CBAP. XII. — INSTITUTIONS DE PYTHAGORE
circonstance, comme dans toutes celtes de ce genre, il est très-difficile de déterminer jusqu'à quel point il suscita nu encouragea de semblables erreurs ; mais il est hors de doute qu'il ne se fiait pas uniquement à son mérite naturel. It chercha à frapper les esprits crédules, par des prétentions sans fondement, par l'attrait du merveilleux. Il prétendait tenir du dieu Hermès le privilège de conserver un souvenir précis des différents milieux d'existence que son ame avait traversés. Son contemporain Xénophane a fait mention de cette imposture, à laquelle H parait avoir infligé un ridicule mérité dans ses élégies (t).
On ne peut formel' que des conjectures sur les motifs qui amenèrent Pyiin* Pythagore à fixer sa résidence au milieu des Grecs d'Italie et partieu- * Cro,one lièrement à Crotone. La pureté de l'air de cette dernière ville , son gouvernement aristocratique , un état de mœurs imparfait sans doute aux yeux du philosophe, mais offrant un heureux contraste avec le tnxe de Sybaris, tout cela aurait suffi pour fixer son choix, iors même qu'il n'eût pas existé d'autres raisons pius déterminantes. Vers cette époque, la situation des partis, à Crotone, paraissait d'ailleurs singulièrement favoriser les projets qu'il méditait. Dans cette cité, ainsi que dans d'au- ■ très villes voisines, se trouvaient des causes de désordre assez sembla- , blés à celles qui produisirent une lutte entre les patriciens et les plébéiens de Rome. Un corps appelé sénat , composé de mille membres qui représentaient probablement les plus anciens colons, investi d'une au-| torité très-étendue et sans responsabilité , en possession de nombreux privilèges, commençait à causer du mécontentement dans le peuple. La puissance oligarchique dominait toujours, il est vrai, mais elle n'était pas tellement enracinée qu'elle pût se passer de toute assistance. L'arrivée d'un étranger, neutre en apparence, qui s'attirait la vénération de la foule par son caractère sacerdotal et par la renommée de ses dons surnaturels, qui paraissait enclin à disposer de son influence en faveur du gouvernement, sons la seule condition d'exercer quelque contrôle sur les mesures prises, l'arrivée d'un tel homme était un événement qui devait causer une vive joie dans la classe privilégiée. Voilà pourquoi Pythagore trouva le sénat de Crotone fort empressé à favoriser ses desseins.
La sagacité des historiens s'est exercée sur la nature réelle des pro- ob)« j jets de Pythagore et des moyens qu'il employa pour les mettre à exé- «ci'lc cution. La question a été résolue de diverses manières, suivant qu'on lui attribuait plus de penchant, pour la religion, pour la philosophie ou pour le gouvernement. Toutefois, il est évident que son but n'était pas exclusivement, ou même principalement, religieux, philosophique on politique. Nous ne pouvons, d'un autre c6té, admettre l'opinion d'un auteur moderne qui prête a Pythagore la prétention d'avoir voulu offrir l'idéal d'un État dorien (2]. Sa pensée dominante fut que l'État, comme l'individu, chacun dans sa voie, doivent réfléchir l'image de
(1) Diog;., vin, 36. Dans cet ouvrage Pythugorc est rppréspnté demandant grâcf pour un chien qui hurle sous le fouet. Le philosophe prétend reconnaître 1s vois d'un ami définit dont l'âme a émigré dans le rnrus de I animal. — (2) tyïller, Bot,,
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l'ordre et de rharmouic'qu'il croyait présider au maintien de l'univers. Il exprimait seulement le côté religieux de cette idée, quand fl disait que le but le plus élevé de l'existence de l'homme est de se rendre semblable à la divinité. Mais il avait soin d'ajouter que ce sublime dessein ne peut s'accomplir ici-bas, qu'un homme sage doit se contenter de se Approcher autant que possible d'un but hors de sa portée ; qu'il doit, ■ par-dessus toutes choses, se conformer à la situation où il se trouve et •'accommoder des imperfections des personnes qu'il fréquente. Il avait bous les yeux l'exemple de Lycurgue et ceux plus récents de Zalëucus et de Cbarondas qui, celui-ci à Catane, l'autre à Locres, y basèrent leur législation sur des principes tellement rapprochés des siens, que des traditions postérieures les rangèrent au nombre de ses disciples. Quoi qu'il en soit, Pythagore ne chercha pas à rédiger une constitution on un code de lois. I) parait même qu'il ne fut jamais revêtu d'aucune fonction publique. 11 institua une société, nous pourrions dire un ordr» dont il fut le général. Cette assemblée se composait de jeunes gens soigneusement choisis parmi les familles les plus nobles, non-seulement de Crotone, mais de toutes les autres cités italiotes. Leur nombre montait ou était limité a trois cents personnes. Si à la coopération de ers jeunes gens Pythagore emprunta une puissance plus solide et plus étendue que celle des magistrats ou des législateurs, puissance reconnue a Crotone d'abord et ensuite daus toutes les colonies" italiennes, on conviendra que ses plans furent peut-être neufs et hardis, mais qu'ils n'eurent rien d'extravagant.
