grèce, — car l'Arcadie, l'Élide, l'Achaïe, l'jEtolie et l'Acarnanie n'en firent jamais partie, — pourtant, si sa puissance eût été proportionnée à l'étendue de son territoire, ou si ses membres eussent agi de concert, elle eût été assez forte pour soumettre à son joug les autres Etats, et on eût pu la considérer comme une confédération nationale. Nouscomprendrons facilement pourquoi ellen'ac-
(1) C. F. HeraiBOn {Lehrbuch, § 12, i) émet l'opinion que les Drjopes furent ■ supplantés pur les Tliossalicus. — (2) SdnEwinu., Ant. J. P. G-, p. 387. *— 13) Wachsmulli, 1,119,
quit pas véritablement ce caractère, si nous étudions sa constitution et la nature de ses fonctions ordinaires. Sa constitution reposait sur l'hypothèse d'une égalité parfaite entre les tribus qui y étaient représentées, hypothèse jadis peut-être assez conforme à la réalité. Toute Modsd tribu, même la plus faible, avait deux voix dans les délibérations du funî, congrès ; la plus puissante n'en avait pas davantage. Des conventions ™i™llLt" particulières réglaient probablement l'ordre d'après lequel les divers Etals compris dans une même tribu amphictyonique exerçaient succès- ' sivement le droit d'envoyer chacun un représentant nu conseil. Hais à moins qu'un État n'usurpât tous les droits de sa tribu,' cftmme celaparait avoir eu lieu à Athènes, une petite tribu, qui ne formait qu'un État, l'emportait évidemment sur Sparte ou Argos, qui ne pouvaient être représentées qu'à leur tour seulement, et d'autant plus rarement que in tribu à laquelle elles appartenaient était plus nombreuse (t)'. Ce droit devait perdre encore de sa valeur s'il se partageait entre toutes les colonies d'une même tribu. lien était ainsi chez les Ioniens (2); mais les colonies Eeolieunes et dorieunes ne paraissent pas avoir revendiqué le même privilège. A l'égard des détails qui se rattachent moins intimement au caractère général de l'institution, il nous suffira d'observer que leconseil était composé de deux ordres de représentants, dont les fonctions ne sont pas clairement distinguées : les py in jorea et les hiêromnémons. Les pylagorta paraissent avoir formé le corps investi du droit de voter ; les fonctions des kiiromnèmons consistaient à préparer et à diriger les délibérations des pylagores, et à mettre à exécution leurs décrets. Chez les Athéniens un élisait chaque année trois pylagores, et le sort désignait an hiéromnémon. Nous ignorons ce qui avait lieu dans les autres États. Outre le conseil, qui siégeait, soit dans le temple, soit dans quelque édi-
' lice voisin, il y avait une assemblée amphictyonique (3j qui se réunissait en plein air, et se composait des individus domiciliés dans le pays où se tenait le congrès, et des nombreux étrangers qu'y attiraient l'intérêt, la curiosité ou la dévotion. Il semblerait cependant que cette dernière as-
. semblée était convoquée seulement dans les cas extraordinaires : par exemple, lorsque son concours était requis pour faire exécuter les mesures décrétées, ou lorsqu'on jugeait nécessaire de convoquer un congrès extraordinaire dans l'intervalle compris entre les deux époques régulières des réunions.
Une constitution semblable à celle que nous venons de décrire n'*ût évidemment pas pu subsister longtemps, si des intérêts politiques importants avaient dépendu de la décision du conseil amphictyonique. Mais, en fait, ce conseil ne fut pas communément considéré comme un congrès national, exerçant un pouvoir politique. Ses fonctions ordinaires se rattachaient exclusivement, pour ainsi dire, à la religion, et ce fut toujours accidentellement qu'on le fit quelquefois servir à des desseins politiques. Le but originaire, ou du moins le caractère essentiel
(1) VoiilMmiua, Veber dm Bund der Amphiktyow, p. 7S; H.ûlimaiin, Hujdigwig des dtlphischen Orakels, p. 54. — 1% échine, de Fais, leg., p. 43. — (3) C'est rfeuii-noiaTÛïÀjAtpuirwiùiii.doul parle jEschiae, Clés., $ 124
de cette institution, semble on ne peut plus fidèlement exprimé par le serment que nous a conservé /Escbine. Ce serment interdisait aux membres de la ligue de détruire totalement une ville amphictyonique, et de la priver d'eau, même en temps de guerre; il les obligeait aussi à défendre, contre tout attentat sacrilège, le sanctuaire et les trésors du dieu de Delphes. Dans cette formule ancienne, et peut-être en partie symbolique, nous reconnaissons deux des fonctions principales assignées au conseil : la garde du temple, et In répression d'hostilités trop violentes entre les Etats amphictyo niques. On n'y voit aucune trace d'une confédération conclue contre des ennemis extérieurs, sinon pour la défense du temple ; ni d'un droit d'Intervention accordé aux membres de la ligue, hors le cas où l'un d'eux menaçait l'existence même d'un autre. Il est vrai que ce droit, quoique borné expressément à certains cas extrêmes, pouvait fournir a un État capable d'en user le prétexte de l'intervention la plus étendue; mais l'obligation imposée par le serment, loin d'être violée, ne reçut, à aucune époque, son application, même dans son sens le plus simple. Quant à l'autre but de la ligue, c'est-à-dire la répression d'hostilités trop violentes entre les tribus amphictyonf ques, il ne fut jamais atteint, ou il fut promptement oublié. Durant la période historique, le souvenir du serment prêté n'empêcha jamais un des États confédérés d'accabler ses alliés des maux les plus cruels de la guerre ; à plus forte raison, ne put-il pas inspirer à la nation des sentiments plus humains.
SI on passe en revue l'histoire du conseil, on volt qu'il était presque tant pouvoir pour le bien, si ce n'est peut-être comme instrument passif, et qu'il n'avait d'action véritable que pour des objets sans importance ou même pernicieux. Dans les grandes luttes nationales, la cause' commune n'en tirait aucune force, H se bornait à jeter de temps en temps une ombre de consécration surdes plans d'ambition ou de vengeance. Il s'attribuait quelquefois sur ses membres une juridiction Incertaine dans ses limites; mais il eut rarement le pouvoir de faire exécuter ses jugements, et ordinairement il s'en remettait à la partie Inté- . ressée pour l'application de la peine. C'est ainsi qu'il punit les actes de piraterie des Dolopes de Scyros par les mains des Athéniens qui convoitaient leur lie (t). Mais la sphère d'action la plus légitime de ee conseil était celle où il y allait de l'honneur ou de la sécurité du sanctuaire de Delphes. Dans ces cas-là, il pouvait compter sur la coopération de la Grèce entière. Ainsi le vit-on déployer une grande énergie dans une circonstance où une procession , traversant le territoire de Megan pour se rendre à Delphes, fut insultée par quelques Mégariens, sans pouvoir obtenir justice du gouvernement. Le tribunal amphfctyonique prtaiin punit cette offense de la mort ou du baunissement (2). Une intervention CMHaMcri* du même genre, mais beaucoup plus célèbre et plus grave, fit naître la guerre à laquelle il a été fait allusion, appelée la guerre de Crissa, ou première guerre sacrée. Crissa est, à ce qu'il parait, la même ville qu'on
(I) Nul., Om.,H. — m Plut., Quxl. «roc, SO.
CHAP. X. — LEGISLATIONS NATIONALES. 375
appelle quelquefois Cirrha. Située sur la partie du golfe de Corlnthe qui prenait quelquefois son nom, elle commandait un port très-fréquente par les pèlerins de l'ouest qui se rendaient à Delphes par mer. Elle possédait un territoire fertile, appelé la plaine de Cirrha. Il est possible que l'accusation portée contre les habitants de Crissa ait été réellement fondée, et qu'ils se soient rendus coupables de violence envers les étrangers qui débarquaient dans leur port, ou qui traversaient leur territoire. Un auteur ancien, qui écrivait néanmoins trois siècles plus tard (l), attribuait la cause de la guerre à un outrage fait a des femmes flui venaient de consulter l'oracle; il est cependant assez probable aussi que leurs voisins de Delphes enviaient depuis longtemps les droits de douane qui enrichissaient les habitants de Crissa, et que, dans leur opinion, tout ee qu'on exigeait des pèlerins était volé au dieu, de Delphes qui autrement l'eût reçu en présent. Quoiqu'il en soit, une plainte fut portée devant lesamphictyoos, qui décrétèrent lu guerre contre la cité coupable. Eu même temps ils invoquèrent le secoursdesThessalieiis, qui envoyèrent des troupes commandées par Euryloque. Clisthène, tyran de Sicyone, épousa leur cause avec chaleur, et, suivant la tradition athénienne, Solon leur donna un avis de baute importance. Le dieu outragé ayant été consulté, il ordonua, comme la condition expresse du succès de la guerre, de Caire en sorte que la mer baignât ses domaines. Afin d'obéir à cette injonction, et selon le conseil de Solon, les amphictyons firent voeu de consacrer a Apollon les Crisséens et leur territoire, en rendant les hommes esclaves et en minant le pays. Si la perspective d'une vengeance aussi terrible anima les assaillants, cette menace d'extermination excita 'sans aucun doute leurs adversaires aune résistance désespéré». La guerre dura, dit-on, pendant dix années, et se termina grâce à un stratagème que nous regrettons de voir imputé à Solon : on prétend qu'il empoisonna les eaux du Plistus qui arrosaient la ville, et qu'il réduisit ainsi la garnison à la dernière extrémité. Après la chute de cette cité,' le vœu des vainqueurs fut littéralement accompli. Crissa fut rasée jusqu'aux fondations, le port-comble, et la plaine changée en désert. En commémoration de ce triomphe, on institua des jeux gymnastiques appelés jeux pythiques, qui remplacèrent nue fête plus simple et plus ancienne. Les amphictyons célébrèrent ces nouveaux jeux avec les dépouilles it Crissa (2) et ils en furent nommés présidents perpétuels.
Lagardc de l'oracle de Delphes formant la principale occupation des L'omcieamphictyons, ou pourrait supposer qu'ils le dirigeaient à leur gré, et ^'p1™qu'ils s'en servaient pour exercer une secrète influence sur la Grèce. Mais quoique ce moyen d'influence reçût fréquemment une application Politique, il ne fut jamais, à ce qu'il parait, à la disposition du conseil impliictyonique. L'oracle était dirigé par les principaux citoyenB de la tille, qui avaient plus souvent l'occasion de voir les individus chargés de révéler les prétendues volontés du dieu. Dans les temps reculés, on
(I) Callialhène, Âthèn., un, p. SCO. — (2) C'est là ce qui expliqua les prit waidértbta distribués à ia première célébraliou (ce fut un irjâi j^t^anim). Ces P"i furent ensuite des couronnes, et elle devînt oti^aw-nit.
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ne consultait pas seulement l'oracle pour connaître l'avenir, on venait aussi lui demander des conseils. La puissance d'un semblable instrument était illimitée ; il parait qu'au total elle ne fut pas mal employée; mais il faut attribuer l'honneur de ses effets bienfaisants à la sagesse et au patriotisme des principaux habitants de Delphes, ou des étrangers qui disposaient avec leur concours le jeu' de ce mécanisme sacré. Toutefois l'autorité de l'oracle s'affaiblit graduellement, en partie par lesprogrès d'opinionsnouvelles, en partie par l'abus qu'on en lit trop souvent, L'organe du dieu était une femme que son âge rendait plus accessible à la séduction des présents qu'à toute autre (1). Même avant la guerre de Perse, elle vendit notoirement ses réponses dans plusieurs occasions, La crédulité individuelle put n'être qu'affaiblie par de semblables prévarications, mais il n'en fallait pas davantage pour enlever à l'oracle la plus grande partie de son influence politique, m- Le caractère d'une institution nationale que s'attribuait le conseilamphtetyonique, mais qu'en réalité it ne posséda jamais, appartenait bien plus réellement aux jeux publics. Quoique célébrés dans certaines localités, ces jeux n'étaient point particuliers à une tribu, ils étaient accessibles à tous les Grecs. Les plus imposants se célébraient tous les cinq ans sur les bords de l'Alphée dans l'Élide. Ils duraient quatre jours, et empruntaient leur nom à la ville d'Olympie, où ils avaient lieu. Chaque intervalle entre les retours successifs de ces solennités s'appelait une olympiade. La date de celte institution est entourée de quelque obscurité, et a cause de son ancienne origine, et par suite de l'ambition des Ëléens, qui en exagéraient l'antiquité et la sainteté. 'Comme l'éclat de ces fêtes rejaillissait sur ceux qui en avaient la direction, ils s'efforçaient de répandre l'opinion qu'elles avoient été fondées et renouvelées plusieurs fois par des dieux et par des héros longtemps avant la guerre de Troie. Selon eux, lorsque lesyEtolieusse furent établis en Élide, leur territoire fut consacré tout entier a Jupiter, qui avait à Oiympieun temple et un oracle fort anciens, et cela eut lieu; en vertu d'unecoovention faite entre eux et lesDoricns, leurs compagnon» d'armes. Au temps deLycurgue, leur roi i phi tus, de concertavec le législateur deSparte, et avec la sanction de l'oracle de Delphes, fit revivre les jeux comme un remède aux maux de la Grèce. Ils ordonnèrent en conséquence une trêve générale, afin que tous les Grecs pussent assister à cette solennité sans-obstacle et sans danger. Bien que les légendes fabriquées, ou adoptées par les Eiéens, au sujet de l'antiquité des jeux, méritent peu d'attention, il n'est pas douteux qu'Olympie n'ait été, depuis une époque très-reculée, consacrée à la religion ; il est également fort probable que des jeux semblables à ceux qui devinrent plus tard permanents se célébraient de temps en temps dans le sanctuaire de Jupiter. Si l'on n'admettait pas que ce lieu était depuis longtemps l'objet d'une vénération
(1J La Pythie fut d'abord une vierge choisie parmi la fleur delà jeunesse. Cel usage ayant eu- des conséquences fâcheuses, on employa des femmes ayant passé l'flge de cinquante ans, mais qui cou servaient néanmoins l'habillement des vierges, Diodor., xvi, 26.
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particulière, il serait difficile de s'expliquer pourquoi les Eléens le destinèrent de préférence au culte. Olympie, en effet, qui était moins une ville qu'une enceinte occupée par un grand nombre d'édifices publics et religieux, se trouvait primitivement sur le territoire de Pise, lequel, deux siècles après le commencement des Olympiades, n'était pas entièrement soumis à Élis. Pise se montra même parfois la rivale de cette dernière cité, et réussit à l'exclure de toute participation à la présidence des jeux. Les troubles qui accompagnèrent l'invasion dorienne interrompirent sans doute longtemps la célébration de l'ancienne fête, et la reprise put en être conseillée par la politique autant que par la religion. La peste figure parmi les maux qu'elle se proposait de conjurer en apaisant la colère des dieux. La trêve sacrée dut paraître un heureux moyen de calmer les passions farouches de peuplades ennemies. Ce ne sont là, itu|reste, quedes conjectures, et nous ne pouvons pas nous exprimer avec plus de certitude au sujet des fondateurs de cette institution. On nous représente Iphitus, Lycuryue et Cléosthène de Pise (l) comme ceux qui ont le plus contribué à son établissement. Lesnomsd'IphitusetdeLycurgue étaient inscrits sur un disque, qui se conservait ainsi qu'une sorte île charte, et en témoignage du traité solennel conclu entre ces deux personnages (2). Mais ce qu'on peut déduire avec quelque assurance de cette tradition, embellie par une grande variété de légendes, c'est que Sparte concourut avec les deux États les plus intéressés a l'exécution du plan, et qu'elle contribua puissamment à obtenir l'assentiment du les te du Péloponèse.
Il est probable que les Grecs du Nord ne furent poi ut d'abord consultés, ou qu'on ne s'attendit pas à les voir prendre part aux jeux ; et que cette institution, sans avoir jamais été restreinte à certaines populations, ninsi que le congrès amphictyonique, étendit peu à peu sa renommée et sa sphère d'attraction, jusqu'à ce qu'elle en vint à comprendre la nation tout entière. La trêve sacrée (3) était proclamée par des officiers que les Éléens envoyaient de tous côtés (4). Elle suspendait les opérations de la guerre, à partir de sa publication, pendant un temps suffisant pour permettre aux étrangers de retourner chez eux en sécurité. Durant cet intervalle, le territoire d'Elis était considéré comme inviolable, et aucune troupe armée ne pouvait le traverser sans encourir le châtiment réservé aux sacrilèges. Au mépris de toute preuve historique, les Eléens soutenaient une opinion qui semble avoir induit eii erreur un certain nombre d'historiens anciens et modernes; ils affirmaient, qu.'en vertu du contrat primitif leur pays comme leurs personnes étaient à jamais sacrés, et qu'ils devaient jouir d'une paix perpé tu el lu. A moins de supposer qu'un tel privilège ait pu exister, sans être accompagné d'une obligation réciproque du même genre, nous avons tout lieu de croire qu'il ne fut jamais reconnu par les autres Grecs; car jamais eux-mêmes ils ne s'abstinrent de l'emploi des armes, quoique leur situa- Il) Phlégon, p. 139, qui mentionne Peisus ronime le premier fondateur des jeu*.— (2) Plut.,l!/c.,l;Paus., v, 20, 1.— (3) i*W*. — (4) «wA^p*.
