‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 76 sur 143 · CHAP. XII. — ARTS ET LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

CHAP. XII. — ARTS ET LITTÉRATURE

cédés techniques depuis longtemps familiers à ceux-ci, mais jusqu'alors inconnus aux Grecs; cela fait comprendre comment les Grecs arrivèrent d'un seul coup à la même hauteur que les Égyptiens instruits par le travail persévérant de nombreuses générations. If existe an conte célèbre qui semble venir à l'appui de cette opinion. On rapporte que Théodorus de Samoa et son frère Télècle, après avoir étudié en Egypte, firent a leur retour une statue d'Apollon si exactement conforme aux règles de leurs maîtres, qu'une moitié de la statue exécutée à Samos par Télècle s'ajusta avec l'autre moitié exécutée k Ephèse par son frère, d'une manière aussi précise que si l'ouvrage entier eût été l'œuvre du même artiste (1). Au reste, on ne pourrait tirer aucune conclusion dé cette anecdote, lors même qu'elle serait bien authentique, s'il était vrai, comme il y a lieu de le croire, que les deux sculpteurs florissaient dans le huitième siècle (s) . Nous serions alors amenés a supposer que les artistes grecs visitèrent l'Egypte avant le règne de Psamméticus, ce qui est en contradiction formelle avec le témoignage d'Hérodote. Indépendamment des indications positives que les poèmes d'Homère renferment sur l'état primitif de l'art grec, nous possédons les descriptions de plusieurs œuvres appartenant à une époque douteuse, il est vrai, mais probablement antérieure a l'ouverture des communications régulières avec l'Egypte. Ii en résulterait que les Grecs empruntèrent peu de chose aux Égyptiens, en fait d'instruments et de procédés. Au retour de son voyage à Tartesse, dont nous avons déjà parlé, Colœus consacra à Junon le dixième de l'argent qu'il avait gagné, et cela sous la forme d'un iro* menso vase d'airain orné de griffons et soutenu par trois statues colossales (s). Le magnifique coffre de cèdre, couvert de groupes de figures, fabriqués avec ce bois précieux, ou en ivoire et en or, et qui fut donné an temple d'Olympie par les Cypsélides, était, dit-on, celui-là mémo dans lequel Cypsélus enfant fut dérobé à la recherche des Baccliiades. Dans ce cas, il faisait sans doute depuis longtemps partie du trésor dfl ' cette famille (4]. Le trône colossal d'Apollon, à Amyclée, construit pour les Spartiates par une société d'artistes natifs de Magnésie sur le Méandre, et remarquable par ses riches sculptures, appartenait, cela flst à croire, au huitième siècle. Après la destruction de Magnésie par &$ Cimmériems, les artistes en question cherchèrent peut-être un refuge et du travail en Grèce.

Quoi qu'il en soit, il paraiteertain quelesprogrèsrapidesopérésdans la statuaire pendant le siècle antérieur à la guerre de Perse tiennent à des causes pi us efficaces que l'influence del'Egypte. Nous mentionnerons entre autres la préférence généralement donnée à l'airain et au marbre sur le bois, qui, après avoir été l'unique matière en usage, ne fut plus employé, à moins d'être revêtu de substances précieuses, telles que l'or et l'ivoire. L'inventiondeThéodorns,quifacititaremploidesmétaux,nio- '

(1) Diodor., i, 98. — (4) Pour l'âge des deu* frère* vovei Tliie p.lSi.nole 94; pour l'anecdole, P. r" - ' "> [*) Pou*., v, 17,8, elThiewcb, p. 167

