CHAPITRE X
HISTOISE CIVILE OT l'àTTIQOE JUSQU'A L'EXI'ULSION DBS PISISTRiTIDKS.
Nous avons déjà jeté un coup d'œil sur les légendes relatives à l'origine du peuple de l'Attlque et 6 son histoire jusqu'à l'émigration ionienne^ Nous allons maintenant remonter à la même époque, afin de retracer le progrès de ses institutions politiques depuis les temps les plus anciens jusqu'à l'établissement de la forme de gouvernement que possédaient les Athéniens lorsqu'ils entrèrent pour la première fols en lutte avec les forces de la Perse.
Dintion de Parmi le peu de faits que nous avons pu recueillir sur la situation de pi^'eun 4- l'Attique dans l'antiquité la plus reculée, il en est deux qui paraissent tu. Kuti. sj Djen prouvés, si clairement déduits de traditions authentiques, qu'on ne peut se refuser à les admettre. Dans l'origine, le territoire de l'Attique se divisait en un certain nombre de petits Etats, et la tradition nous a transmis les noms de quelques petits chefs qui auraient gouverné ces différentes localités avec le titre de roi. Indépendantes l'une de l'autre et d'Athènes dans l'administration de leurs affaires intérieures, ces communautés se faisaient même quelquefois là guerre entre elles. D'un autre côté, à une époque très-reculée, des tentatives furent faites pour réunir les forces de la nation toul entière dans un but de défense commune. Selon un antiquaire attique(t), Cécrops forma le premier une confédération parmi les habitants de l'Attique, afin de repousser les invasions des pirates cariens et des Béotiens, qui les assaillaient, les uns par mer, les autres par terre. Le même auteur semble croire en outre que Cécrops, pour mieux atteindre ce but, fonda douze villes ou partagea ta contrée en douze districts, membres de cette confédération. Cette supposition devenait nécessaire si on regardait Cécrops comme le souverain de l'Attique. Bien que nous la rejetions, nous n'en reconnaissons pas moins cependant l'existence de la ligue elle-même. Les villes confédérées étaient au nombre de douze (nombre qui se retrouve souvent dans les institutions ioniennes). Elles s'appelaient, selon Philochorus : Cecropia, Tetrapolig, Epacria> Décilie, Eleurit, Âphidna, Thoricus, Brauron, Cytktrus, Sphtttus, Cephisia, Pkalére. Le premier de ces noms s'applique probablement à celle de ces douze villes qui devint plus tard la capitale, mais qui ne dut être ni plus ancienne ni pendant longtemps plus puissante que plusieurs autres. D'ailleurs la 7 etrapole (qui renfermait les quatre villages : Œnœ, Marathon, Probalintkitt, Tryeorythm) et Sphetlus furent, d'après d'autres traditions, fondées longtemps après l'époque de Cécrops. Le nom du roi attjque, Amphictyon, semble impliquer un fait pareil, si ce n'est le même. Selon
(1) Philochoru* dans Strnhon, «, p. 397.
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une interprétation probable, Il exprime la fondation d'un congrès amphictyonique tel qu'il en exista, i ce qu'il parait, dès les temps anciens dans la plus grande partie de la Grèce. Mais l'influence attribuée à Cécrops et la mention d'Amphictyon parmi les rois d'Athènes indiquent que les Athéniens furent reconnus comme les chefs de cette confédération. Les assemblées périodiques de la ligue se tinrent vraisemblablement à Cecropia, et les cérémonies religieuses qui dépendaient toujours de semblables associations durent se célébrer dans le temple de la déesse d'Athènes.