Piéride™ tîon géographique et des circonstances politiques tendissent a les mettre
iV^piq™.0"*1 l'abri de la guerre (l). Après la cinquantième olympiade, Élis réglait complètement les jeux ; elle nommait les juges, qui pendant dix mois a l'avance étaient instruits des devoirs de leurs fonctions parles magistrats du pays (2). Il est probable que Plse avait primitivement part à la direction de la fête et à l'élection des officiers çhargésd'y présider. De là sans doute ces querelles qui se perpétuèrent plusieurs siècles entre les deux États pourrie se terminer qu'à la destruction de Pise. Le peuple chargé de la présidence possédait une juridiction sur tous tes objets relatifs aux jeux, en vertu de laquelle il pouvait infliger des punitions aux individus ainsi qu'aux États, et exclure tous ceux qui résistaient à ses décrets. Mais cette autorité aurait pu être considérée comme confiée k l'une des tribus au profit de la nation tout entière à laquelle les jeux appartenaient réellement. Les jeux furent fréquentés de très-bonne heure par des spectateurs, venus, non-seulement de toutes les parties de la Grèce, mais encore de ses colonies d'Europe, d'Afrique et d'Asie. Ces réunions n'étaient pas uniquement formées par l'impulsion fortuite des intérêts privés ou de la simple curiosité; elles se composaient encore de députations envoyées par beaucoup de villes comme à une solennité religieuse, et considérées comme des hôtes du dieu d'Olymple (3). Luitmth- Les jeux se composaient de différents exercices de force et d'adresse
uuqun. ^j se mu[tî pu aient quelquefois de manière à comprendre presque tous les modes de développement de l'activité corporelle. Ils comprenaient des courses à pied, des courses de chevaux et de chars, le jet du disque, le saut, la lutte et le pugilat. Quelquefois, plusieurs de ces exercices étaient combinés ensemble. Jamais on n'employait d'armes dans ces combats. L'emploi des chevaux et surtout des chars attelés de quatre chevaux était l'apanage des riches. Les princes et les nobles luttaient ensemble dans cet étalage d'opulence. Mais le plus grand nombre des exercices étaient accessibles aux Grecs les plus pauvres, et ils n'en étaient pas élevés moins haut dans l'estime publique. L'un des combattants les plus célèbres au pugilat, Glaucus de Caryste, avait d'abord "fait connaître sa force à la charrue (4); d'un autre coté, les Diagorides, la plus illustre famille de Rhodes, se vantaient d'avoir produit plusieurs compétiteurs heureux du même genre de combat. Nul accident de naissance ou déposition ne pouvait réagir sur l'éclat attaché à ces exercices, dans lesquels les plus célèbres des héros avaient excellé et s'étalent plu à figurer. Sousun rapport, les victoiresremportéesdaus'lesdernlerstemps furent plus honorables que celles des Ages héroïques. Dans les jeux que décritHomère, les prix avaient delà valeur, et cet usage desanciens temps était universel. Mais après la septième olympiade, une simple guirlande
e la guerre, alors qu'ils se disposaient à aider les Lacédémonieni A réduire neios. Slrahon (vm, p. 358} dit que la sainteté du territoire ciéen avait été violée pour la, première lois par Pbidon ; après quoi, c'esl-à- dire nprfs la 8« olympiade, les Éléens ne s'abstinrent plus de faire usage des armes. — (2) Phus., ri. «4,3. — (3) Su.fi*, *.«.(«(. — (i) Paus., vi, 10, i.
de feuilles d'olivier sauvage était à Olymple le geai fruit; de la victoire. Sans doute la célébrité des jeux, et la présence d'unest grande multitude qui allait porter jusqu'aux exfréimtésdumondegm la renomméedeacombattants heureux, suffisaient à exciter l'émulation. D'autres honneurs, d'autres avantagea furent attachés à ce triomphe par la vanité ou par la politique de certains États. La cité même la plus puissante regardait une victoire olympique, remportée par un de ses citoyens, comme un nouveau lustre attaché a son nom. Quelquefois même on sollicitait le vainqueur pour qu'il se déclarât citoyen d'une autre ville qua la sienne. Ainsi, Hiéron décida Astyle de Crotone, qui avait remporté le prix de la course à trois olympiade» successives, A transférer à Syracuse l'honneur de ses deux dernières victoires. Les compatriotes de cet athlète se vengèrent de l'affront qu'il leur avait fait en renversant sa statue, et en changeant sa maison en une prison (l). Une loi de Solon voulait que l'Athénien vainqueur 'aux jeux olympiques fut récompensé par le don de 500 drachmes, et qu'il fut nourri au Prytanée. A Sparte, on donnait au vainqueur un poste qui le mettait en évidence sur le champ de bataille. \,'Altit, ainsi s'appelait le lieu d'Olyropie où se celé* braient les jeux, était orné d'Innombrables statues des vainqueurs, élevées avec la permission des Eléens, par eux-mêmes, par leurs familles ou aux frais de leurs concitoyens. Il était aussi d'usage de célébrer un événement aussi heureux, tant à Olymple que dans le pays du vainqueur, par une marche triomphale, dans laquelle on chantait ses louanges associées à celles de ses ancêtres et de son pays. Les poètes les plus éminents prêtaient d'eux-mêmes leur secours dans ces occasions, surtout aux riches et aux puissants. Eu sorte que ces jeux, qui ne différaient guère de ceux de nos villages, donnaient naissance a des chefsd'œuvre de sculpture, et inspiraient les accents les plus sublimes de la muse lyrique.
La célébrité des jeux olympiques produisit plusieurs autres fêtes de Jei la même nature, Nous avons déjà parlé des Jeux py thiqueg, qui se celé- °**£J braient à chaque troisième année olympique. Les jeux néméens et les jeux isthmiques se célébraient les uns et les autres deux fois par olympiade, dans des saisons différentes de l'année : les premiers, dans la plaine de Némée, en Argolide, sous la présidence d'Argos; les autres, sur l'isthme de Corinthe, et sous la présidence de la ville de ce nom. Ces trois derniers, de même que les jeux olympiques, prétendaient a nue haute antiquité, quoique la forme sous laquelle Ils eurent lieu finalement fût d'institution récente. Il est fort probable qu'ils durent leur origine au souvenir d'anciennes fêtes qui avaient servi de lien à une confédération amphictyonique. Ces quatre sortes de jeux étaient principalement distingués de ceux qui se célébraient dans un grand nombre d'autres lieux de la Grèce et qui ne s'élevaient pas jusqu'à la dignité de solennités nationales, par la nature du prix, qui était une couronne pour les premier), et pour les autres quelque objet d'une plusgrande
jl) P*uj.,ti,43, i.
valeur intrinsèque, mais qui, par cela même, semble avoir moins excité l'émulation.
Pour apprécier l'importance des jeux olympiques, que nous pouvons prendre comme exemple des autres jeux publics, nous avons à les considérer sous plus d'un point de vue. Cette importance dépendait en partie du degré suivant lequel ils répondaient au. but de former un lien national, et en partie de l'influence qu'ils eurent sur le caractère de la nation. Sous le premier point de vue, ils paraissent avoir eu si peu d'effet, qu'on ne peut guère tes envisager que comme une occasion wjemo- restée stérile, faute de disposition à en faire usage. La courte in terrup- «•Idcr™ tion ^u'"s apportaient aux hostilités diminuait à peine l'effusion du me bb sang, et. ne tempérait nullement l'animosité des populations belligérantes. A la vérité, le contraste entre les Grecs et les étrangers était rendu plus saillant sur un théâtre où le spectateur se voyait entouré d'objets qui rappelaient, surtout à l'esprit de ceux qui étaient venus des régions les plus éloignées, les traits les plus caractéristiques delà religion, des arts et des mœurs de ses compatriotes. Nulle autre circonstance, peut-être, ne pouvait imprimer aussi profondément chez les Grecs le sentiment des choses qui les distinguaient des barbares : aucune autre, . ., par conséquent, n'était aussi propre à renforcer les liens qui les unissaient a leur race. Les étrangers n'étaient pas admis à concourir dans les luttes olympiques. Les rois de Macédoine n'y furent reçus qu'après ■ une preuve rigoureuse de leur origine hellénique. Il est même probable que si le nom d'Hcllèn prévalut enfin, ce fut en raison de l'usage qu'on en fit dans ces occasions. D'un autre côté, il n'y avait pas de lieu où II fut plus impossible pour un Grec de confondre le patriotisme domestique et local dans un sentiment plus général et plus élevé. Les détails mêmes de la fête fournissaient sans cesse des aliments aux passions égoïsles et malveillantes des cités rivales, dont chacune sentait son honneur intéressé dans le succès des concurrents. On trouve un indice de l'esprit d'émulation, qui, chez ce peuple, dégénérait si souvent en envie et en jalousie, dans ces trésors séparés, construits à Olympie et à Delphes par plusieurs États, pour y placer leurs offrandes, etqui étaient souvent des monuments d'une inimitié réciproque. A chaque pas les Grecs rencontraient autant de souvenirs de désunion politique que d'affinité nationale.
«ors «fftu L'institution des jeux olympiques eut probablement par la suite des rtletutL effets beaucoup plus importants que ceux qui avaient été prévus par ses fondateurs. Durant la saison sacrée, le pays où ces fêtes se célébraient devenait un grand marché commercial ; la plupart de ceux qui venaient y assister y exposaient en vente, et y échangeaient des produits, nonseulement d'un travail manuel, mais de l'intelligence humaine. A cet égard elles produisirent quelques-uns des résultats qui aujourd'hui sont réalisés, avec plus d'efficacité, il est vrai, par la presse ; elles facilitèrent singulièrement la communication des pensées, des inventions et des découvertes ; elles répandirent plus également tous les arts et toutes les sciences. Si les motifs allégués par certains écrivains nous permet-
CHAP. X. — INSTITUTIONS NATIONALES. S8t
tent de douter qu'Hérodote ait lu réellement son histoire a Olympie, il est incontestable que des ouvrages littéraires furent souvent rendus publics de celte manière. De tels effets, indépendants de l'objet déclaré des jeux olympiques, durent résulter de toutes les occasions qui réunissaient les Grecs de toutes les parties du monde dans des assemblées périodiques. Le mouvement imprimé par la lutte elle-même à la poésie et à la statuaire se rattachait plus intimement à la nature de l'institution, bien qu'il en fut seulement une conséquence accidentelle, et qu'il ne dépendit pas de sa forme particulière. La question la plus importante, relative aux effets que ces jeux produisirent sur le caractère national, est celle de savoir si la vive émulation excitée par les honneurs d'une victoire olympique élait sagement dirigée. L'opinion populaire exagéra ncUn utio singulièrement, nous devons le reconnaître, la valeur des qualités qui cÔitùmei." faisaient attribuer aux concurrents des prix aux jeux olympiques; ni la sanction de la religion, ni tous tes charmes de l'art, ne peuvent réellement ennoblir la simple exhibition des facultés physiques de l'homme. Toutefois, quelques Grecs, plus sensés que le vulgaire, ne se contentèrent pas de dédaigner ces spectacles admirés par la multitude, ils les condamnèrent comme dangereux. On remarquait que l'éducation qui mettait les eompétileurs en état d'accomplir leurs exploits extraordi-. naires tendait à les rendre impropres à remplir les devoirs ordinaires du citoyen (i). Cette observation s'appliquait peut-être plus particulièrement aux exercices préparatoires que nécessitaient les luttes athlétf- ' ques et au pancrace, combat composé de la lutte et du pugilat ; et ce fut probablement ce motif, plus que tout autre, qui détermina Sparte a interdire à ses citoyens ces deux sortes de jeux. Des historiens ont, il est vrai, mentionné deux ou trois attentats d'une férocité sauvage (2) commis dans ces luîtes acharnées, qui ont dû souvent voir se répéter des scènes semblables. Mais, en prohibant ces jeux, Sparte n'obéit pas à des raisons d'humanité, car des combats de la même nature formaient un des exercices habituels de la jeunesse Spartiate. D'un outre coté, il se trouva parmi les Grecs des observateurs intelligents et réfléchis qui pensèrent que les jeux gymnastiques étaient intimement liés à tout le système de l'éducation nationale (3). En outre, dans leur opinion, bien que l'éducation donnée aux compétiteurs put être inutile on même dangereuse, à d'autres égards cependant les récompenses qu'on leur accordait étaient rationnelles, car elles encourageaient la pratique des exercices de force et d'adresse auxquels la jeunesse grecque consacrait la plus grande partie de son temps. Ces exercices, il faut le reconnaître, n'étaient pas seulement une branche importante de l'éducation, dans un pays où tout citoyen était soldat; ils contribuaient à rendre l'intelligence saine, fraîche et vigoureuse. Mais au lieu de soutenir que l'ardeur empressée avec laquelle ils étaient pratiqués dans les écoles privées fût un résultat des honneurs conférés aux maîtres victorieux de l'art gymnastique, dans les jeux publics, nous serions plutôt disposé
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li) Arist., M, vu, U, 8; Allié»., x, p. 415. — (2] Pmis viit, 40. - ) Lucien; Anachirri..
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383 HISTOIBB DE LA GBECE.
à In considérer comme la cause première de ces récompenses qui, dans notre opinion, n'en auraient été qu'un effet nature), peut-être inévitable, mais peu désirable; effet qui toutefois put réagir sur sa cause, Et fortifier l'attachement des Grecs pour cette branche de leurs ancien! usages à laquelle il devait sa naissance. caaMittn Jugés simplement au point de vue d'un spectacle, qui a pour but l'ata™s'Frc~ musementdu peuple et qui révèle son goût, les jeux olympiques méritent d'être placés bien au-dessus de toutes les coutumes semblables des autres mitions. Essayer de les comparer aux jeux sanglants d'un amphithéâtre romain ou espagnol, ce serait seulement vouloir se ménager un contraste qui éclairerait de la plus vive lumière leur pureté, leur innocence et leur humanité générales. Mis en parallèle, les tournois de noi chevaleresques ancêtres ne nous paraîtraient guère que des parades bnrbares, très éloignées de la simplicité de la nature, et pourtant trèsinférieures aux spectacles grecs, par rapport aux progrès naturels de l'art, si cette comparaison ne nous rappelait pas la lot qui défendait aux femmes, sous peine de mort, de se présenter à Olympie pendant la célébration des jeux ((), et ne nous présentait pas l'aspect le plus défavorable sous lequel les jeux olympiques puissent être considérés.
"jJJ d'^; L'une ou l'autre des institutions que nous venons de décrire eut for™» du pu peut-être servir à unir tous les Grecs, ceux du moins qui étaient mi™™™!™- établie entre la mer Egée et la mer Adriatique, dans une confédération •s1" ™ déï- assez ''or*B Pour prévenir les guerres intérieures, et pourtant assez bien union pirmiTirdoiméc pour ne pas empiéter sur leur liberté privée. Non-seulement " ""• "aucune d'elles n'eut un tel résultat, mais elles ne semblent même pas en avoir suggéré l'idée. La grande variété desformes.de gouvernement établies dans les divers états de la Grèce augmenta de bonne heure la Jalousie mutuelle qui empêcha cette pensée si naturelle de naître. Ln même cause, 11 est vrai, contribua, plus que toute autre, à une période postérieure, a la formation d'alliances qui unirent intime ment sous un t seul chef un certain nombre de peuples différents. Mais ces coalitions partielles élargirent constamment la brèche dont elles étaient un effet, et servirent seulement à rendre une union générale plus impossible, et a faire de l'état de guerre l'état habituel de la Grèce. Notre plan et les limites qui nous sont imposées ne comportent pas une analyse détaillée de toutes les formes de gouvernement adoptées dans les villes de I* Grèce, — soit dans la mère-patrie, soit dans les colonies ; — i""18 c'est ici le Heu de décrire les caractères généraux sous lesquels ces for' mes peuvent être classées, malgré la variété infinie de leurs traits particuliers. Nous allons donc citer d'abord quelques exemptes apci'iauï, e esquisser l'histoire intérieure de quelques-uns des États de la Grèce, les plus importants après Sparte et Athènes, jusqu'aux guerres de m Perse.
La forme de constitution qui, d'après les poèmes d'Homère, préva-
(1) Pnii9., v,6, 7. Comparez over .(Elien, V. H., x, i.
