CUAP. XI. — HISTOIRE CIVILE DE L'ATTIQUE
Mity léniens, dans laquelle le poète Alcée abandonna son bouclier sur le champ de bataille. Cette guerre avait été terminée par la médiation de Pérfandre, tyran de Corinthe, lequel adjugea la ville de Sigée aux Athéniens. Pislstrate s'en empara de nouveau, et la plaça sous la garde de son bâtard, Hégésfstrate, qui la défendit avec succès contre des attaques souvent renouvelées. En qualité de maître d'Athènes, la principale cité ionienne, Pisistrate entreprit la purification de Délos, ordonnée par un oracle. 11 l'effectua en faisant exhumer tous les corps placés auprès du temple d'Apollon, et en les faisant transporter ailleurs (f). Dans sa patrie, il augmenta sa popularité par ses largesses et en ouvrant ses jardins aux plus pauvres citoyens. Non-seulement il conserva les institutions de Solon, mais encore il eut recours, à ce qu'il parait, à l'Aréopage, pour maintenir une police rigoureuse. Il mit en vigueur la loi de Solon, qui obligeait chaque citoyen à rendre compte de ses moyens d'existence, et qui punissait l'oisiveté, et cela l'a fait regarder par quelques écrivains comme l'auteur de cette loi.
Ces mesures lui fournirent un préteste pour éloigner de la ville, et Pisutnta pour les forcer de se livrer à l'agriculture qu'il encourageait de ses pro- Jn'Ut uV' près deniers, un assez grand nombre de misérables sans occupations tén-lanrégulières. Mu par la même politique, non moins peut-être que par son amour pour les arts, il embellit Athènes de plusieurs établissements à la fois magnifiques et utiles. On remarquait, entre autres, les temples d'Apollon et de Jupiter olympien. Il termina seulement les fondations de ce dernier édifice, qui resta inachevé pendant sept cents ans, excitant l'admiration et en quelque sorte le désespoir de la postérité par la grandeur de ses proportions, grandeur telle que l'ancien monde ne conduisit rien de pareil en l'honneur du père des dieux. Parmi les monuments à la fois utiles et splendides, on remarquait le Lycée, jardin situé à une faible distance d'Athènes, et consacré à l'Apollon lycien, où de somptueux bâtiments, réservés aux exercices de la jeunesse athénienne, s'élevaient au sein de la verdure et sous des ombrages touffus. Le Lycée fut, personne ne l'ignore, une des écoles les plus célèbres de philosophie. On citait encore la fontaine de Callirhoë, appelée plus tard la fontaine aux neuf bouches (2), à cause des nombreux conduits à travers lesquels Pisistrate distribua les eaux qui jaillissaient de la source. Pour subvenir aux dépenses qu'entraînèrent toutes ces entreprises, le tyran leva une dime sur les produits de la terre. Ce nonvel impôt excita un vif mécontentement dans la classe qui dut le payer. Employer cet argent à élever des édifices publics, c'était, en effet, taxer le riche pour faire travailler le pauvre. Au reste, si nous devons en croire un écrivain obscur, la dime en question fut seulement remise en vigueur par Pisistrate, les anciens rois attiques l'ayant déjà établie (3). On regarde encore
H) ThucjJ., III, 104. — {% Èm«Kftu«!. — (SJ La letlre île Pisiitwle à Solon dani Dioç. Laêrt., i, 83 ; Diodore, Mai., u, p. 28, rapporte une anecdote à ce «uiet. Pisistrate rencontre un homme IraTaîllant dans un champ aride sur l'Hymette. Il lui demande ce que ion terrain produit. L'homme répond : « De ficlieuwi fatigues (muât iiùiai). Mais cela ne fera rien tant que Pisislralo aura
zedasrGoOgk
