CHAP. XII. — PHKWIÙHES ÉCOLES DE PHILOSOPHIE. 4M
forme métrique ne convenant pas aussi bien au génie dialectique de Zenon, il adopta le dialogue comme un instrument plus approprié aux besoins de la controverse . Entre ses mains, ce genre était probablement fort aride et entièrement dénué des charmes que lui donnèrent plus tard les efforts plus heureux de l'éloquence uttique.
Les éléatiques paraissent avoir également fourni quelques traits dn système conçu dans le milieu du cinquième siècle par Empédocle d'Agrigente, qui, lui aussi, usn de la forme poétique. Ce système n'eut pas un asseï grand intérêt philosophique et n'exerça pas une assez grande influence sur l'avenir pour que nous nous en occupions. Sous un autre point de vue, considéré comme un homme qui alliait la philosophie à la religion et à une morale ascétique, qui empruntait le caractère sacerdotal, qui possédait une connaissance des secrets de la nature inconnus à ses contemporains, et qui, employant tous les moyens possibles pour dominer les autres, fut l'objet d'une sorte de respect religieux, Empédocle (t) doit être rapproché d'Epiménide etdepythagore, le fondateur de la seconde et de lu plus célèbre des écoles occidentales.
L'histoire de Pytbagore est obscurcie par une nuée de légendes à tra- pi^>p>t*. vers lesquelles on peut seulement distinguer les traits principaux de sa vie et de son caractère, fié à Samos, vers 570 avant notre ère, il appartenait par sa mère à l'une des plus anciennes familles de l'Ile. Mais on croit généralement que Mnésarque, son père, était étranger et ne pouvait se vanter d'une pure origine grecque. Les uns disent qu'il était Phénicien, les autres Tyrrhénien de Lemnos, quelques-uns le rattachent à une branche de la race pélasgienne. On n'est pas mieux instruit des faits relatifs aux premières années de Pythagore ; on ne sait & quelle sources il puisa la science et à quel maître il dut la culture de son esprit. Il semble cependant qu'il ne faut pas révoquer eu doute ses voyages eu Orient, au moins eu Egypte. On a lieu de croire aussi qu'il reçut desleçons de PhérécydedeScyros, ou peut-être d'Anaximandre (a). Son
^1) Oïl lt> classait généralement parmi lus Pythagoriciens (ïovcï Siurz, Empè- (focie, $ 3). Mais Hiller a établi ks relations avec les Eléaliques par une soigneuse comparaison lie ses écrits mrc co-hï ili' Pimni:iin!i\ fji; ijui sug;;tTu ruulre opinion, ee fut peut-être la ressemblance ([ui eviste entre son t jraclère cl celui de Ptlliajjou. En outre do sa doctrine sur l'Aine, sa sphère-dieu, se» deux principes opposés, subordonnés à une unité supérieure, lout cela parait se rapprocher de la philosophie pythagoricienne. D'autres auteurs anciens et modernes l'ont classé dan» l'é- '"le ionienne comme disciple d'Aua>agore. On doit sans doute le considérer rurale premier auteur d'un système éclectique. Au reste, ïojm Brandisdans l'Essai
déjà indiqué, p. 123etsuW.— (2) Apollon. ,ap.Porphjr., de'Vit. Pyth., 2. Dansées matières la tradition est d'une faible importance. Cependant les anciens paraissent u sujet de Phérécjrde. Quant à Anaximaudre et à Thïlès, aussi
i. Cependant les anciens pi là Ainumaiulreet iThsk .
compté parmi les maîtres dcPvtliagore, notre croyance se fonde principalement :,„. la prohabilité qu'il fut en relation avec les hommes de son temps les plus éminents en science et en sagesse. A l'égard de Phérécjde, la tradition sérail confirmée par' une nuire, d'après laquelle ce philosophe aurait été le premier tirée qui enseigna ' l'immortalité de l'Étnie. Mais on ne Irouie aucune liacedeses rapporls atec Thaïes ou Anaiiiuandre dans les doctrines attribuées a Pythagore. D'ailleurs c'est une question aussi peu intéressante que difficile à résoudre. Notre indifférence s'appliquera encore plus justement aux prétendus maîtres de Pylhsgore, comme Bias de I. M
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108 HISTOI&B DE la eaèCH.