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lut universellement dans les États héroïques, fut, ainsi que nous l'avons duo de déjà vu, une monarchie tempérée tout à la fols par la coutume et par un [^tiItuS* corps de chefs puissants, qui s'élevèrent partout au-dessus de la masse du peuple beaucoup plus haut que les rois ne s'élevèrent au-dessus d'eux. Cette forme de gouvernement fut, en fait, — pour nous servir d'une expression que nous expliquerons plus exactement par la suite, — une aristocratie commandée par un prince héréditaire. Dans l'opinion de quelques-uns des savants qui soutinrent que l'Odyssée fut composée dans une période postérieure à celle de l'Iliade, l'Odyssée représente le pouvoir monarchique A son déclin, et déjà tombé au-dessous de la position qu'il paraît occuper dans l'Iliade. Sans attribuer une grande valeur à cette opinion, nous remarquerons que, dans les deux ou trois siècles qui suivirent immédiatement la guerre de Troie, certaines causes tendirent constamment à restreindre le pouvoir do la royauté, et à abolir le litre de roi dans toute la Grèce. Tel était l'état général des choses, que chaque révo- Intion devait infailliblement diminuer l'Influence des maisons royales et augmenter celle des nobles. Aussi, dans la période que nous venons de mentionner, presque toutes les contrées de la Grèce subirent-elles quelques changements violents. Les entreprises de l'Age héroïque, — la guerre de Troie eu est un exemple frappant, — eurent souvent pour résultat l'extinction ou l'expulsion d'une famille royale ou de ses principaux membres. Dans de telles circonstances, aucun principe généralement reconnu n'Imposait, à ce qu'il parait, l'obligation de remplir un trdne vacant, ou de fonder une nouvelle dynastie, tandis que toute calamité de ce genre affaiblissait Inévitablement l'autorité des rois, et lés rendaitencore plus dépendants desnobles, qui, en tant qu'ordre, ne souffraient en rien d'aucun malheur individuel. Mais les grandes convulsions qui suivirent les migrations tbessaliennes, béotiennes et dorieunes contribuèrent encore plus efficacement au même résultat. Dans la plus grande partie de la Grèce, elles détruisirent ou expulsèrent la ligne des anciens rois, qui, partout où ils purent aller fonder ailleurs de nouveau^ établissements, abandonnèrent en partant les trésors et les forteresses) qui formaient les principaux fondements de leur puissance ; et bien que les conquérants fussent généralement habitués à un gouvernement royal, ce gouvernement dut communément perdre quelque chose de sa vigueur lorsqu'il fut transplanté dans un nouveau pays, où il se trouvait soumis à de nouvelles conditions, et où de nouveaux dangers rappelaient constamment au roi les obligations qu'il devait à ses compagnons d'armes. Cependant cette révolution fut moins la cause que l'occasion de l'abolition de la monarchie héroïque. Cette cause, sans aucun doute, se dérobe plus profondément aux regards de l'histoire : nous devons la chercher dans ie caractère de la nation, dans cette énergie et dans cette versatilité qui l'empêchèrent toujours de s'attacher, même dans son enfance, aux formes dei Institutions orientales, et de s'arrêter court, dans quelque carrière qui lui fût ouverte, avant d'en avoir franchi successivement tous les degrés.
La royauté héroïque ne fut jamais, ou du moins elle fut rarement, à
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Définition ce qu'il paraît, abolie par une révolution soudaine et violente ; souvent inuM1"™ s*»1 nom survécut pendant longtemps à cette forme de gouvernement, *"<**•*- qui s'éteignit lentement et par degrés. L'autorité royale s'étaitdéjà partagée entre plusieurs individus, quand elle cessa d'être héréditaire, et devint élective d'abord dans une seule famille, ensuite dans un plus grand nombre; d'abord pour la vie, ensuite pour un temps limité; puisses fonctions primitives furent divisées et attribuées à divers magistrats. Durant le cours de ces changements, elle tomba de plus en plus sous la dépendance des nobles, et souvent, à une époque très-reculée, les rois changèrent leur ancien nom pour un autre, équivalant simplement a celui de gouverneur ou premier magistrat (1). La forme de gouvernement qui s'établit ainsi put être appelée aussi justement aristocratie qu'oligarchie ; mais les écrivains politiques de la Grèce firent , quand ils se servirent de ces deux mots, une distinction qui peut, au premier aspect, paraître plus arbitraire qu'elle ne l'est réellement. Ils enseignèrent, — vérité facile à découvrir, — que les trois formes de gouvernement, le gouvernement d'un seul, de quelques hommes et d'une partie du peuple, étaient également justes et bonnes tant que les individus qui gouvernaient s'occupaient de l'intérêt général et non de leurs intérêts particuliers. Dès que l'une ou l'autre perdait de vue son but légitime, elle devenait mauvaise, et devait être dès lors désignée par un nom spécial. Ainsi, une monarchie où le principe égoïste dominait, était une tyrannie; placé dans une condition semblable, le gouvernement de quelques hommes s'appelait proprement une oligarchie. Mais pour constituer une aristocratie, il ne suffisait pas que la partie de la nation qui gouvernait fut animée du désir d'améliorer le bien-être général; elle devait encore se distinguer par un certain caractère; car aristocratie signifie le gouvernement des meilleurs. Toutefois, si cette épithète s'applique à un type absolu et idéal de perfection, un gouvernement aristocratique estévidemment une idée purement abstraite, à laquelle aucun fait réel ne correspond, ni dans l'histoire ni dans la nature. Mais nous contentons-nous de prendre les mêmes mots dans un sens relatif, nous parviendrons peutêtre à leur attribuer une valeur définie et intelligible, et à déterminer avec une précision suffisante la place qui appartient à l'aristocratie d'ans les constitutions grecques, et la limite qui la sépare de l'oligarchie. Dans ce sens, l'aristocratie sera cette forme de gouvernement dans laquelle les individus qui se partagent l'autorité suprême se distinguent de la multitude par une naissance illustre, des richesses héréditaires et leur mérite personuel. Mais aucun modèle idéal, ou même réel, ne peut nous fournir les moyens d'apprécier le genre de mérite exigé des membres des anciennes aristocraties grecques. 11 comprenait seulement cette supériorité que donne en général leur fortune aux familles nobles et riches. Ainsi, ils devaient l'emporter sur toutes les autres classes dans l'art de manier les armes et dans les exercices guerriers ; posséder certaines connaissances, — surtout celles qui se rapportaient aux
(0 *PX«", wpûtawi (qui h dei rapports avec itpfcwr;).
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choses sacrées, — qu'on ne pouvait pas acquérir sans loisirs et avoir enfin le degré de douceur et de sévérité qui leur était nécessaire pour empêcher le gouvernement de dégénérer; ce qui devait être assez commun à une époque de mœurs simples, où les besoins étaient peu nombreux, et où les gouvernés n'excilaient pas souvent la cupidité et la jalousie des gouvernants (1).
Partout où la caste dominante changea tellement, soit de sentiments Origiw de et de caractère, soit de position, qu'elle ne commanda plus le respect l'olii*,*u*de ses sujets, mais que, se mettant en opposition avec eux, elle se vit contrainte de faire servir avant tout ses mesures à la conservai ion de son pouvoir, elle cessa d'être, dans le sens grec, une aristocratie; elle devint une faction, une oligarchie. Mais pour comprendre plus distinctement la nature particulière des oligarchies grecques, il est nécessaire de considérer les circonstances varices dans lesquelles elles naquirent. Durant les migralions'qui eurent lieu dans le siècle postérieur à la guerre .de Troie, une nouvel le race de conquérants occupa la plupart ilescontrées de la Grèce. Partout le premier objet de ces en vnhisseurs fut de s'assurer la possession d'une grande partie du territoire conquis; mais ils ne se placèrent pas partout dans les mêmes rapports avec les anciens habitants; ces rapports varièrent selon le caractère des conquérants ou celui de leurs chefs, selon leur force relative, les moyens et les occasions dont ils purent disposer. A Sparte, et dans la plupart des Etats doriens ils refusèrent de se mêler avec le peuple conquis, et ils le privèrent, sinon de sa liberté individuelle, au moins de tous droits politiques. Mais ailleurs, comme dans l'Élide, et probablement dans lalléotie, aucune distinction semblable ne parait avoir été faite ; l'ancien peuple et le nouveau se fondirent peu à peu en une segle nation. Dans les pays où les choses se passèrent ainsi, la conquête n'eut guère que deux effets remarquables sur les relations intérieures de l'Etat : elle fit passer dans d'autres mains la plupart des propriétés, et elle introduisit une nouvelle classe de nobles, et peut-être une nouvelle dynastie royale ; la nature du gouvernement resta la même, ou du moins elle ne subit que les changements auxquels elle eût été exposée dans les circonstances ordinaires. Mais partout où une séparation stricte fut établie entre les nouveaux et les anciens habitants, de telle sorte que les premiers seuls furent citoyens,.* ou, dans le sens le plus élevé de ce mot, des hommes libres, et les autres leurs sujets ou leurs esclaves, la constitution prit un caractère ambigu : sous un point de vue, elle put paraître une oligarchie, et sous un autre on put la considérer comme une monarchie, une aristocratie ou une démocratie. Les hommes libres étaient élevés au même degré audessus de leurs inférieurs, mais il y eut peut-étreeiitre eux des inégalités de rang; peut-être formèrent- ils une'aiisiocralieou une oligarchie dans une oligarchie, et telle fut certainement la tendance naturelle des choses dans un Etat où une classe excitait continuellement la jalousie et la crainte de l'autre classe.
(1) Sur le sens politique des tliuls iytDd, bj;g:li, jsalM, xà-jzhù — wokI, clc., 'oir les instructifs Prokgomeiia ad Theognidem de WclcLer, Jj 10 el suiv.
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Une oligarchie, dans le sens que nous avons attribué à ce mot, De pouvait exister que dans les pays ou se trouvait une classe inférieure mécontente d'être privée des droits politiques réservés à un petit nombre de privilégiés. Ce mécontentement, la rapacité ou l'insolence de la caste dominante put le faire naître en certains cas. Il en fut ainsi à Athènes, connue nous le verrons plus tard, et à Mifylène, où quelques * membres de In famille régnante des Penthalides se promenèrent armés (le bâtons, et commirent des outrages semblables à ceux dont Néron se ./rendit, pendant quelque temps, coupable dans les rues de Rome (i). Autrement, il put être l'effet d'une cause semblable a celle qui produisit, ainsi que nous le montrerons par la suite, une révolution à Corinthe. Dans cette ville l'aristocratie avait été primitivement établie sur une base trop étroite pour être solidement assise ; de même, à en croire Aristote, les Bnsilidesd'Érythra; ne purent pas conserver leur autorité, bien qu'ils eu fissent cependant un excellent usage, parce que le peuple ne voulut pas tolérer plus longtemps qu'elle fut exercée par un si petit nombre de personnes (2). En général, cependant, ce fut un changement graduel et inévitable dans la position relative des classes supérieures et Inférieures qui transforma l'aristocratie en une faction oligarchique, et qui fit naître, contre cette formede gouvernement, une opposition qui finit par la détruire. Par un effet des progrés naturels de l'humanité, tandis que la caste dominante demeurait stationnaire, ou perdait même une partie de sa force, In masse de la nation, la classe qui, bien que jouissant de sa liberté personnelle, fut d'abord exclue de toute participation à l'administration des affaires publiques, ne cessa jamais des'aecroltre et de s'enrichir; elle devint plus unie, elle apprit à mieux connaître ses ressources, elle se montra plus disposée à réclamer des droits nouveaux. Ces résultats furent dus en partie à l'augmentation que subit la population des villes quand les habitants de plusieurs hameaux disséminés se groupèrent dans l'intérieur d'une même enceinte. Celte agglomération des populations dans des villes fortifiées fut toujours «gaidûe comme un des moyens les plus efficaces d'ébranler et de détruire le pouvoir d'une oligarchie; et le coup le plus fatal qui pût être porté à une nation, c'était de la disperser de nouveau dans les campagnes, et de la contraindre à y résider dans des villages ouverts. .Dans les villes maritimes la classe qui vivait des produits de l'industrie et du commerce fit des progrès beaucoup plus rapides que dans les provinces de l'intérieur, et, bien qu'elle fût méprisée parles nobles, elle se montra moins disposée à respecter leurs privilèges héréditaires que les habitants des campagnes.
à Mais, malgré la force toujours croissante de ce formidable adversaire, j(- une oligarchie, si su base n'était p'as trop étroite, put, avec de la pru- ■a- dence et de la modération, conserver longtemps son pouvoir, à moins "' qu'elle ne fût affaiblie, soit par des désastres imprévus, soit par des divisions intestines, ou trahie par ses propres membres. La caste dorni-
(I) Arist., Pot., v, tO. — (2) Pot.,v,6,
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nante prit, selon les pays et les circonstances, des mesures différentes, quand elle commença à apercevoir le danger de sa position. Les plus simples et les miens appropriées à son esprit eurent pour but de prévenir sa propre décadence, et d'empêcher, autant que cela était possible, le fondement primitif de son autorité de recevoir aucune atteinte. Ce furent les lois qui, dans quelques États oligarchiques, restreignirent le droit d'aliéner les propriétés foncières, afin que le nombre des lots faits lors du partage du pays ne subit pas de changement et que les mêmes» terres restassent toujours dans les mêmes familles. Presque partout où-*« de pareilles lois furent établies, il eu exista d'autres qui se proposaient de protéger la classe privilégiée contre toute augmentation ou toute diminution matérielle du nombre de ses membres. Le premier de ces deux changements était plus dangereux que le second, car il mettait à la charge de l'Etat des citoyens qui étaient incapables de soutenir leur rang héréditaire, et qui pouvaient, par conséquent, êtreplus facilement entraînés à attaquer le gouvernement. Tant qu'elle put trouver des moyens de maintenir la proportion établie entre les propriétés territoriales et le nombre des hommes libres du parti dominant, l'oligarchie conserva dans toute sa plénitude sa vigueur naturelle ; et souvent même elle l'augmenta, ou la fortifia, en s' attribuant le droit exclusif de porter de certaines armes, en construisant de nombreuses forteresses, et en s'enfermant plus spécialement dans une citadelle au milieu delà capitale. Ajoutons enfin à ces moyens de défense naturels l'exercice effectif des pouvoirs dont les deux partis opposés se disputaient surtout la possession.
Mais tout ce que put faire l'oligarchie, alors même que son énergie et sa prudence atteignirent le plus haut degré, ce fut de se maintenir dans la position qu'elle avait occupée. Elle essaya vainement de s'opposer aux développements toujours croissants de la masse de la nation, et de les annuler en quelque sorte par un progrès analogue et correspondant. Aussi, quand le rapport qui avait existé anciennement entre les deux classes eut subi de telles altérations qu'il ne fut plus possible, même aux moins clairvoyants, de méconnaître la nécessité d'un changement de système, elle eut recours à un autre expédient pour prévenir une lutte ouverte. Des concessions, habilement calculées pour apaiser de trop justes mécontentements par le plus petit sacrifice possible, adoucirent la rigueur extrême du principe exclusif. Ainsi il suffit quelquefois d'accorder certains privilèges politiques à la masse du peuple, de lui concéder, par exemple, le droit de concourir à l'élection des magistrats et à la confection des lois. Mais il fallut plus- souvent élargir le cercle de l'oligarchie, pour y admettre des familles nouvelles, et changer le principe de sa constitution, eu transférant à la richesse les droits qu'avait toujours possédés la naissance. La forme de gouvernement dans laquelle la possession d'une certaine quantité de terres fut la condition sine qua non de tous les privilèges politiques, ou au moins des principaux, s'appela quelquefois une titnocratie, et son caractère varia selon les termes de cette condition. Étaient-ils élevés et reposaient-ils princi-
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paiement sur les revenus des terres, la constitution différa peu en réalité de l'oligarchie aristocratique; étaient-ils assez bas, au contraire, pour que les classes moyennes pussent y atteindre , elle fut générale- Poitti* ment désignée sous le nom de politit, et considérée comme une des modifications de la démocratie les plus heureusement tempérées et les plus durables. Le premier degré offrit souvent lés moyens de passer par une transition facile dans le second, où un changement de la condition imposée put opérer par lui-même une semblable transformation. XtyifiAue. Dans les premiers temps, on recourut parfois encore à un autre expédient pour rétablir ou pour maintenir la tranquillité. On investit un citoyen d'un pouvoir absolu, en lui conférant un titre .particulier, qui ne tarda pas à tomber en désuétude, celui d'œsymnète, A Cura e et dam d'autres villes, ce nom désigna réellement une magistrature ordinaire, probablement celle qui remplaça la monarchie héréditaire. Toutefois, lorsqu'il s'appliquait à une mission extraordinaire, il équivalait au titre de protecteur ou de dictateur. Si les factions opposées consentirent à accepter un gouvernement neutre, ce ne fut pas parce qu'elles étaient disposées a ressusciter la royauté des temps héroïques, ce fut seulement parce que le peuple éprouvait le besoin de trouver un appui contre les nobles, parce que tous les partis sentaient la nécessité d'un arrangement momentané. La dignité d'œsymnète était quelquefois conférée pour la vie; d'autres fois, seulement pour un temps fixé d'avance, ou pour l'accomplissement d'un dessein particulier. C'est ainsi que le sage Pittacus fut, d'un consentement unanime (i), choisi à Mitylène, lorsqu'une bande d'exilés, conduits par le poète Alcée et son frère Antiménidas, menaça la sécurité de la ville. On représente comme des hommes éminemment habiles à calmer la furie des discordes civiles (2) les autres personnages revêtus ailleurs d'une semblable autorité. Tels furent Plicebias à Samos, Chœremon à Apotlonie sur l'Adriatique. Ces individus étaieut entourés de gardes chargés de faire respecter leur pouvoir. Il est vrai que la force mise à leur disposition était toujours prudemment limitée au nombre qu'exigeait la sécurité publique (3). Comme le choix se fondait sur le mérite extraordinaire du citoyen élu, nous n'entendons jamais dire qu'il ait abusé de sa position pour établir une dynastie permanente. L'aesymnète ne fut qu'un palliatif au péril qu'il était appelé à conjurer. Pittacus cependant, ainsi que d'autres peut-être, firent quelques lois qui demeurèrent comme les monuments de leur administration.
crises d« Des désastres accidentels et inévitables hâtaient quelquefois la chute ■di^uchio." d'une oligarchie. Il en était ainsi lorsqu'une guerre prolongée épuisait ses ressources et diminuait sa force ; lorsqu'une bataille perdue, en enlevant d'un seul coup toute la fleur de sa jeunesse, la mettait a la merci
(1) Du peuple (Alcée, dans Ami. , Pol.,m,U). Welckcr (Jahn's Jahrbiiche>; xii,p.l6)remorquequePitlacus forme une exception dans In définition que Wachsmulli nous donne de l'^sïmiiélie fi, p. 280) comme lenant ses pouvoirs des clisse» supérieures. — (2) Tliéod. Hétocbilo, mentionne par Neumann, sur Arist.. Pol., p. 125. — (3) Ami., Pot., m, 15.
