‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 77 sur 143 · CHAP. XII. — ARTS ET LITTËBATUBE. S8S · texte numérisé non relu

CHAP. XII. — ARTS ET LITTËBATUBE. S8S

nua à être consacrée à l'usage de la poésie épique. Cette ressemblante entre deux génies aussi rapprochés par l'époque, mais aussi éloignés par la situation et le but, peut être envisagée comme un indice de l'origine commune de leur poésie. Ce fut probablement parmi les compatriotes d'Hésiode, dans les travaux des bardes qui le précédèrent ; dans les strophes que l'on disait sorties des sources sacrées de l'Hélicon et du Parnasse, que te style épique se forma. II sortit de son berceau pour aller en Asie avec les Ioniens, niais il ne cessa pas d'être répandu en Béotie et dans le reste de la Grèce, sans être jamais dénaturé- par les révolutions politiques ni pat les changements de dialectes qui eurent lieu après la guerre de Troie (l).

Les deux siècles qui suivirent le commencement desojympiades fa- po* rent féconds en chants épiques. La poésie issue des écoles d'Homère et a>vm d'Hésiode, par une succession naturelle et non interrompue, finît avec cette époque, bien qu'elle ait été essayée de temps en temps dans tous les âges subséquents de la littérature grecque. Les poètes épiques de cette période, ou une partie d'entre eux, reçurent le nom Ae. 'cyclique*, nom qui a donné lieu à des interprétations diverses. H est probable cependant que le mot cycle exprimait une collection de poèmes épiques, dont les sujets se rapportaient à de certaines époques et se distribuaient de manière à former un ensemble. Il n'y a pas néanmoins lieu de penser qu'aucun des auteurs compris sous cette dénomination ait en . en vue de se conformer à un plan quelconque. La période qui leur fournissait leurs sujets commençait à l'union du ciel et de> la terre ou à l'origine des êtres, et finissait aux dernières aventures d'Ulysse à Ithaque, c'est-à-dire au ternie de l'âge héroïque. Nous avons perdu les poèmes, mais nous avons conservé les titres, et, à quelques égards, une idée de ce que renfermaient plus de vingt d'entre eux (2). Les œuvres ainsi désignées avaient rapport a|l 'histoire de Troie, et paraissaient évidemment destinées à combler les vides laissés par l'Iliade et l'Odyssée. Ainsi un poète (3) chantait les événements qui se passèrent, entre la mort d'Hector et celle d'Achille ; un autre (4) racontait ce qui arriva après l'incendie de Troie; un troisième ramenait les héros jusque dans leurs foyers (s), tandis qu'un quatrième (6) recherchait l'origine secrète de la fatale querelle, les desseins de Jupiter pour délivrer la terre qui gémissait sous le poids de l'insolence du genre humain. Ce dernier montrait encore comment le maître des dieux réalisti ses projets à travers la faiblesse d'Hélène, la perfidie des Troyens et l'union des Grecs. Les critiques de l'antiquité attribuaient le cycle entier à Homère (7), du. moins

(1) VoyeiF. Tliiersch dans les Denluckriften der Miinchen Académie, 1813; ainsi qn'un mémoire de Klauscn, Ueber Hesiudjis Gedickt avf die Muien, dans le Rhein. Mus. f. Philologie, III, p. 465.— fs) Voyez Wûllner, de Cyclo, ou Kreuser Raps.,p.1 79-190.— (3) Aretinus île Milet, dans IMMMojm'*,— (4) Lrsthès île Mil»- léne, dans sa Petite Iliade. — (5) Angias ou Hngias de Trézéne, dans ses Hot-ki

(retours), la seule épopée peut-être connue sous ce nom (Nilzsrh, de Hist. Rom., , p. 116), quoiqu'il t en eût plusieurs sur le même sujet. — (fi) Stasinus ou Hégésias (ou Diceoaènè? Arist., Poét., 16), dans la Cyjn-ia. V. Allién.,iv, 50— (7) Procl. Gaisf.,p. 468.

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quelques-uns des principaux poèmes étalent expressément considères comme son ouvrage (l). Quand le nom d'un de ces poètes avait échappé à l'oubli, comme cela est arrivé pour tes poêles de ce que nous pourrions appeler le cycle troyen, ce poète passait pour le disciple ou pour le gendre d'Homère (9]. Quoi qu'il en soit, il semble qu'Homère n'exerça d'influence directe que sur les poètes de ce cycle (3). Les autres puisaient leur sujet dans tes vastes champs ouverts devant eux, non sans quelque degré d'imitation peut-être. Quelques-uns de ces derniers pourraient plus exactement être regardés comme les disciples d'Hésiode, puisque leurs poèmes sont surtout remplis des généalogies héroïques (4). Les légendes d'Argos, de Corinthe, de Thèbes et d'Orchomènc, les aventures d'Hercules et des Argonautes leur fournissaient d'abondants matériaux. Cette remarque d'un critique, que les poèmes du cycle épique étalent appréciés par un grand nombre de lecteurs, moins pour leur mérite que pour le charme des récits, tout en n'Impliquant pas l'absence de talent, prouve cependant une chose : c'est que l'intérêt poétique prédominant, sinon exclusif, chez Homère, était ailleurs subordonné a celui des événements. Dansée sens, le cycleest coinmele prélude de l'histoire, comme une tendance aux recherches historiques, qui ne se manifesta d'ailleurs pas autrement Jusque vers la fin de cette période. lofeto ij- Lorsque le cadre des fictions eut été graduellement rempli, lorsque le "*"■ goût public se montra rassasié de sujets Identiques traités avec une

grande uniformité de ton et de style, le génie poétique de la nation s'élança dans une direction nouvelle, erra dans le genre épique avec plus de liberté sans l'abandonner tout è fait, et pénétra dans des régions vierges encore. La période dans laquelle la poésie lyrique atteignit sa plus haute perfection comprend le terme de la carrière parcourue par la muse épique. A dater du commencement des olympiades, le cycle paraît avoir été de moins en moins sympathique, tandis que pendant plus de trois siècles une succession de grands talents lyriques ne cessèrent pas d'enrichir et d'agrandir la sphère de leur art. Leurs noms ne s'éclipsèrent pas, comme ceux des cycliques, au sein de la gloire d'Homère; mais, si nous exceptons Pindare, il ne nous reste que de rares fragments de leurs œuvres pour justifier l'admiration qu'ils s'étaient acquise. Néanmoins ces intéressants débris suffisent encore pour confirmer, s'il en était besoin, le jugement unanime de l'antiquité et pour nous inspirer la triste conviction que la perte des chefs-d'œuvre de la poésie lyrique n'est pas moins regrettable au point de vue littéraire que celle de tout autre chef-d'œuvre de la littérature ancienne. Ile qui nous reste des vers de Pindare est admirable, sans doute, mois ne nous dédommage pas complètement. Quand bien même son génie eût été sans égal, il ne nous rendrait pas la fraîcheur que hous eussions trouvée dans les première» effusions de la veine lyrique ; il ne ferait pas revivre le cachet particulier des autres poètes, ni tout ce qui était propre aux différentes écoles

(l)Paus., ix, 9, S;Herod„u, 117; iv, K.— (2) Comme StaBinm, Arctimis, Créophyluî. — (5) Comme Asin» de Samos, Bumélui dVCorlnlhe, Cinntbo d> Liconie, Cberaias d'Orchamène. — (4) Procl., p. 378; Oiiif,

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