D'autres traditions, dont il n'est pas aussi facile de retrouver l'on* „ gine et de déterminer le sens, divisent le pays ou le peuple en quatre tribus qui changèrent de noms, si ce n'est de constitution, sous plusieurs rois successifs. Ainsi, sous le règne de Cécrops, ces tribus reçurent les noms de Cècropide , Avtochthone, Âctée et Paralienne. Sous Cranaùs, soit qu'un nouveau partage eût eu lieu, soit que les anciennes divisions fassent désignées par des noms nouveaux, elles s'appelèrent Cranta», AttliU,3ftsogœa, Diacrii. SonsErichthon, chacune de ces tribus emprunta son nom à une divinité; on les appelle alors Dieu, AlhenaU, Poridoniat, Hephestias. N'oublions pas de le remarquer, si tous les noms de ta dernière série dérivent de la religion du pays, quelques-uns de ceux des deux premières se rapportent à des particularités physiques du sol (Actœa, Paralia, Mesogcea, Diacris et peut-être Atthis) ; d'autres, a l'origine ou aux relations politiques des habitanis (Cécropides, Autochtbones, Crânais). De bonne heure, nous sommes autorisé a le croire, les habitants de t'Attique se distinguèrent les uns des autres par des dénominations qui varièrent selon les diverses races d'où ils étaient sortis, ce qui est peut-être indiqué par les noms de quelques-uns de leurs rois mythiques, comme Cranaùs et Cécrops, ou de la nature des régions qu'ils occupaient, dans les plaines, dans les montagnes, sur les côtes, selon les usages et les occupations qui leur donnaient ces situations diverses , tantôt enfin selon les divinités qui étaient les objets exclusifs ou principaux de leur culte. Il ne serait pas difficile d'ailleurs de trouver le lien qui réunit entre elles les trois divisions ci-dessus mentionnées (l) ; mais nous sommes si peu certain qu'elles ne sont pas le résultat de conjectures arbitraires, inventées par des écrivains qui appliquaient aux âges mythiques la forme d'institutions des âges historiques, que nous n'entreprendrons pas de le faire.
D'ailleurs, lors même que dans la période à laquelle se rapportent les règnes de Cécrops et de Cranaùs, l'Atlique eût compris les quatre principales divisions que nous venons de mentionner, il n'en faudrait pas conclure que l'expression (riiu impliquel'existence d'une unité politique embrassant toute la nation. L'union peut n'avoir eu d'autre mobile que la crainte temporaire d'un commun ennemi. La division du pays en quatre parties est le fondement d'une autre tradition qui constate d'une ma-
(1) Le lecteur peut voir comment le docteur Arnold Ta fait pour les deux prémitres divisions {Thucyd., i, p. 656), etPlolner pouï la troisième dans su petite dissertation de Gentibus Atticis.
tizedoir GoOgk
3lti II ISTOIRE DE LA. GRÈCE.
nièrn précise l'Indépendance absolue des divers membres de la confédération. Apres' la mort de Pandion, ses quatre fils se partagèrent ses Etats et gouvernèrent chacun son lot avec l'autorité suprême. Mais toutes ces divisions ne tardèrent pas à se confondre en une beaucoup TribmdoiiL plus célèbre et beaucoup plus durable, celle qui fut établie par Ion, le
fondation* à fondateur de la race ionienne, et qui emprunta les noms de ses quatre fils. Il faut dire cependant que ce dernier caractère de la tradition, bien qu'admis avec une confiance parfaite par Hérodote, excita les soupçons de quelques anciens, frappés de voir que les dénominations des tribus fondées par Ion exprimaient presque toutes certaines occupations de l'homme [l). Il en était ainsi des Téléontes, ou, comme on l'écrit souvent encore, Géléontes ou Gédéontes; des Hoplètes, des OEgicores et intnprjo- des Argades, Quand on considère le second et le troisième de ces noms,
noms!"' ltu™ on reconnaît qu'ils désignent une classe de guerriers; il n'est pas douteux non plus que le dernier s'applique à cette race d'hommes qui menaient paître leurs troupeaux sur les montagnes de l'Attique. Quant aux deux autres, il est également permis de croire qu'ils ont aussi une signification, mais comme les savants ne sont pas d'accord sur le véritable sens, et qu'on met en avant deux théories plausibles quoique différentes, la vérité ne sera probablement jamais éclaircie. Cependant, les descriptions que les anciens nous ont laissées de ces diverses divisions nous permettent de remarquer que la dernière dénomination, exprimant en général les travailleurs, doit, dans cette