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de ses sujets. L'histoire d'Argos nous fournit un exemple de ce genre bien remarquable. Cependant, les révolutions qui renversaient les gouvernements oligarchiques naissaient plus ordinairement de la maladresse ou des divisions intestines du corps administratif. Lors même qu'il possédait une force supérieure, le peuple ne pouvait point dépouiller subitement les sentiments de respect et de crainte qu'avait imprimés dans son cœur un long assujettissement. Il lui fallait un chef pour l'exciter, pour le mettre d'accord et pour le diriger. Or, il trouvait rarement dans ses rangs un homme digne de lui imposer la confiance nécessaire. Mais si l'oligarchie avait imprudemment rétréci sa sphère et rejeté ceux qui avaient droit aux privilèges dont elle jouissait; si, tandis que la '* forme restait la même, la substance du pouvoir était accaparée par un petit nombre de familles ambitieuses ; si, comme cela arriva, dit-on, à Chios et a Cnide, elle s'attirait l'indignation de ses membres les plus modérés par son insolence et ses injustices; si des discordes s'élevaient dans son sein, à la suite desquelles le parti le plus faible ne pouvait pas obtenir une juste réparation, ou se croyait lésé par une décision juridique; si l'héritier d'une maison noble, ayant perdu ou dévoré son patrimoine, se trouvait, ou incapable de supporter la pauvreté, ou hors d'état de refaire sa fortune par des moyens légitimes; si enfin, il se rencontrait parmi les oligarques des esprits inquiets, avides d'égalité, i même dans une position supérieure, ou impatients de s'ouvrir une car- * rière active; oh! alors, dans toutes ces circonstances, un chef ne tardait « pas à se présenter pour prendre eu main la cause populaire. Le plus s, habile champion du peuple était celui qui maintenait ses droits en op- I- position avec les intérêts de la classe d'où il sortait lui-même. Toutefois, ts comme le nouvel allié puisait rarement dans son zèle patriotique le t- mobile de sa conduite, il arriva fréquemment que la défaite de l'oligaris chie consommée à l'aide d'un pareil concours n'en t raina pas le tilomisi plie immédiat du peuple. C'était seulement un échelon au moyen duquel ni le guide populaire s'élevait au pouvoir suprême. Dans beaucoup de cas, à sans doute, la masse du peuple ne joua probablement pas un rôle pure- :t ment passif; elle salua avec joie une révolution qui plaçait les réues de .* l'Etat entre les maius d'un homme en qui elle avait confiance; d'uu 4 homme qui, par sa naissance, ou par ses qualités personnelles, lui rap- !B- pelait peut-être la chère image de la royauté héroïque que consacraient à une tradition vénérée et des chansons épiques. Telle fut l'origine de plusieurs des gouvernements que les Grecs appelaient tyrannies, terme qui, te dans les langues modernes, implique un sens entièrement étranger à sa ]9< définition primitive. Une tyrannie, daiis la véritable acception du mot et grec, c'était la domination irresponsable d'une seule personne, ne sefonlïB dant ni sur un droit héréditaire, comme les monarchies des âges héroïques et celles de quelques nations barbares, ni sur une élection libre comme ¥- celle d'un dictateur ou d'un œsymnète, mais reposant seulement sur la i* force. Le pouvoir en question ne changeait pas de caractère en se transvf mettant de génération en génération; il ne portait pas un autre nom "'' lorsqu'on le faisait servir au bien public. Aristote établit cependant
qu'il est de l'essence du mot d'exprimer que la tyrannie s'exerçait dans des vues égoïstes. Néanmoins, suivant les notions ordinaires de la Grèce et l'usage des historiens de ce pays, une tyrannie douce et bienfaisante est une expression qui ne sous-entend aucune contradiction. D'une mitre part, un gouvernement, légitime à son début, pouvait se convertir en une tyrannie par une extension illégale de ses pouvoirs ou de sa durée. Aristote nous apprend que cette circonstance se présenta fréquemment dans les premiers temps, avant que le titre de roi fût aboli, ou tandis que le magistrat suprême qui remplissait sous un nom différent les fonctions de la royauté était encore investi de prérogatives dangereuses pour la liberté. Ce fut sur cette base que l'un des anciens tyrans d'une Infâme cruauté, Phalaris d'Agrigente, établit son despotisme.
Un grand nombre des tyrannies qui s'élevèrent avant les guerres' avec la Perte devaient leur existence aux causes déjà mentionnées, et tiraient leur caractère particulier de la circonstance qui les avait produites. Le démagogue arrivait ordinairement à ses lins par un mélange de ruse et de violence. Employant un stratagème vulgaire, qui paraît cependant avoir toujours réussi, ii feignait de craindre pour sa vie menacée, disait-il, ou même attaquée par les nobles furieux, et, sous ce prétexte, demandait une garde personnelle au peuple. 11 s'attachait facilement, bien qu'elle se composât de citoyens, ta force mise à sa disposition, et, avec son aide, il préludait à ses envahissements en s'emparant de la citadelle. C'était là un acte que l'on considérait comme le premier ne pas fait vers la tyrannie, et la déclaration qu'elle serait maintenue par la force. Cependant, à d'autres égards, les tyrans les plus politiques donnèrent un exemple qu'Auguste semble avoir médité avec avantage. Comme lui, ils négligeaient soigneusement les dehors du pouvoir pour en garder la substance. Ils laissaient une vigueur apparente aux anciennes formes de gouvernement, ils leur abandonnaient même une action réelle lorsque cela ne contrariait en rien leur propre autorité. 1 Is ne prenaient aucun titre, et ne se distinguaient des autres citoyens par aucun signe de supériorité. Mais ils n'en surveillaient pas moins d'un œil jaloux tous ceux que leurs richesses, leur caractère ou leur influence pouvaient rendre leurs rivaux. Ordinairement, ils les envoyaient en exil, ou ils s'en débarrassaient à l'aide d'un assassin. Us déployaient une extrême vigilance pour anéantir toute espèce de combinaison propre à dissimuler le germe d'un complot. Ils mettaient tin frein à la licence de la classe inférieure du peuple, et veillaient à ce qu'elle trouvât du travail . Dans ce dessein, et aussi pour satisfaire leur propre goût, ou pour étaler leur magnificence, ils embellissaient leurs villes de somptueux édrtices, dont la construction occupait pendant des années entières uu nombre considérable de bras. Quand cet expédient ne suffisait pas, ils ne se faisaient d'ailleurs aucun scrupule de contraindre une partie de la population à abandonner la capitale et à chercher des moyens de subsistance dans les travaux champêtres. Dans le même but, ils n'hésitaient pas à s'engager dans des guerres qui leur permettaient de
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se débarrasser d'une manière molus odieuse, et des turbulents amis et des ennemie dangereux. Ils trouvaient, en outre, encore» s'y fortifier et à étendre leur domination par In conquête.
Telle était la politique ordinaire des meilleurs tyrans ; ù l'aide de ces C"*" de artifices, ils parvenaient souvent à régner en paix et à transmettre leur «""dy™puissance à leurs enfants. Toutefois, les maximes et le caractère de la «i». <y~ tyrannie subissaient habituellement quelque changement sous leurs successeurs. Aussi, à peine citerait- on un exemple d'une dynastie tyrannique qui ait dépassé la troisième génération. Le jeune prince, appelé à jouir de l'autorité acquise par son père, imitait rarement sa prudence, même lorsqu'il ne lui était pas inférieur eu habileté. Son début avait-il été heureux, il faisait quelque musse démarche qui le précipitait dans la carrière du crime, où il ne s'arrêtait plus. Quand il n'était pas dominé par ses passions et qu'il n'était pas indifférent à l'opinion publique, il pouvait prendre ombrage à la suite de quelque tentative contre son pouvoir et devenir cruel par crainte. Alors le gouverne ment changeait entièrement de physionomie. Le nouveau tyran n'avait plus de confiance que dans ses troupes et dans les ressources qu'il possédait pour affaiblir, pour diviser et pour effrayer ses sujets. A l'aide des condamnations à mort, du bannissement et de la confiscation', il s'efforçait d'abaisser tous ceux que leur naissance, leur mérite ou leur fortune distinguaient des autres. Prêtant l'oreille aux flatteurs et aux dénonciateurs, il introduisait ses espions dans toutes les sphères de la société, et récompensait lu trahison d'infidèles esclaves ou de parents dénaturés. Ces traits appartiennent peut-être plus généralement à la tyrannie des derniers temps qu'à celle de l'époque que nous examinons, c'est- à-dite cent ou deux cents ans avant les guerres de Perse. Néanmoins, ils furent plus ou moins communs à ces deux siècles. D'ailleurs, même lorsque- le tyran ne se rendait pas universellement odieux, ou ne provoquait pas la vengeance des particuliers par sa cruauté ou son impudicité, il était constamment entouré de périls. Ces dangers, qu'ils vinssent du dehors ou de l'intérieur, exigeaient l'emploi d'une grande vigueur et d'une grande prudence. Le parti dépossédé par l'usurpation conservait sa puissance au sein -même de l'oppression. Sa défaite lui inspirait plus d'exaspération que d'humilité, et il-se tenait toujours prêt à profiter des circonstances pour se relever, soit qu'il recourût à uue conspirai ion, soit qu'il affectât de faire cause commune avec les classes inférieures, soit enlln qu'il appelât l'intervention, étrangère. Or, eu Grèce, il était facile de Irouver un semblable appui. En effet, les tyrans étaient généralement portés à se secourir les uns les autres. Mais Sparte plaçait son glaive dans le bassin opposé de la balance. Non-seulement elle redoutait pour ruMrT„,tion ses propres institutions la contagion de l'exemple, mais encore elle était j* iJjJJiJ bien aise d'agrandir son influence en prenant une part active aux ré- ™wmM. volutions dont l'effet était de rétablir, avec son appui, les anciens gouvernements qui, pleins de reconnaissance, la regardaient comme leur protectrice naturelle- En conséquence, Thucydide attribue aux effortsde Sparte le renverse m eu t d'un grand nombre des tyrannies qui existaient
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en Grèce avant la guerre de Perse. Cependant, ni l'auteur que nous venons de citer ni aucun historien ancien n'ont rendu cornue de la manière dont les choses eurent lira. Plutorque seul fait accidentellement 'illusion à cette intervention. Sans aucun doute, le concours de Sparte eut une grande importance pour ses intérêts et put servir de base à sa grandeur, mais il ne fit probablement que hâter le cours naturel des événements. A la même époque, 'en effet, une l'évolution semblable s'accomplit sans aucune intervention étrangère dans plusieurs des colonies occidentales.
Le résultat qu'entraînait immédiatement la chute des tyrans différait selon la main qui l'avait obtenu. Lorsqu'elle était l'œuvre de Sparte, cet État cherchait à introduire une constitution conforme à la sienne. L'exemple d'Athènes démontre néanmoins qu'elle aida quelquefois au triomphe de principal plus opposés à ses vues que ceux mêmes de la tyrannie. Lorsque pourtant la querelle, interrompue par nue usurpation temporaire, se ranimait, les partis ne se retrouvaient plus exactement dans la même situation qu'au commencement. En général, le peuple avait acquis plus de force et d'énergie que l'oligarchie n'en avait perdu. Dans les temps qui suivirent, il y eut plus de tendance vers la démocratie. Ce fut, certes, un pas décisif que de substituer l'oligarchie de la fortune à celle de la naissance. Une porte s'ouvrait dès lors aux innovations postérieures, qui devaient abaisserpeu à peu l'échelle de latimodémô^ eiatie jusqu'à ce qu'elle fut complètement abolie. A ristote emploie quelquefois le terme de démocratie dans un sens assez large pour comprendre plusieurs formes de gouvernement qui, nonobstant leur caractère commun, se distinguaient les unes des autres par des traits particuliers. D'autres fois il l'emploie dans un sens plus étroit pour désigner une forme essentiellement vicieuse, aussi éloignée de l'heureuse constitution qu'il appelle politie que l'oligarchie l'est de l'aristocratie, ou la tyrannie de la royauté. Nous ne nous arrêterons pas au langage-technique du ' système d'Aristote, mais nous essaierons de définir la démocratie telle qu'on la comprenait chez les Grecs, afin d'en dégager le sens véritable et de la distinguer des diverses modifications avec lesquelles l'ont confondue des écrivains désireux de trouver dans l'histoire de la Grèce dés faits à l'appui de leurs vues sur des questions de la politique moderne, questions tout à fait étrangères aux républiques grecques. Il ne faut pas oublier que le corps auquel se rapportaient les fermes d'oligarchie et de démocratie ne formait relativement qu'une petite partie de la population dans un grand nombre d'États de la Grèce, ne comprenant ni les esclaves ni les résidents étrangers libres. Le pouvoir souverain appartenait entièrement aux hommes libres nés dans le pays, et la nature du gouvernement se déterminait suivant que l'autorité était exercée par quelques-uns d'entre eux ou par tous. Lorsqu'on eut renversé la barrière à l'aide de laquelle certaines familles héritaient de tous les droits politiques, — puisque tout homme libre, qui en était privé momen'anément par le défaut d'une propriété suffisante, était, selon la loi, capable de les recouvrer, — il est permis de dire que la démocratie commença.
CHAP, X. — FORMES DE GOUVERNEMENT. a»
C'était un progrès d'avoir admis, par la loi, une classe plus nombreuse à lu jouissance des droits en question ; mais il restait quelque chose à faire tant que la pauvreté pouvait priver on homme libre de ses droits. La souveraineté renfermant plusieurs attributions susceptibles d'être séparées, le caractère de la constitution dépendait du mode adopté dans la distribution qui eu était faite; on considérait le gouvernement comme plus démocratique qu'oligarchique lorsque tous les hommes libres se partageaient sans .distinction les fonctions les plus importantes, bien que quelques-unes appartinssent encore à un nombre limité par des conditions de naissance ou de fortune. Ainsi, là où la branche législative, ou, comme on te -disait anciennement, la branche délibérative de la souveraineté résidait dans une assemblée ouverte à tout homme libre, où une naissance libre était le seul titre à produire pour l'exercice des charges judiciaires et pour l'élection des magistrats, le gouvernement s'appelait démocratique, quoique les plus hautes fonctions de l'État pussent être réservées a une classe privilégiée. Toutefois, les Grecs ne reconnaissaient de démocratie parfaite que celle où les hommes libres, sans exception, sans distinction de rang uu de fortune, étaient admis au partage de tous les attributs de la souveraineté.
En elle-même, la démocratie ne comportait rien de plus ; les philosophes demandaient moins encore pour constituer le caractère du ci- °| toyen. D'après Arislote , il fallait , pour posséder ce caractère, partici- t*< per aux votes de l'assemblée législative et à l'administration de la justice a uu degré suffisant pour mettre à couvert la responsabilité des magistrats. Cependant cette égalité de droits donnait lieu à une grande diversité de modes dans l'emploi qu'on en faisait. C'est cette diversité qui déterminait la nature réelle d'une constitution démocratique. Il y avait en effet certains droits considérés par Aristote comme essentiels ù la qualité de citoyen, qui , dans une démocratie, selon l'opinion reçue en Grèce, devaient être exercés en personne. La pensée de déléguer ces droits à des mandataires responsables parait n'être jamais ve.uue à l'esprit des hommes d'État spéculatifs ou pratiques, excepté dans le cas où il s'agissait déformer des confédérations et où un semblable expédient était indispensable. La où tous les pouvoirs de l'Etat appartenaient à uu certain nombre de citoyens, élus cependant par le corps tout entier du peuple, on considérait le gouvernement comme oligarchique. Il semble, en effet, que, dans de pareils cas, les fonctions étaient à vie et n'entraînaient aucune responsabilité. Néanmoins, même sous la forme la plus pure de la démocratie, il n'était jamais nécessaire que tous les citoyens prissent une part également active au maniement des affaires publiques. L'inévitable inégalité de la fortune ou des qualités personnelles fixait «ne limite naturelle a l'exercice d'un grand nombre de droits politiques. Les classes que leur position élevait au-dessus de la nécessité d'un labeur journalier semblaient naturellement appelées aux emplois qui réclamaient du loisir et de l'indépendance d'esprit. Il fallait des occasions extraordinaires pour décider l'homme pauvre» quitter sa charrue ou son atelier et à venir siéger dans l'assemblée lé-
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gislntlve ou dans les tribunaux . Le contrôle que Son droit, bien qne rarement exercé, lui donnait sur les officiers publics, choisis d'ailleurs par lui-, lui était une sauvegarde suffisante contre tout danger ordinaire dont ceux-ci pouvaient le menacer.
