‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 63 sur 143 · CI1AP. XI. - HISTOIRE CIVILE DE L'ATTIQDE · texte numérisé non relu

CI1AP. XI. - HISTOIRE CIVILE DE L'ATTIQDE

humaines. Nous ne pouvons assigner la date précise de son retour à Athènes; niais si, comme il y a lieu de le croire, 11 revint peu de temps après la conspiration de Cylon (i), il trouva sa pairie dans une situation déplorable, déchirée par les disputes des partis exaspérés et presque hors d'état d'opposer de la résistance aux attaques de ses plus bibles voisins. Le petit Etat de Mégare lui-même était, à cette époque, un gu«m I0formidable ennemi, car il avait arraché aux Athéniens l'Ile de Sala- m%»«. * mine et l'avait gardée en dépit des efforts de ceux-ci, qui la considéraient comme leur possession légitime. Les pertes que les Athéniens essuyèrent dans cette triste guerre brisèrent leur énergie et leur inspirèrent la résolution de renoncer pour toujours à leurs prétentions. La peine . de mort fut,décrétée pour celui qui oserait émettre la proposition de recommencer une entreprise désespérée. Solon, né lui-même à Salamine et ayant peut-être conservé des affections dans cette lie, ne fit pas sans indignation cette lâche politique ; il résolut de relever le courage de ses concitoyens. La nature l'avait doué d'un véritable talent poétique. Les échantillons qui nous ont été conservés dans les fragments de ses nombreux ouvrages ne s'élèvent jamais à une grande hauteur ; mais ils nous charment par une gracieuse et énergique simplicité. Il composa donc sur la perte de Salamine un poème, regardé par Plutarque comme une de ses productions les plus ingénieuses. Afin d'éluder ta défense des magistrats , il prit les allures d'un fou, courut sur la place publique, monta sur la borne du haut de laquelle les hérauts faisaient leurs proclamations, et se mit a déclamer ses vers devant les spectateurs (S). Le poème renfermait une véhémente lamentation à propos du déshon- „ . neur où était tombé le nom du peuple athénien. Solon appelait ses concitoyens à renouveler la lutte et à revendiquer leurs droits sur la jolie lie. L'auditoire partagea bientôt l'enthousiasme du poète, secondé par les applaudissements de ses amis et surtout par l'éloquence de son jeune parent Pisistrate. L'édlt fut rapporté, et on décida en même temps qu'une fois encore on en appellerait à la fortune des armes.

Solon ne se contenta pas de rendre l'espérance à ses compatriotes ; il

(l)Commeil ne peut guère être né beaucoup avant ou beaucoup après (A. C. 638), Il aurait eu ïingt-siï ans à l'époque de la conspiration (A. C, 6(2). Voyei les Faites de Clinton, 1, p. 301 .—(3) D après Bach (Solunis Atheniensis qum superswit, p. 24), Welcker conclut du premier vers ilu poème: Auto; icfifuS 9Ati àç' ijup-rii; Sa),auî-isî,

3 ne Solon avait été ambassadeur à Salamine, ou du inoins qu'il prenait te langage 'un homme chargé d'une mission de ce genre. Bach conjecture en outre que le poème contenait la réponse que les Salaminiens auraient faite à l'ambassadeur athénien, dan» laquelle ils au raient taie les Athéniens de manquer de cou rage cl d'énergie, ce ijni résulterait de l'emploi du moIXoiUiLuvatpfan, Ce ne serait pas une forte objection contre la première des suppositions mentionnées ci-dessus, de dire qu'elle est contraire i l'histoire ordinaire. Hais il n'est pas facile de comprendre quel pouvait être le but de l'ambassade, à moins qu'elle ne fût une mission secrète ajnnl pour objet d'exciter l'insurrection de Salamine contre Mégare. Dans ce cas, «n pourrait douter que Solon se fût représenté comme un héraut. Il semble également évident que le poète ne se proposait pas d'exciter les Athéniens n redoubler leurs efforts, mais de les tirer, par rapport à Salamine, d'une inaction complète.

m HISTOIRE DE LA. GRÈCE.

les conduisit à la victoire, soutenu, dans le camp coffltn* dans la «té par le génie de Pisistrate (i). La rime qu'il «mploya flan» son attaque contre les Mégarieus est racontée de diverses manières ; mail on assuré qu'il acheva d'an seul coup la campagne et qu'il réussit a s'emparer de l'Ile. On pourrait même supposer que Ici Athéniens se rendirent alors maîtres du port de Mégare, Nisée, puisqu'il est dit que ce port fut aussitôt reconquis par les Mégariens (3). La réputation que Solon acquit par ce Tait d'armes fut accrue et répandue dans toute la Grèce, grâce au rôle qu'il joua dans la guerre sacrée, guerre qu'il termina en *» .détruisant Cirrha (3). Mais avant d'obtenir ces succès, il avait déjà ™1d" gagné la confiance de ses concitoyens, et avait employé son influencé a calmer leurs divisions intestines. Le cri public contre Mégaclès et set complices s'était élevé si haut, qu'on ne pouvait espérer de tranquillité tant qu'il n'y aurait pas eu d'expiation, tant que la cité n'aurait pas été délivrée de la malédiction qui semblait peser sur elle. Solon, avec l'aide des nobles les plus modérés, déefda les partisans de Mégaclès à soumet tre leur cause A une décision impartiale. Un tribunal extraordinaire de trois cents personnes choisies dans leur classe, fut appelé a lea juger. La condamnation était inévitable ; ceux qui avaient survécu au sacrilège furent envoyés en exil ; les os de ceux qui étaient morts furent