séjour en Egypte lai fut très-profitable, moins encore à cause des connaissances positives qu'il y acquit qu'à cause des impressions qu'il y recueillit, impressions qui décidèrent la direction de son esprit. Il avait peu de chose à emprunter è la science des Egyptiens, mais leurs institutions politiques et religieuses lui présentaient le spectacle d'une organisation puissante et applicable à de plus nobles desseins. Il est aussi à Croire qu'il fut initié à quelques-uns des plus anciens mystères de la Grèce. Ce fait est admissible même en n'ajoutant pas foi à l'opinion qu'il hérita des secrets d'une doctrine mystique des Félasges (l). Mous remarquerons ici que parmi les divers jugements'portés par les savants sur la nature des mystères grecs, aucun ne nous semble plus judicieux que celui qui nous les représente comme les débris d'un culte- extérieur à la naissance de la mythologique grecque et de ses rites, fondé sur une vue de la nature moins fantasque, plus sérieuse et mieux faite pour éveiller à la fois les pensées philosophiques et les sentiments religieux ; jusqu'à - quel point ces souvenirs du passé servirent-ils à l'exposition de doctrines théologiques différentes de la croyance populaire, c'est ce qu'il nous est Impossible d'apprécier. Cependant, il ne semble pas improbable que dans le siècle qui suivit l'ouverture des rapports réguliers entre la Grèce et l'Egypte, on fit quelques efforts pour relier ensemble les légendes mystiques, mises en scènes mimiques ou converties en hymnes, cl une sorte de système spéculatif renfermant ça et là des emprunts faits à l'Orient. Les auteurs de cette science nouvelle tâchèrent sans doute aussi de la mettre sous le patronage d'Orphée et des autres noms célèbres des prophètes ou bardes de la Thrace et de la Lycie. Ce fut alors peut-être que les regards de l'initié commencèrent à se porter au delà de la vie présente, ce fut alors que la doctrine de l'immortalité de l'âme devint comme la base de toutes ses connaissances. Nous ne saurions déterminer si Pythagore puisa à une source étrangère la forme de cette doctrine qui lui est particulière, c'est-à-dire la transmigration des âmes. Quelques allusions de Pindare semblent indiquer que de son temps ces idées étaient déjà familières aux Grecs (2).
pinio:epM« Pythagore fut, dit-on, le premier Grec qui prit le titre de philosophe.
Pïtb«sort- gi(| ra est ainsi, ce mot ne sou s -entendait pas, comme on le croit généralement, la prétention à une renommée de sagesse. Il annonçait simplement le désir de l'acquérir. D'un autre coté, l'histoire bien connue qui explique l'origine du nom suggère une idée fausse delà manière dont Pythagore envisageait la vie, puisqu'elle donne a entendre qu'il regardait la contemplation comme le but le plus élevé de l'existence humaine (3). Beaucoup de ses contemporains partagèrent son ardent
Prièoe, fit d'autres aussi obscurs, comme Créophile el H er moi! a mus. Hitler a fait de ïtâcieaKsreintoyiesiccsuiçldmitiiGischichttderPythagotischmPhiloaophU^ p. ISeUuit. — (1) Riller. I, p. 3S0. Cependant fliiitolrvdu raystagogue Aglaopliaroe qui l'admit, dit-on, aux mystères orphiques à Libéllin, où il apprit Ici élément» d'une théologie arithmétique, est peut-être une fable inventée peu de ' temps avant l'époque de Jarabliqne. \ ojci LoLeck, Aglaoph., p. 723. — (2> Vojei Piswr. »ur Pindare, 01., 11, 68, el fragment Thrm., 4. — (3) Le philosophe eil comme, le apeclateur aux jeux olympiques. Tandis que te* autre» sont attiré» pu
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CHAr. XII. — PREMIÈRES ÉCOLES DE PHILOSOPHIE- MO
amour pour ht science, mais 11 se distingua par ses étonnantes dispositions pour les études mathématiques et tout ce qui s'y rattache. On lui attribue plusieurs découvertes remarquables en géométrie, en musique et en astronomie; sa philosophie tout entière est le résultat de cette prédilection pou ries sciences exactes. Nous sommes d'autant moins portés à tenter l'explication de son système, qu'il est presque certain qu'il ne l'écrivit jamais et qu'il estdifrlcilededistlngucv,au milieu des doctrines appelées pythagoriciennes, celles qui lui appartiennent en propre de celles qui sont dues à ses disciples ou à ses successeurs. Nous essaye* rons seulement de faire quelques remarques sur son caractère etsur ses tendances. Cela parait évident, Pythagore considérait les nombres, nonseulement comme représentant l'essence et les propriétés de toutes les choses, mais encore il leur attribuait une sorte d'existence objective qui les rendait propres à servir de matériaux ou d'éléments dans la construction de l'univers. Cela n'implique pas nécessairement qu'il ait confondu d'abord l'unité numérique avec le point géométrique, et ensuite ce point avec uu atome matériel. Il ouvrit ainsi la vole aux théories physiques soutenues plus tard par Leucippe, Démocriteet Kplcure. Mais il est extrêmement improbable que ni lui, ni ses successeurs, aient jamais eu aucune idée de la théorie atomique due à la science moderne. D'un autre coté, on peut, sans injustice, lui imputer une grande partie des absurdités et des superstitions qui, après avoir mvgïiué Vautbrité de sou patronage dans la dernière période de la philosophie grecque, exercèrent une pernicieuse influence sur les opinions des âges suivants. En effet, sans en avoir jamais eu peut-être l'intention, il ouvrit la porte à toutes ces chimères, non-seulement par la vertu mystérieuse qu'il attribuait aux nombres, mais aussi par les spéculations vagues et abstraites dont 11 se servit pour remonter aux premiers principes du nombre lui-même, dans lequel il signalait un contraste, diversement formulé par ses successeurs, tel qu'il s'en trouve entre la lumière et l'obscurité, ou entre le bien et le mal, et peut-être égal a celui qui existe entre l'esprit et la matière, l'intelligence et les sens (l). 