CHAP. XIII. — MORT DE CYRUS
qni mft fin a la dynastie des rois babyloniens. Xénophon nous apprend A""'^- c que Cyrus résida a Babylone pendant sept mois de Tannée. Nous ne pouvons conclure positivement de cette assertion que son exemple fut suivi par ses successeurs, mais 11 est tout à fait probable que la soumission de cette ville voluptueuse conlribua plus qu'aucune autre conquête à changer les mœurs de la cour et de la nation. Quant a Cyrus, c'est tout au plus s'il put jouir d'un aussi long repos. La protection qu'il accorda aux Juifs était vraisemblablement en rapport avec ses desseins sur l'Egypte, desseins qu'il n'eut jamais le temps de mettre à . exécution. Aussitôt après la chute de Babylone, il entreprit une expédition contre un des peuples qui habitaient la cote orientale de la mer Caspienne. Selon Hérodote, c'étaient les Messagètes, horde nomade qui avait repoussé les Scythes vers l'ouest. Après une victoire gagnée par la ruse, le roi fut défait et tué dansune grande bataille. Ctésias rapporte *«• de l'événement dans les mêmes termes. Seulement les adversaires de Cy* rus portent le nom de Derbiees, et leur armée est renforcée par des troopes et des éléphants venant de l'Inde. Suivant le même récit, la mort de Cyrus fut promptement vengée. Un des vassaux de ce monarque, Amorgès, roi des Saces, remporta une victoire décisive sur les Derbices, et ajouta leur territoire à l'empire des Perses. Cette version est si peu d'accord avec celle d'Hérodote, que celui-ci ne fait aucune mention des conséquences qu'entraîna le succès des Massagètes. Il nenous dit pas même que Cambyse, fils et héritier de Cyrus, fixa son attention sur le nord. Le premier acte de son règne dont il parle, c'est l'Invasion de l'Ésypte.
L'antique monarchie égyptienne était depuis longtemps mûre pour Sit„ttiljn la destruction, prête à s'écrouler à la première secousse que lui imprt- d« rsirp* merait une main vigoureuse, protégée seulement par les obstacles que la nature opposait à l'invasion. Le seul fondement solide de l'indépendance nationale avait disparu sous la domination oppressive et corruptrice desprêtres, qui avaient enlevé au peuple toute son énergie. La caste des guerriers, privilégiée par droit de naissance, était si affaiblie qu'elle ne put se défendre lorsqu'un prêtre, parvenu au trône, la dépouilla de ses honneurs et de ses possessions. L'effet des nouvelles relations ouvertes avee la Grèce dans le septième siècle avant Jésus-Christ, par Psammétichus, se produisit sous le règne de son successeur Nécho. Celui-ci forma de vastes plans de commerce et de navigation, dans l'exécution desquels il parait avoir été contrarié par les artlflcesdes prêtres ( l) . H témoigna toutefois son estime pour les Grecs en déposant dans le temple d'Apollon, à Branchides, l'armure qu'il portait le jour de sa grande victoire sur le roi juif Josiah. L'usurpateur Amasis, en possession du trône d'Egypte a la mort de Cyrus, avait dompté les troupes grecques de son prédécesseur Apriès avec l'aide d'une force supérieure d'Égyptiens, mais il n'en avait pas moins une grande estime pour leur valeur, et il les fit venir à Memphis pour lui servir de gardes. La na-
(1) Voj. Soldai), dans le Rhtfn. ««*., iv, p. 13S.
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tu HISTOIRE DE LA GRÈCE,
tion grecque reçut de ce prince un accueil emprefsé. Il assigna la vill deNaucratis aux colons grecs et leur donna des terres pour laconstruc tion de leurs temples. Lorsque le temple de Delpltes devint la proie de flammes, il contribua beaucoup à le relever. Un grand nombre d'antre édifices sacrés appartenant à la Grèce furent enrichis par sa magnifi cence. Il cultiva l'amitié de Sparte et lui Ht un présent qui se trouvai être en même temps un témoignage de l'habileté et de l'industrie di ton peuple.