D'après notre manière d'envisager cette société célèbre, il n'est pas surprenant qu'elle ait offert une aussi grande variété d'aspect; qu'elle ait pu égarer ceux qui l'ont considérée sous un seul point de vue, en ne tenant pas compte des autres. C'était à la fois une école philosophique, une fraternité religieuse, et une association politique. Tous ces caractères divers paraissent avoir été unis d'une manière indissoluble dans l'esprit du fondateur. Ce qui prouve les intentions loyales de Pythagore, ce qui le lave du soupçon d'avoir nourri des idées intéressées, c'est qu'il choisit pour coopérateurs des hommes en état de comprendre les plus hautes vérités qu'il pût leur enseigner ; c'est que non-seulement il les initia à sa propre science, mais encore qu'il regarda In culture de leurs facultés intellectuelles comme une préparation nécessaireà l'œuvre à laquelle il les destinait. 41 ne bornait pas sans doute ses leçons aux diverses branches des mathématiques ou de la physique, Il s'efforçait évidemment d'éclaircir pour eu* les plus grandes questions qui puissent occuper l'intelligence humaine. Ceux qui sont appelés à gouverner les autres hommes, doivent, les premiers de tous, contempler l'univers et comprendre la place qu'ils y occupent. La philosophie pythagoricienne paraîtra peut-être tout à fait étrangère aux préoccupations habituelles d'uD homme d'État; nous savons cependant que quelques-uns de ces
Ut, 6, lti. Cel auleur va plus loin que F. Schlegel, (fui dans son essai lor la Diotùne de Platon {Werk., iv, p. 109) a ugnalé le canctere denen des institution il* Prtbagore,
Doto«iD,GoOgk
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derniers, dans les temps anciens comme dans les temps modernes, ont nourri leur esprit de semblables spéculations.
Il est certain que la religion était intimement liée avec les institutions Reii^on d. de Pythogore, et ce ne serait pas exagérer que de dire qu'elle fut le pt""!***. centre autour duquel elles se maintinrent ou la pierre angulaire de l'édifice entier. Il n'est pas aussi facile de définir l'espèce de religion dont il s'agissait ou la maniéré dont on 1k pratiquait. Le rôle important de la religion (tans celle philosophie, n causé peut-être l'obscurité qui la couvre; il est en effet fort probable que le mystère dont la société enveloppait tous ses actes avait rapport, non pas aux doctrines philosophiques ou même aux desseins politiques, mais bien aux observances religieuses. On ignore presque entièrement la relation qui pouvait exister entre ce culte mystique et celui des temples publics. On dit que Pythagore se répandit en invectives aussi amères que celles de Xénophaue contre Homère et Hésiode, dans le but de dégrader leurs divins héros. Quoi qu'il en soit, il professait le respect le plus profond pour les superstitions populaires. Il est vrai qu'il faisait des dieux autant de nombres. Mais c'était là seulement une subtilité théologique étrangère à la multitude, qui le voyait prosterné au pied des autels. Il n'y a aucune raison de croire que ces mystères cachaient des doctrines en opposition avec les idées générales. Il est fort probable, et l'histoire répandue parmi les Grecs de t'Hellespont à propos de l'imposture de Zamolxls semble confirmer cette conjecture, il est fort probable que le principal but des mystères était de répandre le dogme de l'immortalité et des migrations de lame. Mais il n'est pas permis de douter que la religion ne fut destinée a consacrer toutes les relations formées entre les associés, à cimenter leur attachement mutuel, à exalter le respect qu'ils vouaient à leur maître. Il n'est pas sans importance de remarquer aussi que les mystères* paraissent avoir été dévoilés jusqu'à un certain degré à des personnes placées en dehors de la société politique. Ainsi des femmes furent, à ce qu'il semble, mises dans le secret, ce qui donna lieu à une longue liste i de pythagoriciennes. On comprend facilement combien un pareil renfort devait agrandir l'influence de l'institution.
