‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 67 sur 143 · CHAP. XI. — HISTOIHB CIVILE DE L'ATTIQUE. »T · texte numérisé non relu

CHAP. XI. — HISTOIHB CIVILE DE L'ATTIQUE. »T

tarda pas à s'apercevoir combien le bonheur d'un peuple tient a peu de chose, quand il ne dépend que de la vertu et de la sagesse d'un homme. Hipplas se montra doué de ces belle» qualités tant qu'il n'eut pas d'Injure à punir, tant qu'il n'eut pas de crainte sur sa sûreté personnelle; mais tout a coup il cessa d'être doux, affable, bienveillant, pourdeve- Ty,„, nir un despote soupçonneux, farouche et cruel, considérant tous ses su- «'H'pp'm jets comme de secrets ennemis et s'efforcent de les effrayer par ses rigueurs plutôt que de les ramener par ses procédés conciliants. Il parut, à dater de ce jour, considérer l'Attfque comme un fragile domaine qu'il fallait pressurer le plus vite possible. Il n'est plus désormais question que d'exécutions fréquentes, d'impôts extraordinaires et de stratagèmes employés pour grossir le trésor du tyran aux dépens de toutes les classes de la nation. A la même époque, Rippias contracta une alliance étrangère, moins dans le but d'augmenter son pou voirqu 'afin de se ménager un refuge a lui et à' sa famille en cas de revers. Il maria sa fille 1 Archédicé au fils d'Hippoclus, tyran de Lampsaque. Thucydide considère cette union comme tellement disproportionnée, qu'il pense qu'Hip- ' pias ne s'y serait Jamais abaissé, s'il n'avait pensé qu'il aurait bientôt - besoin d'un asile. Hippoclus était en grande faveur auprès de Darius,

■ roi de Perse, et le maître d'Athènes avait déjà, tourné ses regards de ce ' coté.

Hipplas n'était pas seulement menacé par le mécontentement de son

1 penple, il l'était encore par les machinations de puissants ennemis que

les plus grands mobiles, l'intérêt et le ressentiment, poussaientà lecom-

■ battre sans relâche. Parmi ceux-ci les Alcméonides exilés n'étaient pas

' les moins redoutables, puisque après leur chute Pisistrale ou ses suc- d„ A0™£

eesseurs avaient confisqué leurs possessions de l'Attique , rasé leurs b'0"- ' maisons et détruit leurs tombeaux. Au dehors ils possédaient autant de ' ressources que l'argent peut en procurer. Après la mort d'Hipparque, l'impopularité croissante d'Hippias les encouragea à renouveler leurs

■ entreprises. Ils réussirent même à s'emparer d'une place forte sur la frontière de l'Attique (i); mais ils furent bientôt repoussés avec une perte considérable, grâce à l'énergie et à l'activité de leur ennemi. Non

i rebutés par cet échec, ils jetèrent les regards autour d'eux pourcher- ' cher de l'aide, et l'influence qu'ils avaient acquise sur l'oracle de Del- ■'■ phes leur fournit le moyen d'en obtenir. Le temple de Delphes avait été

> incendié quelques années auparavant. Ce malheur provenait sans doute

* d'un accident ; mats les ennemis des Pisist ratifies ne manquèrent pas de V le leur imputer. Quoiqu'il en soit, les Alcméonides s'engagèrent vis-àvis des Amphictyons a reconstruire l'édifice sous certaines conditions. Guidés par une générosité calculée, ils dépassèrent de beaucoup les termes de leur convention. L'architecture du nouvel édifice fut plus somp-

. tueuse que celle de l'ancien, et le fronton du temple, au lieu d'être en

* \\) Lipsjdrium. Aiïstote place» lieu sur les hauteurs du Parnès (iiitittr™ «a!j-

> to»o(. Scol. Arnloph., Lysistr., 66S). Hérodote dit : ïmlp naiown;, v, 68, ou Ha- ;? imtw; quelle qne soit celle de ces deux leçons ciu'on choisira, il s'agit, ce semble,

d'une résidence rie famille apparie nanl au* Péomdes, parenla des Alrméouides.

oogle

Av.nt j. c. pierre de peu de prix, fut rétabli avec du marbre de Paros. Une telle sl0- munificence propagea la réputation des Aleméouides dans la Grèce entière et leur mérita l'utile reconnaissance des habitante de Delphes. Clysthène, le chef de la famille exilée, parvint, a. l'aide de ces moyens, à se servir de la prétresse du temple, de la pythie, comme d'un instrument pour ses desseins. A son instigation, les Spartiates, qui menaient souvent consulter l'oracle sur leurs affaires publiques ou particulières, reçurent pour réponse qu'ils devaient, avant tout, rendre Athènes a la liberté. Les Spartiates, dont le respect pour l'oracle était sans bornes, ne tardèrent pas a se laisser convaincre par ces exhortations souvent répétées. Bien que la famille de Pisistrate leur fat unie par les liens d'une publique hospitalité, ils se déterminèrent à envoyer une armée pour la l»s spir- ehasser. Les troupes, sous le commandement d'Anchimolins, homme

m»™ ™Àt- d'une haute réputation, mais qui n'était pas du sang royal, firent voile

