CHAI'. XIII. — LES MÉDES ET LES PUISES
située peut-être d'abord sur l'Euphrate, fut établie sur le Tigre lorsqu'une tribu de la même nation s'empara du pouvoir. Des révolutions postérieures divisèrent ce royaume en deux parties. Babylone et Ninive devinrent chacune la capitale d'un Etat indépendant. Les Mèdes, peuple dont l'origine, les coutumes et la religion étaient différentes, lorsqu'ils s'aperçurent que le pouvoir des Assyriens déclinait au sein de la mollesse et du luxe , s'unirent sous un seul chef, et, quittant leurs montagnes situées sur la cote méridionale de la mer Caspienne, commencèrent à leur tour une série de conquêtes à l'ouest de l'Asie. Leurs possessions, sous le règne d'Alyatte, s'étendaient jusqu'au fleuve Halys, qui formait la frontière de l'empire lydien. L'approche du roi mède Cyaxare fit trembler Ninive, mais le danger fut détourné par l'invasion des Scythes qui depuis vingt-huit ans ravageaient les plus belles provinces de l'Asie. Cyaxare les extermina par trahison, niais avant cet événement il s'était rendu maître de Ninive. Babylone conserva seule son indépendance. Une guerre éclata alors entre les rois des Mèdes et des Lydiens. L'issue de la lutte fut signalée par une éclipse prédite par Thaïes (l). Grâce à la médiation de leurs alliés communs, les rois de Cilicie et de Babylone, les deux adversaires firent la paix. Ils se donnèrent un gage solide d'amitié au moyen du mariage contracté entre la fille d'Alyatte et Astyage, fils de Cyaxare. Sous le règne d'Astyage, une nouvelle révolution changea la face de l'Asie. Un nouveau peuple s'éleva qui renversa les Mèdes par les mêmes moyens dont ceux-ci s'étaient servis pour subjuguer les Assyriens. Les Perses occupaient un territoire montagneux, séparé du golfe qui porte leur nom par un pays plus fertile. Cette nation se divisait en plusieurs tribus, différentes les unes des autres par leurs mœurs et leurs conditions sociales. Le plus grand nombre se composait de bergers nomades. Trois d'entre elles étaient réputées plus nobles que les autres. Une d'elles renfermait -.• la race. des Achscménides traités avec un respect tout particulier par la population entière. Pour le langage, comme pour le carattère, ce peuple avait plus de rapport avec les Mèdes qu'avec les Assyriens. Ses mœurs étaient simples et pures. Le sol qu'il occupait était peu propre à inspirer le goût du luxe. Les jeunes gens des plus hautes classes observaient un genre de vie sévère : ils s'exerçaient dès l'enfance à monter à cheval, à tirer de l'arc, à dire la vérité et à remplir tous leurs devoirs. lis adoraient les éléments, les cieux et les astres ; mais ils n'avaient ni temples, ni autels, ni statues (2). Chacun sacrifiait pour son propre compte; et quand la victime devait être offerte au Dieu suprême, on la transportait sur le sommet de la montagne la plus élevée. Le prêtre n'avait point d'autre office que d'accompagner la cérémonie de de ses prières ou de ses chants.
Tant que les Mèdes furent un peuple de conquérants, lesPerses leur cymt furent soumis. Mais sous Astyage la vigueur des sujets de ce prince s'a- £?" A
(1) Sur les rlifférenles -laies
assignées Ji celle éclipse, voyez M. Clinlon, F. H., l'opinion qui la fixe au mois de mai, 003 A. C, — ,111, 3,8.
I, p. 418. Cet écrivain adople
(2,1 Voy. Schmieder, sur CtiN.
il8 HISTOIRE DE LA GRÈCE.