«■ Toutefois, le principe de l'égalité légale, qui formait la base de In °" démocratie, fnt peu à peu interprété de manière a bouleverser l'ordre de la nature et h introduire mille conséquences pernicieuses. L'administration de la république ne larda pas à être considérée, non comme un service fait dans l'intérêt général, et auquel quelques-uns pouvaient paraître plus aptes que d'autres, mais comme une propriété devant se partager également entre tons. L'application pratique de cette manière de voir amena l'adoption d'une mesure propre à alléger, autant que rossible, l'inégalité naturelle, en permettant au plus pauvre citoyen de consacrer son temps aux affaires publiques, et cela sans dommage pu«r lui, ou même avec profit. On réalisa cette idée en lui donnant un salaire toutes les fols qu'il avait exercé ses privilèges civiques. Or, la somme affectée à cet effet étant nécessairement peu considérable, on attirait précisément ceux dont la présence était le moins a désirer. Plus tard, on appliqua le même principe en augmentant le plus possible le nombre des fonctions publiques, en diminuant leur durée et leur influence et en transmettant à la masse populaire le pouvoir qu'elles conféraient. Dans le même but, on substitua le hasard à l'élection comme moyen de pourvoir à toutes les magistratures dont les devoirs n'exigeaient pus Immédiatement les garanties d'une grande fortune ou d'une habilitée! d'une expérience particulières. A mesure que l'assemblée populaire , ou les groupes considérables sortis de son sein pour exercer les fonction* judiciaires, absorbèrent toutes les branches de la souveraineté, le caractère de leurs actes subit de plus en plus l'influence de In basse classe des citoyens, qui formait une majorité permanente. Ainsi, la démocratie, au lieu de celte égalité sur laquelle elle devait se baser, établit de fait la suprématie d'une faction qui, bien que très-nombreuse, ne représenta pas plus que l'oligarchie même l'État tout enlier. En outre, cette faction, quoiqu'elle fut moins exposée a suivre le mécanisme d'un système vicieux, était plus portée à obéir a l'impulsion du moment, a se laisser tromper par des guides aveugles ou perfides, et, en conséquence, à fouler aux pieds, à son insu, non-seulement la loi et In coutume, mais encore la justice et l'humanité. Le terme archiverai», de domination delajiopulace, servit quelquefois à désigner cet état maladif de la démocratie.
i«. Ainsi dénaturée, une démocratie ressemblait beaucoup à une tyrannie. Elle se montrait jalouse de tous ceux qui s'élevaient au-dessus de la foule par leur naissance, par leur fortune, par leur réputation ; elle encourageait les flatteurs et les sycophantes; elle puisait d'une main Insatiable dans la bourse du riche, et prêtait aussitôt l'oreille aux accusations qui entraînaient pour ce dernier la mort ou la conliscatlon. La classe soumise à une aussi rude oppression souffrait impatiemment te -principe de la constitution même; elle ressentait la plus violente ir-
ritation en le voyant aussi mal appliqué, et regardait ainsi que des ennemis mortels la grande masse de ses concitoyens. Néanmoins, la longue série de maux qui jaillirent de cette source, a la fois pour les États particuliers et pour la nation entière, appartient plus spécialement à une époque moins reculée. Nous avons même dépassé quelque peu les borues de cette partie de notre hisioire en indiquant l'origine de ces calamités, origine que nous ne pouvions cependant omettre sans laisser notre esquisse obscure et Incomplète.
Nous avons choisi pour guide, dans les études précédentes, la description que Tait Aristôte des formes de gouvernement en Grèce. Il prenait pour base une collection considérable de renseignements sur l'histoire et la constitution de plus de cent cinquante États, dans la mère-patrie et aux colonies, qu'il avait rassemblée dans un grand ouvrage malheureusement perdu. Nous ne possédons, sur la condition intérieure et les vicissitudes de presque tous ces États, que des Informations rares et incomplètes; mais quelques faits principaux sauvés de l'oubli serviront à éclairer et le tableau que nous avons déjà tracé et plusieurs parties de l'histoire qui en découle,
Nous n'avons presque rien à dire de l'état des partis ou même des formes de gouvernement, à cette époque, en Arcadie, en Élide et en Achaîe. Si l' Arcadie subit jamais le joug d'un seul roi, comme ou pourrait le supposer d'après quelques faits de son histoire primitive, ce fut, ainsi qu'en Tbessalie, l'effet d'une élection de circonstance on d'une usurpation temporaire. Le titre de roi semble cependant n'avoir été aboli en ces contrées que beaucoup plus tard. Nous en trouvons le souvenir encore vivante Orchomène, même dans le cinquième siècle avant notre ère (l). Il n'est guère permis de douter que les constitutions républicaines aient été longtemps aristocratiques et que les deux principales citésde l' Arcadie, TégéeetMantinée,n'alentseùlcmentétéd' abord Ttgtt t que les premières entre plu sieurs petits hameaux avant de les absorber pour M,"""*e' en former une capitale. C'était là, n'importe l'époque où ]« chose eut lieu, un pas de fait vers la destruction des privilèges aristocratiques, et c'est, sans aucun doute , pour cette fin que les Argiens incorporèrent les cinq villages mantinéens, comme Strabon le mentionne sans assigner la date de l'événement. Il n'est pas probable, toutefois, qu'Argossoit ainsi intervenu avant que ses propres insti tu lions eussentsubi un changement de ce genre, changement qui, comme nousle verrons, n'eût lieu qu'A une époque postérieure à celle où notre histoire est parvenue. On ne voit, point si l'union des neufvi liages qui comprenaient Tégée comme leur capitale, s'effectua plus tôt ou plus tard. Néanmoins, dès qu'elle eut reconnu la suprématie de Sparte, Tegée fut, par l'influence de cet État, mise à l'abri des innovations populaires et se trouva d'autant moins disposée à les adopter quand elles prévalurent a Mantinée. En effet, la situation des deux cités voisines tendait à lier l'une avec Sparte et l'autre avec Argos;
(1) Mal.,. Paraît., 32, l'histoire du meurtre de Romulus appliquée fcl'Arcadie. Nous voyons en te récit une si palpable fiction, qne nous aurions à peine cru devoir en parler si Mûller ne l'avait citée avec confiance, Dor., I, 7, 10, n. 6,
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2Mi HISTOIRE DE LA GRÈCE,
cela donna naissance à des querelles interminables, surtout parce que les plaines contiguês, qui formaient la plus grande partie de leurs territoires, étaient Sujettes à être endommagées par les eaux descendues des montagnes, eaux qu'on pouvait détourner d'un coté ou d'un autre(i), Beaucoup plus tard, l'intervention de Sparte opéra une semblable incorporation à Herée, qui avait aussi occupé le premier rang dans un groupe de neuf bameaux (2). Ce Tut probablement après cet événement que la constitution d'Hérée subit les changements mentionnés par Aristote(a), et amenés par l'ardeur extraordinaire avec laquelle on recherchait les fonctions publiques. L'innovation consista à les conférer parla voie du "sort au lieu de recourir à l'ancien mode d'élection. Cependant, en général, l'histoire des États occidentaux de l'Arcadie est enveloppée d'une ■ obscurité profonde qui ne se dissipa qu'au quatrième siècle avant Jésus- Christ, à la fondation d'une nouvelle capitale arcadienne.
A Élis, la forme monarchique du gouvernement se continua pendant quelques générations dans la famille d'Oxylus; mais il paraît qu'elle y cessa plus tôt qu'à Pise. A l'époque où cette dernière ville fut prise et détruite par les Éléens, elle était gouvernée' par des chefs qui étaient probablement ses rois légitimes. Immédiatement après la conquête, dans la cinquième olympiade . la dignité d'hellanodiees, jadis exercée par les rois d'Élis seuls ou concurremment avec ceux de Pise, fut attribuée par le sort à deux officiers éléens, ce qui prouve que la royauté avait cessé d'exister. La constitution appelée a la remplacer fut, à ce qu'il parait, rigoureusement aristocratique. C'était peut-être bien cette avare oligarchie que mentionne A risto te (4) et qui se bornait aux six cents citoyens dont parle Thucydide (6). C'était peut-être là que le sénat, originairement composé de quatre-vingt-dix membres, se réduisit peu à peu à un nombre extrêmement borné. Élis, la capitale, demeura jusqu'à la guerre de Perse dans une condition pareille à celle des villes d'Arcadle que nous avons nommées plus haut. Plus tard, elle renferma dans son enceinte les habitants de plusieurs villages (6). Vinrent ensuite probablement d'autres changements d'une nature démocratique, parmi lesquels il faut peut-être compter les restrictions qu'un certain Phormis imposa, dit-on, à l'autorité du sénat (7). Dorénavant le nombre des hellanocllces fut en rapport avec celui des tribus ou des régions dont se composait le territoire éléen ; ainsi, chaque fois que le hasard de la guerre Ht perdre une de ees régions, le nombre des helliinodic.es diminua (8). Nous
(1) Tlrac. V, 63. — (2) Strabon,
mparant mec la gérusia Spartiate.
duleiie.— (3) v, 47.~ (6) Slrahon,vm,p.337.— (1 ) V\uUrq., RHp. ger. Prœc. c. 10. — 18) Palis., v, 9. I,c teilcde Piiusanias demande évidemment quelque cor rection il la date Hiignée pour l'élaWisieineiii de neuf Uellanodiees au lieu de
iplirenl, dit-on, celle fonction pendant un temps Tort long (foi lùtïatto) après In 50" olympiade. On ne sait pas nu juste, toutefois, par quel nombre il convient de remplacer celui qu'indiquent les manuscrits: olympiade». Millier, dans un in lé ressaut mémoire sur cette question, dans le nouveau Ftheinisches Mvstum, 1 1, 2, p. 168, propose l'olympiade 75 comme l'époque mentionnée parPaiisanios. Dan; cet ècril, l'auteur allemand a rendu fort probable que sur les dôme régions dont se compo-
remarquerons encore que les matrones appelées à présider les jeux célébrés en l'honneur de Junon, Jeux où les vierges éléennes luttaient à Olympie, se choisirent en nombre égal dans chacune des tribus (l).
En Achaie, la dignité royale se transmit dans la famille de Tisamenus jusqu'à Ogygès, dont les fils, ayant voulu exercer un pouvoir despotique,-furent déposés. Le gouvernement, à la suite de cette révolution, fut converti eu une démocratie (2) qui s'acquit, dit- on, une grande renommée (s). D'après Pausanias, il semblerait plutôt qu'un certain nombre de petits chefs portèrent en même temps le litre de rots (4). S'il eu est ainsi, la révolution dut son origine a des causes plus générales que celles qui lui sont assignées pnr Poly be. Elle fut probablement hâtée par le nombre des émigrants achéens qui, de toutes les autres parties dn Péloponèse, vinrent se réfugier en Achaie et qui remplirent subitement la contrée jusqu'à ce qu'elle fût soulagée par l'établissement de ses colonies italiennes, Ce que Polybe et Slrabon nomment une démocratie fut peut-être cependant une politit ou une forme de l'oligarchie trèslarge et heureusement tempérée. Nous ne possédons aucuns détails à ce sujet; nous ignorons dans quel rapport les douze principales villes achéennes, — divisions empruntées aux Ioniens, — se trouvaient avec les hameaux qu'elles renfermaient, chacune dans un territoire au nombre de sept ou huit, comme celles de Tegée et de Mnntinée (5). Nous ne sommes pas mieux en état de décrire la constitution de la confédération dans laquelle les douze États furent désormais réunis.
Les auteurs anciens ont répandu un peu plus de lumière sur l'histoire des États situés nu nord-est du* Péloponèse, ceux de l'Argolide dans le sens le plus large du mot. A Argos même, le gouvernement royal subsista jusqu'aux guerres de Perse, bien que la famille des princes héraclides paraisse s'être éteinte vers le milieu du siècle précédent. Pausanias observe que, depuis une époque fort reculée, les Argiens furent poussés par leur extrême esprit d'indépendance à borner les prérogatives de leurs rois d'une manière si rigoureuse, que ceux-ci n'en avaient guère que le nom. Nous ne pouvons néanmoins mettre une grande confiance dans une réflexion aussi générale d'un écrivain postérieur. Cependant, nous l'avons vu, Phidon, vers l'année 750avant Jésus-Christ, agrandit la puissance d' Argos plus qu'aucun de ses prédécesseurs, et lit assez sortir l'autorité royale de ses bornes légitimes pour qu'on l'ait quelquefois appelé un tyran, bien qu'il fût l'héritier direct de Téménus. Après la mort de ce prince, ses conquêtes ayant été, ce semble, promp-
ail le territoire cléen dans sa plus grande eïlensîon, quatre appartenaient
licle proprement dite, la creuse Étide, quatre à Pise, et qualre au» Étais de h Tri- [ihvlie. Ce fui ce dernier groupe qui changea souvent de maîtres cl.ins les guerres qui eurent lieu entre Élis et ses voisines, et qui occasionna ainsi des taxations dans le nombre des litllanoilices. Néanmoins il est remarquable que les neuf qui furent ■ choUi s' lorsque le nombre fui d'abord augmenté, n avaient point tous une même (onction, mais présidaient trois iiin courses île ebars, trois au penlatlile, et trois •m autres exercices (Pans-, v, 9, S). — (11 Paus., v, 10. — (21 Polvbe, ■■, i\. ~ (5) Slrabon, iv, 584. — [i) vu, 6. 2. — (5] Slrabon, vnt, p. 5Kfi, qui remarque « u.Îï twvt; xo|Mï?iv ÎMVii, 'A S'À/».ià irj).ii; Îhïiokv.
tentent perdues, il est probable que ses successeurs ne Turent pas en état de maintenir l'ascendant qu'il avait acquis sur ses sujets doriens, et que la dignité royale ne fut dorénavant, suivant l'expression de Pausanias, guère plus qu'un titre. l)e là vint aussi que, l'ancienne race venant à manquer , 560 avant Jésus-Christ, j£gon, quoique d'une autre famille, ne trouva pas beaucoup d'opposition quand il mania sur le tro.e. La substance du pouvoir appartenait aux hommes libres doriens, cela est certain, mais nous ne pouvons conjecturer qne par analogie la manière dont ils se le partageaient. Une classe de serfs, assez, semblable aux Hilotes Spartiates, cultivaient leurs terres. Ces serviteurs, qu'on employait à la guerre en qualité de troupes légères, prenaient, à cause de ce fait, le nom particulier de Gymnésiens. Les Doriens étaient aussi souverains de quelques villes, dont les habitants, tout en étant personnellement libres, se voyaient exclus, comme les Laconiens soumis à Sparte, du partage des privilèges politiques. Nous allons raconter les événements qui mirent lin à cet état de choses, et qui produisirent un changement complet dans la forme du gouvernement d'Argos. et Parmi les États de YActi argotique, Epfdaure mérite une mention particulière, moins à cause du petit nombre de faits que nous connais* sons sur son histoire intérieure qu'à cause de ses rapports avec Égine. Destinée à jouer un rôle assez considérable dans les affaires de Grèce, cette Ile fut longlemps soumise à Épidaure, jalouse de sa souveraineté nu point de contraindre les Eginètes à confier leurs procès à ses propres tribunaux. Ce fut, a ce qu'il parait, comme étant sous la dépendance d'Épidnure, qu'Égine tomba sous la domination de l'Argien Pliidou. Après avoir recouvré son indépendance, Ëpidaure continua à maîtriser l'Ile. Nous ne savons pas exactement si elle avait sur le continent des sujets qui fussent dons la même condition; mais là aussi la classe dominante était servie par une population de serfs que distinguait un nom particulier [tonipodu, ou les hommes aux pieds poudreux) , nom qui désignait, a la vérité, leurs occupations rurales, mais qui exprimait certainement du mépris. -
Vers la fin du septième siècle avant Jésus-Christ, et au commencement du sixième, Épidaure était gouvernée par un certain Proclés, auquel on donne le titre de tyran, et qui était allié à Périandre, tyran de Corinthe, mais on ne sait rien de l'origine ni de la nature de l'usurpation qui l'avait porté au pouvoir. Il excita le ressentiment de son gendre, Périandre, qui le fit prisonnier et qui s'empara d'Épidaure. Ce fut peut-êlre Cet événement qui donna aux Kginètes l'occasion de secouer le joug de cette dernière ville. Quoi qu'il en soit, l'ancienne relation qui subsistait entré les deux États ne pouvait se conserver beaucoup plus longtemps. L'accroissement d'Ègine lui avait fait dépasser rapidement sa métropole; un commerce florissant, une population entreprenante et industrieuse, l'avaient rendue riche par les mis de la paix , forte par tes arts de la guerre. La séparation qui s'effectua peu après fut suivie d'une animosité réciproque. Égine, dont la marine devint bientôt la plus puissante de In Grèce, vengea sur Épidaure l'hu-
mlliatioD et les longues injures qu'elle lui avait infligées, Mais la cause même qui amena l'indépendance nationale des Eginètes priva de ses privilèges politiques la classe jusque-là prédominante. L'Ile fut déchirée par les prétentions et les intérêts opposés résultant du conflit de l'ancien ordre de choses et du nouveau, et elle devint, comme nous le verrons, le théâtre d'une lutte sanglante.
