‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 70 sur 143 · C1UP. XII. — LES COLONIES · texte numérisé non relu

C1UP. XII. — LES COLONIES

partie, au port d'Aulis, d'où était Fortie l'expédition des Grec» contre Troie. Suivant la même direction, ils s'établirent d'abord dans l'Ile de Lesbos, où ils fondèrent six villes. D'autres corps d'aventuriers occupèrent la côte d'Asie située vis-à-vis, depuis la base du mont Ida jusqu'à l'embouchure de i'Hermus. Il n'y a aucune raison de douter que c'ait été là l'origine réelle de la plus grande partie de ees établissements éoliens ; mais ce n'est pas non plus un motif pour rejeter la tradition d'une émigration du Péloponëse vers l'est, avant la conquête dorienne. On a quelquefois dit qu'Oreste lui-même conduisit une colonie achéenne à LesbosouàTénédos. Selon d'autres, il mit seulement l'expédition en train et mourut en Arcadie, mais il était suivi de son fils Penthilus, qui pénétra jusque dans la Thraee. Archétaûs, fils de Penthilus, traversa l'Hellespont, et Gras, fils d'Archélaùs, fit le premier la Conquête de Lesbos. Une autre bande, sous la direction de Clève et de Malaus, aussi descendants d'Agamemnon, partit dans le même temps que celle de Penthilus, mais après avoir longtemps séjourné eu Locride, près du mont Phriciom. En arrivant en Asie, les émigrants trouvèrent les Pélasges encore en possession de la côte, mais fort affaiblis par la guerre de Troie. Les nouveaux venus leur enlevèrent Larisse, leur capitale, au moyen d'un fort qu'ils construisirent auprès, et qui, devenu ville, conserva le nom de Néon Teichos (château neuf). Ce futalors qu'ils fondèrent Cume, appelée P h ri conis à cause de leur séjour près du mont Phricium. Cette dernière ville devint la principale cité éolienne sur le continent,

La conclusion à tirer de ces faits, c'est que l'émigatlon éolienne peut, dans son origine, être considérée sans invraisemblance comme une' continuation des premières entreprises des chefs achéens sur la même partie de l'Asie, ou an moins comme la conséquence de l'attraction exercée par cette riche et puissante contrée, ou les héros d'une génération précédente avalent acquis gloire et richesses. Mais il semblerait que, plus d'un siècle après l'arrivée des premiers colons, de nouveaux aventuriers arrivèrent, soit qu'ils eussent été ehassés.de chez eux, soft qu'ils fussent attirés par tes avantages de ee pays. Les anciennes cités éoliennes sur le continent, les villes de l'Eolide, comme on les appelait quelquefois, étaient au nombre de onze ; mais Cume et Lesbos en fondèrent ou en occupèrent environ trente autres sur le territoire de Priam, que les Lesbiens réclamèrent comme héritiers légitimes des conquêtes d'Agamemnon.

Au midi, de I'Hermus au Méandre, une contrée qui, au rapport d'Hérodote, jouit d'un climat plus heureux que la vallée du Caïcus et les plaines voisines de l'Eolide, quoique moins fertile peut-être, échut en partage aux aventuriers de l'émigration ionienne. En général, ces aventuriers étaient bien en effet des Ioniens qui, après avoir été dépossédés par les Achéens de leurs établissements sur le golfe de Coristhe, s'étaient réfugiés dans l'Attique, où ils avaient probablement concouru à repousser l'invasion desDoriens, rendue célèbre par le dévouement de Codrus. Ils furent rejoints, h ce qu'il parait, par d'autres fugitifs, par des sol-

inrtJ'C duts aventureux vanus de-toute* les parties de Jà Grèce, efc est particu- < 1M0' lier par nue bande considérable de Phocéens. L'Attique ne pouvait offrir une résidence permanente a tous ces étrangers. Une querelle, qui s'éleva après la' mort de Cèdres pour la succession au trône/ leur fit trouver des chefs au setn même de la famîlbe royale, et hâta peut-être leur départ. Méden, f héritier direct, étant butteux, ion frère Mêlée prétendit qoe cette' infirmité le rendait Incapable de régner. Mata l'oracle de Delphes avant tranché la question en faveur de Médorr, Nette, avec plusieurs de ses frère» et de se» compatriote* dé Pyïos, se mit à la tête de i'émifrarkin.E» traversant la mer ïgè>, l'expédition fenoades établi ssemeate dans k» Cyclades et dans d'autres lies ( peu a peif, Défos devint le sanctuaire enmmnn de la race ionienne. La cote asiatique, appelée désormais; ionie, et les Ikf voisines de ChiosetdeSamos, étaient habitées à cette époque par des trtbnt d'nristnes diverses. Quelquesunes, les Cariens, les Léléges et lés descendants des colons crétois, possédaient depuis longtemps le paya, taudis qoe d'autres , au contraire, avaient été récemment chassées de ta Grèce par de* causes semblables a «elles qui déterminèrent l'émigration Ionienne. Les nouveaux venus s'allièrent promptemcnt, eé semble, avec celles-ci, mais les Cariens et les Léléges fuient dépossédés ou exterminés. Il se ferma graduellement douze États indépendants,' tons compris sons le nom Ionien, et considères comme les membres d'un même corps, bien qu'ils se composassent d'éléments hétérogènes et qu'ils parlassent des dialectes différents. Hérodote pense que ce nombre fut fixé à dessein comme étant celui des villes du Pétoponcac abandonnée» kbx Aehéens, et comme ayant été attaché flttx Inatitntions' primitives des Ioniens ;ndn& verrons cependant ' des motifs te nous demander si cette réduction ne fut pas simplement accidentelle.