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tiva sans doute ou changement. Od dilque deux artistes crétota, nommé* Dipœnus et Scyllls, introduisirent, dans le courant de In cinquantième olympiade, l'emploi du marbre pour les statues ; mais l'étroite alliance que lasculpture contracta, àeette époque, avec l'architecture, explique assez l'adoption de ce nouvel élément de travail. Dans les temples superbes qu'on éleva, notamment dans le temple de Delphes rebâti par let Alcméonides, le marbre remplaçait fréquemment ta pierre ordinaire. On peut admettre aussi que les règles techniques enseignées par les Égyptiens aient mis lesGrecsen état de travailler avec facilité des matériaux plus rebelles, Mais quelle que fût l'importance de cette substitution, elle n'impliquait aucun changement de style, et à elle seule elle n'aur*t pas empêché l'art de demeurer dans l'état stationnais où il s'était maintenu chez les Égyptiens. L'extension du domaine où les artistes puisèrent les sujets de composition, et en conséquence la multiplicité de leurs œuvres, furent de» causes plus actives d'amélioration. Tant qu'on relégua les statues dans l'intérieur de* temples, tant qu'on les déroba dans le sanctuaire comme l'idole du culte, il n'y avait pas d'innovation possible; il y avait, au contraire, plusieurs raisons de se conformer rigoureusement a la pratique ancienne. Mais pen à peu la piété ou l'ostentation plaça «ans les temples des groupes de. dieux et de héros étrangers, les hôtes en quelque sorte de la divinité qu'on y adorait. On peupla les profondeurs des frontons de formés colossales représentant quelque scène de la fable en rapport avec le lieu ou avec le motif de la construction. La coutume d'honorer les vainqueurs aux jeux publics et plus tard d'autres personnages illustres en leur élevant une statue contribua peutêtre plus encore a produire le résultat dont ngns parlons. En effet, les artistes, lorsqu'ils 'eurent seulement a reproduire l'image de simples mortels, se virent affranchis des entraves qui leur étaient imposées par l'usage ou par les scrupules religieux dans la représentation ries choses sacrées. Le nombre des maîtres s'accrut à mesure que le domaine de l'art embrassait un plus grand nombre d'objets. Ils ne s'isolèrent plus comme autrefois en familles et en corpoDjtions ; une concurrence plus active, des récompenses plus considérables, excitèrent leur industrie. L'étude de la nature étant plus éclairée, le sentiment de la beauté devint plus vif et plus profond. La marche de l'art fut si rapide, que les derniers vestiges des formes arbitraires consacrées par le temps et la religion n'avalent pas encore entièrement disparu, Lorsque l'union définitive du vrai et du beau, l'idéal, comme nous l'appelons quelquefois, sa trouva réalisé dans l'école de Phidias.

Cet esprit d'observation etdecuriosité qui répandait une vie nouvelle dans le monde de l'art enfanta, à la même époque, d'autres branches, d'autres formesde la poésie. Lesnomsd'Homèreet d'Hésiode remplissent la première période de la poésie grecque autre que celle dont la tradition nous révèle l'existence. Homère ouvre l'époque, Hésiode la ferme. Ce n'est pas la seule et la principale distinction qui existe entre ces deux beaux génies. On peut dire qu'ils se rapprochent par la forme delà versification et parle dialecte, mais qu'a d'autres égards Ils se meuvent dont

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re complètement oppotée. C'est pourquoi les poënwsbomériqoM conservent une place à part dans ce siècle. Il est cependant- à croire qu'ils renferment Reniement une faillie portion des produits poétiques du temps ;Je silence de l'histoire sur le reste serait surprenant si nous ne devions pas admettre comme un fait probable non-seulement que les noms des contemporains sont éclipsés dans la gloire d'Homère, mail encore que leurs œuvres servirent de matériaux à leurs successeurs; ee qui a pu les faire négliger bientôt, ou tout a, fait oublier.

L'ensemble des écrits attribués a Hésiode renferme des ouvrages ou H<ti«i«. des fragments de beaucoup d'autres auteurs. Ce n'est sons doute pas une raison pour nier que ce grand nom ait appartenu ,à un personnage éminent, mais c'est un motif pour croire qu'il fut aussi appliqué & d'autres individus d'un moindre mérite. Cette opinion semble, au reste, avoir été généralement admise par les anciens. Parmi tontes les œuvres comprises dans la collection, les habitants de la patrie présumée, du poète n'en reconnaissaient qu'une seule pour l'Incontestable fruit de son génie (l). Nous sommes donc amenés û le regarder comme ayant exercé sur ses contemporains et sur la postérité une influence pareille à celle d'Homère, A le considérer comme le fondateur d'une école poétique, enfin à rechercher quels furent les moyens et le caractère de sa domination intellectuelle. Dans le seul poème reconnu par ses compatriotes, Hésiode nous entretient de sa vie privée. Il naquit en Béotie, au pied de l'rlélicon, dans le village d'Ascra, où son père avait cherché une meilleure fortune en quittant Cume d'Éolie. On a supposé (3), tans trop de fondement, il est vrai, que les rudes épithètes dont il s'est servi en parlant de son pays natal lui furent dictées par le ressentiment d'une iujustice.il aurait été maltraitédans le partage de son faible. patrimoine, et à cette occasion il aurait eu une querelle avec son frère. Dans un de ses antres poèmes, nous le voyons conduisant un troupeau sur les flânes de l'Hélicon. A moins de rejeter entièrement l'autorité de ces passages, H mut admettre qu'il naquit dans une humble condition, et qu'il se livrait à des travaux champêtres. Ces hypothèses se concilient à merveille avec le sujet du poème que tout le monde s'accorde à lui attribuer : Ut Travaux et Ut Jour*. C'est, comme on sait, une collection de moralités et de préceptes relatifs à l'agriculture et à l'administration d'une ferme. Quelques parties de l'œuvre originale ont peut-être été remplacées par des interpolations étrangères, mais it nous en reste suffisamment pour pouvoir apprécier avec exactitude l'espritet le caractère de l'ensemble. Rien de plus simple, à coup sûr, rien de plus dénué des ornement» de la muse que ee poëme didactique, sur lequel se fonde cependant ta re- •