A Corinthe, le titre et le pouvoir royal restèrent aux descendants *"j»°": d' A létès pendant cinq générations; après quoi, suivant Pausanias, le#n, sceptre passa dans une autre famille, celle des Bacchiades, du nom de Baccbjs, le premier roi de cette dynastie. Elle garda le pouvoir durant cinq autres générations. Télesles, le dentier de ces princes, ayant été tué, la royauté fut remplacée par une magistrature annuelle; mais ceux qui l'exerçaient, sous le titre de pr y tan es, étaient pris exclusivement dans la famille des Bacchiades. A la vérité, cet exposé ne peut se concilier avec celui de Strabon, qui dit que les Bacchiades dominèrent, en corps, à Corluthe, pendant deux cents ans; ce qui, ajouté aux dix générations de Pausanias, feraty descendre d'un siècle de trop la fin de cette dynastie. «
Nous ne connaissons pas la base du calcul de Strabon ; et il n'est pas Improbable que ces deux cents ans comprenaient une période durant laquelle les Bacchiades laissèrent des membres de leur famille exercer une autorité qui reçut des restrictions graduelles, comme cela arriva à Athènes. H ne faut pas considérer les Bacchiades comme une seule famille; probablement ils en formaient plusieurs, qui, sous le même nom, ne se rattachaient les unes aux autres que par les liens d'une parenté éloignée. Cela n'est pas douteux, d'ailleurs, Ils ne renfermaient qu'une petite partie des Doriens privilégiés, et ils paraissent s'être séparés de la masse de leurs coin patriotes, autant que de la race vaincue des pollens. En effet, non-seulement ils avaient accaparé le pouvoir politique, mais encore ils ne contractaient de mariages qu'entre eux. Il semble naturel de supposer que cette répulsion dut avoir pour effet d'effacer les distinctions qui séparaient les autres classes, et de ne plus laisser subsister que deux ordres dans l'État, se reconnaissant des desseins et des intérêts opposés, la caste dominante et ses sujets. La situation de Corinthe, appelant le commerce de l'est et disposant la population à l'étendre vers l'ouest; l'affluence des étrangers, augmentée périodiquement par les jeux nationaux célébrés dans l'isthme, l'action de ces circonstances sur le nombre, la position et les mœurs de la classe industrieuse, tout cela dut contribuer au même résultat. Il parait qu'avec les richesses de l'Asie, le luxe et les vices de celte contrée s'introduisirent de bonne heure à Corinthe, où ils furent favorisés par une superstition étrangère (i). La caste dominante ne put elle-même échapper a la contagion. Les
(1) Slrahon, vin, p. 578. Dans un pelit ouvrage inlihilé Der HHlmen /Vi'pjtentaat, p. 71, Kreuser se donne beaucoup de peine pour ôler tout crédit à l'iwwrlion de Strulwn concernant les hiérodules de Corinthe. — Main il n'a pus fait attention à l'appui qu'elle tire du patsaçe d'Athénée où se trouvent les fragments du scolion de Pindare, dit, c 55. Voj. Brtwkh sur Piad., ut, p. 6H.
zedasrGoOgk
grandes richesses que l'histoire romaine attribue nu Bacchiade Bémnrate montrent que les nobles corinthiens ne dédaignaient pas de s'enrichir par le commerce. A la vérité, Aristote parle d'un très-ancien législateur de Coriuthe, appelé Phidon, qui s'efforça de régler et de limiter la propriété et le nombre des citoyens de manière à conserver les mêmes proportions. Mais ces institutions, faites probablement pour les seuls nobles, ne durent pas subsister longtemps, si même elles furent en vigueur.
CypsêJoi H eût été difficile qu'une oligarchie aussi restreinte se conservât BicebUch* longtemps dans de telles circonstances, alors même qu'elle n'eût .usé de son pouvoir qu'avec la plus grande et la plus sage modération. Les Baccbiadesne paraissent pas avoir misasse!; de soin à mériter le respect de leurs sujets (l), quoique sans doute ils ne négligeassent pas les précautions faites pour assurer la slabilité de leur puissance. On peut mettre au nombre de ces précautions l'établissement de colonies occidentales , sut les rivages desquels ils jetaient l'excédant de leur population. Quoique la révolution qui les renversa, l'an 660 avant notre ère, ait mis une autre dynastie à leur place, elle fut indubitablement l'œuvre du peuple, fatigué de leur domination. Cypsélus, l'auteur cette révolution, appartenait à une maison très-riche et très-ancienne, mais d'origine œolienne, Elle prétendait descendre de Ctenéus, roi des Lapithes, et l'un de ses membres figura parmi les compagnons d'Alétès, quand celui-ci fit la conquête de Corinthe (S). La légende qui expliquait le nom de Cypsélus, et qui en fut peut-être le produit (3], le représente comme issu d'une fille de la famille des Bacchiades, famille dont il aurait excité la jalousie dès sa naissance. Il gouverna Corinthe pendant quarante ans, et, dans le langage d'une génération postérieure, il est quelquefois intitulé roi (4), quelquefois tyran. Aristote, cependant, l'appelle démagogue, et dit, pour définir son caractère réel, qu'il ne s'entourait jamais de gardes (g). Toutefois, un orateur corinthien l'accuse, dans Hérodoie, d'avoir banni un grand nombre de citoyens, d'en avoir dépouillé beaucoup d'autres, et même de les avoir fait mourir. Un auteur moins ancien assure que, dans le cours de dix années, il leva des taxes équivalant à la totalité des propriétés des Corinthiens (6), et que, pour satisfaire à un vœu, il en consacra le produit à Jupiter ; une statue d'or pur pincée à Olympie, laquelle passait pour avoir été offerte par lui, quoiqu'on n'y eût pas inscrit son nom pendant sa vie (7), d'autres ouvrages précieux dont il avait orné plusieurs temples de la Grèce (8), ont pu être regardés comme uue confirmation de ces accusations. Peut-être, en effet, Cypséltis n' épargna- t-il pas les oligarques qu'il avait renversés,
I) Voy^ l'nvcnlure d'Archius, Dio.lor., vmt, 8 Fr.; Haï. de Tir, Ui, et celle
"' clés et Air von,., AikK.I,., Fol., ît, 9, et Élien, //. K., r, 19. — (2) Pau*., ', 18, 2.— (3) Du coffre (k'>ve).-c; ou il avait clé csclié par samere, et qu'on noir été conservé à Olympie. Celui qui nvait élé consacre par sa famille, ■ un monument de Iei délivrance, était de bois de cèdre incrusté d'or el î, et orné de plusieurs groupe* de figures. — (4) Dans l'oracle ]'Bpporté par )t., y,92. — (S) Pal., v, 9.— (6) Pseudo-Arisl.,GEc<m ,%— (7) Paus., — (8) Par exemple celui de Delphes, Plut., Sept. Sap. Conv., c. 21.
le Di
CHAP- X. — FORMES l)K GOUVERNEMENT. SOI
et se maintint-il par la confiance et l'affection du peuple, qui continua à le regarder, jusqu'à sa mort, comme son libérateur et comme sou protecteur.
Il eut pour successeur son fils Périandre, personnage fort célèbre, dont il est très-difficile de démêler le véritable caractère au milieu du de grand nombre de récits contradictoires dont il a été le sujet. On vantait sa sagesse, et il fut souvent compté parmi les sept sages les plus cminehts de son temps. H aimait la poésie, et lui-même il l'employa comme un moyen d'instruction morale ou politique. Héraclide, l'un des disciples de Platon, loue la prudence, là justice et la douceur de son gouvernement, qu'il appelle même paternel. D'un autre côté, on le représente comme un homme incapable de commander à des passions i]ui faisaient son malheur et celui des autres , et, dans ses rapports avec le public, comme un despote rapace , tvrannique et cruel.
Ceux qui peignent son caractère sous les couleurs les plus fâcheuses ajoutent cependant qu'avant un malheureux changement survenu dans le cours de son règne , changement qui le corrompit , il était bon et humain. Selon une version qu'Hérodote regarde comme la plus fondée; ce changement s'opéra sous l'influencé des mauvais conseils d'un tyran contemporain, Thrasybule de Milet; d'après un autre, il fut le résultat d'un terrible malheur domestique(t). Aristote, néanmoins, observe que l'ériandrc passait pour être le premier de tous les tyrans de la Grèce qui eût érigé en système le gouvernement despotique ; il remarque aussi que les actes à l'aide desquels il pourvoyait à la stabilité de son pouvoir, et qui étaient depuis longtemps familiers aux cours de l'Orient, Consistaient en expédients propres à opprimer et a détruire les plus éminents et les plus ambitieux de ses sujets, à appauvrir les rienes, à écraser la basse classe, à répandre des germes de discorde et de méfiance parmi les différents ordres, et à briser les liens d'union qui existaient entre les esprits élevés, liens qui pouvaient , à l'occasion, fournir des moyens de résistance (2). 11 est impossible de concilier parfaitement ces diverses opinions; et tout ce que nous pouvons tenter, c'est de reproduire quelques traits principaux du caractère de Périandre. Nous n'accueillerons pas sans défiance l'histoire tragique de sa vie privée , dénaturée sans doute par un parti hostile. Toulefois, il paraît évident que s'il fut malheureux, il ne fut nullement vertueux el innocent. Les fatales passions de sa mère ne lui apprirent pas à modérer les siennes. Dans un accès de colère ou de jalousie, il tua sa belle épouse Lysis ou Mélissa, fille de Proclès, qu'il avait aimée avec uuc vive tendresse; il exerça une terrible vengeance sur ceux qui l'avaient poussé au crime , et chercha un refuge contre ses remords au sein des rites les plus sombres d'une superstition barbare. L'implacable aversion d'un fils préféré , que Proclès initia au secret de la destinée de Lysis, empoisonna les derniers jours de sa vie. Il punit Proclès comme nous l'avons vu, mais il perdit son enfant chéri auquel il était sur le
(1) Pnrtl.cni.is 17; Oiog. de Laêrt., Péiand., M. — (2} Pol., V, U.
point de résigner sa puissance par suile de la crainte ou de la haine que son caractère inspirait aux habitants de Corcyre, qui tuèrent le fils pour éviter la présence du père. De tout cela, il résulte que si Périandre mérita le titre de sage, ce fut seulement par son habileté politique. Ce qui demeurera toujours douteux , c'est de savoir s'il t'employa comme l'instrument d'une odieuse tyrannie ou d'une administration douce et bienveillante. Nous ne nous tromperions peut-être pas beaucoup en supposant que, n'ayant pas Les mêmes droits que son père à la reconnaissance du peuple, il se trouva naturellement moins disposé à dépendre de son bon vouloir et qu'il montra de bonne heure la résolution de régner par la force, et non, comme l'avait fait Cypsélus, par la faveur publique. Il se mit sous la protection d'une garde de mercenaires , et consolida sa position en s" al liant ou en contractant des liens d'amitié avec des tyrans étrangers et même avec des rois barbares. 11 maintint sur pied une force qui le mit en état, par des expéditions contre Epidaure, autres que celles déjà mentionnées, de justifier les louanges qu'A ri s tote accorde à ses talents militaires. Les règlements qu'il institua pour prévenir l'arrivée de nouveaux habitants dans la ville et pour contraindre un certain nombre des plus pauvres gens à la quitter fit. révèlent la nouvelle attitude qu'il prit vis-à-vis du peuple. Toutefois , s'il perdit les affections des classes inférieures, il avait plus de motifs encore de redouter l'inimitié des familles nobles. C'est cette crainte, peut-être, qui le poussa aux actes rapportés par Aristote , sons qu'il eût besoin des conseils de Thrasybule ; car on ne savait s'il lui avait adressé ou s'il en avait reçu cet avis dont on a tant parlé (3), et qui fut donné en abattant les épis les plus élevés d'un champ de blé. On a supposé, sur une base en apparence insuffisante , que Périandre avait voulu abolir les institutions doriennes à Corinthe (3). Nous ne pouvons conclure des renseignements d'Arjstote qu'une seule chose, c'est qu'il surveilla d'un œil jaloux tous les hommes émiuents et tous les complots aristocratique* qui pouvaient menacer sa sûreté. 11 est plus facile de comprendre comment il encourut l'accusation d'injustice et de cruauté par les mesures qu'il adopta pour se mettre à l'abri du danger, que de décider jusqu'à quel point il la mérite. Aristote insinue que c'était un des expédients de sa politique que de dépouiller le riche pour faire des offrandes aux dieux (<). Cette assertion n'est pas en contradiction avec celle d'Héraclide, lequel assure qu'il se contentait du revenu que produisaient les droits de douane- du port et les taxes du marché. Taule-
(I) Dion- de Laër., l'ériaad., 98. OùheÏi iv ioiti %f, tcû; faul&pheii, d'après Epliore ci Àrislole. — (2) Aristote, dans deux passages de la Potitiqur, bit donner le conseil par Périamlrc à Thrasybule. — [5] Miiller et d'autres ont conclu ce fait d'après la mention de la Syssitie dans Arislole, Poi., v, 11. Toutefois le passage n'autorise pas pins une semblable conolusiun que l'histoire d'iËlhiops dans Athénée, iv, p. 187, laquelle est mise en avant par Miiller dans le même hul. — (i) Suivant Ephore, dans Diog. deLaér. (Périandre), ce fut lui nui consacra une slaiuc d'or à Olvmpie, pour laquelle il avait dépouillé les femmes de leurs ornements. Ctla s'accorde mieux avec l'histoire, rapportée par Pans, (v, î) au sujet de l'inscription.
Dotoe^GoOgk
fois , suivant la manière de voir d'Aristote, on comprend difficilement pour quel motif il aurait Institué un tribunal chargé d'empêcher ses sujets de dépenser au delà de leur revenu. Il paraît clair cependant qu'il établit plusieurs règlements soinptuaires qui purent avoir à lo fois un but financier et moral. Tel fut peut-être le fondement de l'histoire diversement racontée où on lui fait enlever aux femmes corinthiennes les ornements dont elles se paraient lorsqu'elles se rendaient à certaines fêtes sacrées. Son règne se prolongea ou delà de quarante ans , et cependant il fut, dit-on, abrégé par la violence nu par le chagrin qu'il ressentit de la perte de son fils. Il eut pour successeur un de ses ne- * veux ou de ses cousins, Psammétichus, fils de Gordias, nom qui semble indiquer les relations conservées par les Cypsélides avec les princes de Phrygie et d'Egypte. A la suite de -ce règne, dont la durée fut de f« de ^ trois ans seulement, la dynastie s'éteignit, 582 ans environ avant Jésus- dJrn""e- Christ, sous les coups de Sparte, qui, à peu près à la même époque, déposséda, à Àmbracie, une autre branche de la famille. Ce ne fut pas la restauration des Bacchiades qui résulta de cette révolution. Elle enfanta, à ce qu'il parait, une oligarchie plus large, dont la constitution précise nous est inconnue, mais qui furma entre Corinthe et Sparte une longue et étroite alliance. La période la plus prospère de Corinthe se termina avec le gouvernement des Cypsélides. La perte de Coreyre, que Pér Sandre avait maintenue sous sa domination, mais qui se révolta aussitôt après sa mort, fut un échec dont elle ne se releva jamais.
L'histoire de Sicyone offre une série de ■'évolutions , sous beaucoup sic?»». de rapports, semblables à celles de Corinthe. Vers quel temps, en quelles personnes la royauté s'éteignit-elle dans cette ville, et quelle forme de gouvernement lui succéda-t-elle? c'est ce que nous ne savons pas exactement. Toutefois , comme nous sommes instruits qu'il se trouvait là une classe de serfs, pareils aux Hilntes, et distingués par des noms particuliers empruntés à leur costume rustique ou à leurs occupations (l), nous ne doutons pas que les autres parties du système dorien ne se soient introduites également à Sicyone et n'y aient subsisté jusqu'à ce qu'un heureux aventurier, nommé Orthagoras ou Dynaiti Andréas (2) , renversât l'ancienne aristocratie et fondât une dynastie d'Andrew. qui dura un siècle, c'est-à-dire, comme Aristote le remorque, le temps le plus long qu'ait- vécu une tyrannie grecque.