circonstance, avoir été attribuée, soit à une classe de cultivateurs, soit à une autre, adonnée à des occupations laborieuses. Notre choix entre ces diverses significations dépend de celle qu'on assigne au premier nom, malheureusement écrit de plusieurs manières, impliquant des sens équivoques et laissant flotter les esprits entre le sommet et la base de l'état social. En effet, selon une opinion, les Téléontes ou Géléontes étaient une caste sacerdotale, tandis que, suivant une autre, ils étaient des paysans qui cultivaient les domaines de leurs seigneurs et qui leur payaient un tribut ou une rente. La question est subordonnée à celle qui concerne l'origine et la nature des divisions dont nous venons de parler. On n'est pas, en effet, d'accord sur le sens dans lequel on doit les appeler tribus. La fable leur donne Ion pour fondateur. C'est ainsi qu'on représente Romulus comme l'auteur de la distinction qui existe entre les patriciens et les plébéiens de Home. Cette hypothèse n'a pas besoin d'être réfutée, mais il nous reste toujours à rechercher si ces quatre tribus furent dès le commencement confondues dans une parfaite unité nationale, ou si
(1) Quel que soîl notre respect pour les décisions de M. Malden, nous ne pou- Tons accepter son assertion quand il dit [Histoirede Romt, p. 140) que a l'idée que les quatre tribus ioniennes étaient des castes empruntant leurs noms à leurs fonctions se fonde uniquement sur de fausses étymolopies. » Connaîtrait- il (in meilleures élyinologies pour ÔjtXt.ti; et Ai-[utdpii;? L'objection de Niehulir à propos de l'ordre dans lequel les noms sont rangés est sérieuse, mai» elle n'est pas décisive.
partagent son opinion contre le soupçon d'être tombés dans une grossière erreur. VWi son Mythologie, II, p. 518. '
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elles demeurèrent isolées et indépendantes les unes des autres jusqu'à l'époque du règne de Thésée. L'une des quatre dénominations, celle de la tribu pastorale, implique une séparation géographique. Il doit en être de même pour celle qui comprend les laboureurs de la plaine. Cette observation nous ferait présumer que les deux autres étaient pareillement distinctes l'une de l'autre quoique, au premier abord, l'existence d'une tribu de guerriers ou de prêtres n'implique pas un séjour particulier. Cependant, la tribu guerrière se composait principalement de conquérants étrangers. On peut facilement supposer qu'elle occupait un canton à part. Mais ici, nous sommes embarrassés par l'ambiguïté du nom Géléontes, cité le premier par Hérodote, qui semble, en lui donnant ce rang, confirmer l'opinion qu'il désignait une caste sacerdotale. Dans ce dernier cas, il n'y aurait plus de raisons pour assigner à cette tribu une situation distincte de celle des autres, toujours n'est-il pas impossible qu'elle ait vécu sur un territoire particulier qui, selon une conjecture assez probable, aurait bien pu être la terre sacrée d'Eleusis. Celte supposition admise, les quatre tribus auraient été rangées dans une division géographique assez semblable à celle qu'on attribue aux fils dePandion, et aussi assez exactement en rapport avec celle qui fixa plus tard la situation politique des différents peuples de l'Attique, c'est-à-dire avec la triple division du pays en plaines, en montagnes et en côtes. D'un antre coté, si la tribu que l'on a supposée être la caste sacerdotale se composait, au contraire, de paysans, alors on ne peut plus aussi raisonnable meut admettre leur séparation d'avec les guerriers, ceux-ci devant être les possesseurs du sol. Quant à l'hypothèse que les prêtres et les guerriers auraient employé en commun les bras d'une autre- classe pour cultiver leurs possessions, on ne peut l'accepter sans supposer en même temps ou que les guerriers habitaient In ville dont leurs serfs labouraient les environs, ou que les Géléontes étalent une tribu de libres agriculteurs établis dans une partie distincte des plaines de l'Attique. Quoi qu'il en soit, rien ne prouve que les quatre tribus d'Ion aient été réunies dons une unité politique. Le sacerdoce d'Eleusis ne pouvait être protégé que par sa sainteté, mais les habitants des montagnes et des vallées maritimes étaient en état de défendre leur indépendance contre la tribu des guerriers, bien encore que ceux-ci Tussent mieux armés et mieux disciplinés.
