CHAP. XII. — LES COLONIES
elle-mèrae la métropole de plusieurs cités florissantes. S'appuyant sur l'autorité de Théopompe, Strabon assigne encore aux MUésiens la création à'Amite sur la même côte. Mais cette assertion n'a peut-être pas plus de fondement que lorsqu'il s'agissait d'Héraclée. Plusieurs auteurs attribuent cette colonie aux Phocéens, et supposent qu'elle a été fondée quatre ans avant Héraclee (l). Rien ne prouve cependant d'une manière certaine que la partie méridionale de l'Euxin ait été occupée la première par les colons grecs. Il est possible qu'avant de faire le tour de cette vaste projection du rivage asiatique que termine au nord le cap Cararnbts, ils aient atteint la Chersonèse Taurique, qui devint plus tard un des principaux greniers de la Grèce et te siège d'un Etat puissant. coi
L'Euxin inspirait déjà moins de craintes avant qu'aucun navigateur ™ ' grec se fût aventuré à explorer les détours de l'Adriatique, ou à lancer un vaisseau au delà de la Sicile dans les mers occidentales. Les Phocéens eurent la gloire d'ouvrir au commerce ces voies nouvelles, où des rivaux actifs et pleins de hardiesse les suivirent aussitôt. Ils furent sans doute attirés jusqu'à l'embouchure du Pô par le trafic lucratif de l'ambre. On ne saurait tlxer avec précision la date de leur-première expédition dans l'Adriatique, mais il est fort probable qu'elle ne fut pas postérieure à leurs premiers voyages sur les côtes occidentales d'Italie; au commencement du septième siècle avant notre ère, ils pénétrèrent dans l'Etrurie, où ils furent immédiatement suivis par les Corinthiens, comme l'indique l'histoire deDémarate. Aux Phocéens encore Hérodote semble attribuer la découverte encore plus importante de l'ibérie et de Tartessus, le Delta du Guadalquivir. Mais il a peut-être seulement voulu donner à entendre que leur exemple encouragea d'autres aventuriers. En effet, dans la trente-cinquième olympiade, un heureux habitant de Samos, nommé Cols-us, atteignit Tartessus et y créa, comme dit Hérodote, un marché vierge, d'où il rapporta dans sa patrie la plus riche cargaison qui ait jamais été acquise par un marchand grec. Mais si un Sa mien montra le chemin, les Phocéens ne restèrent pas longtemps en arrière. Ils s'attirèrent les bonnes grâces du roi de Tartesse, Arganthonius, à nu point tel qu'il invita cette nation tout entière à quitter l'Ionie pour s'établir dans ses États. Il paraît que les Rhodiens suivirent de bonne heurela même direction. Nous repoussons cependant, comme une fable, la supposition qu'ils visitèrent les cotes d'Espagne plusieurs années avant le commencement des olympiades, et même qu'ils s'établirent dans les lies Raléares aussitôt après leur retour de Troie. Mais ce n'est pas une raison pour douter qu'ils aient présidé à la fondation de Parthénope, conjointement peut-être avec les Cuméens.Nous sommes d'autant plus disposé à le croire qu'ils s'établirent à Rhode ou Rhodes (Rosas en Catalogne) , avant que les Phocéens eussent mis le pied sur la côte voisiné, à Emportée (Amparias) . Nous soupçonnons également qu'ils donnèrent leur nom au Rhône (Rhodanus). S'il en est ainsi, ils auraient encore précédé dans celte contrée les Phocéens qui, environ six cents (1) Scylunus, 181. Et ikiii pus quarante années, comme le diseul M. Raoul- Rochelle (Col. gr., m, p. o5i) cl Huiler (Orcliom., p. 2!H).
38î HISTOIRE DE LA GRÈCE.
c. ans avant notre ère, y bâtirent leur plus fameuse colonie, Marseille, où Ils se maintinrent avec l'aide des tribus celtiques qu'ils s'attachèrent en répandant parmi elles les arts de la civilisation, la littérature et les usages delà Grèce. Cependant, Milet ne négligeait pas le" commerce de l'ouest. Ses laines, qui étalent d'une beauté remarquable, fournissaient au luxe des Sybarites leurs vêtements et leurs tapisseries. H s'établit une alliance si étroite entre les deux cités, qu'à la chute de Sybaris, les Milésiens témoignèrent leur affliction par un deuil général.
ire A peu près à l'époque où les Phocéens faisaient leurs premières ex-
'"" cursions dans l'ouest de la Méditerranée, le pays qui, suivant l'opiuiou générale, avait donné à la Grèce le germe de ses arts, de son culte et de sa civilisation, mais qui, depuis longtemps, était jalousement fermé aux émigrations étrangères, s'ouvrit enfin aux entreprises commerciales des Grecs. Environ six cent cinquante ans avant notre ère, une bande de pirates ioniens et cariens aborda par hasard en Egypte; ils y furent engagés par de grandes promesses au service de Psammétlchus, qui s'empara du trône avec leur aide. Non-seulement le nouveau roi les récompensa en leur donnant des terres sur le Nil, mais encore il ouvrit le libre accès de son empire à leurs compatriotes. Pour favoriser le commerce des Grecs avec ses sujets, il confia a ceux-là un certain nombre d'enfants égyptiens, afin qu'ils apprissent la langue grecque et qu'ils formassent une classe permanente d'interprètes. Les successeurs de Psammétlchus suivirent la même politique, et les différentes classes de la nation grecque purent ainsi poursuivre en Egypte la science ou la richesse. Le témoignage d'Hérodote nous révèle l'impression que produisit sur un Grec curieux et intelligent la vue de cette terre merveilleuse qui, dans ses ruines et au milieu de la dégradation la plus complète, n'a jamais cessé d'exciter une surprise mêlée de respect. Les effets du commerce entre les deux nations auraient toujours été immenses, lors même qu'ils se seraient bornés à l'établissement d'un trafic matériel, car c'est à ce trafic que la littérature grecque dut une des conditions les * plus essentielles de sou développement, c'est-à-dire une matière commode et peu coûteuse servant à écrire, matière fournie par le papyrus. Mais tout impossible qu'il soit aux hommes, même les plus instruits, d'apprécier ces résultats, il est hors de doute qu'ils ne se bornèrent pas à cette précieuse acquisition.
Quoique nous n'ayons pas encore amené l'histoire politique des colonies de l'Asie jusqu'à l'époque où nous avons laissé celle de leurs métropoles, je veux dire jusqu'au commencement du grand conflit (jui s'éleva eutre la Grèce etl'Asie, nous allons, pournepasinlervertîrrordre des faits, donner une idée des progrès de l'art et de la littérature. Ces progrès ont une relation trop Intime avec l'établissement des colonies pour que nous laissions échapper l'occasion qui se présente de les décrire.
„ Nous avons vu que plusieurs arts, ayant pour but d'agrandir les Jouissances des riches ou d'honorer la religion, furent cultivés par les Grecs, avant le temps d'Homère, avec beaucoup d'ardeur et de succès.