(1) Oq les appelait catonacophores de lu eatonaca, hubillemeut bardé sur In poitrine d'une peau de brebis, ou corynéphores, porteurs de massues, ce qui avait rapport, selon Huiler (Dor., 111, iv,3), au service militaire de ces hommes. Rulnikeii. au contraire, regarde {Timœux, p. 21i) la massue simplement comme un symbole de leurs occupation? pastorales. Si c'était bien une arme, nous sommes disposés à soupçonner que le tyran de Sicyone avait employé des gardes empruntés à la paysannerie et armes comme ceui de Pisistrale, lesquels portaient le même nom. — (2) Hérodote (vl, 12, fl) omet le nom d'Orlhagoras parmi les ancêtres de Clislliène, et ne remonte pas plus haut qu'à Andréas. Cependant, d'après le fragment de Mai (11, p. 12), il parai! évident nue Biodore avait représent* Andréas comme le fondateur de la djnaslie ; il dit qu auparavant il était cuisinier. De là Miiller (Dor., i, 8, 2.. n. i) conclut aiec raison qu'Andréas et Orlhagom furent une nièmeper-
301 MS'l'OIHK OR LA GBECE.
Orthagnrns sortit, dit-on, d'une très-basse condition, celle de cuisinier (1), et dut en conséquence, probablement, sou élévation nu peu-
Myroo. pie. Myron, son successeur, ayant remporté une victoire aux courses de chars olympiques, dans la trente -troisième olympiade, érigea h Olympic un édifice pour recevoir le Irésor. Il était à la fois remarquable par les matériaux employés , l'ai rai u de Tartessns, introduit depuis peu en Grèce , par son architecture, où se combinaient les ordres dorique et ionique, et par l'inscription qu'il portait, inscription où le nom de Myron était accouplé avec celui du peuple de Sic\one {'2). D'une expression d'Aristote, il est permis de conclure que
ciu'Mne. quoiquele petit-lits de Myron , Clisthène, ait succédé immédiatement ou peu de temps après, à son aïeul , cette transmission de la tyrannie n'eut pas lieu sans interruption- ou sans opposition (3). Si l'obstacle provint des nobles doriens, ce!a explique les différences qui existèrent entre le gouvernement de Clisthène et celui de ses prédécesseurs. Ce prince parait avoir été le plus capable et le plus entreprenant de tous ceux de sa maison, et avoir conduit avec habileté et succès plusieurs guerres; 'outre celle où nous le voyons engagé du côté des amphictyons. 1! était d'un caractère plein de générosité; il déploya son amour pour le luxé et pour les arts dans les jeux nationaux, ainsi que dans sa ville natale , où il construisit, avec le produit des dépouilles de Crissa, un portique auquel on donnait son nom [4). La magnificence avec laquelle il accueillit les prétendants qui venaient de toutes les parties de la Grèce, et même des contrées étrangères, pour lutter entre eux, selon l'ancienne mode, dans des exercices qui exigeaient de la force, afin d'obtenir la main de sa fille, obtint une si grande célébrité, qu'Hérodote donne une liste des compéliteurs. Cela prouve combien les familles les plus distinguées, recherchaient son alliance. Un fait particulièrement remarquable, c'est qu'un 111s de Phidon, roi d'Argos, qu'Hérodote semble avoir confondu avec l'ancien tyran.du même nom, se trouvait parmi les prétendants. Clisthène suivit , à ce qu'il parait , les "maximes avec lesquelles ses prédécesseurs réglaient leur gouvernement pour ce qui regardait le peuple ; mais, tout en conservant sa position royale, il montra, au moins en apparence, de l'équité et du res- ' '•" pect pour les lois. D'un autre coté, il déploya à l'égard de ses sujets doriens un esprit d'hostilité qui semble lui avoir été particulier et avoir été provoque par quelque fait à lui personnel. Ces sentiments
(I) Lilianius, m, |). 2,'il , Iteiske et Dioiloie, lesquels rapportent qu'André»;; en Cille qualité itccoiii|MUjiiu une compagnie il, Siqonieiis envoies pour consulter l'oracle de Delphes, el qu'il servit aussi les i]i;i;;lsIi'liIs comme uflicier de police Ou connue exécuteur (twsaTrjsij cjâi) . Si cependant, comme lUùllcr semble le croire, le terme cuisinier oe lui qu'un sobriquet ù lui appliqué pur les nobles (ce dont Libanius îie parle pas), il ne prouve pas qu'il n'appartenait point à.iine ancienne famille, et iiê doit cire pris (pic comme une allusion à ses mesures politiques du genre de celles qu'Aristophane l'ail ii l'iml usine île sou lie.nis dmis les Chevaliers. (2) I>au9.,vi, lit. — (5) Fol,, \; 12. Il dit qu'au changea quelquefois une Ijrnnnie pour une autre, comme ;i Sinoue celle de Mvron pour celle île Clisthène. — (4) Pans., u, ft.6.
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n'étaient probablement pas sans rapport avec une guerre qu'il engagea contre Argos, et qui l'entraîna dans diverses innovations politiques et religieuses dont nous ne pouvons que très-imparfaitement apprécier la portée. Une des plus célèbres, ce fut le changement qu'il opéra dans les noms des tribus doriennes , noms qu'il remplaça par d'autres empruntés aux espèces les plus viles entre les animaux domestiques (1). Au contraire, une quatrième tribu , celle à laquelle il appartenait, se distingua des autres par le majestueux titre de ; les Archelai (la tribu des princes). Hérodote ne volt là-dedans que le désir de faire une insulte aux Doriens ; nous aimons mieux adopter son opi* nion que d'admettre, avec un auteur moderne, qu'il choisit ces étranges dénominations pour diriger leur attention vers les travaux de la campagne (2). Néanmoins, Hérodote ajoute que les nouveaux noms se conservèrent soixante ans après la mort de Clisthène et la chute de sa dyuastie. A cette époque, les tribus doriennes reprirent leurs anciennes dénominations ; et en remplacement de la quatrième, on en créa une nouvelle appelée les JLgialiens , à cause d'un fils du héros d' Argos, Adrastos. Cette relation nous porte a soupçonner que les changements opérés par Clisthène ne se bornèrent pas aux nonrt des tribus , mais qu'il les distribua d'une manière entièrement nouvelle, en rassemblant peut-être les Doriens en une seule, et en assignant les trois tribus rustiques au peuple, qui, grâce à ce moyen, put acquérir une légitime influence. Cette disposition fut peut-être intervertie plus tard, et quand les Doriens retrouvèrent leur ancienne division, le peuple entra dans une seule tribu (appelée , non à cause du héros , mais à cause de la contrée), les /Egialiens .
Nous ignorons comment finit cette dynastie. Nous pouvons dire seulement qu'elle fut, selon toute probabilité, renversée à peu près à la même époque que celle des Cypsélides (avant Jésus-Christ, 580) par l'intervention de Sparte, plus alarmée peut-être des innovations de Clisthène que de la tyrannie de Périandre. D'après l'histoire des tribus, fl semble que les Doriens recouvrèrent leur ascendant, mais cela peu à peu, et non pas assez complètement pour frustrer le peuple de tout par* tage dans la distribution des droits politiques.
De l'autre coté de l'isthme, le petit État de Mégare subissait les mêmes vicissitudes que Corinthe et Sicyone, mais avec des suites plus violentes. Avant la conquête dorienne, la royauté fut, dit-on, abolie en ce pays après que le dernier roi, Hypérion, fils d'Agamemnon, eut eu le malheur de tomber entre les mains d'un ennemi qu'il avait provoqué avec insolence. Une légende de Mégare parait indiquer que les magistrats électifs, appelés à succéder aux rois, prirent le titre A'œn/mnètet (3). Les Doriens de Corinthe assujettirent ceux de Mégare pendant un certain temps de la même manière qu'Épidaure maîtrisa Églne. La paysannerie mégarienne dut célébrer les obsèques de chaque Bacchiade avec des témoignages de respect analogues à ceux que les sujets de
(1) Delà lruie.de fine et du cochon, toi™, Ôl«S™, Xmfiînu. Hérod. v, 68. — (2) Muller, Oor., m, 4, 3.— (5) Ou awvmui. Puw., i, *3,3.
Sparte étaient contrainte de donner à la mort d'un de leurs rois (li. Toutefois ce joug fut secoué de bonne heure, et Argos aida Mégare à reconquérir son indépendance fa). Désormais, Mégare acquit sans doute une supériorité plus prononcée sur les hameaux de son territoire, qui rivalisaient jadis avec elle. Elle crût aussi rapidement en population et en puissance, comme cela est démontré par ses colonies florissantes, établie» à l'est et & l'ouest, et par les guerres qu'elle cngagea'pour les défendre. Un de ses plus illustres citoyens, Orsippus, qui dans la quinzième olympiade donna l'exemple de dépouiller tous les vêtements embarrassants dans les courses à pied aux jeux olympiques, livra aussi des combats heureux contre les voisins de Mégare, les Corinthiens, probablement, et agrandit le territoire de sa patrie autant qu'elle pouvait le désirer (3) . Néanmoins, le gouvernement resta entre les mains des grands propriétaires doriens , qui, lorsqu'ils furent affranchis de la domination deCorlnthe, exercèrent chez eux une souveraineté dont ils n'userait pas, à ce qu'il parait, avec douceur et sagesse. Non-seulement, en effet, une insurrection du peuple, comme celle de Corinthe et de Sicyone, les priva de leur pouvoir, mais encore ils furent évidemment en butte . Thé^éne. à une inimitié profonde qu'ils durent en partie provoquer. Un homme hardi et ambitieux, qui s'était mis à la tète de la cause populaire, Théagène, gagna, dit-on, la confiance de la foule par une attaque contre les possessions des riches citoyens dont il détruisit les troupeaux au milieu des pâturages (4) . L'animosité que provoqua un semblable outrage, accompagné sans doute d'autres du même genre, fit qu'on jugea nécessaire d'investir le démagogue de l'autorité suprême. Théagène, qui prit la tyrannie vers 620 avant Jésus-Christ, suivit l'exemple des autres usurpateurs de son temps. Il orna la ville d'utiles et magnifiques édifices (S), favorisa l'industrie et les arts qu'il fit contribuer à la gloire de son règne. Il s'allia, comme nous l'avons vu, a une des familles les plus considérables d'Athènes, et aida son gendre, Cylon, dans une entreprise qui, si elle avait réussi, aurait contribué à augmenter la stabilité de sa puissance. Les victoires qui firent perdre Salamlne aux Athéniens, sans espoir de la recouvrer, furent probablement remportées par Théagène. Mais à la fin il fut chassé de Mégare, soit par le peuple mécontent, soit par les efforts du parti aristocratique, qui put être encouragé par le mauvais succès du complot de Cylon. C'est ce que nous Discorded- ue savons pas bien. On nous dit seulement qu'après sa chute un esprit l'ïié T «""' de Pa,x et ^e modération l'emporta pendant un temps assez court, jusqu'à ce que des meneurs turbulents qui voulaient apparemment marcher sur ses traces, mais qui n'avaient ni son habileté ni son bonheur, poussassent la populace & de nouveaux outrages envers les riches, qui se
(1) Schol. Pind..n.Tir,t»S. — (8) Pm»., n,19,M. — (3) Voye* l'inscriulion (1050) dans Boeckh, Corpus Iiucrip. gr., que Boeckh suppose avoir été écrite par Siinonide. — (4) Arist., PoL, v, 5. H. Maldeo [flirt, de Rome, p. 1S5] suppose que ces pâturages étaient des terrains publics, elquecela ressort d'Arislote. Cela est paui-Slre vrai, mai* noua ne trouvons rien de tel daim Anatole. — (S)Pbui., i,40, leMI. î.
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virent forcés d'ouvrir leurs maisons et de donner des repas somptueux à la populace pour éviter l'insulte et la violence (1). Mais un coup plus rude fut dirigé contre leurs propriétés par la mesure appelée palinloeia, qui porta jusqu'à l'iniquité la plus excessive les principes de la Seitachtheia de Solon, en obligeant les créanciers k rendre à leurs débiteurs les intérêts qu'ils avaient reçus. Cette transaction nous révèle au moins une des causes de cette grande animosité du peuple contre les nobles; probablement ils avaient exigé ce qui leur était dû avec non moins de dureté que les Eupatrides d'Athènes. Mais rien dans ce temps d'anarchie n'était sacré, ni la justice ni la religion; les temples furent livrés au pillage ; une troupe de pèlerins, qui traversaient le territoire de Mégare pour se rendre à Delphes , fut maltraitée au point que plusieurs perdirent la vie. Le conseil des Amphiclyons fut forcé d'intervenir pour arriver à la punition des meneurs (2). C'est indubitablement de cette période que parle Aristote, quand il dit que les démagogues de Mégare firent bannir beaucoup de citoyens notables (3) dans le but de confisquer leurs biens ; il ajoute que ces excès ruinèrent la démocratie, car les exilés formèrent un corps si puissant qu'ils rentrèrent par la force et réussirent à établir une oligarchie si restreinte qu'elle ne comprenait que les auteurs de la révolution. Malheureusement, les moyens nous manquent pour déterminer la date de ces événements. Toutefois, la réaction dont nous venons de parler n'a pu avoir lieu longtemps après l'an 600 avant Jésus-Christ (4). Ce que noys savons de la situation de Mégare dans le siècle suivant nous est principalement fourni par les écrits du poète mégarien Théognis, écrits à la vérité moins in- TUogau téressaats pour les faits historiques qu'ils renferment que pour la lumière qu'ils répandent sur le caractère et les sentiments des partis qui divisaient sa ville natale comme tant d'autres. ThéogniB parait être né vers la 55* olympiade, peu avant la mort de Solon, et avoir vécu jusqu'au commencement de la guerre de Perse (5). Il laissa quelques poèmes dont il reste des fragments considérables; ils sont remplis de réflexions morales et de maximes politiques. Nous y voyons que l'oligarchie qui succéda à la période anarchique ne put se maintenir ; qu'une nouvelle révolution survint qui dépouilla le poète de ses biens et l'exila, comme les autres membres du parti aristocratique. Théognis semble avoir occupé un rang élevé. IL parle de la bonne réception qu'on lui fit à Sparte et dans d'autres pays étrangers qu'il visita, sans rien perdre du désir qu'il avait de rentrer dans son pays et de se venger de ses adversaires, dont il aurait voulu boire le sang (6). Mais le vif sentiment de ses souffrances personnelles vint se perdre dans la douleur profonde, dans la véhémente indignation que lui causent la situation de Mégare, le triomphe du méchant [terme par lequel il désigne ordi-
(*} Plut., ou. Gc, 18. — (2) Plut., Qu. Gr., S9,.— (5) Pol., v, 5: tûv-j™atpm . — ' (4) WelcVer {Tkeognis, p. inr) pense que Théagene a pu régner jusqu'à la 50" oljmpiade ou même plu* Uni ; maie il faut se rappeler que Cylon, son gendre, remporta la victoire à Olrmpie dans la 35 olympiade, 640 A. 0. — (S) Welcher, p. m. — (8) T&v Ai |UUy *V« n». (t. 785. Welck.)
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308 HISTOIRH DE Là GRECE,
mûrement le peuple) et l'abaissement des bons (les anciens aristocrates). Quelquefois, comme un homme partagé entre la crainte et l'espérance, il appelle un nouveau tyran à s'emparer de la ville; il lui recommande, comme si cet usurpateur était déjà au pouvoir, de fouler aux pieds un lui faire tentir la pointe de l'aiguillon et d'appesantir •ou. Hais du milieu de ses plaintes un fait s' échappe de la pureté de son patriotisme, et diminue la symit son malheur. Ce n'est pas seulement la licence, échants qui enflamme sa colère, mais c'est de voir les et dégénérés. Un grand nombre de ceux-ci avaient lâché quelque chose de la rigueur de leurs principes aristocratiques, en mêlant leur sang à celui des riches parvenus. C'est pourquoi il déplore la confusion au milieu de laquelle il est devenu difficile de distinguer le bon du méchant : Le peuple de Mégare n'est plut le même; la classe qui portait la peau de chèvre comme marque de sa condition, et qui s'était éloignée de la ville, de même que le cerf fuit la demeure des hommes, est maintenant admise dans les assemblées et dam les tribunaux. On pourrait donc croire que le parti auquel le poète appartenait ne comprenait pas même la majorité de ceux auxquels leur naissance et leur situation donnaient un droit égal à celui qu'il avait luimême aux privilèges politiques; et que pendanl qu'il insistait pour maintenir la barrière qui séparait les familles de la caste noble des fa - .milles de bas étage, il s'était trouvé des hommes qui avaient sacrifié ee genre de préjugés, moins peut-être par des motifs sordides que par la conviction qu'il ne restait pas d'autres moyens de paix et d'union. Si son exil avait pour cause sa résistance à des innovations aussi salutaires, tout en estimant sa fermeté, nous ne pouvons avoir une grande idée de sa sagesse.
