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CHAP. XII. LES COLONIES

Aehéens et peut-être aussi les Dorîens de Laconle contribuèrent éga- * lemeDt à la formation de Locre. Occupée à la fin de la première guerre messénienne, comme nous l'avons rapporté, par des colons laconiens, lartnte semble avoir été habitée auparavant par une race hellénique, quoique désignée comme Cretoise ou achéenne. Plus tard Sybaris fit prendre possession de Mitapottie par une nouvelle colonie d' Aehéens. Suivant la tradition grecque, cette dernière ville devait sa fondation à des compagnons de Nestor au retour de Troie. Ephore, s'appuyant peut-être sur de meilleurs fondements historiques, l'attribuait à un chef nommé Daulius, maître de Crissa. Un grand nombre de colonies florissantes propageaient et assuraient la domination grecque dans ces régions. Les raines àsPosidonia (Pœstum) sont là pour témoigner de la puissance et delà richesse de Sybaris.

Dans la dernière moitié du septième siècle avant notre ère, une contrée, plus riche et plus délicieuse qu'aucune des précédentes, s'ouvrit aux Grées. Nous avons déjà parlé de l'émigration à la suite de laquelle Théras conduisit une colonie principalement d'origine minyenne de la Laeonieà l'île alorsappelée Calliste, qui, à dater de cette époque, fut appelée Théra (1). Au milieu des opinions contradictoires des anciens auteurs sur un sujet naturellement obscur, nous n'essaierons pas de déterminer les motifs qui, quatre ou cinq siècles plus tard, poussèrent Battus, un des principaux citoyens de Théra, à faire une expédition sur la côte septentrionale de l'Afrique. Quoique la version, dépeignant l'entreprise comme le résultat des discordes civiles (2), ne soit point d'accord avec les traditions locales (3), elle n'est pas plus iuadmissible que les autres, dont elle diffère surtout dans les particularités merveilleuses de l'histoire. II serait plus curieux de rechercher pourquoi les colons grecs ne s'étaient pas dirigés plus tôt de ce coté. Quoiqu'il en soit, vers le temps d'Homère, la fertilité de la Libye attira l'attention des Grecs, comme on en voit la preuve dans la fable des Lotophages et dans tout ce que le poète rapporte à ce sujet, dans le récit des aventures fis Méhélas. Ou n'en voit pas moins, dans la légende de Battus, que l'Afrique était complètement inconnue aux habitants de Théra lorsqu'ils s'embarquèrent. Dans cette circonstance, ils furent uniquement guidés par l'oracle de Delphes. Apres un séjour de peu de durée dans une petite Ile voisine du rivage, les aventuriers de Théra s'établirent définitivement sur ce singulier plateau qui s'élève à l'extrémité orientale de ia grande Syrte. Enfermée entre la mer et le détroit, facile à défendre dans sa partie la plus accessible, cette contrée favorisée semble avoir été destinée par la nature à servir d'établissement à un puissant État

comme les alliés (le Sparte dans la première guerre messe nie une. C'est aussi l'opinion d'EusIalhe sur Dion, p. 564.. Mais on ne «oit pas de quelle autre manière il confirmai! la participation de Sparte dans la colonisation de Locre, ainsi que le remarque Mùller dans une noie, ï. t, p. 146 de la traduclinn anglaise. — (1) On a aussi touIu expliquer ce changement de nom en disant que Ca liste est une corruption d'un mol phénicien signifiant chaste, ce qui est également le sens du nom grec Théra. — (2) Schol.Piud., Pyth., îv, 10. — (3) Pour leslradilionade Théra et de Cjrène, voir Hérod., iv, 130-137.