Nous avons parlé de ta tribu sacerdotale comme d'une caste. Si elle cub a en effet existé, elle n'a pu en réalité être autre chose. Nous devons na- q""' turellement nous servir de la même expression pour désigner les trois autres, et, sans aucun doute, il dut y avoir une époque pendant laquelle les occupations aux quelles elles empruntaient leurs dénominations se transmettaient héréditairement dans les mêmes familles. Nous n'avons cependant aucun motif de croire que cette séparation fût jamais fortifiée par une sanction religieuse et qu'elle nefùt pas seulement le résultat naturel de la situation et des circonstances. Nous n'avous également aucune raison de supposer que les quatre tribus formassent une hiérarchie comme
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chez les Indiens ou les Égyptiens ; il est à croire, au contraire, qu'en «'unissant plus étroitement en un seul corps et en multipliant leurs relations, elles firent de plus en plus tomber en désuétude les distinctions primitives auxquelles elles devaient leurs noms. La difficulté de comprendre comment la chose s'est effectuée vis-à-vis des prêtres est plutôt une objection contre l'hypothèse qu'ils formèrent autrefois une caste qu'un motif de douter qu'ils aient cessé d'en former une avant qu'ils devinssent une portion du peuple de l'Attique. Car s'ils occupèrent jadis un pareil rang a coté de la tribu guerrière, cène peut être qu'après quelque catastrophe non constatée par l'histoire qu'ils perdirent leur caractère sacré avec les privilèges et l'influence qui en découlaient naturellement. Une pareille révolution a pu, sans aucun doute, avoir lieu, mais alors elle précéda l'établissement de la population attique qui est signalé dans la légende par l'avènement et les institutions d'Ion. De cette époque, en effet, date pour cette contrée le commencement d'un âge héroïque, durant lequel l'état de la société devint de plus en plus semblable à celui qui est décrit dans les poèmes d'Homère, alors qu'une caste sacerdotale était complètement inconnue en Grèce, ou que tout ce qui en subsistait encore ne présentait plus que quelques fragmenls dispersés des fonctions sacrées appropriées à certaines familles et renfermant les traces équivoques d'une longue existence évanouie.
Les quatre tribus d'Ion n'étaient peut-être pas originairement les membres d'une association, mais des communautés distinctes, maintenues dans l'isolement par des dissemblances d'origine, de situation, d'intérêts, de religion, et cependant toujours réunies par le voisinage, les affinités du sang et du langage, et le besoin fréquent d'une assistance mutuelle. C'est ainsi qu'une fusion complète se prépara et s'opéra graduellement, jusqu'à ce que la supériorité de la race qui occupait Athènes, étant de plus en plus comprise , eût disposé toute la nation à regarder cette ville comme un centre naturel d'union politique. Quand l'effet de toutes ces causes fut évident, l'événement s'accomplit parle changement qui est ordinairement considéré comme l'œuvre de Thésée, changement qui consolida l'unité nationale, et fixa beaucoup de germes épars, du sein desquels sortirent les institutions qui assurèrent la suprématie d'Athènes.
-, dn On rapporte que Thésée rassembla les habitants de l'Attique dans »«" une seule cité, et en les forçant ainsi à se considérer comme frères, mit pour toujours un terme aux discordes et aux hostilités. Il ne faudrait pas conclure de cela qu'une grande émigration sortant des différents districts vint s'établir à Athènes; il faut supposer seulement qu'Athènes devint le siège unique du gouvernement; que toutes les autres villes de l'Attique perdirent leur indépendance absolue, et que l'administration de leurs affaires, en même temps que la dispensation de la justice, leur fut retirée pour être attribuée à la capitale (l). Les
(1) Le docteur Arnold (Appendice III à Thucydide, i, p. 662) lemble croire
que fa résidence ■ Athènes «but la condition qui faillit admettre le* noblei nu- partage du gouvcrnomeni, et que h» partiel de la population de l'Attique qui n'(-
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tribunaux et sénats qui avaient jusqu'alors exercé dans le reste de l'Attique des fonctions gouvernementales, furent abolis et concentrés dans la ville souveraine. Cette union fut cimentée par la religion , peutêtre par le culte en commun des divinités qui jusque-là avaient été adorées dans chaque localité, et certainement par des fêtes publiques dans lesquelles le peuple tout entier rendait hommage à la déesse tutélaire d'Athènes et célébrait le souvenir de son incorporation (l). On peut sans hésitation présumer , quoique ce fait ne soit expressément consigné nulle part, que cet événement fut accompagné d'une grande extension de la cité. Thucydide fixe à cette époque l'adjonction de la ville inférieure à la ville supérieure qui couvrait le rocher, et qui devint plus tard la citadelle , tout en conservant le nom de la cité. Plutarque eut donc quelque raison de dire que Thésée appela la ville Athènes , si cette dénomination exprime véritablement toute l'enceinte de la vieille et de la nouvelle ville. Mais bien qu'après cette révolution de nouveaux temples, d'autres édifices publics et particuliers se soient encore élevés au pied du rocher de Cécrops, il n'est pas nécessaire de supposer que la population d'Athènes reçut immédiatement un accroissement considérable; il est probable que les familles auxquelles le nouvel ordre de choses suggéra l'idée de changer de résidence, étaient généralement d'un rang élevé, participant dans quelques-uns de leurs membres au gouvernement des différents Etats, et admis à conserver ces hautes positions sous le nouveau régime.