Les circonstances au milieu desquelles la Béotle fut conquise par un peuple qui avait quitté son pays natal pour fuir la dépendance ou l'esclavage suffiraient & faire comprendre pourquoi la royauté fut abolie de bonne heure dais cette contrée. On peut en effet mettre en doute si ce Xanthus, désigné tantôt comme roi des Béotiens, tantôt comme mi des- Thébains, et qui fut tué par le roi attique Mêlant nus, était autre chose qu'un chef temporaire. La partie la plus sacrée des fonctions des rois de Thèbes parait avoir été confiée à un magistrat ayant le titre d'archonte, et un caractère plutôt sacerdotal que civil, de même que l'archonte-roi d'Athènes. Depuis la mort de Xanthus jusqu'au cinquième siècle environ avant notre ère, la constitution de Thèbes resta rigoureusement aristocratique, probablement défendue de toute innovation, tant par la situation de cette ville au milieu des terres que par ■ la jalousie des gouvernants. Le premier changement apporté au gouvernement, dont nous ayons connaissance, plaça le pouvoir entre les maiusd'uii nombre d'hommes moindre encore. Il parait que, vers la 30° olympiade,' la division s'introduisit dans la haute' caste elle-même, mécontente de l'inégalité du partage de la propriété. Peu après cette
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CHAP. X. — FORMES DE GOtlVHRNEUENT. 509
époqne, Philolaûs, l'an des baccliiades de Corlnthe, éttmt venu s'établir UgMiu à Thèbea, on l'invita à former un nouveau code de lois. L'un des objets î tmiIm!* principaux de ses institutions fut d'empêcher l'accumulation des biens dans les mêmes mains, et de fixer pour toujours la division du territoire thébafn, de la partie au moins qui appartenait aux nobles. Ce point était Hé intimement à un autre qui nVst point clairement spécifié, mais qui semble indiqué par la désignation particulière de ses lots (l ). On peut conjecturer que, tandis qu'il tendait à conserver le nombre des familles au moyen de l'adoption, il cherchait à limiter celui des individus de chacune d'elles, en établissant un moyen légal d'affranchir les parents pauvres du soutien de leurs descendants (3). Il fut peut-être aussi l'auteur de la loi qui interdisait les fonctions publiques à tout Thébain s'étant livré au commerce depuis moins dedix années (3). Il est assez probable que son code renfermait aussi des règlements pour l'éducation des classes supérieures. Ce fut lui peut-être qui, dans le but, comme le suppose Plutarque, d'adoucir la rudesse du caractère des Béotiens ou de contre-balancer In passion excessive qui les entraînait vers les exercices gymnastiques, fit entrer la musique comme un élément essentiel dans l'éducation de la jeunesse (4]. Il est question d'une autre loi thébaine qui imposait aux peintres et aux sculpteurs certaines restrictions dans le plan ou dans l'exécution de leurs travaux (5). Toutefois, si ces restrictions étaient d'une manière quelconque en rapport avec la législation de Philolaûs, leur portée réelle parait s'être -perdue (6). ^
Nous possédons moins de renseignements encore sur la condition In- •
térieure des autres villes de la Béotie. Nous avons cependant lieu de croire qu'elle ne différait pas beaucoup de celle de Thèbes, surtout quand nous voyons qu'à Thespies toute espèce d'occupation industrielle était réputée dégradante pour un homme libre. Cela Indique un rfgo- .» • . rlsme aristocratique qui appartient sans aucun doute à cette époque, et qu'on peut regarder comme un exemple de l'esprit dominant en Béotie. Les Etats de ce pays formèrent une confédération que représen- „^f^ tait un eongrès de députés, lesquels se réunissaient à la fétode la Pam- ■•■ bœotie, dans le temple de Minerve itonienne, près de Coronée, et avec un but peut-être moins politique que religieux . Il y avait encore d'autres assemblées nationales qui délibéraient sur la paix et la guerre et qui étaient peut-être aussi anciennes, bien qu'il n'en soit fait mention qu'à une époqne postérieure où elles se trouvaient au nombre de qua-
(1) Kî|*m fls-.W. Arist., Pal., il, 12. — (2} djSlieo, u, 7. L'objet de celle loi, qui n'est probablement pas rigoureusement défini par Miien, semble fournir une raison suffisante pour qu'on l'attribue à Philolaûs. — (3) Aristol., Pal., m, 5. — > 4) Plut., Petop., 19. — (S) jElien, iv, 4. — (fi) Huiler, qui (Ore/iom., p. 408] les attribue h Philolaûs, paraît s'être laissé trop influencer par un mot d'Alcidamas rapporté par Arislota (Rhtt,, H, 23), que Théhes Tut proipcje'qfland elle eul des philosophes pour chefsjirpooràrai) . Il est néanmoins beaucoup plus probable que c'était là une allusion & Epwninonuas plutôt qui Philolaûs. Si la loi prétendait interdire les caricatures, telles que Bupalug en Ht sur Hipponai, l'époque de Philolaûs semble prématurée. '■
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tre (l). On ne volt pas comment ces assemblées étaient constituées ni si elles étaient en rapport avec les différentes divisions du pays, divisions dont nous ne trouvons aucune trace. Les premiers magistrats de la ligue, appelés bêotarquei, présidaient ces congrès et commandaient les forces nationales. Ils étaient, dans les derniers temps du moins, élus pour une année, à l'expiration de laquelle leurs fonctions devaient rigoureusement cesser. L'ancienne fête de la Dœdala, dans laquelle, a la fin d'un cycle de soixante ans, quatorze images de bois étaient transportées sur le sommet du Cithéron aux dépens des villes de Béotie (3), parait indiquer que c'était là le nombre primitif des Etats confédérés, et anciennement, peut-être, celui des béotarqnes eux-mêmes. Ce nombre fut réduit plus tard, et subit plusieurs variations. Thèbes parait avoir eu de bonne heure le privilège d'en nommer deux, dont l'an jouissait d'une autorité supérieure à celle des autres et agissait probablement en qualité de président du conseil (3). Tribu. lo- On sait fort peu de chose sur les institutions des tribus locriennes en cricDiua. G^çe, et elles ne prirent jamais une part très-importante dans l'histoire de ce pays. Jusqu'à une époque très-avancée, ces tribus, comme les Phocéens, ne se servaient point d'esclaves. Ce fait, en Indiquant un peuple aux coutumes simples, étranger au luxe et au commerce, attaché aux anciens usages, pourrait nous donner à supposer que ses institutions furent ordinairement aristocratiques. Tout ce que nous apprenons à son égard aide à cette conclusion. Opas est cité par Pindare (4) comme étant, dans le cinquième siècle avant Jésus-Christ, une ville attachée aux lois et à l'ordre. Nous voyons encore dans le même auteur que parmi les familles nobles de cette cité, familles dont une centaine parait avoir été distinguée des autres, au moyen peut-être. de privilèges politiques (s) , il s'en trouvait plusieurs qui se vantaient de descendre des anciens rois du pays.
piu>dd«. Nous n'en savons pas davantage sur la condition générale des Phocéens. Leur territoire, quoique peu étendu et peu fertile, se divisait entre vingt ou trente petites républiques, unies entre elles de la même manière que les Achéens et les Béotiens. A des époques fixées, elles envoyaient des députés à un congrès tenu dans un vaste édifice, appelé le Phocicum et situé sur la route entre Daulis et Delphes (6). Toutefois les habitants de cette dernière ville, située pourtant dans la Pbocide, désavouaient tous rapports avec le reste de la nation (1). Le gouvernement Dcipiua. de Delphes, comme on devait s'y attendre dans les circonstances particulières où se trouvait cette cité, était rigoureusement aristocratique et résidait entre les mains des familles chargées de l'administration du temple, administration de laquelle dépendaient la prospérité de la ville et la subsistance d'une grande partie de ses habitants. Dans les temps
(1) Thac, y, 58.— (2) Paus., n, 3. — (3) Thne., u, 2; iv, M, et la noie du docteur Arnold. C'est pourquoi dans Pollua, i, 128, le béotarque thébain est mis en comparaison atec le tagvs ihessatien. — (4) 01., m. — (S) Thnc, i, 108. — (6) L'édifice vn par Pausaniat [i, S, 1) «'élerait peut-être sur la place d'un ph» •ncien. — (7) Pau»., rr,U, 11.
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reculés, le premier magistrat portait le titre de roi ; pins lard, H s'intitulait prytane. Néanmoins une assemblée de cinq personnes, honorées d'un titre qui indiquait leur sainteté (i),et choisies parmi les famlllesqul faisaient remonter leur origine, par Dorus probablement, Jusqu'à Deuealton, exerçait des fonctions à vie et administrait les affaires de l'oracle.
En Eubée, une aristocratie ira une oligarchie de riches propriétaires, Eobfc. appelés Hippobotes (2), à cause de la cavalerie qu'ils entretenaient, prévalut longtemps dans les deux villes principales, Chalcis et Ëréirie. Le grand nombre de colonies que Chalcis envoya au loin, et qui prouvent son importance première, furent sans doute le résultat d'une politique oligarchique. La constitution de cette cité semble avoir été, à proprement parler, une tlmocratfe. Il fallait posséder une propriété d'une valeur déterminée pour prendre part an gouvernement (3). Erétrie, jadis gouvernée de la. même manière, ne dut pas être inférieure eu puissance. Elle possédait plusieurs Iles, entre autres Andros, Ténos et Céos. Aux jours de sa prospérité, elle pouvait, dans une procession sacrée, montrer à la foule six cents cavaliers, trois mille hommes d'infanterie pesamment armée et soixante chars (4). Chalcis et Erétrie furent long- au™ temps rivales, et un terrain nommé la plaine Lélantienne, renfermant £™™, °| d'importantes mines de cuivre, fournissait des occasions fréquentes ri*"*d'hostilités. Ces engagements se distinguaient des guerres ordinaires qui se font entre des villes voisines, par deux traits particuliers' à savoir, la manière singulière dont ils étaient conduits et l'intérêt général qu'ils éveillaient en Grèce. Un compromis, accepte des partie* belligérantes, compromis que rappelait un monument placé dans un temple, régla les hostilités et interdit de part et d'autre l'emploi des armes de trait. Cependant, tandis que cet arrangement donne l'idée d'une querelle semblable à celles que nous avons vues exister, sur le pied d'une égale douceur de mœurs, entre les villes mégariennes, noua voyons avec surprise dans Thucydide que la guerre déclarée entre Erétrie et Chalcis divisait la nation entière, etque tous les États grecs privent parti pour l'une ou pour l'autre des villes ennemies (6) . On a supposé que ce qui attirait l'attention universelle sur un objet en apparence de peu d'importance, c'est que la querelle mettait en question des principes politiques, c'est que l'oligarchie établie à Erétrie avait récemment donné carrière à la démocratie, tandis que celle de Chalcis, menacée par ce nouveau péril, sollicitait plusieurs États à épouser sa cause (ej. Nous apprenons, en effet, qu'un personnage nommé Diagoras renversa l'oligarchie d'Érétrie. Cet homme mourut à Corinthe, tandis qu'il allait à Sparte. Ses concitoyens honorèrent sa mémoire en lui élevant nne statue (7). Il est également certain que l'oligarchie de Chalcis, quoique
(1) ôstot (sacrosancti). Phit., Q. G., 9. — (2) Ce titre était probablement commun aux deu* «Iles, quoique h Erétrie la même clasaa fui appelée imtû(. — (3) Les Hippobolea son! représentés par Strabon (i, p. 447) comme ini TijimaTui ipuT^irLicÈ; 5Wvre:. — (4) Slrab . », p. 448. — (S) i. (8. — (6) Cette hypothèse eut fort habilement soutenue par C. F. Hermann dan> le flh. Jjim., 1832. {7) Héracl. P., i.i. r
plu d'une fois interrompus par une tyrannie, subsista, à peu d'années près, jusqu'aux guerres de Perse. Nous Ignorons cependant en quel temps vécut Diagoraa, et, sans de plus fortes preuves, H est difficile de penser que la révolution dont il fut l'instrument eut lieu avant la chute de l'aristocratie athénienne. Or, cette époque parait être trop tardive pour la guerre que mentionne Thucydide.
d[,iiiob po- Pendant quelque temps après la conquête, la Thessalle parait avoir Tiwmiie" U ^ gouvernée par des rois de la race d'Hercule. Ces princes ne furent peut-être que des chefs investis d'uu commandement militaire 'permanent, lequel cessait lorsque lu situation du pays ne le demandait plus. Sous un de ces personnages, nommé Aleuas, la contrée fut divisée en quatre districts : la Thessaliotide, la Pélasgiotide, la Phthiotide et l'Hestiœotide. Or, comme cette division se conserva jusqu'à l'époque la plus avancée de son existence politique, nous sommes autorisé à conclure qu'elle n'était pas purement nominale, mais bien que chaque district formait une unité distincte. Les quatre assemblées béotiennes faisant supposer qu'une semblable division existait en Béotie, nous pouvons raisonnablement conjecturer que chacun des districts thessaliens réglait ses affaires Intérieures au moyen de quelque sénat provincial. Néanmoins ce que nous savons avec certitude, c'est que les principales villes exerçaient leur domination sur plusieurs autres moins importantes, et qu'elles renfermaient elles-mêmes des familles nobles, issues de la race des anciens rois, lesquelles étaient généralement en état de s'emparer du gouvernement. Ainsi Larisse était soumise à la grande famille des Aleuades, regardés comme les descendants de l'ancien Aleuas; Crannon et Pharsale l'étaient aux Scopades et aux Créondes, deux branches sorties de la même souche (i). Les vastes possessions de ces nobles étaient cultivées par leurs serfs, les Pénestes, qui menaient aussi paître leurs Innombrables troupeaux, et qui, au premier appel, se trouvaient prêts à suivre leurs maîtres sur le champ de bataille en qualité de fantassins ou de cavaliers (2). lis entretenaient un train de princes, appe laient les poètes et tes artistes à leur cour, et déployaient leur luxe et leur générosité aux jeux publics de la Grèce. Rien ne nous apprend s'il existait des institutions destinées à maintenir l'union des quatre districts et à leur fournir avec régularité des occasions de s'entendre sur leurs intérêts communs. Toutefois, aussi souvent qu'il le fallut, les grandes familles purent élire un premier magistrat, naturellement toujours pris dans leur corps. Ce chef, désigné sous le titre spécial de fn^w. était aussi quelquefois appelé rot. Nous connaissons mal la nature de son pouvoir, qui était probablement plutôt militaire que civil. L'étendue de ses fonctions, peut-être assez indécise, pouvait dépendre de son caractère personnel et des circonstances où il se trouvait. Diiiineuon La population de la Thessalie comprenait, outre les Pénestes, dont la ch« "î« condition était à peu près pareille à celle des Hilotes, une classe norn- ThNMilini. breuse de sujets libres, distribués dans les districts que n'occupaient
- M) Théocr., xvi, 34; F. Buttmann , sur les Aleuadts Mylhol., II, nu. — (2)l«ni.,<feCon/r.,p.l73.
pas Immédiatement les conquérants. Ces gens payaient un certain tribut pour les terres dont ils jouissaient; mais, quoiqu'ils ne partageassent pas les droits de citoyen , ils conservaient intacte leur liberté personnelle. Cependant au-dessus de cette classe il en existait une troisième composée du vulgaire des Thessatiens, ne pouvant a la vérité se vanter, comme les Aleuades et les Scopades, d'une origine héroïque, et n'ayant reçu qu'une petite portion de territoire conquis, mois qui pouvait cependant se croire le droit de prendre part a l'administration des affaires publiques. Des contestations s'élevèrent de bonne heure, à ce qu'il semble, entre cette population et les familles influentes, et à Larlsse plusieurs institutions ayant une tendance populaire tempérèrent l'aristocratie des Aleuades. Nous ne savons pas au juste à quelle époque Aristote mit allusion quand il parle de certains magistrats qui portaient, à Larisse, le titre de gardien des hommes libres (l) et exerçaient une surveillance sur l'admission des citoyens, mais qui, élant eux-mêmes élus par le corps entier du peuple, en dehors de l'ordre privilégié, avaient intérêt à plaire h la multitude d'une manière dangereuse pour les intérêts de l'oligarchie. Il ne parait pas improbable que l'élection d'un tagus, comme celle d'un dictateur à Borne, servait quelquefois d'expédient pour maîtriser le peuple. Néanmoins des divisions intestines affaiblissaient encore le pouvoir des oligarques, et sous le gouvernement des Aleuades, tel était l'état des partis à Larisse, que d'un commun accord la ville fut confiée aux soins d'un officier choisi peut-être dans le sein du peuple, pour concilier les factions opposées. Cet officier, ayant à sa disposition un corps de troupes, se rendit maître du gouvernement (S). Cet événement eut lieu deux générations avant la guerre de Perse (3]. Toutefois, l'usurpation fut, à ce qu'il parait transitoire, et ne laissa encore aucune trace durable, puisque les factions de Larisse apparaissent de temps eu temps dans le cours de l'histoire.
Terminons ici cette étude. Les Etals occidentaux de la Grèce s'enveloppent, à cette époque, d'uue telle obscurité, que nous ne pouvons aspirer à faire connaître leur condition. Quant aux Jïtolleps, on ne sait pas jusqu'à quel point ils eurent droit au nom de Grecs. Aussitôt qu'ils commencèrent à prendre part aux affaires de la Grèce, les Acarnaniens se distinguèrent comme un peuple plus raffiné et plus civilisé. Il est probable que les colonies corinthiennes situées sur le golfe d'Ambracle exercèrent une heureuse influence sur leurs progrès sociaux,
(1) IIoXiT&œijlaKi;, Pol., v, 6. On ne voit pus clairement si leurs Tondions différaient de celles de ftp'-uiml, mentionné Pol., in, I .— (2) Arist., Pol., v, S.Celle interprétai! on est naturelle, puisque la méfiance des oligarques les uns vis-à-vis des autres est ici manifestement en contraste avec la méfiance qu'ils éprouvaient, comme nous venons de le mentionner, à l'égard du peuple. Toutefois Kortueni [litl- Icischt Staatwerfastwigm,' p. 79) imagine q u'A ris to te parle d'un conflit entre les partis oligarchique et démocratique.— (3) lïullm., p. 252,279.
M HISTOIRE DE Là GRÈCE.