‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 71 sur 143 · CHAI'. XII. — LES COLONIES · texte numérisé non relu

CHAI'. XII. — LES COLONIES

nouilles de leurs possessions par les Éolieuset les réfugiés de Culophon. A Ce n'est peut-être là, au reste, qu'une forme détournée du même récit, qui représente Smyrne comme ayant remplacé une ville appelée Mélitc, la treizième de la liste, ville détruite avec le consentement unanime des douze autres (l).

La pointe sud-ouest de la péninsule asiatique et les lies voisines furent, à peu près à la même époque, occupées par des colons d'une raee différente. Un certain nombre de conquérants doriens, émigrants euxmêmes, conduisirent sur la côte d'Asie des bandes composées en partie de compatriotes et en partie d'Achéens. La plus célèbre de ces expéditions est celle que nous avons déjà eu occasion de mentionner, celle d'Althœmène d'Argos. Laissant une division des siens en Crète, il s'avança avec le reste de ses compagnons jusqu'à Rhodes, où, suivant une légeude du pays, l'Héraclide Tlépoléme fonda les villes de Linde, dialyse et de Camire, cela avant la guerre de Troie. Vers le même temps, des Doriens de Trœzène fondèrent Halicarna'se, tandis que d'autres, de Laconie, fondaient Cnide sur la même cote. Une troisième, bande, venue d'Epidaure, prit possession de l'Ile de Cot, qui rivalisa avec sa métropole pour le eulte d'Esculape. Ces six colonies formèrent une association d'où furent exclues plusieurs autres de la même race, et situées dans le voisinage. Après qu'Haï icarnasse eut été forcée d'en sortir, la confédération fut désignée sous le nom de la pentapole dorienne. Rhodes donna probablement naissance à un grand nombre de colonies grecques sur la côte méridionale de l'Asie mineure, dont plusieurs furent attribuées à Argos, d'où elle était elle-même sortie. Elle contribua sans doute aussi à former la population grecque de la Lycie, race très-renommée par sa grande valeur et par la sagesse de ses institutions politiques. Ce n'est cependant pas un motif pour révoquer en doute son origine Cretoise, pour nier son antique connexion avec la Grèce, à la fois confirmée par l'histoire homérique de Bellérophon, et par la tradition qui lui faisait tirer son nom de Lycus, fils du roi attique Pandion. Nous retrouvons même les traces des aventuriers grecs, assez avant dans les terres, en PUÏdie, où l'ancienne population se composait en partie de Léléges.

de leurs colonies. Welcker allègue aussi i'autorifë de Mimnermns. Mais elle ne saurait être plus décisive pour nous qu'elle ne l'était pour Slrabon, qui cite les vers dans lesquels Mimnerme parle de Smyrne Céoliame, dans le même passage nv, p. 634, où il dit lui-même que Smyrne élait uDe colonie d'Ephèse. Le langage des écrivains delà période aleiandrine, comme Cal limaque dans Alhén., vil, p. 318, B, cité parBode, peut difficilement donner quelque appui au témoignage des auteurs plus anciens. Velleius (i, 4) ne dit pas, comme Welcker semble le préleudre, qu'elle fut fondée par une colonie de Lesbos. Il dit seulement: aJEçlii... claras urbes condiderunt Smyrnam, Cjmen, Larissam, Myrinam, Mi lyl eue raque e( alias urbes quse sunt in Lesbo insula. » 11 faut convenir que voilà une masse de preuïes imposantes ; aussi n'ai-je rien à y opposer que le fait, incontestablement attesté par Callinus, qu'une partie d'Ephèse, si ce n'est la ville entière, élail anciennement appelée Smyrne. Je ne vois pas comroeul on en pourrait rendre compte autrement que Wallon. En effet, Hérodole rapporte expressément que les Êoliens expulsés de Smyrne furent répartis dans les onze cités éolïennes reslanles. Athénée, iv, p. 688", C, observe : Mupôa t. ïu/jpvx n«f ' AtsXiùm, ntuiJi t» ît'.W.B tûi [iûf ui îii Zfuipyïiî ioicî'jïïtri). — (1) Vilruve, iv, 1.

Selge, la plus considérable des villes pisidiennes. et Sagalasaus se glori-

fiaient de leur origine laconienne (l }.

A ta même époque, un siècle après la conquête dorienne, naquirent •ans doute les colonies grecques établies en Chypre. Elles se vantaient cependant d'une plus haute antiquité , attribuant leur fondation aux héros de la guerre de Troie : Paphos, à l'Arcadien Agapénor; A ma thus et d'autres, aux compagnons d'Agamemnon ; Soli, aux fils de Thésée; Salamine, à Teucer. On regardait Ajnx, fils de ce dernier, comme le fondateur du temple de Jupiter à Olbe, dans tes montagnes deÇilicie, où les prêtres, aussi princes du pays environnant, prirent longtemps les noms d'Ajax ou de Tenoer (9).