(1) Non-seulemenI Plularque aflirme que Pisislrate prit pari à IVxpëJiiior) <!< Salon contre Salamine (Sol., 8), mais cela est confirmé par le témoignage d'Hérodote, r, R9, el de 'plusieurs écrivains moins anciens. Le stratagème de Solon (Plut., Sol., 8 ; Polyen, i, 20) est attribué à Pisislrale par Justin (il, 8), Miieaf Poliorc. (i), Fronlin {Strateq., iv, 44). S'il s'en faut rapporter, pour la date de l'expédition, à Plularque, qui la place avant la guerre de Cirrha, ou au moins peu avant l'archonlal de Solon, il ne serait guère possible que Pisislrate y eût pris part , car il n'aurait eu que seine a dix-sept ans quand il s empara de la tjratinte, 560 ans A. C. Je dois cette observalion à sir L y lion Bulirer (AIHau), qui a elairement indiqué celle difficulté. Mais l'expédient par lequel il propose de la lover ne pourrait être admis que par un petit nombre des critiques de nos jours, bien qu'il y ail eu un temps ou il n'aurait pas manqué d'approbateurs qui l'eussent trouvé ingénieux. Il suppose que Salamine fut reprise deux fois: une fois par Solon, une autre fois par Pisistrate. Comme Plularque rapporte deux, histoires qui niaient cours sur l'expédition de Solon. il pense que l'une regarde Solon, l'autre Pisislrate. Mais cette distinction est arbitraire, vu surtout que les deux récils ne sont nullement inconciliables l'un avec l'autre qunnd on les rapporte à la niérne époque; ctilesl évident qu'aucun des écrivains consultés par Plularque ne connaissait plus d'une expédition ayant pour résultat la conquête de Salamine. Nous sommes ainsi amenés h conclure que l'expédition contrp les Mégarieus, dans laquelle, suivant Hérodote (r, S9), Pisistrate, commandant en chef, prit Nisée, n'était antre

3 ne celle dont Plularque Tait mention, après laquelle, dit-il (Sol., (2) , Nisée fut e nouveau perdue par suite de troubles civils. Il serai! peut-être plus commode de supposer que Plularque s'est trompé dans sa chronologie par rapport à ces deux personnages, el qne l'expédition eut lieu è une période beaucoup moins reculée. Alors l'histoire de la folie simulée, qui impliquo du reste une forme do gouvernement plus populaire que celle qui subsistait avant Solon, devrait être racontée autrement. Cette conjecture ne serait peut-être pas dénuée de tout fondement. Kn effet, Diogène de I, série (Sol., i, $ 46) parle de la reprise de Salamine comme d'un fait postérieur à la législation de Solon. — (2) Il fut pris par Pisislrate. Hérod., i, 59 ; Plul., Solon, chap. 2. — (3) Celle guerre commença A. C. 600, quatre ans après in reprise de Salamine. Voyex CHntofl, F. H., H, p. i96.

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tiras de leurs tombeaux et transportés an delà de la frontière. A cette époque, les Mégariens, n'ayant pas abandonné leurs prétentions sur Salamine, prirent avantage des troubles qui absorbaient l'attention des Athéniens pour chasser la garnison de Nlsée, et pour reconquérir l'Ile, où cinq cents colons, soldats volontaires de l'expédition de Solon, avalent obtenu des lots de terre qui leur assuraient une grande influence s" dans le gouvernement. Il est probable que ce fut a la suite de cet événement que les deux États renoncèrent a terminer par les armes leur différend, et tous deux, également fatigués de la lutte tour à tour glorieuse pour chacun, résolurent de faire régler leurs prétentions par des arbitres. A leur requête, les Lacédémoniens nommèrent cinq commissaires pour examiner le procès. Solon, le principal orateur du coté des Athéniens, maintint leurs droits sur les bases d'une ancienne possession avec des argumenta qui paraissent avoir convaincu les juges. Les ratsons les plus décisives semblent avoir été empruntées à la coutume d'Athènes, au mode de funérailles observé à Salaraine et aux Inscriptions des tombeaux, qui prouvaient l'origine attlque des personnes ensevelies. Solon invoquait encore, dft-on, l'autorité du catalogue' homérique de la Hotte des Grecs ; usant d'une fraude patriotique, il supposa un vers où Ajax était représenté rangeant les vaisseaux qu'il avait amenés dé Salamlne a côté de ceux d'Athènes. Le poids de ces arguments trancha la question en faveur des Athéniens, et il y a plus de motifs de croire que les Mégariens se soumirent à un arrêt qu'ils avaient euxmêmes Invoqué, que de supposer, avec Plutarque, qu'ils recommencèrent aussitôt les hostilités.