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SU mSTOlBE DE LA GRECE.

maritime. Grâce à d'inépuisables sources de richesse, grâce à an sir pur et tempéré, ce pays, plus qu'aucun autre rivage de la Méditerranée, semblait provoquer le génie industrieux de la Grèce. Du reste, 11 est encore plus remarquable que les Phéniciens n'aient pas découvert ou aient dédaigné cette magnifique position. Leur établissement en Sicile détourna sans doute leurs yeux vers la cote, opposée de l'Afrique, et de là sur l'Europe occidentale. À dix milles environ du rivage, facilement transformé en un port commode, non loin des sources jaillissantes de Cyré, les Grecs fondèrent Cyrène et convertirent aussitôt le territoire adjacent en un délicieux Jardin. Les rochers du voisinage leur fournirent en même temps des matériaux pour construire d'impérissables monuments. Selon l'expression de Pindare, Cyrano devint la racine de plusieurs cités dont quelques-unes sont peut-être inconnues. Quatre d'entre elles, — Apollouie, Barcé, Tauchira et Hespérls, toutes situées de manière à rivaliser avec les fabuleux jardins des Hespérides, — formèrent, avec la capitale, ce que plus tard on nomma la Pentapole cyrénaïque.

Les tribus qui possédaient cette région avant les Grecs paraissent n'avoir fait aucune résistance ; elles servirent même, dit-on, de guides aux colons, satisfaites de ce nouveau voisinage comme le seraient aujourd'hui les Bédouins en face d'un établissement européen. Mais des coutumes différentes séparèrent complètement les deux races d'hommes; la légende des Dis d'Ànténor, qui accompagnèrent Hélène après le siège de Troie et vinrent achever leurs courses vagabondes dans les environs de Cyrène, où Ils reçurent plus tard des honneurs religieux, se fonde peut-être uniquement surj les rapports qui existaient entre les Grecs et leurs amis les Barbares (i). Un peu plus tard, sous le règne du second Battus, petit-fils du premier, la colonie reçut un flot d'aventuriers venus de toutes les parties de la Grèce pour partager, d'après l'invitation des Cyrénéens, sanctionnée par l'oracle de Delphes, un territoire fertile. En face d'un accroissement de population aussi considérable, on ne put s'empêcher d'empiéter sur les possessions voisines des Libyens, qui, trop faibles pour se défendre eux-mêmes, demandèrent dn secours à l'Egypte. Le roi égyptien Àpriès envoya des forces qui furent repoussées avec une grande perte par les Grecs. Dès lors la domination des colonies fut solidement établie dans la Cyrénaique.

Nous n'avons pasencore embrassé du regard tous les développements des colonies que les Grecs fondèrent à cette époque ; mais, comme nous ■aurons occasion de revenir sur ce sujet en parlent des progrès faits por cette nation en Asie, nous nous bornerons en ce moment à ce que nous venons de dire. Nous allons maintenant étudier rapidement les relations qui unissaient les colonies grecques à leurs métropoles et les institutions politiques qu'elles adoptèrent.

En général, les colons de la Grèce émigraient avec l'approbation et l'encouragement des États auxquels ils appartenaient. II arriva même

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Être regardés comme le type d

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CHAP. XII. — LES COLONIES. STfl

fréquemment que l'intérêt de la mère- pairie fournissait Icmotifdel'ex- RippoKi><f« pédition : comme, par exemple, quand il ■'agissait de se débarrasser de ui??"*"'™ bras superflus ou de citoyens turbulents. Mais il était rare que la nié- J*1"tropole cherchât des avantages plus éloignés, ou que la colonie en attendît quelqu'un de la métropole. D'un coté, nul sentiment de dépendance ; de l'autre, point de prétention à dominer. Les fils, lorsqu'ils abandonnaient leurs demeures pour aller sur des rives étrangères, n'emportant rien que la bénédiction de leurs parents, se sentaient complétcment émancipés, et libres de leur contrôle. Souvent aussi la colonie devint plus puissante que sa métropole, et la distance était en gétféj-al assez grande pour dispenser celle-là de toute obéissance, Mais bien que la mère et la fille, si j'ose parler ainsi, ne fussent plus unies l'uni à l'autre par des Intérêts communs ou par la domination du fort sur le: fnible, il existait toujours entre elles des liens d'affection, de respect re- •* * ligieui que rien ne pouvait rompre. Excepté dans les rares circonstances où les émlgrants étaient bannis de leur patrie, ils conservaient de leur terre natale untendre souvenir, inspiré à ta fois par la nature et par de pieux-sentiments. La colonie faisait dépendre sa prospérité de la faveur des dieux tutétairesadorés dans le pays d'où elle sortait. On invitait ces divinités à prendre possession de la terre conquise ; on leur dressait, dans la nouvelle citadelle, des temples semblables, autant qu'il était possible, par l'architecture et par la situation, à ceux du pays natal ; leurs images rappelaient les anciens modèles, et les ministres do culte qu'on leur rendait avaient quelquefois fait partie de l'expédition (1). Le feu sacré qui brûlait jour et nuit dans le foyer public de la colonie était fourni par l'autel de Vesta placé dans la salle du sénat de la métropole. Le fondateur d'une colonie, considéré comme le représentant de la ville natale, recevait après sa mort, comme un être d'un ordre supérieur, des honneurs accompagnés de rites sacrés ; et quand la colonie devenait mère à son tour, elle choisissait ordinairement un chef venu de l'ancienne patrie pour diriger l'établissement nouveau. Ces sentiments de déférence se manifestaient plus régulièrement encore par tes ambassades et les offrandes que les émigrants envoyaient aux fêtes de la cité natale, et par les marques de respect avec lesquelles on accueillait les citoyens venus dans la colonie à l'occasion de pareilles solennités. Hais le résultat le plus essentiel de cet accord' c'était la bonne volonté réciproque de se prêter secours h l'heure du danger au de la