Ces diverses réflexions nous entraînent à remarquer que les anciens ont en quelque sorte attribué une double figure à Thésée, le représentant tantôt comme le fondateur d'un gouvernement qui demeura pendant plusieurs siècles après lui rigoureusement aristocratique; tantôt comme le père de la démocratie athénienne. Tout en faisant la part de la licence et des exagérations que se permettent les poètes et les orateurs vis-à-vis des héros qu'ils qualifient de cette dernière épithète , afin d'exalter l'antiquité des institutions populaires des temps postérieurs , nous découvrirons peut-être qu'aucune de ces deux définitions n'est tout à fait Bans fondement, quoique la première soit évidemment la plus vraie. Thésée accomplit ses desseins en usant à la fois et de la force et de la persuasion. Û ne trouva pas de résistance au sein des basses classes ; mais les hommes puissants ne secondèrent ses projets que lorsqu'il leur eut promis de partager le pouvoir avec eux et de résigner toutes ses prérogatives royales , ne conservant que le privilège
:b demeures, ne furent jamais comprises dans lai s paraissent fort douteuses; la seconde nous iem- , nie tout à fait improbable. D'ailleurs la crémière des dem propositions est un peu modifiée dans In page «usante (664), où il esl dît que les Eupatrides semblent avoir l* plui toment réridé à Athènes; et comme il est admis que quelques bahi- Unls de la contrée forent enrôles dans les tribus, on -ne voit plus sur quelle base le docteur Arnold s'appuie pour exclure les autres, — (1) La Suwûua (Tliucjd. U, 15 et Steph. Bp., ïoc. Atfrai, Panathénées), fêle d'Aphrodite Pandemus (Pans., i, 22, 3). On doit peut-être rattacher à celle origine l'introduction du cull« dis Bocchuf, qui fut, dit-on, établi sous Amphicljon.
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de commander à la guerre et de surveiller l'exécution des lois. Il exécuta fidèlement ces promesses en dépouillant la majesté du trône et en appelant tous les citoyens à des droits égaux. D'un autre coté, cependant , pour se défendre de la confusion démocratique , il institua une gradation de rangs et un partage proportionné du pouvoir. 11 divisa la nation en L'ois classes, les nobles, les laboureurs, les artisans (t), et réserva à la première de ces classes les charges de l'Etat avec le privilège de régler les affaires de religion et d'interpréter les lois humaines et divines. Citte division se reproduisait également, dît-on, dans les quatre tribus, de telle manière que chacune eût renfermé une portion de chacune de ces elasses. On ne peut admettre la possibilité de la chose sans admettre en même temps que les distinctions établies dès l'origine dans les tribus étalent devenues purement nominales, et que quoique les occupations auxquelles deux d'entre elles empruntaient leurs noms fussent toujours considérées comme viles, il se trouvait cependant daus leur sein des familles non moins fières de leur antiquité que les plus illustres des guerriers ou des poètes. Quoi qu'il en soit, nous ne supposons pas que la classe noble fût également nombreuse dans chacune des tribus. Les nobles de celle à laquelle appartenait Athènes elle-même, formant nécessairement le corps principal , durent en conséquence ne pas être les moins disposés à agrandir et à consolider leur pouvoir, en acceptant un petit nombre de nouveaux collègues.
