CBAP. XIII. — CONQUÊTE DE L'IONIE. 4SI
eipux, embarquèrent leurs femmes et leurs enfants et se retirèrent à Chios. Quand ils revinrent, les Perses trouvèrent la ville abandonnée. Les Phocéens proposèrent d'abord aux habitants de Chios de leur acheter un petit groupe d'tles appelées les (Emisses. Mais les insulaires, craignant de compromettre leur commerce en acceptant le voisinage do rivaux aussi entreprenants, refusèrent leur demande. Alors les Phocéens résolurent de continuer leur voyage, pour chercher un nouvel établissement à l'occident, où ils avaient déjà formé plusieurs colonies florissantes. Toutefois, avant d'abandonner leur patrie, ils voulurent la revoir encore. Arrivés à l'improvise, ils surprirent et massacrèrent la garnison ennemie. Puis ils laissèrent tomber une barre de fer dans les flots, jurant qu'ils ne reviendraient plus à Phocée avant que cette barre flottât à la surface des eaux. Cependant, au moment de quitter la mer Mgée, le plus grand nombre d'etitre eux ne purent se résoudre à s'éloigner de leur cité natale. Ils se. repentirent de leur vœu et restèrent eu arrière. Les autres poussèrent leurs courses jusqu'en Corse, où les Phocéens avaient fondé, vingt ans auparavant, une cité nommée Alalie, et ils s'y établirent au milieu de leurs alliés. Mais bientôt, forcés de guerroyer avec les Carthaginois et les Tyrrhéniens d'Agylle, ils perdirent la plus grande partie de leur flotte.
Après ce désastre ils embarquèrent leurs familles sur les vaisseaux qui leur restaient; les uns allèrent rejoindre leurs compatriotes à Marseille, les autres firent voile pour Rhégium (l). Tandis qu'ils s'y occupaient à réparer leurs vaisseaux, ils entendirent parler d'un Heu qui appartenait à Sybaris et qui plus tard fut conquis par les Lucaniens. Sous ta protection de cette ville, au sud-est de Posidonie, ils fondèrent Élée. Cette colonie devint, comme nous l'avons vu, un centre célèbre pour les arts et la science. Lorsque le voisinage eut subi le joug des barbares, elle conserva longtemps l'indépendance que ses fondateurs avaient si chèrement achetée.
Les citoyens de Téos suivirent l'exemple des Phocéens. Lorsque le retranchement des Perses s'éleva à la hauteur de leurs murailles, ils montèrent sur leurs vaisseaux, et se dirigèrent vers le rivage de Thract, où quelque temps auparavant des aventuriers ioniens avaient fondé une ville d'où les Thraces les chassèrent plus tard. Les Téiens prirent possession du territoire abandonné, et Abdère, la nouvelle cité, devint florissante comme Élée, justement renommée pur son école de philosophie. Avant l'invasion des Perses, Thaïes recommanda, dit-on, Téos aux Ioniens comme une situation avantageuse pour l'établissement d'une nouvelle capitale. 11 leur donna aussi le conseil de concentrer leurs forces dans ce lieu, et de réduire les autres cités de la confédération au rang de villes secondaires, reconnaissant Téos comme le siège unique du gouvernement. Ce projet causait trop de préjudices et blessait trop d'in-
(1) Vc-ye* Dedericb, Vrber die Grundung von Maiailia, dan» le Rhein. Mut., f. Philot., iv, p. 109. Les forces n'éïaient pas égales des deux côtés, ainsi qu'il rétablit (p. 101), les Phocéens avaient 60 galères ; suivant Hérodote (i, 166) lei Carthaginois et tes Tyrrhéniens en avaient le double, «woi ixàrieet i&amvT*-
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m HISTOIRE DE LA GRÈCE,
té rets pour être bien accueilli. Les ci lés Ioniennes succombèrent successivement sous les attaques d'Harpngus. Les insulaires eux-mêmea jugèrent prudent de désarmer d'irrésistibles conquérants par unesoumissionvoloniaire. En voyant combien leurs fers leur étaient odieux, Bias leur donna un conseil pareil à celui de Thaïes. Il les engagea à faire une expédition en commun, et à fonder un seul État ionien dans la grande He de Sardaigne. Mais toutes ces villes n'avaient pas le même héroïsme que Pho. cee et Téo*. Lorsqu'elles se furent relevées des désastres de la guerre, elles ne trouvèrent peut-être pas la domination des Perses plus lourde que celle de Crésus. Ce qu'il y eut de pire dans leur condition, c'est qu'elles furent désormais forcées de combattre pour un maître étranger, et de l'aider à assujettir sous le même joug des hommes libres et des Grecs.
Lu Pins Quand l'jEolidc et l'Ionie furent subjuguées, Harpagus continua ses îiia miMH*. eofl1uetes le l°ng de la cote méridionale. Les Cariens ne firent aucune '. résistance. Pédase, l'ancienne demeure des Léléges, à la fois défendue
par la nature et par la bravoure de ses habitants, ne céda cependant que lorsqu'elle fut abandonnée par tout le monde. Les Doriens de Cnide avaient aussi l'intention de faire face à l'ennemi. Tandis que les Perses étaient retenus dans l'Ionie, ils avaient commencé à creuser l'isthme qui joignait leur péninsule au continent. Mais des scrupules religieux interrompirent les travaux. L'oracle de Delphes déclara l'entreprise contraire a la volonté de Jupiter. On renonça donc aux projets de défense, et Cnide se rendit à In première sommation d'Hnrpagus. En Lycie, l'esprit de liberté se montra plus résolu et plus entreprenant. Les citoyens de Xanthe marchèrent contre l'armée des Perses. Quand ces braves durent céder au nombre et revenir dans leurs murailles, ils rassemblèrent les femmes, les enfants et le trésor dans la citadelle, où ils mirent ensuite le feu. Tandis que les flammes s'élevaient de toutes parts, les pères et les époux, liés entre eux par un vœu solennel, s'élancèrent au dehors et moururent les armes à la main. Un petit nombre de familles, heureusement absentes au moment du siège, revinrent plus tard dans leur pays, et perpétuèrent la race des anciens habitants de Xanthe. Caunus ne déploya pas moins de courage. Cette ville fut réduite en poussière par le conquérant irrité. Après quelques nouveaux efforts, la souveraineté de la Perse s'établit paisiblement sur toute la surfaee de l'Asie mineure.
Tandis que les lieutenants deCyrus exécutaient ses ordres dans l'occident, il agrandissait lui-même et consolidait sa puissance à l'orient. Après avoir complété la soumission des peuples placés a l'ouest de l'Euphrate, il assiégea Babylone. Cette ville molle et voluptueuse était protégée par des murailles imprenables et possédait des provisions pour plusieurs années. Elle aurait peut-être lassé la patience de Cyrus, à ce que nous dit Hérodote, si le monarque n'avait pas trouvé plus facile de détourner le cours de l'Euphrate que de forcer ses remparts. On ne sait pas au juste s'il s'empara de la cité par ce moyen plutôt que par un autre. Il dut peut-être plutôt son succès à quelque révolution intérieure