CesdonzéeotoniesétaFeat Same», C'Ato» (danscbacune, la ville prineipalë empruntait son nomài'Ile) Miltt, Myut,Priè*e, Efhite, Colophon, Léfxdta^Tie», ErjfUirit, Ciasominiiei Phoeée. Les renseignements que nous possédons sur leur fondation sont rares et difficiles à concilier. Hérodote Considère Muet rétame icUcu oit les premier» colons avaient le plus.de pur saag- kniendansi les veines. Ce fut là que Nélée choisit sa résidence. Ses eoBopagnons-massacrèren* le* hommes, tons Cariens selon Hérodote, et foreèrentlei femme» il ksépotjsep (il. Hérodote ne meutior«i6pasleflÛ'étni*r qui,ieiou Ephore, habitaient l'ancienne ville deMilet, tandis que Mêlée s'établit dans le voisinage de la mer, en un Heu situé à ht proximité de quatre ports tous comblés depuis par les dépôts accumulés dn Itféand ce, et dont l'un était en état de contenir «ne flotte. Myua et Prient furent aussi enlevées aux Cariens. Cydrétos, têtard; de Codrnfl* s'empara de la première de ces deux cités. A Priene,

(i) Nicfcshr ^p: 133) regarde celait commun cmple de la nSMèmdSgif ordinaire aui premiers cotant, grec*. Hérodote (i,; 146) semble- en parler mit d'an cas isolé ; il ajoute que les femmes transmettaient le ressentiment dont elles étaient animées envers leur; farouches amanls à leurs filles, leur faisant jurer de ne jamais partager U»r rapaeel du ne pus les appeler par laars noms.

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CHAI'. Xli. — LES COLPKHES. 301

les Doriens, sons «commandement d'Kgyptus, flhvde Mêlée, 's'unirent avee tes Thébains, conduits par Phikrtas. Ces derniers étalent peut-être les Cadméens, crtés par Hérodote an nombre dès tribus étrangères qui prirent part à' la conquête ionienne. On partait te même dialecte dans ©es trois villes. Androclus, flls de Codrus, vint avec ses compagnons fc Ephèse, habitée alors principalement par les Léléges et les Lydiens, qui furent contraints de se retirer devant les Ioniens. Mata le temple de là déesse ^probablement d'origme asiatique), en qui les Grecs reconnaissaient leur Artémis ( Diane), servit de refuge à un grand nombre de fugitifs, parmi lesquels se trouvaient Ses femmes, Issues, dit-on, des amazones, qui passaient pour avoir fondé cette ville. Les Cretois, qui avaient remplacé la première population earienne, possédaient Colophon. Les Ioniens, sous Damasichthou et Prométhos, fils de Godrus, consentirent à demeurer avee eux dans le pays sur le pted de l'égalité. Un autre fils de Codrus, Andrœmon ou Andropompe, chassa les Cariens de Lébêdus. Strabon donne a entendre que ce chef, avant de s'emparer de la ville, fat obligé de prendre position dans une place du voisinage, nommée Artis (i). Des Mynlens d'Orehomène, conduits par un guerrier appelé Atbamas, descendant de l'ancien héros de ce nom, occupèrent d'abord Téos avee les Cariens. Lorsque les Ioniens arrivèrent, on les admit pacifiquement nu partage de la colonie, laquelle ne tarda pas à être envahie par deux nouvelles bandes d'aventuriers, l'une de l'Attaque, commandée par des chefs de la race de Codrus, eti' autre de la Béotle. Erythrée paraît n'avoir été comprise dans la famille ionienne que plus taro\ Cnopns on Ctéopus, fils de Codrus, passa peur s'y être étant! avee ÙH bande de compagnons ressemblée dans toutes tes villes d'Ionic FI 'y trouva, dit-on, une population composée de- Cretois, de Cariens, de LyciensetdePampbyliens(a), avec laquelle il se Ha promptement d'amllié.

Tontes ces villes existaient avant l'émigration Ionienne ; quelquesunes d'entre elles étalent peut-être- même florissantes, mais Clazomèoes et Phocée durent leur origine à cet événement. Aidés par on corps nombreux è? é migrants sortis de Cléoneet de Phthra âpres l'invasion dorienne, des aventurière ioniens fondèrent Giazomënes. ■ Cette coalition indique ene- affinité nationale d'aHleurs confirmée par les premiers historiens du Pélopuuèsc. Une colonie de Phocéens hâtit Phocée, située à l'extrémité, septentrionale de l'Ionie, *»r un territoire obtenu par traité des GuméedBfc Deux Athénien*; Philogàno et Oamoe, mêlant leur desttaée a cette- des nouveaux venus, leur fournirent mus le» moyens de transport nécessaires. Les Ioniens ne fraternisèrent pourtant avec eux que lorsqu'ils, eurent accepta des princes, de la race de Codrus, venus d'ËrybaréeetdaXéat.