Nous ne nous étendrons pas davantage en ce moment sur l'histoire des colonies asiatiques, devant bientotyrevenirpourétudler leur situation et leurs progrès. Un long Intervalle semble s'être écoulé avantque l'état de la mère-patrie occasionnât de nouvelles émigrations, qui alors prirent presque toutes une direction opposée. Ce fut dans le siècle qui !B suivit le commencement des olympiades que les Grecs s' établirent sur la cote de Sicile et se répandirent si avant dans la partie méridionale de l'Italie, qu'elle prit le nom de grande ou de plus grande Grèce. Comme celles d'Asie, ces colonies étaient d'origines diverses, les unes éollenne* ou achéennes, d'autres doriennesou ioniennes. La ville de Cliakis dans l'Eubée, originairement j>eut-être habitée par une race ionienne, mais visitée, dit-on, avant et après la guerre de Troie par des colons athéniens, expédia sinon les premiers aventuriers grecs qui explorèrent l'Italie et la cote de Sicile, du moins les premiers qui s'y fixèrent. Ainsi, selon une tradition généralement admise, Came, située dans la partie de l'Italie plus tard appelée Campanie, dut sa fondation à une colonie de Cbalcis, vers le milieu du siècle qui suivit le retour des Héraclides. Une des dates assignées à la naissance de cette cité la rendrait même antérieure à la Cume eolienne, qu'on supposait avoir donné son nom et une partie de sa population à la ville de Campante. On aimera mieux croire que l'antiquité de celte cité a été fort exagérée, quedelui faire emprunter son nom à une troisième Cume dans l'Eubée, d'ailleurs complètement inconnue. Mais si l'on s'en rapporte au calcul ordinaire, il est assez singulier que pendant trois siècles aucun aventurier ne se soit Jeté dans la vole ouverte, et que même, selon l'opinion d'Ephore, le premier établissement grec en Sicile ait été le résultat d'un heureux hasard, qui révéla a l'Athénien Théocle les richesses de la contrée et la faiblesse de ses habitants. Il parait que jusqu'à ce moment les Grecs furent intimidés non moins par la férocité des insulaires que par les pirates étrusques répandus eu grand nombre dans ces parages. A son retour en Grèce, Théocle s'efforça de décider ses concitoyens à établir une colonie en Sicile. Ses propositions ayant été repoussées à Athènes, il s'adressa aux Chalcidiens, qui l'écoutérent avec plus de faveur (a).

(1) Slrab., m, p. 570. SiX-piMit iijipjijjs lnrè Aa»<8ai|Mviuv ùmifrn itdXie ud in naotteo" lins K&xatTOf. Sur Sagalassus, voj. Huiler, Dorions, 1, 6, S 1t. — (î) SlMbon,vi,f.267.

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A cette époque, comme deux siècles plus tard, Chaleis subissait la domination de grands propriétaires politiquement intéressés à encourager l'émigration des citoyens les plus pauvres. L'ile de Naxos contribua aussi à fournir la eolonie que Théocle emmena de Chaleis dans l'ouest; elle prit même à l'expédition une part si importante, qu'on donna le nom de Naxos à la ville fondée sur la cote orientale de la Sicile. On peut avec probabilité fixer la date de cet événement à l'ol. xi, 2.À.C. 735 (l).

A cette époque la Sicile était habitée au moins par quatre races distinctes : les Sicaniens, considérés par Thucydide comme une tribu ibérienne, qui, sortie peut-être d'Afrique, se répandit sur l'Espagne et les côtes adjacentes, et jusque sur des Iles éloignées de la Méditerranée ; tes Sicèles, peuple d'Italie, qui n'était peut-être pas plus étranger aux Grecs que les Pélasges, chassé du continent par les progrès de la race des Oscans ou Ausones, et qui à son tour poussa les Sicaniens vers les parties méridionales et occidentales de l'ile, dont ils occupèrent une assez grande portion pour donner leur nom à la totalité. Les Phéniciens possédaient différents points de la côte et des Ilots voisins, où ils faisaient le commerce avec l'intérieur. La quatrième race habitait les villes d'Éryx, d'Égeste ou Ségeste à l'extrémité occidentale de l'Ile; elle portait le nom d'Elymieus, et se composait de diverses tribus, nyant avec les Grecs différents degrés d'aflinité. Nous n'adoptons pourtant pas la légende grecque qui nous représente les derniers habitants du pays comme des fugitifs de Troie mêlés à d«s Phocéens et aux compagnons de Philoc tète. Thucydide semble témoigner de l'incertitude de la tradition en observant que les Chalcidiens conduits par Théocle furent les premiers Grecs qui prirent pied en Sicile.