Lorsqu'on veut étudier la situation des cotons dans leurs nouveaux établissements, on doit remarquer qu'ils s'installaient en conquérants, ^"J.1 sur une terre déjà habitée et cultivée, et qu'ils dépouillaient nécessaire* ment les anciens propriétaires, avec lesquels ils vivaient ensuite plus ou moins bien, suivant les circonstances. En général, il est à présumer que

(1) L'eiislence de cette coutume s'appuie seulement sur le scoliasle de Thucydide, i, 2S, qui peut avoir mal interprété les termes de son auteur ; mais elle cal encore, à un certain degré, confirmée par l'analogie et peut-être par ce que Tacite [Atm., n, 54) dit de la prêtrise à Claros.

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les vainqueurs, lorsqu'ils ne réduisaient pas le peuple conquis à l'esclavage ou à un assujettisse m eut absolu, le maintenaient dans une condition Inférieure ; mais la constitution de ces différentes classes subissait à conp sur de fréquents changements par la surveuance de nouveaux aventuriers qu'on accueillait bien sans doute, raaisqu'on plaçait rarement sur un pied d'égalité parfaite avec les premiers émignmts. D'un autre c6té, la position maritime et le genre de vie des colonies, l'esprit qui avait présidé àleurfondation, tout cria était essentiellement contraire au maintien d'un gouvernement aristocratique. Aussi, il ne fiït possible de mettre un frein aux tendances démocratiques d'une population riche et entreprenante qu'en réglant la possession du sol, et en la faisant servir de mesure aux droits politiques.

Comme le gouvernement monarchique dominait en Grèce à l'époque des premières émigrations qui suivirent le retour des Héraclides, il est probable que cette forme prévalut d'abord dans les colonies (I) ; mais, par les causes ci-dessus indiquées, le pouvoir des chefs héréditaires fut » peu à peu diminué, effacé, aboli. L'histoire de Cyrène nous offre un exemple remarquable de la manière dont cette révolution dut avoir lieu en d'autres circonstances inconnues. Le gouvernement royal se maintint cependant dansl'ile de Théra longtemps après qu'il eut cessé d'exister en Grèce. La même forme politique fut conservée à Cyrène pendant quelques générations sans que l'autorité du roi subit aucune atteinte. Mais à la suite de l'immense accroissement de population qui s'opéra, nous l'avons dit, sous le règne du petit-fils du fondateur, Battus II, il parait que le peuple se montra mécontent des institutions existantes. Cette disposition ne trouva peut-être pas à se manifester avec efficacité sous le successeur de ce prince, Arcésilaus II, engagé dans une lutte domestique, à la suite de laquelle ses sujets de Libye se révoltèrent et le mirent en déroute complète. Un de ses frères l'assassina aussitôt après. Son fils et son héritier, Battus III, étant boiteux, on se servit de cette infirmité comme d'une occasion ou d'un prétexte pour opérer de grands changements politiques. On consulta l'oracle de Delphes sur les moyens qu'on devait employer pour porter remède au désordre de l'État, et, à son instigation, on confiaaun citoyen de Mantlnée, appelé Demonax, déjà célèbre sans doute, le soin d'établir une constitution nouvelle. Celui-ci détermina d'abord les droits réciproques des anciens et des nouveaux colon», qu'il divisa en trois tribus, dont la première secomposa des descendants des premiers émigrants, dotés probablement de quelques privilèges particuliers. Ii s'appliqua ensuite à dépouiller le loi de toutes ses prérogatives importantes, ne lui laissant que les insignes du pouvoir, un domaine et certaines fonctions sacerdotales. Une contre-révolution, qui eut lieu sous le règne suivant, détruisit cette dernière portion de l'œuvre accomplie par Dëmonax, et le gouvernement devint une véritable tyrannie; mais ce fait accidentel ne défi) Bode (l, p. 2161 pense que » la royanlé, dans le «en» héroïque du mol, ns fui jamais introduite dans les colonies. Ce qui n'a peut-être pas d'autre porté* que ce qui esl dit ci-dessus.