11 est vrai qu'on représentait ces principes comme subordonnés à une unité supérieure ; mais aussi on les donnait comme indépendants d'elle par leur origine. Ainsi la cause première elle-même se trouvait mêlée au débat et engagée dans une dispute avec ses propres imperfections originelles. La philosophie de Pythagore aurait sans doute été plus sobre, elle
l'aridité ou l'ambition, il vient uniquement pour satisfaire une généreuse curiosité. Vovei Cieéron, Tasc. Disp., V, 8, et la note de Davis. — {1) Arislole, Met., i, G, énumère dii couples de ces principes opposés, lesquels, selon quelques pyllia-" goricieos, renferment, à cause rie la vertu assignée au nomhre dix, les éléments les plus importants de l'univers. Nous en rapportons la liste, qui suffira à donner une idée dti caractère du système et de la facilité avec laquelle il pouvait se prêter aux Combinaisons les plus capricieuses. Ce sont t fini et infini, pair et impair, uu cl
Clusieurs, gauche ei droite, mâle et femelle, immobile el mobile, droit et courbe, imière el obscurité, le bien et le mal, carré el oblong. Tout ceci, comme les anciens l'enseignaient, n'est autre chose que dû manières différentes d'envisager uni idée vagus .
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n'aurait pas engendre tant de rêveries incohérentes, Bielle lie s'était pas enveloppée d'une sorte de voile symbolique et mystique, voile qui était peut-être nécessaire à sou succès et qui cependant ne l'empêcha pas de succomber plus tard.
Les institutions de Pythagore sont peut-être moins intéressantes que sa philosophie pour l'histoire de l'esprit humain ; mais pour l'histoire de la Grèce, le principal mérite de sa philosophie est de répandre quelque lumière sur le caractère de ses institutions. Les détails qui nous ont été conservés sur leur origine et leur destinée, bien qu'obscurcis par de nombreuses contradictions, aident néanmoins à percer les ténèbres qui enveloppent ordinairement les affaires, des cités grecques en Italie, ■'rlîuiuô? (-*u croit généralement que Pythagore trouva Polycrate maître de >■ Samos lorsqu'il revint de ses voyages en Orient. On a même supposé
que l'aversion que lui inspirait l'administration de ce tyran fut le motif pour lequel il abandonna définitivement sou Ile natale. Si cette hypothèse est sans fondement, s'il n'exista aucune inimitié entre lui et Polycrate, qui lui donna, dit-on, des lettres de recommandation pour Amasis, il faut attribuer son départ à la conviction où il était que la puissance de Polycrate présentait un obstacle insurmontable à ses desseins. Il parait, en effet, certain qu'avant d'aller en Occident il avait déjà conçu l'idée à laquelle il voua son existence, et qu'il ne cherchait pins qu'une occasion et un lieu opportuns pour la mettre a exécution. Il y a des rai sous de croire néanmoins qu'il ne quitta pas Samos avant d'avoir, acquis une certaine célébrité parmi les Grecs d'Asie par l'introduction de quelques rites mystiques, en rapport direct* selon Hérodote, avec ceux des Égyptiens et aussi avec ceux qu'on célébra en Grèce sous le nom d'Orphée, réputé leur fondateur. Mais, commenous ne pouvons admettre qu'en dehors de ses vues politiques Py thugore eût dessein d'établir une nouvelle forme de religion, nous ne verrous dans ces mystères qu'une expérience faite par lui afin de sonder les dispositions de ses concitoyens et savoir comment ils accueilleraient d'autres doctrines plus pratiques. La renommée de ses voyages, de sa sagesse, de sa sainteté, l'avait sans doute devancé en Grèce, où il séjourna quelque temps pour accroître ses connaissances et pour consolider sa réputation. Ce fut aussi pour s'Instruire qu'il visita la Crète et Sparte, où it trouva un modèle de gouvernement plus en rapport avec sa manière de voir qu'aucun de ceux qu'il avait pu rencontrer ailleurs qu'eu Egypte ou dans l'Inde. Si, comme cela est fort probable, il s'arrêta dans le même voyage a Olympie et à Delphes, il fut peut- être poussé moins par un motif de curiosité ou de dévotion que par le désir d'obtenir la sanction des oracles et de former une liaison utile avec leurs ministres. C'est ainsi, dit-on, qu'il fut redevable de plusieu rs de ses dogmes éthiques à Thémistocleade Delphes, la prêtresse, sans doute. Les légendes relatives à son passage à Olympie, où il montra une cuisse d'or ou d'ivoire et où il fascina un aigle ipil sc'précipitait sur lui, peuvent fort bien avoir pris naissance à l'époque rie ce voyage. Elles prouvent qu'on regardait ce philosophe comme doué d'une nature surhumaine, comme le favori des deux. Dans celte