juiqn'iqiid Les privilèges que Thésée conféra, dit-on, à ses nobles, furent, sans «itotiôu Z- aucun doute , les mêmes que ceux dont ils avaient joui dans des sphèrent arùto- res plus étroites, avant l'union. Ses institutions furent aristocratiques, in™. pBrce qu'aie on n~en connaissait point d'autres. L'union dut même , dans le premier moment, avoir pour effet d'accroître l'influence de la classe noble en la concentrant tout entière en un seul lieu. Là , elle parut à la fois menaçante pour le roi et pour le peuple. Nous dirons , dans ce sens, avec Plutarque, que Thésée concilia à son plan le suffrage des hommes puissants en se démettant de ses prérogatives royales pour les laisser se les partager également entre eux. Le roi ne fut plus alors que le premier des nobles; les quatre rois des tribus (2), tirés de la classe privilégiée , s'asseyant toujours à ses côtés plutôt comme ses collègues que comme ses conseillers. La principale différence qui existait entre eux et lui consistait dans la durée de leurs fonctions , qui n'était pas probablement assez longue pour leur permettre de se rendre indépendants du corps qui les nommait, et dans les rangs duquel ils devaient rentrer.
jusqu'à quel Mais, dans un certain sens, on peut aussi comprendre pourquoi ™t*d?m"- Thésée est regardé comme le fondateur de la démocratie athénienne, ctuiqu». et cela, suit qu'on considère la tendance et les conséquences éloignées des institutions qui lui sont attribuées, soit qu'on envisage leur effet immédiat. L'incorporation de plusieurs juridictions éparses en une
(1) EÙtiTfiSu, l'iupupu, tagucupfû. — (2) *iAoêaoiX«î. PottUX, VUi, $IÙ, '
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CBA.P. XI. — HISTOIRE CIVILE DU I.'AiriyilE. S»
seule devait en effet, en donnant à chacun le secret de sa force , encourager peu à peu la résistance au pouvoir des nobles. Le démembrement d'une capitale et sa répartition en un certain nombre de communautés rurales fut plus tard regardé comme l'expédient le plus sur pour établir un gouvernement aristocratique. Mais, comme en employant le nom de Tbésée nous entendons parler plutôt d'une époque que d'un individu , sans pour cela mettre en doute que le nom ait pu être porté par un homme qui acheva l'œuvre, nous avons lieu de conjecturer qu'il y eut réellement une révolution démocratique. Les quatre tribus étaient, npus dit-on. divisées en un certain nombre de corps plus petits qui continuèrent à exister et à exercer leurs fonctions longtemps après que les tribus elles-mêmes eurent été abolies. Chaque tribu renfermait trois phratries (nom qui, dans son origine, équivaut à celui de fraternité (l) , et qui sous le rapport politique est analogue à Yobe des Spartiates et à la curia des Romains) ; chaque phratrie était subdivisée en trente sections qui correspondaient exactement au mot gm» (t) des Romains, et qui avaient la même valeur que les termes de clan, de race, pris dans leur signification la plus" étendue, comme une agrégation de familles. Le genos ou maison se composait encore de trois gennetes ou chefs de famille, les derniers éléments du corps complet, qui s'élevait au chiffre total de 10,800 individus. Il n'est cependant pas certain que ces nombres, qui furent évidemment adoptés pour le besoin de la symétrie, peut-être eu égard aux différentes parties de l'année, et à coup sûr sans aucune base solide de recensement, renfermaient le corps tout entier des citoyens. Il est fait mention d'une classe d'Athéniens qui ne fut comprise dans aucune des énumérations de familles (3). On en a conclu avec quelque probabilité que cette classe était désignée pour entrer dans les phratries au fur et à mesure des vacances , sans qu'elle fût pour cela d'ailleurs exclue des autres droits de la cité.