mollit au sein de la prospérité. Lorsque les montagnards perses eurent pria les armes sous le commandement d'un chef actif et hardi, ils renversèrent aisément la domination de leurs anciens maîtres. Cyrus, le héros qui les conduisit au combat, appartenait à la famille de leurs princes; mais les circonstances de sa naissance, et l'occasion immédiate de sa révolte, sont obscurcies par une foule de traditions fabuleuses et discordantes (l). Astyage, le roi détrôné, était, nous l'avons vu, allié à Crésus par un mariage. Si ces liens ne fournissaient pas à ce dernier un motif suffisant pour venger l'outrage fait à son parent, le monarque lydien avait d'autres prétestes à sa disposition. Il s'agissait de l'empire de l'Asie, et il voyait pour lui autant de chance de l'obtenir que pour un parvenu sorti d'une race de bergers. 11 lui parut d'ailleurs plus sage d'attaquer à propos que de se défendre trop tard. Cependant il ne voulut rien donner au hasard; il résolut de consulter les dieux. Il expédia plusieurs messagers pour interroger les plus célèbres oracles de la Grèce. Sa foi dans leurs révélations n'était pas aveugle ; mais il comptait mettre leurs prophéties à l'épreuve. L'oracle de Delphes lui sembla surtout digue de confiance. La réponse qu'il en reçut le décida à poursuivre ses desseins avec l'assurance du succès. Cependant, s'il n'avait pas interprété les paroles qui lui furent transmises dans un sens favorable à ses désirs, il eût hésité davantage. En effet, la prédiction portait que son entreprise se terminerait par la ruine de sou adversaire ou par la sienne. En reconnaissance de la prétendue faveur de la divinité, il remplit le trésor du temple d'or et d'argent ; il envoya même de magnifiques présents aux Delphiens, qui lui accordèrent en échange tons les honneurs et tous les privilèges dont une ville grecque pouvait disposer. Le monarque rassembla toute sou armée et marcha contre' Cyrus. Il traversa l'Holysen Cappadoce, non avee l'intention j1 d'envahir les possessions de son enueml, mais dans le but de le délier au combat. Les Perses accoururent avec une forée supérieure composée des diverses nations qui se trouvèrent sur la route. Avant de mettre à l'épreuve la force de Crésus, Cyrus envoya des messagers aux villes ioniennes, afin de les engager à profiter d'une occasion favorable pour secouer le joug de la Lydie. Celles-ci, sentant qu'elles Déferaient que changer de maître, demeurèrent sourdes aux sommations du monarque. Les armées opposées se livrèrent bataille. Le succès fut indécis. Crésus cependant jugea qu'il n'avait pas fait des préparatifs suffisants pour accomplir le décret de la destinée. Il résolut de revenir à Sarde» pour réunir une force pjus considérable pendant l'hiver et pour recommencer son expédition au printemps suivant. Arrivé dans sa capitale, il dépêcha ses ambassadeurs auprès des rois d'Egypte et de Babylone, tous deux ses alliés, et leur demanda du secours. En même temps il réclama l'appui de Sparte. Ces mesures prises, il congédia son armée en donnant l'ordre à tous ses sujets de se tenir prêts pour la prochains
(I; Strabon indique comme son véritable nom celui d'Agradatei. La nom de Cjfiis, qui signifiait le soleil, était, à ce qu'il parait, le titre qu'il prit lorsqu'il mon'n ■ur le irône. Yoje* Heeren, Ideen, 1. I, p. 402.
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OUP. XIlI. — CONQUÊTE DE L'IONIE. 410
t. Le jour qu'il attendait ne devait jamais luire. Cyrus vint iT,nl Jtout à coup camper devant les murailles de Sardes. Le roi lydien n'avait à sa disposition que sa cavalerie. Il livra cependant avec ces seules S„^T ressources une bataille désespérée. Il fut vaincu, repoussé dans sa citadelle, et étroitement assiégé par les Perses. La forteresse ne tarda pas à être surprise. Alors toutes les richesses et l'empire de Crésus tombèrent entre les mains des conquérants.
Il existe une légende qui, sous la forme qu'elle a dans Hérodote, n'a pu avoir cours que parmi les Grecs, ignorants qu'ils étalent des coutumes et de la manière de penser des Perses. Suivant de Crésus, d'abord condamné à être brûlé, -aurait él avait eu connaissance d'un récit semblable, mais il qui a tous les caractères de la vérité. Il rapporte qu' située près d'Ecbatane fut assignée à Crésus pour i dans ce lieu probablement que ce malheureux [ jours, La conquête de la Lydie donna à la monarchie perse des baser, solides. Une insurrection ayant éclaté, elle fut p complément réprimée ; pour en prévenir le retour on enleva au peuple vaincu toutes ses armes, et on le força a ne pins cultiver désormais que les arts de la paix et du luxe. De grands projets et les menaces d'un ennemi lointain et redoutable, appelèrent Cyrus à l'Occident. Réduire Babylone, qui avait conservé ton indépendance au sein même de son empire, telle fut sa première et sa principale préoccupation. D'un autre coté la richesse et la faiblesse de l'Egypte le tentaient. Cependant les farouches barbares, sortis des plaines qui s'étendent du Caucase indien jusqu'à la mer Caspienne, jetaient le trouble sur les frontières du nord-est. Pour assurer la paix et la sécurité de ses provinces orientales, il lui fallait subjuguer ou humilier les agresseurs. Ces grands desseins réclamaient sa présence. Il confia à ses lieutenants, comme une œuvre moins difficile et moins pressante, la mission de soumettre les Grecs asiatiques. Avant son départ de Sardes, il reçut les envoyés des cités éoliennes et ioniennes. Elles offrirent de se ranger sous sa loi en réclamant les conditions autrefois offertes par Crésus. Le conquérant leur rappela alors la demande qu'il leur avait adressée et qu'elles avaient rejetée. Il les railla de leur acquiescement tardif au moyen dune fable significative: «Assis sur le bord de la mer, dit-il, un pécheur jouait de la flûte, mais les puissonsnél'écoutaientpasetcouraientjo.veusemeut daiis l'eau. Le 'pécheur prit son filet et les amena sur le rivage; lisse mirent à sauter, mais c'était dans l'agonie de la mort (().» Lorsqu'ils virent qu'ils devaient faire un choix entre la guerre et l'esclavage, Les Grecs se préparèrent à la résistance, néanmoins, Cyrus, au milieu de sa colère, avait été encore1'
fl) flw., i, 141. Selon la Ternon de Piodore {Mai., n,p. 27}, Harpagus «juin entendu relie l'aille, répliqua par une nuire histoire. Il ilil aui Grecs qu'il ntoil une foi» recherché la main d'une vierge destinée imr soiipcrcà un personnage plui puissant nue lui, et qu'il avait élé relW. Miiis Iliti-pngus élanl devenu en faveur à la cour, le père lui oïïril sa lille. Harpagus répondit qu'il ne la prendrait plus comme femme, mu in comme concubine.