Les Sicèles et les Phéniciens se retirèrent peu à peu devant les Grecs ■ dont les colonies, en moins d'un siècle, peuplèrent les parties orientale et méridionale de l'Ile. Toulefois les Sicèles se maintinrent sur la côte septentrionale, et les Phéniciens, ou les Carthaginois qui leur succédèrent, s'établirent dans l'ouest, où ils occupèrent les villes de Motye, de Sole et de Panorme, destinée a devenir, sous le nom de Païenne, la capitale de la Sicile. Peu de temps après, les Chalcidiens de Naxos fondèrent les nouvelles colonies de Leontium et de Catane. Les deux villes qui commandaient le délroit étaient également d'origine chalcidienne. La position remarquablement avantageuse de Messine avait déjà attiré les Sicèles, qui, d'après la forme du port, donnèrent à leur cité le nom de Zancïè (faucille). Elle fut prise ensuite par des pirates de Cume, en Italie, lesquels reçurent bientôt un renfort de nouveaux aventuriers venus de Chaleis. Rhegivm fut fondée, dit-on, sous l'iuspiration de l'oracle de Delphes, par une bande de Chalcidiens, à laquelle vint pins tard se joindre un certain nombre d'exilés deMessene, forcés de quitter leur patrie à la chute d'Ithome (2).

(1) Ceci ne se peut toutefois conclure atec certitude île Conon, 20. Il n'eit pas promu que le Théoclus de Conôn soit le même que Tliéoclès le fondateur île Nbïos, comme le veut Raoul-Roche lie, Hist. des Colon, grec, DU, p. 202. — (2) Héraclide et Strabon assignent pour celte émigration messénienne une épo-

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Muis de toutes les villes grecques établies en Sicile, les plus prospères et les plus célèbres durent leur fondation aux Doriens. Parmi celles-ci, nous nommerons d'abord Syracuse, fondée une année plus tard que Naxos par des Corinthiens qui avaient pour cbef l'béraclide Ar- ■ cbias, de la caste aristocratique, contraint de fuir sa patrie pour se soustraire à l'indignation excitée par un horrible outrage qu'il avait fait a une famille de rang inférieur (l). Chersicrate, autre Héraclide, qui l'accompagnait, resta avec une division d'émigranls dans l'Ile de Corcyre, alors habitée par des Liburniens et par une colonie d'Erélrîens, qui fuient chassés par les Corinthiens. Quoique la pins importante des colonies établir» par Corinthe sur la côte orientait de l'Adriatique et de la mer Ionienne, Corcyre demeura isolée. Syracuse, au contraire, engendra avec le temps beaucoup d'autres villes siciliennes, parmi lesquelles on remarquait principalement Gmiaiine. Depuis peu de temps indépendante de Corinthe, Mégare suivit son ancienne souveraine dans cette vole d'entreprises; mais comme sa situation géographique dirigeait naturellement ses vues d'un autre côté, elle jeta ses plus fameuses colonies sur les côtes de la Propontide et du Bosphore. Ce fut un siècle après la fondation de Rome qu'elle commença l'établissement de la future rivale de la ville étemelle, Byzance. Eu Sicile, les aventuriers mégariens, après beaucoup de vicissitudes, occupèrent Hybla, trahie par un chef sicèle et désormais nommée la Mégare hyblceune. Cette ville se rendit célèbre par la fondation de l'ambitieuse et infortunée Séiinunte (A.C. 628). Ge/afut créée quarante-cinq ans plus tard que Syracuse par une bande venue de Crète et de Rhodes, de Linde particulièrement. Uu siècle après, cette ville envoya sur les rives de l'Acragas des colons qui y bâtirent Agrigente. Himère, longtemps la seule ville grecque de la côte septentrionale de l'Ile, était habitée par une colonie de Chalcidiens" venus de Zancle, de Doriens exilés de Syracuse.

Cinquante ans après avoir abordé la Sicile, les Grecs fondèrent la plupart des grandes cités qui s'élevèrent dans l'Italie méridionale. Sybaris et Crotone, les deux rivales, étaient d'origine aebéenne, bien qu'au début les Achéens fussent accompagnés par des Trczéniens, qu'ils chassèrent plus tard. La dernière de ces deux villes reçut des émigrants de Lacpnie, suivis peut-être aussi de quelques Doriens. II en fut de même pour Locre, nommée i'Fpiséphyrium, à cause du promontoire voisin, Zéphyrium. Les anciens eux-mêmes ne savaient pas au juste s'il fallait attribuer la fondation de celte cité aux Locriens opontiens, ou à ceux du golfe de Crissa. Il parnit certain que celte colonie dut une partie de sa population à l'aristocratique jalousie de la métropole, laquelle privait de l'exercice des droits politiques les descendants de ceux qui ■ avaient contracté des mariages disproportionnés parlanaissance(2).Les

que el des molil's (liflïreiits, la l'apportant au* dissensions civiles de Mcsjcne qui précédèrent lu première guerre. Muis les Messénicns qui furcnl exilés tomme | artisans d'An ri roc lu» senililenl, d'après l'alisanins. IV, i 4, 3, n'avoir pus quille lePéloponèse,— (1) Plularque, Am. San:, ti. — (2) Voyez Hevne, Opusc , n, p. *>■ Les nouteuuï fragments Je l'olybc (Mai., ri, p. 584) représentent les LucrifW

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