Nous ignorons si cette division des tribus est l'œuvre de Thésée; mais nous avons de puissants motifs pour croire qu'elle fut faite à l'époque où les habitants de l'Altique se réunirent en un seul peuple. On ne saurait trop comment la rapporter à une période antérieure ou postérieure. Elle n'a pas dû avoir lieu tant que les quatre tribus furent indépendantes les unes des autres ; et si elle avait été effectuée par une innovation subséquente, nous n'aurions pas manqué d'en être instruits par l'histoire. Maintenant cette division, quelle que soit sa date, était purement artificielle et devait servir des projets politiques. En effet, le mot que nous avons traduit par maison signifie proprement une race d'hommes; mais nous savons d'une manière formelle que, dans le
fi) *fŒTpi« du fpiÎTpn, étymologique ment en rapport avec fraler, frère (çpifrwp, apxTDp). C'est peut-être un mot ionien. 11 est une autre dérivation moins vraisemblable de ffif-f, puits, ce qui désignerait des personnes associées par l'usace d'une source commune. — (2) ttlK, genus, gens; tes membres, ■[rritrai, Appelés aussi ij»l«XiKn;. — (3) Résvch. iipiœtïomi.Vovei Boeckli, Corp. inscript., 1, p. 140; Wachs
•Vacbsntutb) I.
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Ripporta langage de la constitution athénienne, ce terme n'impliquait pas une ù TmST communauté d'origine entre ceux qu'il désignait. Par cette disposition cependant, Thésée ou tel autre qui l'adopta introduisit un principe nouveau tendant & faire disparaître les distinctions qui existaient depuis longtemps entre les différentes classes de la société. Les petits Etats qui divisaient primitivement l'Attique possédaient sans doute des associations de la même nature ; mais ces associations étaient plutôt do» à un développement graduel qu'A un acte volontaire , et comprenaient un nombre beaucoup plus petit de familles fondant peut-être sur cette base leurs prétentions aux privilèges politiques. Au contraire, h» hommes libres qui étaient admis dans les phratries, lesquelles comprenaient aussi ces maisons nobles, quoiqu'elles ne participassent pas a tous leurs privilèges, finissaient par vivre sur le pied d'égalité avec elles, comme citoyens d'Athènes. Outre les rites religieux que pratiquaient plusieurs de ces maisons, et qui conféraient à leurs membres le droit exclusif de remplir certaines fonctions sacerdotales , il eu était d'autres qui étaient communs à tous et qui, par leur nature, donnaient l'Idée d'une connexité domestique plutôt que politique. Le culte de Jupiter et d'Apollon était le symbole et le sceau de cette intime union : de Jupiter, comme protecteur de la famille ; d'Apollon, comme l'ancêtre du peuple athénien { I ).
En outre , Il ne nous est pas possible d'établir le rapport exact qui existait entre les nobles et les deux classes Inférieures, ni celui qui existait entre ces deux dernières. Les noms mêmes sont si peu dégagés de toute ambiguïté , que ceux que nous avons appelés laboureurs pouvaient être ou des cultivateurs indépendants ou des paysans* adonnes à la culture des terres de leurs seigneurs. 11 nous semble néanmoins qu'il serait fâcheux d'adopter ce dernier sens, qui impliquerait pour les nobles la possession de tout le territoire de l'Attique (9). Mous ne connaissons pas de raison qui puisse autoriser à nier que la classe en question comprenait un certain nombre d'hommes libres, lesquels cultivaient leur propre terrain, mais n'étaient pas appelés par leur naislance h prendre rang parmi les nobles. Ces hommes-la, à beaucoup d'égards, n'étaient peut-être guère plus élevés dans l'ordre social que les - tenanciers des seigneurs. La troisième classe comprenait tous ceux qui vivaient de leur Industrie, tous les artisans. La dénomination de cette classe supposait des occupations très-variées et très-di versement considérées. On a voulu conclure aussi , de ce que les hommes de cette dernière catégorie n'étaient point attachés au sol , qu'ils étaient étrangers (s) et qu'ils se plaçaient sous la protection d'un patron. Plutarque
(1] Ziù; ËpitiiK. hsùXtoy narpùn;. K. 0. Huiler s'imaLrtoe cependant que le dernier de ces deux cultes était primitivemau.1 berné «m Ëupalndes d'Ionie, cl qu'il ne fut p»rt«gé par le» mirai fimillae qu'âpre) l'établiiieneBl de l'arcboDUt (fier., Il, 8. 18). — (S) Schœnuum {Antiq. H, P. Or., p. 1(W)î «GeawomsSitw raine, qaodWuchmutli (I. I, p. ÎS5) epinslHr, ptrum ppobubile e&l ; ueque euii"
rji.i B ^j £e JMaiiù» jgronun usurpalum ko tira us. » — (S) Tejle
ne Wachsmulh { I. I, p. 333) lire des l-quoup^tt, qui, dit-il.