CBAP. XII. — ARTS ET LITTÉRATURE. SM
forums par les grandes tribus de la nation. Quel charme nouveau ne m seraient-elles pas communiqué les unes aux autres, ces heureuses productions comparées entre elles des lyres eollenne, dorieoneet ionienne ! Et puis, d'ailleurs, du poète tbébain lui-même que connaissons-nous'? Un seul de tous les genres qu'il a traites. Si nous pouvions les apprécier dans leur ensemble, nous verrions le poète développer ses facultés diverses et les montrer plus fortes parla variété et le contraste. Quoi qu'il en soit, nos regrets, au point de vue historique, seront peutétreplus grands encore. En perdant tel poème lyrique de la Grèce, nous n'avons perdu rien moins qu'une gracieuse et fidèle peinture de la vie de la nation, de la vie politique, religieuse et domestique dans ses trait) les plus élevés comme les plus minutieux, et cela pendant les deux ou trois sièclefles plus intéressants, pendant un laps de temps sur lequel il n'existe aucun autre renseignement. On comprendra peut-être mieux notre pensée lorsque nous aurons jeté un coup d'œll sur la nature, l'origine et les progrès de cette sorte de poésie. Le genre lyrique était l'expression des sentiments qui appartiennent aux différentes circonstarieesdela vie publique et privée, sacréeet profane, ou qui relèvent du caractère individuel du poète. Comme chez les modernes, Il n'avait pas pour but de plaire a des lecteurs isolés ; il s'adressait aux sympathies de la société tout entière. Dans ce sens, une poésie lyrique, moitié sacrée, moitié populaire, exista chez les Grecs dès les temps les plus reculés; celle-là, dans sa forme métrique , ne différait probablement pas de l'épopée qui parait avoir pris lesanciens hymnes pour modèles. Quant h la poésie populaire, elle s'était sans doute affranchie de toutes les entraves comme de tous les secours de l'art. La période de temps qui s'écoula entre le commencement des olympiades et les guerres avec la Perse fut une époque d'entrain, de raffinement et d'innovation. De nouvelles dynasties, de nouvelles formes de gouvernement surgissaient sans cesse. Le commerce était florissant, la richesse et le luxe grandissaient incessamment. Les découvertes et les inventions se multipliaient avec rapidité. Ces nombreux changements fournissaient des occasions nouvelles aux chants lyriques ', les poètes pouvaient rivaliser entre eux et par la forme et par le fond- du sujet qu'ils avaient adopté.
Dans les États doiiens la poésie et la musique étaient généralement considérées comme des instruments d'éducation; c'est ce qui explique ta sollicitude avec laquelle les magistrats ou les lois réglaient leur caractère. Les poètes empruntaient surtout leurs thèmes à la religion, à la guerre, à la politique. Le sens de* la loi et les maximes de la constitution, en Crète et à Sparte, s'exprimaient en vers. Ainsi, quoique ce soit un anachronisme, on dit que Lycurgueréclnmadanscebutics services du poète erétois Thalétas. Tyrtée et Terpandre secondèrent réellement les vues du législateur en commentant et en célébrant ses institutions. Quoique les Spartiates dédaignassent peut-être pour eux-mêmes le travail de la composition poétique, ils se montraient sensibles aux charmes des verset de la musique; ils encourageaient fortement les poètes qui essayaient d'adapter leurs strophes aux maximes de leur gouver-
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ncment. Si Archiloque fut banni, c'est qu'il ne voulut pas s'astreindre à cette loi ; mats Alcman, bien que d'origine dorienne, obtint par son géDie, que nous pouvons apprécier dans quelques fragments, le rang le plus rapproché de celui de citoyen de Sparte. Là, comme ailleurs, durant certaines fêtes, on excitait l'émulation par des luttes solennelles, où les hommes adonnés a la poésie ou à la musique avaient l'occasion de déployer leurs talents.
Les tyrans chérissaient aussi la muse lyrique, mais pour d'autres motifs. Nous sommes loin d'adopter l'opinion d'un auteur moderne (l), lequel assure qu'ils cherchaient à détourner le goût de leurs sujets de la poésie héroïque, parce qu'elle célébrait la vieille monarchie légitime. Les usurpateurs étaient, au contraire, les patrons naturels des poètes lyriques qui égayaient leurs festins, applaudissaient à leurs succès et vantaient leur magnificence. Dans un précédent chapitre nousavons déjà vu que les jeux olympiques et les autres jeux publics fournissaient constamment des thèmes à des panégyriques dans lesquels on entremêlait adroitement les'louanges du vainqueur avec celles deses ancêtres, desa patrie, de ses dieux et de ses héros. C'était là seulement une des carrières nombreuses ouvertes aux facultés poétiques par l'esprit actif et éclairé deces heureux usurpateurs qui ordinairement marchaient à la tête de leur époque. Toutes les situations importantes de la vie des grands appelaient le concours* du chant destiné à lesembellirouè les solenniser. Les marche» guerrières , les processions religieuses, les réunions de table (3), les cérémonies nuptiales, les fêtes comme les funérailles auraient paru incomplè- ■ tes si elles avaient été privées de ce poétique accompagnement,
F.t cependant ce n'était encore là qu'une face du domaine épique, si riche et si \ ai f é. De ce côté, ses limites touchaient à celles de la poésie épique; car elles étaient occupées par les grandes compositions chantées en dirai, r qui embrassaient, sous une forme nouvelle, un grand nombre de sujets héroïques. Ce genre fut porté à sa perfection par Arion etStésichore ; unissant les attraits de la musique et de l'action à ceux d'une noble poésie, il formait la distraction favorite des villes doriennes. Là se trouva le germe, à ce qu'il parait, où Thespis et ses successeurs puisèrent la tragédie attique. Il restait peu à faire, grâce à l'Introduction d'un nouvel élément, c'est-à-dire grâce au récitatif mis dans la bouche d'un musicien qui adoptait un rôle et un masque appropriés de manière à représenter une histoire simple et courte, de temps en temps interrompue par les reprises du chœur. D'une autre part, il existait un grand nombre de poésies lyriques où respiraient uniquement les pensées et les sentiments de ceux qui les avaient composées. Ce genre, qu'on peut appeler le lyrisme sentimental, fut surtout cultivé dans les États de l'Éolie et de Ho nie. Le ressentiment d'Archiloque, d'Hipponax et d'AIcée, excité par des injures publiques ou particulières, s'épaneba dans cette voie en sarcasmes amers et en violentes invectives. ChezAnacréon etlbycus, les plaisirs des sens s'exaltaient dans le langage le plus pas-
(I) WWIumuth, 111,397.— (2) KS^t;.
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