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CfUP. XII. — LES COLONIES. • S7T

irait en rien nos observations sur les tendances démocratiques de l'époque.

Les colonies grecques, qni occupaient une s! grande partie de la cote Ulii0° p°de l'Asie Mineure, furent, bien qu'elles comprissent un grand nombre «ii™**. de tribus n'ayant entre elles que des rapports éloignés, distribuées, comme nous l'avons vu, en trois principaux groupes revêtus chacun d'un nom indiquant une origine commune. Les Ioniens surtout considéraient Athènes comme leur métropole. Ces liens de parenté existaient également, mais a un moindre degré, entre Thèbes et les Eollens, entre Argos ou Sparte et les Doriens. Dans tous les cas, te sentiment ou même la supposition d'une affinité nationale se fortifiait encore par une étroite relation géographique. La division de trais principales races en trois corps politiques était donc une conséquence inévitable de ces rapports d'origine et de position. Des causes pareilles à celles qui maintinrent dans l'isolement les Grecs d'Europe, eurent en Asie les mêmes résultats. A l'époque de l'émigration it n'existait pas, dans le voisinage des nouvelles colonies, de puissance assez formidable pour leur suggérer la pensée de réunir leurs forces. Nous ne voyons pas, en effet, s'établir aucune union politique digne de ce nom entre les diverses cités. On ne mentionne que certaines assemblées périodiques fondées uniquement dans un but religieux, pour la célébration des fêles en l'honneur des dieux tutélaires. Il est vrai qu'en cas de besoin ces réunions pouvaient favoriser les délibérations politiques. Quant aux Eo~ liens, il est douteux qu'ils aient eu un semblable centre d'union. C'est par analogie, et sans l'appui de preuves directes, qu'on leur a prêté desassemblées annuel les' auprès d'un temple d'Apollon, à Grynium, siège d'un ancien oracle (l). Le silence d'Hérodote, qui fait mention des réunions périodiques des Doriens et des Ioniens, rendrait plutôt le fait improbable. Les assemblées des Doriens avaient lieu dans le voisinage du temple d'Apollon désigné par une épilhète empruntée au cap de Triopium, sur lequel il était construit. On célébrait des jeux en se conformant à certains rites religieux, et les vainqueurs devaient consacrer aux dieux le prix de leur victoire, qui consistait ordinairement en trépieds de bonze. Ce fut la violation deeette dernière formalité qui amenn une séparation entre Halicarnasse et les cinq autres cités, et qui rompit l'ancienne confédération dorieune appelée l'Hexapole. On peut juger par là combien le lien qui unissait ces différentes populations était fragile. Les assemblées des Ioniens se tenaient dans un lieu situé à fnbfrse septentrionale du mont Mycnle, lieu appelé, d'après sa destination, Èànionium, et consacré à la diviniténallonale Poséidon (Neptune). Làaussi les réjouissances avaient surtout un but religieux. Il parait néanmoins o^*j^~ que, dans les premiers temps, les Ioniens manifestaient un# tendance à s'unir plus étroitement que les tribus occidentales ou que leurs voisins du midi. Des princes de la racede Codrusgouvernaient toutes les villes ioniennes à l'exception de Samos. C'était là une des conditions essen-

(i) Slrnb.,nn,p. 622;Pnu«., t,tl, 7.

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