,lq"f* pour l'Attique et débarquèrent dans le port de Phalère. Pendant te

temps-là, le gouvernement athénien, qui avait été informé du but de l'expédition, avait réclamé le secours de la Thesulie, son alliée. Les Thessaliens envoyèrent mille chevaux sous les ordres de Cinéas, à qui Hérodote donne le titre de roi, et qui était sans doute un des principaux nobles du pays. Cinéas battit les Spartiates, tua leur chef et les refoula - jusque sur leurs vaisseaux. Bientôt ils revinrent avec des forces plus considérables et commandées par leur roi Clébmène ; ils voulaient envahir l'Attique par terre.Cettefoisla cavalerie thessalienne fut vaincue, et,quoique ses pertes fussent peu importantes', elle abandonna ses alliés et retourna chez elle (il. Hors d'état de faire face à Cléomèneiur lechampde bataille et même de défendre la ville, Hippias se renferma dans la citadelle abondamment pourvue de vivres. Les Spartiates, n'étant point préparés à un siège, se seraient bientôt retirés si, par un excès do prudence, Hippias ne leur avait pas ménagé un succès imprévu. H donna l'ordre de conduire ses enfants en un lieu sûr, hors du pays; ceux-ci tombèrent entre les mains de l'ennemi au moment où ils s'éloignaient, et on ne consentit à tes rendre fa leur père qu'en lui imposant l'obligation de quitter Athènes dans cinq jours. Quatre ans après la mort de son frère Hippias (5 1 0 avant Jésus-Christ) Hippias fit voile pour l'Asie, ou il alla résider

quitie Atbè" temporairement dans la principauté héréditaire de Sigée. Dèa que le tyran se fut retiré, on prit des mesures sévères contre ses partisans, qui paraissent avoir formé, pendant de longues années, un parti formidable. Plusieurs furent mis à mort, d'autres furent envoyés en exil ou privés de leurs privilèges politiques (2). On condamna la famille déchue fa un bannissement perpétuel, et on l'excepta seule dans Le décret de large amnistie concédé plus tard (3). Les tyrannicidei, au contraire, obtinrent des honneurs presque divins. Ils furent les premiers mortels auxquels on éleva des statues aux frais du publié, en récompense de

il) Andocîde, tb Mytt.. 106, semble faire allusion a ce combat, litre isî Diù- Aniiu, dans lequel les patriotes étaient eonrluits par son biiaïeul, Léogoru, et p"' Chtmi, «on beau-père. — (î) Audoo., de Mytt., $ 106. Voye* Wagner et Ji chronique de Paros, ep. 53. — (3) Audoc., de Mvtt., $ 78.

CIVILE DE L'ATTIQDE. 3»

leur vertu (l). Leurs MM, sans cessa répétés avec mlUt témoignages d'admiration, circulaient dans toutes les chansons 4e table. On- les plaça, daBslesUesdeseieijh«ureux>àoôléd'A<'hilIectd«Ty(lfde(a). Quand on orateur voulait donner une haute idée du mérite le pins élevé, ou des plus grands services rendus à la cause de la liberté, Il ne manquait jamais de rappeler le souvenir d'Harmodius et d'Arkstogiton. Cet enthousiasme n'était sang doute pas plus sincère qui) n'était fondé f mais les ennemis personnels et les rivaux politiques de la dynastie déchue avalent à cœur d'entretenir la naine du peuple contre elle. Tous ces efforts, eussent cependant été vains si, dans lea dernières années de son règne, Hipplas n'avait pal fourni une ample matière aux accusations qui s'adressaient à lui ou aux siens.

Après le départ des Pieistrotides, le parti démocratique» qui les avait élevés au pouvoir, se trouva sans chef. Les Alcméonidea avalent toujours été considérés comme adversaires de ee parti, quoiqu'ils fussent non moins opposés à la Action des nobles dirigée à cette époque par Isagoraa. Ils n'étaient pas seulement influents à cause de leurs vastes domaines, ils possédaient encore l'autorité de la naissance aocrue par tous les liens civils et religieux qui unissaient entre elles les anciennes subdivisions des tribus. Clysthène se, sentant hors d'étatj comme son parti le fut toujours, de tenir tète à ses adversaires, prit le parti de s'attacher à la cause populaire, ainsi que l'avait fait Pisietrate avec tant de bonheur. Ayant obtenu un succès passager sur ses rivaux, il fit dans la constitution un changement important, qui devait détruire la puissance de son ordre tout entier, en rompant les principaux liens de son autorité. Encouragé par la confiance du peuple et par la sanction de l'oracle de Delphes, il abolit les quatre tribus anciennes, établit une lltEllloti[ini nouvelle division géographique de l'Attique, et forma dix tribus nou- d«ciy.th*w. velles dont chacune portait le nom de quelque héros du pays. Les dix tribusjse subdivisaient en districts de différentes été ndues, appelés démet, renfermant chacun une ville ou un village pour .capitale. Hérodote rapporte qu'il n'y eut d'abord que cent dêmes, dix par chaque tribu ; mais comme plus tard on en compta plus de cent soixante— dix et que l'histoire n'explique nullement cet accroissement considérable, ona conçu des doutes sur l'exactitude de cette assertion. D'un autre côté, on en a voulu aussi conclure que les tribus de Clysthène ne comprenaient pas l'Attique tout entière (3). C'est là une de ces questions qui dépendent uniquement du point de vue sous lequel on envisage les anciennes tri- bus. Au moins est-il possible que des changements survenus dans l'Intérieur de l'Attique postérieurement à Clysthène, aient nécessité la division d'un certain nombre de dèmes (4). On s'explique plus difficilement la transposition nu moyen de laquelle les dèmes appartenant & In même tribu se trouvaient placés aux extrémités opposées de l'Attique. Clysthène parait avoir conservé les anciennes phratries (6); mais elles