C'est encore une question de savoir si Pythagore conçut une théorie a™ ,nt* arrêtée. Il n'est pas même certain qu'il ait jamais désiré voir ses disci- P»'Wfl"«ples'octuper les fonctions publiques, quoique le gouvernement dé l'État dût être la sphère la plus élevée où ils pussent appliquer leur intelligence. Ses préférences pour telle et telle forme de gouvernement dépendaient probablement de la facilité qu'elle lui offrait pour accomplir ses vues. Néanmoins, on ne peut guère mettreen doute que ses idées n'aient été aristocratiques. C'est un fait qu'il faut admettre, lors même qu'il n'aurait pas une évidence directe (l).
Le candidat qui désirait être admis dans l'ordre, devait traverser un orgtnmtemps d'épreuve. Il fallait avant tout que son extérieur eût satisfait "£"éde "* *°" l'œil du maître, qui, dit-on, attachait une grande importance aux phy-
(1) On e*l surpris du ion d'incertitude avec lequel Ritter (I, p. 532} l'exprima sur ce point.
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slooomies. On a diversement rendu compte des règles du noviciat en question , et des classes différentes dans lesquelles on distribuait les disciples (t). Toutes les traditions ayant rapport à cet objet démontrent pleinement que les élèves de Pythagore renoncèrent à leurs habitudes domestiques pour embrasser un nouveau genre de vie minutieusement réglé par la volonté du chef. La pratique dorlenne que Pythagore avait observée à Crète et à Sparte, lui servit peut-être de guide. Néanmoins, l'importance qu'il attachait à la musique et à la gymnastique, comme aux deux premiers éléments d'éducation, pourrait à la fois résulter de sa déférence pour les usages nationaux, et être une conséquence naturelle de ses vues philosophiques. Nous ajoutons peu de créance aux histoires relatives à l'abstinence qu'il prescrivit à ses disciples (S). Son but principal était sans doute de maintenir la vigueur de l'esprit et du corps par la tempérance] mais il est assez probable qu'il restreignit aussi la nourriture de ses sectateurs par plusieurs prohibitions ayant un sens symbolique, et destinées à rappeler des vérités morales ou religieuses. On observera toutefois qu'il était considéré comme habile médecin, e( qu'on le regardait même comme le fondateur de la première école seientillque de médecine.- Auparavant, l'art de guérir les hommes était exclusivement cultivé par les prêtres de certains temples réputés pour leurs cures miraculeuses. Son caractère le poussait peut-être à obéir à certaines analogies fantasques dans le règlement de la nourriture. C'est à cela qu'il parait surtout avoir appliqué son attention. De ce que ses disciples prenaient ordinairement leurs repas ensemble, selon la moda de Sparte, il ne faut pas pour cela admettre l'exagération fabuleuse qui les représente comme mettant tous leurs biens en commun. L'union des associés était plus intime que celle de la famille. Au dire de quelques auteurs, ce fut là un motif de jalousie pour leurs parents, affligés de se voir traités comme des étrangers. Plusieurs anecdotes font foi de la pureté et de la constance de l'ami tié qui les unissait. Nous croyons sans peine que les trois cents, ayant reçu la confidence de tous les secrets