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assez politique pour ménager Mitet ; il se contenta du tribut que cette ville payait à Crésus et l'enleva ainsi à la cause des Grecs. Les autres Ioniens de la côte, — caries lies étaient à l'abri d'une invasion, — s'assemblèrent dans le temple Panionien afin de prendre un parti. Après quelques discussions Ils résolurent d'envoyer desdéputés à Sparte pour demander du secours. Les Spartiates ne se crurent pas assez engagés vis-à-vis des suppliants pour s'exposer à une guerre avec la Perse, et ils se refusèrent à prendre les armes. Cependant, pousses par le désir de savoir quelque chose sur le dessein des Perses et sur l'état de l'Ionie, ou bien guidés par l'espoir que leur nom seul Imposerait à Cyrus, ils envoyèrent à celui-ci un ambassadeur qui, dans un langage impératif, lui demanda de laisser en paix les villes grecques. Le roi berger, qui , n'avait jamais entendu parler de Sparte, mais qui se représentait cette
ville comme une cité pareille à celles de l'Ionie, c'est-à-dire comme une sorte de marché, chargea le messager de dire a ses compatriotes que Cyrus méprisait les menaces d'hommes ayant une place publique où on ne faisait autre chose que de se tromper les uns les autres. Telle était l'idée que le monarque perse se faisait de l'agora grecque. Comment en effet l'imagination d'un despote' d'Orient aurait-elle compris les grandes pensées qui pouvaient naître dans l'esprit d'hommes libres et les nobles actions qu'ils pouvaient exécuter? Cjtw bit Mazarès, le même général que Cyrus chargea d'apaiser l' insurrection
!ô«°™ ,UI des Lydiens, s'avança pour subjuguer les Ioniens qui les avaient aidés lorsqu'ils avA'ent entrepris de secouer le joug des Perses. Il ne vécut que le temps nécessaire pour s'emparer de. Priène et de Magnésie, et pour ravager la vallée du Méandre. A sa mort, Harpagus prit le commandement et pressa vigoureusement les cités ioniennes. Il parait que ' son système de siège fut une nouveauté pour les Ioniens. Les États civilisés de l'Asie n'en connaissaient pourtant point d'outre (i). Selon Hérodote, cette méthode consistait à amonceler de la terre autour des murailles. 11 n'est pas question de machines destinées à battre les murs, quoiqu'il en existât déjà en Orient. Nous concluons de cette observation qu'Harpagus puisait toute sa supériorité dans le nombre de ses troupes, nombre qui lui permettait d'élever ses amas de terre plus haut que les murailles de la ville, de faire tomber sur les assiégés uns pluie de projectiles, ou enfin de se ménager une entrée en comblant l'intervalle qui le séparait des remparts. Il attaqua d'abord Phocée, dont les puissantes murailles ne purent résister aux efforts continuels des Perses. Les travaux du siège étaient fort avancés lorsque Harpagus Béroïime envoya dire aux Grecs qu'il serait satisfait s 'Us renKertaif.nl un seulih
iavtocétat. leurs créneaux, et s' ils convertissaient une de leurs maisons en un lieu sacré. Les Phocéens demandèrent à Harpngus de leur donner un jour de réflexion, et d'éloigner ses troupes. Le général perse comprit leur dessein et ne chercha pas à y mettre obstacle. Durant la trêve, les habitants de la ville chargèrent leurs vaisseaux de leurs objets les plus pr£
(I) Sam., 2, iï, 15 ; Roi*, ni ; Jérém., vi, 6 ; Habakk., r, 10.
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