(i) PHn., N. H., ww, 9. — (2) Athée., i», p. 685. — (3) Niebulir, p. 806,

Appendice 1. — (i) V. Appendice!. — (Ef)Plntner proffsne une opinion contraire . Voir l'Appendii, I.

sao arsroiBK de la gbêce.

tarent détonnais isolées par l'abolition des tribus auxquelles elles se rattachaient. Elles perdirent leur importance polffiqne, elles ne servirent plus qu'à constater la descendance légitime de leurs membres et a enregistrer leurs titres aux droits civils héréditaires. Toutes les fonctions politiques attribuées d'avance aux subdivisions des anciennes tribus, celles qui avaient particulièrement rapport aux prétentions de l'État sur la propriété des citoyens (l), furent dorénavant confiées aux nouvelles corporations établies ; chacune d'elles étant administrée par son magistrat local, le démarque, et tenant des assemblées où se traitaient ses affaires particulières, pour constater et pour inscrire le nombre de ses membres. Chaque citoyen, ou du moins tous ceux qui n'étaient pas nésa Athènes, étaient tenus de se faire porter sur le registre d'un denw. C'était la la base des droits et des devoirs politiques, comme l'admission dans les phratries conférait les droits particuliers. Clystliène, diton, augmenta encore la force du peuple en admettant un grand nombre de nouveaux citoyens, non-seulement des étrangers habitants du pays on aventuriers venus du dehors, mais encore des esclaves (2). C'est sans doute aux exigences de sa position qu'il sacrifia ainsi les préjugés. Le fait, s'il est réel, prouve combien le parti opposé conservait d'empire sur l'esprit du peuple.

Nous connaissons trop mal le mécanisme du système détruit par Clysthèoe pour apprécier nettement l'importance de ses Innovations; , mais nous en savons suffisamment pour nous convaincre que ce personnage ne fut pas, comme Hérodote le donne à entendre, seulement capricieux et changeant. Il transforma réellement le peuple en un corps nouveau, servi par de nouveaux organes, respirant un esprit nouveau, désormais peu accessible à l'influence de la vieille noblesse quand elle ne possédait pas des richesses ou de hautes qualités personnelles. La forme entière de l'État fut réorganisée pour s'accommoder à la nouvelle division du pays. Le sénat des Quatre-Cents atteignit le nombre de efnq cents, de manière i ce que cinquante membres sortissent de chaque tribu. La présidence fut mise également en rapport avec ce changement, les cinquante sénateurs de chaque tribu remplissant cette fonction pendant trente-cinq ou trente-six jours consécutifs, tandis que neuf sénateurs élus dans les neuf autres tribus présidaient le sénat et l'assemblée du peuple , désormais réunie quatre fols par mois pour vaquer à des occupations déterminées. Les néliastes formèrent aussi dix tribunaux, et la même division prévalut dans beaucoup des Institutions publiques, quoique le nombre des archontes restât le même. On attribue aussi à Clysthène la première institution de Vottraàtme (3), sorte île procédé sommaire au moyen duquel le peuple pouvait se débarrasser

(■Il Les naueraries. — (2) Arisl.. Polit., ni, 1, 10. TJoUd&c kpMiwm (A« mù tfcùlcu; |MTti*',u;. Comme celte leçon n'a pas de sens, plusieurs commenlaleurs niellent un autre *ai après StûJiu; ; mais il estéïîdenl qu'on ne pouvait p" comprendre les esclaves dons les dentelasses d'étranger» libres. Niebuhr place *» SdiXcu; après umûtcu;, et interprèle le passage dans un sens conforme àseshjpothèses pnrliculières (lr,p. 305, noie 2).Gœttling rejellc SoùXcu; ou le Iransformeen iro«.'.ù;. — (3) -«lien, V. H., un, 23, el Perhnnins.

3 omzed air GoOgk

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