(1) La dislinclion la jilus importante es! celle qui exislc cuire les exotériqiita et les étntériquts. Plusieurs ailleurs pensent que les mol' pvllingorisles et pylliagorcens exprimaient lu raîmt distinction. Ces lermes signifient seulement certainegradations, et n'indiquent en rien û la nature de l'objet en question était religieuse, philosophique ou politique. D'autres auteurs ont parlé d'une division qui gomprenairnt des sèbastiqvu, des politique! et des mathématiciens, ou bien une classe de religion, une cla^ede politique, et une classe île science. Ils ont supposé encore trois gradations : les pythagoriciens, les pylhagoréens, les pvthngoristes, établira suivant le plus ou le moins de familiarité qui eiistait entre les disciples et le maître. Selon Hitler, la distinction des classes n'avait rapport qu'aux mystères religieux. Cependant il n'es! point invraisemblable que ces diverses dénommai ions ne désignassent une échelle de gradations philosophiques, telles que celles dont parle Aulu- Gelle sous les noms â'acoustkitns, de malhèmalicirns el-de physicien!.— (% Au rapport de quelques écrivains, il défendait lonle nourriture animale. Selon d'autres auteurs, il interdisait toutes les espèces de poissons; selon d'autres, les fèves. Arisloxéne, écrivain digne de foi, assurait nu contraire qu'il préférait les fèves à tous les autres végétaux. Ce qu'il faut probablement croire, c'est qu'il iuterdisail certaines parties des animaux, certaines espèces de poissons et peut- être de légumes.
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religieux, philosophiques et politiques du maître, étaient liés entre eux et vis-ô-vis de ee dernier par un serment prêté avec une solennité toute particulière et sous une forme mystérieuse (I ). Pythagore voulait, disaiton, qu'on respectât les serments, qu'on les prêtât avec réflexion, et qu'on les tint avec fermeté (2).
Sans aucun doute, nous avons eu déjà lieu de le remarquer, l'ambition de Pythagore fut pleine d'élévation et de noblesse. Il cherchait à établir une domination qu'il croyait être celle de la sagesse et de la vertu, une suprématie rationnelle des esprits éclairés par la philosophie, et purifiés par la religion. Il s'efforçait de former des âmes rendues propres à dominer les autres par l'habitude de se maîtriser elles-mêmes. Le peu de succès de son entreprise semble devoir être attribué non pas seulement à la violence des passions qu'il avait à réprimer, mais encore à la faiblesse des instruments qu'il employa. Il se trouva contraint de prendre part à une lutte où le bon droit n'était certainement pas tout entier du côté où il se plaça.
Nous apprenons qu'après s'être acquis une influence sans bornes sur "^ toutes les classes de la population de Crotone ; qu'après avoir opéré une réforme générale dans tes habitudes du pays, il dut, ou combattre les mouvements révolutionnaires, ou restaurer le gouvernement aristocratique, là où s'était fait joui' la tyrannie ou la démocratie. Le sénat de Crotone lui demanda, dit-on, ses conseils; ce qui signifie peut-être qu'il lui offrit la magistrature suprême, on même l'autorité dictatoriale. Il semble cependant avoir toujours conservé la position d'un simple particulier. Ainsi, il est fort improbable que les Trois Cents aient- jamais formé, comme on l'a dit, une assemblée légale plus puissante que le sénat (3). En effet, la société renfermait plusieurs citoyens appartenant à d'autres États [4). Quoi qu'il en soit , le corps en question obtint à Crotone et ailleurs une influence qui, peut-être, excita à la fois l'hostilité du parti opposé et la jalousie de ceux qui s'étaient déclarés en sa faveur longtemps avant l'événement qui devint la cause immédiate de sa ruine. Nous n'essaierons pas de décider ce qu'il y a de vrai dans le reproche adressé aux Trois Cents, d'avoir voulu abolir l'assemblée populaire, dont les pouvoirs furent très-limités dès le commencement. Tout ce que nous dirons, c'est qu'ils ne purent se disculper par leurs protestations d'attachement à l'ancienne constitution , protestations faites à l'époque où l'on proposa des changements favorables à la démocratie (5). Quoi qu'il en soit, il parait que leur confiance présomptueusedans leurs forces fut la principale couse de leur chute.