(1) ht, p. 655. K.a.i%\3È6y.if,î rfpr»' tua Âptiv, — (2) Pauïanias cous apprend 'Vu, 3,. 7) que lesCariens s'établirent comme amis et les Lycieni comme parents des Cretois;, qn on présume BToir été les compagnons d'Ervlhrus, ntsdeRhadamaiithe. Quant »uï Pamphrllens, ils «Talent suivi la fortune Je Cliatcas après la chute de Troie. Leur nom indiquait probablement une tribu composée de races diverses.

3t» HISTOIRE DE LA GRKCK.

H est difficile de déterminer le nombre d'habitants que la populatk» de Chios emprunta aux Ioniens de 1 Al tique. Selon ie poète Jon, né dans cette lie, et contemporain d'Hérodote, le pays était, à l'époque de rémigration, occupé par des Cariens, des Abantes d'Eubéeet des Cretois, tous gouvernés par un prince nommé Hector, qui, faisant la guerre aux Cariens et aux Abantes, les chassa de Chios, bien qu'il fut originaire de l'Eubée. Il fut ensuite admis dans la confédération ionienne (t). D'un autre coté, Strabon rapporte qu'Egertius conduisit dans cette Me une population très-mélangée, sans mentionner le lieu d'où elle provenait, 11 est tout à fait probable que Chios reçut de nombreux colons d'Erythrée, située sur le rivage opposé. On doit le croire en voyant cette Ile prendre part aux révolutions (2) d'Erythrée, et se distinguer de tous les autres membres du corps ionien par un dialecte particulier. Nous ne trouvons aucune donnée distincte sur la manière dont Samos atteignit le même rang, quoique son histoire primitive soit un peu plus claire. Elle reçut originairement uue colonie ionienne venue d'Epidaure, qui entra en partage avec les anciens habitants, les Léléges. Sous Androclus, les Ephésieus guerroyèrent contre les nouveaux colons et parvinrent à les chasser de l'Ile. Une partie de ces colons expulsés vint débarquer à Samothrace, qui leur dut peut-être son nom, ayant été autrefois appelée Dardanie, et s'y joignit aux Pélaages Tyrrhéniens; d'autres s'emparèrent d'une place nommée Anssa, sur la côte opposée de l'Asie, et s'y établirent pour épier le moment de revenir à Samoa. Une occasion favorable s' étant offerte dix ans plus tard, ils la saisirent et repoussèrent à leur tour lesEphésiens.Ce dut être après cet événement qu'ils entrèrent dans la confédération. Ils y avaient en effet des droits, à cause de leur origine, bien qu'ils ne fussent pas gouvernés par des princes attiques, mais par les descendants des anciens rois d'Epidaure.

A ces douze cités, une autre vint s'ajouter plus tard, qui eut le bonheur extraordinaire de conserver jusqu'à nos jours son nom et sa prospérité; nous voulons parler deSmyrne. Selon Hérodote, Smyrne fat dans l'origine une colonie éolienne, traîtreusement envahie par une bande d'exilés venus de Colophon; mais une version, mieux établie en apparence, attribue la fondation de cette ville a des Ioniens d'Ephèse, dont une partie portait jadis le nom de Smyrne (3). Ceux-ci furent défi) Pausan., vu, -i,9. — (2) Alhen., ti, p. 239, d'après Hippias, écrivain d'Erythrée. Selon cet auteur, Cnopus fui tué en mer par de« Irailres, qui, avec l'aide de* ijrans de Chios, Amphîcle et Polytecne, établirent à Krjthrée"une oligarchie oppressive renversée plus tard par Hippote, frère de Cuopus. — (3) Strabon, xir, p. 635. Consulte* K. 0. Mûiler, Histoire de la littérature de t ancienne Grèce, c. v, § 2. Welcker défend l'origine éolienne de Smjrnc [Der fe'p. cycl., p. 442), et il soupçonne que ce que dit Strabon de l'origine de ce nom est un renversement de la tradition originelle. Vovei aussi Bode (Geseh. der Hitlenttchen DichOcumt, p. 250, 232). Le' principal témoignage qu ils invoquent, outre celui d'Hérodote II, 149), le fragment poétique de Vita Bomeri, 14, se trouve dans Hérodote, où il est dit que les fondateurs ont été les lao! Qpiiuwo; , c'est-à-dire : « Cuniani ei Locriensinm monte Phricio progrès»! ; » lirùp-paot» XioXtôn Sjujpvni. Ceci peut être une preuve suffisante qu'à une époque reculée, dont personae ne saurait assigner T antiquité, les Éo liens revendiquaient Smj rue comme une

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