‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 66 sur 143 · CHAI'. XI. — HISTOIRE CIVILE DE L'ATTIQUE · texte numérisé non relu

CHAI'. XI. — HISTOIRE CIVILE DE L'ATTIQUE

Bâtent a la capitale. L'une des laces de ces bornes indiquait les distances ; l'autre présentait aux passants une sentence morale en vers ( 1), probablement composée par Hipparque lui-même, bien que ce prince reçût sons son toit les plus grands poètes de son époque. On attribue également à ce dernier la fixation de l'ordre suivant lequel on récitait les poèmes d'Homère à la fête des Panathénées , et que l'on continua d'observer dans la suite. Ces trois frères imitèrent la sage politique de leur père en renonçant prudemment aux avantages extérieurs du pouvoir, pour en mieux conserver la réalité. Ils ne se montrèrent cependant pas très-scrupuleux sur les moyens qu'ils employèrent pour se débarrasser des individus dont ils étaient jaloux, ou dont Ils avaient quelque chose à craindre. Hérodote rapporte comme un fait notoire que, peu de temps après son retour, Cimon fut massacré par des assassins à lenr solde. Ils s'entourèrent d'une garde permanente de mercenaires étrangers (î), mais ils ne firent aucun changement aux lois et anx formes de la constitution, en ayant seulement soin de confier les principales charges à leurs amis les plus dévoués. Ils diminuèrent même l'impôt, fixé au douzième par Pisistrate ; et, sans établir de nouvelles' taxes, ils firent face aux besoins de l'État, et continuèrent les grands travaux commencés par leur père. Le langage d'un écrivain postérieur (s) qui cite lenr administration comme rappelant le bonheur de l'âge d'or, semble justifié par l'éloge modéré de Thucydide. Cet historien dit, en >

effet, que ces trois tyrans s'efforcèrent d'être sages et vertueux. Le pays prospérait, et le peuple, s'il n'était pas complètement heureux, ne se montrait pas impatient de secouer le Joug. En un mot, la puissance des fils de Pisistrate semblait devoir se transmettre facilement à une nouvelle génération, lorsqu'un événement imprévu changea la face des choses et prépara une brusque révolution.

Les noms d'Harmodius et d'Aristogiton furent immortalisés par la Harmodmi reconnaissance des Athéniens, quoique dans un autre pays ils eussent Jj,.*1'"0"'" peut-être été voués à l'oubli, ou que du moins ils n'eussent Jamais été l'objet de panégyriques. Aristoglton appartenait à la classe moyenne ; on citait Harmodius comme un jeune homme d'une grande beauté. Tous deux issus d'une famille d'origine phénicienne, ils étaient encore unis par les liens de la plus étroite amitié. Hipparque fit au second de ces deux jeunes gens un outrage considéré dans notre état social comme le plus grossier de tous : il déshonora sa sœur. Bien pins, cette jeune fille ayant été invitée, sur les ordres du tyran, à figurer dans une procession pour y porter les vases sacrés, fut publiquement repoussée, quand elle se présenta dans ses habits de fête, comme indigne de prendre rang parmi les vierges. Celte nouvelle insulte mit le comble au ressentiment d'Harmodius, et excita au plus haut degré l'indignation d'Aristogiton. Lea deux amis résolurent non-seulement de laver l'offense dans le sang

(i) Paeudb-PlatoinHipparch., elHarpoerat., TpaiipaXoc. — (2) D'après Arâtole (dans le scoliaste d'Arisloph., Lys., 664], ces hommes se distinguaient des autres, a ce qui! paraît, par du uniforme 'qui leur lit donner le nom de Pied» de loupa (AwwtioSi;). — (3) L'auteur de l'Hipparque, p. 229.

t de profita- de celle eeaakm pour mettre i b depuis kngtaap* C— {■ par Arislogiton, celui de détrôner la dynastie régnante. Ib 111— ■Juaimil Imr plan à on petit nombre d'ami* qui leur promirent leur ensscoars; ils espérèrent, en outre, qoe des qae le premier coop muait été porté, beaucoup d'autres citoyens meUrment heliemammce à profit nom* recouvrer leur liberté. Les conspirateur* choisirent la Jeté dm grande* Panathénées comme l'époque la plus favorable A l'exécution de leurs projets. Ce jour-là, les citoyens marchaient en procession, armés de piques et de boucliers; c'était, eu temps de pair., la seule occasion où il fût possible de porter des armes sans exciter des soupçons. On convint qu' Ha nnodins et Aristcfptou donneraient le signal en poignardant Hippîas, tandis que leurs amis écarteraient les gardes, et qu'ils s'en remettraient pour le succède l'entreprise à l'amour de la liberté, toujours subsistant dans le peuple. Le jour venu, les conjurés se munirent de poignards, et les cachèrent dans les branches de myrte que l'on porte à la main durant la cérémonie (i). Au moment où Hippîas, entouré de ses satellites, se trouvait dans le faubourg du Céramique, occupé A régler l'ordre de la procession, on vit un des conspirateurs s'approcher et causer familièrement avec lui. Les deux amis, se croyant trahis, résolurent do moins de se venger. lisse précipitèrent dans la ville, où ils rencontrèrent Hipparque, M *«tn qu'ils assassinèrent avant l'arrivée deson escorte. Les gardes survinrent H "**■*■ A temps pour venger sa mort sur Harmodius. Quant A Arislogiton, il disparut dans la foule, mais pour être repris plus tard.

Lorsque Hippîas reçut la nouvelle de l'événement, il ne parut pas s* préoccuper du meurtre deson frère; Il s'avança d'un air calme au-devant de la procession, qui ignorait encore l'assassinat ; puis, sous le prétexte de prononcer un discours, il engagea ceux qui la composaient à déposer leurs armes et à le suivre. Il ordonna ensuite A ses gardes de s'emparer des armes et de chercher sur chaque individu celles qu'il aurait cachées. Tous les citoyens munis de poignards furent arrêtés avec ceux dont Hippîas suspectait les sentiments.

On comprend sans peine quelle fut la destinée d 'Arislogiton. Plusieurs auteurs s'accordent à dire qu'on le mit à mort après avoir essayé de lui arracher, dans les tortures (2), les noms de ses complices. L'infortune se vengea, dit-on, en accusant les meilleurs amis d'Hippies. Une courtisane nommée Lena, dont le seul crime était d'avoir été aimée par le meurtrier, subit le même sort. Elle devint célèbre A cause de la constance qu'elle déploya au milieu des tourments les plus cruels. On ne

(1) Sans doute par un certain nombre des plus jeunes citojens, comme les bru* j ehes d'olivier étaient parties par les vieillard»; —il n'est fait menlion de cette coutume que dans la fameuse chanson à boire : Èi jj.ùpTiu k1sJ"i td Sjïçs; ^opitw. Alhen., IV, p. 693, B. — (2) Quoique la torture ne .oit expressément mentionnée g« par des écrivains récents, tels que Poljen, Justin et Sénèque, le Tait est puissamment confirmé, sinon pleinement établi, par l'expression emphatique de Thucjdide:il ne fut pas traité avec douceur (où iaîiu; ffiiTiftnl, laquelle serait absurdes! elle signifiait seulement que l'assassin ne fut pas caressé parles amis d'HipP^'F" La partialité qui suggère de pareilles phrases provoque le sourire.

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