Les dissensions civiles de Sybaris avaient eniin causé une insurrec- sybaris
(1) Le Tit-awt-rù;. — (2) lambl. \&A. Ceux qui quittaient la société étaient répu lés morts. Urigen., c. Cri»,, It, 12. Ot nufafdpEici KtvcTaoi* àmoSdpouï tgï; |J.[tï 75 îïf.rsinwai eirî Çil/.ctp™ itilii SpciiTioasiv ini toï iSiajixii (Koi. — (3) Niebulir, Hitt. de Bonif, conjecturai! c|ne les trois cents p villa coréens formaient te sénat. ~~(i) lunbt., 241. — (S) lambl., 257. Dans son ouvrage intitulé ; û« tteittatU a Pglhagora conàila Scopo, p. 88, Kriselienllnrhe répondant lieauroiip d'impor-
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MO IIISTOIK DE LA GtKCK.
AnMi.C. tlon générale contre les oligarque* qni alimentaient probablement leur "* luxé proverbial à l'aide d'empiétements sur lea droits populaires. Les insurgés, sous le commandement d'un chef nommé Tély s , qni faisait partie de la classe dominante, et qui avait quelque vengeante parti eu - Hère à satisfaire, ne furent pas aussi modérés que les plébéiens de Rome. Non- seulement ils forcèrent lea nobles au nombre de cinq cents à sortir de la ville (l ;, mais encore, lorsque les exilés se furent réfugiés àCratone, ils envoyèrent on message insolent pour demander qu'on les leur livrât. Py thagore se servit de son influence sur le sénat et sur le peuple pour faire rejeter cette orgueilleuse réclamation. Il dut rallier dans cette circonstance les bons esprits de tons les partis. S'il avait rencontre de l'opposition dans une semblable occasion, c'eût été une forte preuve des progrès du mécontentement de la population. Quoi qu'il en soit, on repoussa l'Injurieuse sommation. Crotone accepta le défi qui accompagnait la demande, et se prépara à la guerre. Syharis mit, dît-on, en campagne, trois cent mille hommes, c'est-à-dire, sans doute, toute la population en état de combattre. Les forces de Crotone ne dépassaient guère le tiers de ce nombre ; mais elles étaient conduites par M lion, disciple de Pythagore, un homme qui semble avoir uni l'habileté du général à une vigueur corporelle extraordinaire. L'armée de Crotone puisait encore un nouveau courage dans la présence de Caillas, prophète issu de la race inspirée de Jamus. Ce personnage arrivait de Syharis, apportant la nouvelle que l'ennemi était menace par des présages contraires (2). On dit aussi que les Cratoniatrs avaient été exaspérés par le sort cruel de trente compatriotes envnyés en ambassade à Sybaris et cruellement massacrés {3}. L'enthousiasme répandu parmi les habitants de Crotone par ces différentes causes, explique mieux l'issue du combat que la valeur de Mi Ion , à laquelle Dtodore attribue ridiculement le succès. Nous n'attachons pas non plus une grnnde importance au singulier stratagème employé pour mettre en désordre la cavalerie de l'ennemi (4). Les deux armées se rencontrèrent sur les rives du Trlonto, et la victoire se déclara en faveur de Crotone. Ce fut probablement après la bataille qu'une réaction eut lieu a Sybaris, dans laquelle Télys et ses principaux partisans furent tués devant les autels (s). Si D«mcii0B cette réaction s'était opérée plus tôt, elle eut misun terme aux hostilités. d. sjbirii. Mais cet acte de vengeance ou de désespoir s'effectua trop tard pour sauver cette malheureuse ville. Aucune résistance ne pouvait être opposée aux vaiaqueurs, qui résolurent d'anéantir Sybaris. Elle fut livrée au pillage après qu'on en eut fait sortir cequi restait d'habitants. Ensuite on la démolit jusqu'aux fondations, et on détourna une rivière ( le
(1) C'étaient peut- être les Trézéniens dont parle Arislote (Pot., v,2, 10). Mus cela n'est pas aussi clair que le dît Wesseling (sur Diod., m, 9).— (2) Les Sjiwriles se consolaient par la pensée que leurs vainqueurs avaient été aidés par les armes de Dorieus, le plus jeune frère ilu roi Spartiate Cléomène. — (51 Puvlarquf dans Athén. ,ïii, p. 521, D. — (4) Aristote dans Alliénée, p. 120, D. iJes chevaux des Sybarites avaient été dressés à danser au son de la llule, et ils. lurent attirés dans les rangs de leurs ennemis par une troupe de sens qui jouaient de tel pstrumenl. — (S) Héracl. de Pont, dans Athénée, p. 5$1 . F.
