‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 75 sur 143 · CHAP. III. — ARTS BT LITTÉRATURE. 38S · texte numérisé non relu

CHAP. III. — ARTS BT LITTÉRATURE. 38S

On n'aura pas de peine a croire qu'ils se développèrent rapidement avec la prospérité publique et privée. Le goût du luxe et de tous les raffinements se répandit plus vite dans les colonies asiatiques, et particulièrement en lonle, que parmi les Grecs de la métropole, moins favorisés par la nature, et Inquiétés par les troubles qui suivirent la conquête dor terme. Les cités ioniennes se distinguèrent sans doute, a une époque plus reculée, par une élégance auparavant inconnue aux Grecs; c'est pour cette raison que Lycurgue visita cette contrée. Il désirait oluerver le contraste existant entre leur magnificence et la simplicité ciétoise (t). La légende qui fait séduire par un barbare (a) la fille de Mêlée, le fondateur ^vieut encore a l'appui du fait en question. C'est aussi ce qui donna lieu au portrait qu'Homère trace des Phocéens, dans lesquels il est a peine possible de méconnaître ses compatriotes d'Ionle. La ruine de Magnésie, sur le Méandre, vers le commencement des olympiades, fut attribuée par les poètes du même siècle aux habitudes efféminées (8) de ses habitants. Nous savons cependant que les Ioniens ne se livrèrent pas a l'Indolence, et que cette même activité d'esprit qui les excitait a pousser leurs entreprises commerciales jusqqe, dans des contrées inconnues, trouvait encore son emploi au sein de la patrie, dans l'exercice des arts qui embellissent ta vie. Corlnthe seule, parmi les cités de la Grèce, pouvait peut-être rivaliser avec les villes ioniennes. Le renversement des Baochiades, dans cette dernière vilje, fut attribué à leur luxe qui formait sans doute un contraste tranchant avec ta simplicité et la frugalité observées dans les autres États dorlens. Mais quoique le caractère et les institutions de ces peuples repoussassent le luxe, cela ne les empêchait pas de déployer une grande magnificence dans les oeuvres consacrées aux dieux ou destinées au service de l'État. Aussi, dans les villes même, à Sparte, par exemple, où les Doriens de la première classe ne pouvaient se livrer a la culture des arts, on accueillait les artistes de toutes sortes, et on appréciait les produits de leur industrie. On rencontrait encore plus d'écoles où on enseignait les arts dans les cités doriennes que dans celles d'Ionle. On attribue généralement aux Corinthiens les premiers progrès qui se firent dana le dessin, dans la peinture et dans l'art de modeler les figures de terre. Cette nation, qui devait plus tard donner son nom à l'un des trois ordres d'architecture, améliora la première la forme du temple dorique (4). Toutefois, Sicyone dispute a Corinthe l'honneur de quelques-unes de ces inventions ; son école de sculpture Jouissait d'une célébrité plus grande que celle de sa puissante voisine. Les éeoles d'Argos et de Lacédémone, de Rhodes, de Crète et surtout d'Egine, étaient fécondes et fameuses, tandis que celte d'Athènes, bien qu'elle put se vanter d'avoir Dédale pour fondateur, parait avoir été stérile en grandes oeuvres comme en noms illustres. Mais les Ioniens ne restèrent pas en arrière pour la richesse des produits ou pour la gloire des nouvelles inventions; ils luttèrent bientôt avec leurs concurrents les plus redoutables, par la magnificence et

(1) Plut., Lt/e., 4. — (2) Twtws, ad LfC., 1833: Eudocie, p. 1*8. — (3) ithén., ni, c. ». — (4) VoïeiBœckhsiirPiDda.*,0.,iiM,p.»t4. .

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a. la beauté de leurs édifices sacrés, par la culture de tous les arts qui pouvaient servir A les orner. Le temple de Hérè (Junou), à Samos, le plus grand de ceux qu'Hérodote eût vus, semble avoir été commencé dans le huitième siècle avant notre ère, ou au commencement du septième. Il fut construit dans le style dorique, auquel succéda bientôt, dans les temples asiatiques, le style ionique plus léger et plus gracieux.

Hhcecus, de Samos, architecte de cet édifice, fut le "père de Théodorus, que la construction du labyrinthe de Lemnos et plusieurs inventions mémorables rendirent également célèbre. On doit A ce dernier l'art dtt fondre les statues de métal, qui autrefois se composaient dé* pièces travaillées au marteau et clouées. ensemble. Théodorus déploya encore son adresse en triomphant des difficultés qu'offrait la nature du terrain lorsqu'il jeta les fondations du grand temple de Diane à Ephèse (i). L'art de la peinture fit aussi de notables progrès en Ionie, taudis qu'il ne faisait que débuter à Corinthe. Nous voyons, en effet, qu'un tableau de Butarchus fut payé un grand prix, dans le huitième siècle, par le roi lydien Candaule (a). Il nous reste à concilier ce fait avec la tradition corinthienne qui attribue les premiers essais de peinture à Cléophante (3), lequel vivait a l'époque du renversement des Bacchiades.

Nous n'aborderons pas l'histoire des beaux-arts envisagés dans leurs branches diverses. Nous ne remplirons pas nos pages du nom des maîtres et de la description que les anciens nous ont laissée de leurs chefsd'oeuvre. Notre but est seulement de signaler le rapport qui existe entre le .progrès des arts et ceux que les Grecs firent à la même époque dans les autres sphères de l'intelligence. Nous remplirons suffisamment notre objet en remarquant de quelle manière un art, le plus important de tous parce qu'il révèle le génie d'un peuple, l'art de créer des formes . visibles, la sculpture, ou, pour parler plus exactement, la statuaire, al- 'teigpit pjmque dès lors sa plus haute perfection. Dans notre étude sur l'àgn homérique, nous avons déjà eu l'occasion de signaler l'ineerlitude qui s'attache à l'origine de cet art. A-t— il pris naissance en Grèce et s'y est-^dévelnppé graduellement, ou bien, après y avoir été apporté de l'Orient dans un élat de maturité relative, y a-t— il existé pendant des siècles, immobilisé pour ainsi dire sous le contrôle de la religion ? Far une singulière coïncidence, l'époque où les Grecs formèrent ou renouèrent des relations avec l'Egypte fut aussi celle où la statuaire allait briser ses entraves pour s'élancer dans une nouvelle carrière, et pour arriver en moins d'un siècle à la suprême beauté. Il n'est pas étonnant que ces deux faits aussi rapprochés aient été considérés comme produits l'uu par l'autre. Cela rend probable l'opinion que les artistes grecs, aussitôt qu'ils furent admis à visiter l'Egypte, apprirent des habitants les profil Diog. L., il, 103. Daiii celle circonstance, il imagina remploi du charbon. — (*) Plin., N. H., vu, 39; niV, 34. Ce lableuu représentait in destruction de Magnésie sur le Méandre. Cnniinule, ilil-on, le paya au poids de l'or. — [3) Plin., N. H., xiiv, 3. On a préleudu que cel artiste ou un autre du même nom accompagna Démarale en Italie.

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