nommée d'Hésiode. Il est d'autant plus étonnant que cette composition ait fait la gloire de l'auteur, que le sujet ne devait nullement exciter la sympathie des races belliqueuses qui maîtrisèrent la Grèce après ie re™ tour des Héraclides. Dans l'absurde fiction qui suppose une lutte engagée entre Homère et Hésiode, le prix est décerné au second par ce

(1) Psus., rx, 31, «. — (î) Gttttling, dans mb édition d'Hésiode, p. rr.

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motif qu'il a consacré ses vers à l'en cou ragera en t des travaux pacifiques de la campagne, et non à la description des batailles. Hais quand nous nous rappelons qu'à Thespies, dont la patrie d'Hésiode était dépendante, l'agriculture était considérée comme dégradante pour un homme libre (l); quand nous nous souvenons du mépris avec lequel le Spartiate Cléomène appelle l'auteur des Travaux et des Jours a le poêle des Rjlotes,» intitulant, au contraire, le diantre de l'Iliade aie poète des guerriers • (2), nous nous demandons quel accueil dut recevoir le premier de ces deux ouvrages parmi les contemporains. Si nous supposons que le poème en question n'est pas le seul fruit de la muse d'Hésiode; si nous considérons, les autres, sinon comme directement émanés de lui, an moins comme les sujets habituels de ses chants, une autre difficulté se présente. Ce plus considérable de ses poèmes, la Théogonie, traite les questions ordinairement les moins familières aux chantres de la campagne. Il remonte jusqu'à la naissance des dieux et à l'origine de la nature ; il déroule l'ordre de l'univers, dans une série de généalogies qui personnifient les Êtres de tout genre dont il est peuplé. Le poète, dans un troisième poème, dont il ne nous reste que peu de fragments, n'a pas pris un essor aussi élevé ; mais cependant, loin de revenir aux sujets champêtres, il attribue la naissance des héros les plus illustres à . fc des femmes mortelles aimées par les habitants de l'Olympe. Le choix

* d'une pareille matière s'explique par l'éducation d'Hésiode et les lé-

gendes dont on l'occupa. L'Hélicon, l'ancienne résidence des Muses, l'avait vu naître et l'avait nourri; la généalogie qui faisait remonter son origine jusqu'à Apollon lui-même semble comme un voile gracieux jeté sur une intéressante vérité. L'auteur des Travaux et des Jours était le poète, non des conquérants béotiens, mais du peuple et des paysans, qui, sous la domination d'une race étrangère, conservaient les anciens , souvenirs, le riche trésor de la poésie sacrée. Pour complaire aux classes de la société qu'il aimait, il rassembla, en les augmentant et eu les embellissant peut-être, les préceptes de la sagesse avec laquelle leurs ancêtres ordonnaient leurs travaux rustiques et leur vie privée. Il puisa probablement dans leschantsdeleuraauciensbardes, dans les traditions de leurs temples, la connaissance de la nature et des choses surhumaines, qu'il rendit ensuite sous la forme populaire de la Théogonie. Ce sujet le conduisit naturellement à parler de la naissance des héros, et créa une sorte de lien entre sa poésie et celle de la chevaleresque Iliade. Donc il devint célèbre comme le docteur de la sagesse divine et humaine,- son nom représenta tout le développement poétique des écoles béotienne et locrienne, depuis la guerre de Troie jusqu'au commencement des olympiades'.

Dinwtoi- Si cette explication suffit à fairecomprendre le contraste existant entre

p'i™- les sujets traités par Homère et par Hésiode , elle éclaircira encore un

autre point non -moins obscur, c'est-à-dire légal emploi que font les deux poètes de cette forme particulière de la langue grecque qui conti-

(1) Héracl. Pont,, 42. — (2) Plut,, Apoph. toc. ÇUm., i.

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