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Crathts) à travers ses ruines, pour effacer toutes les traces de sa grau- Avant j. c. deur évanouie (l). SMm
Le sénat fie Crotone et les associés pythagoréens s'enorgueillirent de dos"JprM"ii0! ce succès. Ils s'imaginèrent que c'était le triomphe de leur propre cause, nvUugoriet qu'ils recueilleraient les fruits de la victoire. Quand il fut question c MM' de partager le butin et la terre conquise (2), ils élevèrent la prétention de tout conserver sous le nom de l'Etat, et Ils refusèrent d'en rien céder à ceux qui avaient combattu avec eux. C'est peut-èlre alors qu'ils crurent voir une occasion favorable d'imposer silence à toute opposition, en supprimant l'assemblée populaire. Mais s'il en est ainsi, Ils ne comptèrent pas assez sur les effets d'un triomphe qui avait enivré leurs adversaires aussi bien qu'eux-mêmes. Le peuple n'éprouva aucune crainte; mais cette entreprise l'irrita au plus haut point. Cylon, homme noble et riche qui avait été, dit on, rejeté par Pythagore, lorsqu'il s'était présenté pour prendre rang parmi ses disciples, dirigea les fureurs delà multitude contre la société. Au milieu d'un grand tumulte, la ■ populace mit le feu à la demeure de Milon, dans laquelle les pythagorêens étaient assemblés. Plusieurs de ces derniers périrent, et le reste ne trouva de refuge que dans l'exil, On ne sait pas au justes! Pythagore se trouvait à Crotone au moment de cette révolution. On pense généralement qu'il mourut, peu de temps après a Métapoirte (3). Ces événements paraissent avoir entraîné des scènesdu même genre dans plusieurs autres villes d'Italie, à Caulonie, à Locres et à Tarente. Ce dernier fait prouve l'étendue des ramifications de l'ordre; il prouve aussi que les associés obéissaient partout au même esprit politique. Le plus grand , nombre des fugitifs se réfugièrent en Grèce, mais les troubles n'en continuèrent pas moins pendant plusieurs années dans les cités où avaient été établis les sièges de l'association . La médiation des Achéens de la mère-patrie rétablit enfin la tranquillité, et soixante exilés revinrent dans leurs foyers. Il parait que la présence de ces derniers fit naître de nouveaux troubles, peut-être à cause de l'opposition qu'ils entretinrent contre les institutions démocratiques empruntées à l'Achaie' par Crotone et par les autres villes (4). Plus tard, nous retrouvons en Grèce quelques pythagoréens célèbres, chassés d'Italie parleurs adversaires politiques. D'autres restaient dans cette contrée , on ils s'efforcèrent, avec quelque succès, de faire revivre l'ancienne Influence de l'ordre auquel ils appartenaient (5).
(i)S(rab., vi, p. 265.— (3) Il semble évident que celte terre fui le sujet principal de la querelle. Lu multitude désirait TrviopÛMmTîvxaraxXspouxnD-iri*!, suivant Apollonius dans Iamblinur-,255. — (3) Suivant Tseitès, CAif., n, Hist., 366, Il fflnurut de faim dans 1g temple des Muse», après une abstinence de quarante jours. — [*)?*" lyb. , il, 39. — (5) Les principales sourresrte renseignements sur l'histoire de Pjtha*
foreeidesasnciétéselrouvculdanslesréritsdeDiogène.dePorphïreetdeiamblique. I ne faut cependant pas lire ces biographies sans une grande méfiance. Elles DM M soigneusement examinées par Riller dans les deux ouvrages ci-dessus mentionne1!. Un trouve dans l'introduction sur ThéognU de Welcker (p. lit, 1) d'excellente» remarquée sur lo caractère politique de la société. C'est là aussi le principal objet de l'enat de Krîsche : dt Seopa, etc. Ce livre, bien qu'écrit dans une «*■"—"