A.TMt t. c m prince comme l'auteur d'une excellente loi, suggérée cependant, ditvn' on, par Solon, qui mettait à la charge du public les citoyens mutilés à ta guerre. S'il faut en croire une tradition généralement admise, ta postérité lut doit un service supérieur a tous ceux qu'il rendit à ses contemporains. On lui attribue, en effet, la conservation des poèmes d'Homère, jusqu'alors épars en fragments détachés, appelés rapsodies. Toute exagération mise à part, il n'est pas douteux que Pfslstrate n'ait formé une collection des œuvres du poète plus complète et plus soignée, qu'il les fit ainsi mieux connaître de ses concitoyens, et qu'il sauva peut-être certaines parties qui auraient pu être perdues pour les générations futures. Quoi qu'il en soit, Pisistrate aima -les lettres pour elles-mêmes et nullement par vanité. Il fut le premier personnage en Grèce qui posséda une bibliothèque, et 11 mérita des louanges en communiquant libérale- -ment à tout le monde les richesses qu'elle renfermait (l). En définitive, bien que nous ne puissions approuver les procédés qu'il employa pour monter sur le trône, nous devons reconnaître qu'il usa royalement du pouvoir. On ne disconviendra pas que si sa dynastie neç ouvalt assurer a Athènes la grandeur dont elle jouit plus tard, elle lui procura du moins * le repos pendant lequel elle prépara ses triomphes à venir. Pisistrate conserva sa souveraineté jusqu'à la fin de sa vie, et mourut dans un âge avancé, trente-trois ans après sa première usurpation (537 avant Jpsus Mon d„pi- Christ) . Le pouvoir du tyran était si bien enraciné, que ses Ris, Hfppias, 'nmpUcé^ Hfpparque et Thessalus, lui succédèrent sans aucune opposition. Llau- «» ail. torité de Thucydide suffit seule à prouver qu'Hippias était l'atné, quoique ses raisons ne soient pas décisives en elles-mêmes, et quoique l'opinion courante de son temps accorde la primogéniture à Hipparque (2}. Comme le plus âgé, Hipplas aurait du remplacer son père et se mettre lia tête des affaires; mais les trois frères vivaient dans un accords! parfait, qu'ils prirent tous part indistinctement à l'administration du pays. Leurs caractères étaient pourtant bien différents. Hippias posséda, a ce qu'il parait, les qualités de l'homme d'État ; Hipparque hérita des goûts littéraires de son père, mais il aimait le plaisir , et peut-être aussi les amusements indignes de sa position (s). Quant à Thessalus, le dernier des trois fils, on sait seulement que ce fut un jeune homme plein de con- GouTsn»- rnëe {■*) ■ Les successeurs de Pisistrate suivirent les traces de leur père, «uïï'wà.1*'" ** 8e conTOrmereDt a ses plans. Ils se montrèrent soigneux de la prospérité du pays, et favorisèrent la culture des lettres et des arts. Un des expédients qu'ils employèrent dans ce dernier but, et cela, probablement à l'Instigation d'Hipparque, ce fut d'ériger uu certain nombre «THermès, ou bustes de Mercure, sur le bord des chemins qui condui
U part de revenu (tcùtuv ti pif a; Diiounpity SiSw*).» Pisistrate sa mit à rir«, et déchargea le terrain du paysan ; d'où le proverbe : Ot otpaxilsi nuaSsw iteXhh» — fl) Aul. Gell., N.A.,vi,lT, Nitzsch, teHist., Hom., |, p. 157. — (i) Kreuier (Rfcapi,, p. 909) affirme que Thucydide se trompe, tans donner aucune preuve i l'appui de sou assertion. — (S) Ce qu'Idoménée, dans Atbén., lu. p. 33$, dît des deui frères ainis, s'applique, pour autant que son dire-est fondé, à Hipparque. Héraclide de Pont. I. 1 appelle itaiitàfon et iiaiai; et «iMw-unt. — {if JUnd. P. Vefi(. T^
z«io,GoOgk