Cependant, la haine des partis redoublait de violence à Athènes. L'éloignement des hommes que l'opinion publique avait désignés comme les objets de la colère divine n'était qu'un premier pas vers le rétablissement de la tranquillité; le mol avait des racines plus profondes, et exigeait un remède qui pouvait se rencontrer seulement dans une nouvelle organisation de l'État. Mais Solon, qui avait déjà sans doute réfléchi sur cette grave matière , comprit qu'avant de rien entreprendre, il fallait préparer les esprits avec le secours de la religion. II y avait des terreurs superstitieuses à calmer, des passions jalouses à ménager, des usages barbares et consacrés par le temps à abolir. L'autorité de Solon ne suffisait pasà cette tache. Le grand citoyen, ayant jeté au loin ses regards pour découvrir un appui, fut conduit par la renommée auprès d'un homme qui semblait posséder les qualités requises pour cette œuvre difficile. C'était dans ce temps-là que la Crète possédait, dans son sein un personnage qu'elle regardait comme un être d'une nature supé- *' Heure, et qui pour nous-mêmes, est enveloppé de je ne sais quelle lueur mystérieuse. Cet homme se nommait Epfménide (1). On le fait renaît dans la ville de Phestus, mais son histoire laisse plutôt supposer qu'il était citoyen de Cnossus, l'ancienne capitale de Minos. Il parait que

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Sa HISTOIRE DE LA GRÈCE.

«m origine était fort peu connue, puisque, comme l'ancien sage Mussns, on le déclare fils d'une nymphe. Sa jeunesse et une grande partie de sa virilité se consumèrent, dit une légende qui parait avoir été populaire de son vivant même, dans un sommeil surnaturel. Envoyé par son père à la recherche d'une brebis, il s'endormit dans une caverne où il avait cherché un refuge pendant la chaleur du jour. Il se réveilla sans s'apercevoir d'aucun changement ; ce ne fut qu'après avoir reconnu les personnes et les choses qui l'environnaient qu'il s'aperçut de ce fait étrange, à savoir, qu'il avait quitté la maison de son pèrejdepuis plus d'un demisiècle. Les anciens, quoiqu'ils ne pussent pas s'accorder dans leurs interprétations, croyaient démêler un sens dans cette merveilleuse histoire. Beaucoup d'entre ceux qui se sont préoccupés de ce fait supposent qtt'Eniménide passa une grande partie de sa vie dans l'obscurité, — dans une réclusion volontaire ou dans des voyages lointains, — et qu'il employa le temps où il vécut séparé de ses compatriotes, à acquérir les connaissances qui devaient exciter plus tard leur étonnement (i). 11 parait qu'ayant étudié les vertus cachées des plantes, il avait ainsi fait des progrès dans une science qui le mettait en position de rendre service au genre humain. Mais ce n'était pas là le fondement principal de sa réputation, et ce n'était probablement pas cela qu'il considérait comme le fruit le plus précieux de ses méditations solitaires. Ses nobles efforts pour pénétrer dans les secrets de la nature, en ouvrant à son esprit curieux de nouvelles sources de surprise, contribuèrent peut-être , à entretenir chex lui l'enthousiasme superstitieux, dont les plus hautes intelligences de cette époque ne furent pas exemptes, et qui était entretenu plutôt que détruit par la philosophie du temps. Il demanda à la faveur des dieux un chemin plus direct à la science , et pour voir exaucer sa prière, il pratiqua avec ardeur les anciennes observances, et institua de nouveaux rites plus raisonnables. Dans l'opinion de ses concitoyens, comme peut-être aussi dans la sienne, il s'éleva ainsi à la dignité de prophète sacerdotal, profondément versé dans la connaissance des lois religieuses, éminemment habile à conjurer la colère des dieux quand elle était excitée par l'impiété ou par l'indifférence, et favorisé des fréquentes manifestations de la volonté céleste, sinon doué du pouvoir de percer les profondeurs de l'avenir. Epiménide ne fut pas seulement prophète, il fut poète, et les détails que nous possédons sur ses ouvrages attestent la fécondité de son génie. Il ne dédaigna cependant pas de sanctionner pour ainsi dire la considération dont il jouissait par des formes extérieures qui le distinguaient du reste des hommes, et en affectant l'austérité des Orientaux dans son habillement. On ne l'avait jamais vu manger, et quand il paraissait en public, la gravité du sage se manifestait aux yeux de tons par la longueur de sa chevelure flottante.

(1) C'est ainsi, dit-an, que Manès s'enferma pendant une année ou même plus longtemps dans une cave avant de publier ses prétendues révélations ( Beausohre, liist. du Manichéisme, I, p. 189). Rilter (Dit Stupa' s, p. 33) remarque qu'un fait de ce genre se reproduit fréquemment dans les légendes de la vie de Bouddha,

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