ftbn* Ce fut contre ce prince que Gambyse prépara une expédition dont i prit lui-même le commandement dans la cinquième année de son règne Convaincu de son impuissance, Amasis s'efforça, par toutes les marques possibles d'un respect obséquieux, 'de détourner cette agression. Il avait envoyé à Cyrus un médecin égyptien que ce roi lui demandait. Il n'osa pas davantage se refusera l'injonction de Cambyse, lorsque ce monarque voulut avoir sa propre fille dans son harem. On dit, à la vérité, qu'il substitua la fille d'Aprièsà la sienne. Lorsque Cambyse découvrit cette fraude, il en ressentit une colère telle qu'elle occasionna peut-être l'invasion de l'Egypte. Selon nous, l'entreprise eut d'autres causes. Le père du roi avait déjà médité cette conquête, mais des intérêts plus pressants l'empêchèrent de l'accomplir. On raconte de plusieurs manières les détails de l'invasion. Ctésias attribue la conquête à la trahison d'un eunuque égyptien qui trompa la confiance de son mallre et livra passage à Cambyse, à condition qu'on lui confierait le gouvernement du royaume. Hérodote, dont l'autorité est plus considérable en ce qui regarde l'Egypte, parait avoir ignoré ces intrigues. 11 rapporte seulement que Cambyse profita des conseils d'un Grec qui avait abandonné le service d'Amasis. La principale difficulté que l'armée envahissante eut a vaincre, ce fut le passage du désert qui sépare la Palestine de l'Egypte. A l'instigation du Grec, Cambyse s'assura l'appui d'un chef arabe dont la tribu errait dans les sables de la Syrie. G race a ce concours inattendu, il réussit à traverser le désert. Avant qu'il arrivât en Egypte , Amasis mourut. Son fils Psamménitus, que Ctésias nomme Amyrtœus, attendait l'approche des Perses avec une armée dont la principale force se composait probablement d'auxiliaires grecs. Ces derniers étaient fort attachés à la cause égyptienne, La férocité avec laquelle ils se vengèrent du compatriote qui les avait trahis prouve à la fois leur zèle et le changement qui s'était opéré dans leur caractère national. Ils massacrèrent devant ses yeux les enfants que ce malheureux avait laissés en Egypte, et mêlèrent leur sang dans une coupe où ils le burent. Pendant ce temps-là les armées ennemies engageaient la bataille. Les Égyptiens essuyèrent une défuite sanglante, et Psamménitus se réfugia à Memphis, ou il fut assiégé et pris. Le conquérant traita son prisonnier avec douceur comme avaient été traités Crésus et Astyoge. Au rapport d'Hérodote, le respect pour la grandeur déchue aurait été une maxime admise parmi les Perses. S'il en est ainsi, on ne devra pas attribuer la clémence de Cambyse, non plus que celle de Cyrus vis-à-vis de Crcsus, à un accès capricieux de compassion.
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CHAP. XIII. — GOimilUliMKNT DE CAMBYSE. *25
T. a possession de l'Egypte ouvrit une carrière sans bornes à de \ aines .... et étranges aventures, mais elle favorisa aussi plusieurs conquêtes im- . portantes. Le caractère de Cnmbyse ne se prêlait pas moins aux unes d« c.'IX™ .. qu'aux autres. Il embrassait tout et ne terminait rien. Une armée qu'il „. en voyadan* le désert de la Libye pour prendre possession de l'oasis, où le .,. temple de Jupiter Ammon formait le centre d'un petit Etat indépendant, fut ensevelie dans les sables. Une autre armée avec laquelle il remontait .. le cours du Nil faillit périr de faim. Plusieurs des tribus africaines du .1 voisinage reconnurent néanmoins sa souveraineté et lui payèrent l'ira- '.'. pot. Les Grecs de BarcéetdeCyrène imitèrent cet exemple. Mais Cambyse, soit qu'il voulût se rendre maître absolu de ces villes florissantes, . soit qu'il ne fut pas satisfait de la valeur de leur tribut, partagea dé- ... daigneusement leur or entre ses troupes. La réputation croissante de ".' Carthage détourna bientôt ses regards sur un point plus éloigné. Il avait . ', désormais une flotte à sa disposition qui semblait lui fournir les moyens .„ de soumettre cette ville. Les Phéniciens, ayant accepté le joug des Perses sans résistance, avaient envoyé une flotte pour seconder l'invasion ', de l'Egypte. Cypre, auparavant tributaire d'Amasis, se révolta lorsque ',.. le trône de ce prince parut prêt à s'écrouler, et joignit ses forces À celles *" de l'armée envahissante. Alors Cambyse ordonna à lu flotte ptiéni- '..' eienne de mettre n la voile pour attaquer Carthage; mais les Phéniciens r.. étaient trop religieux et trop politiques pour aider «détruire l'indépendance de leur propre colonie. Cambyse fut obligé d'agréer le prétexte , dont ils colorèrent leur refus.
' La situation de l'Egypte et le caractère de son peuple réclamaient évi- '\. demment l'administration d'une main ferme et douce en même temps ; ... mais le conquérant se croyait trop sur de sa puissance pour ménager '~ les sentiments de ses sujets. 11 avait même violé les lois de la Perse en 't formant une union incestueuse avec ses sœurs. Il se jouait de la vie des " plus hauts personnages de l'État. Sa tyrannie était si sauvage et si ca- .', priciense qu'elle semblait être l'effet d'une maladie. On croyait que l'i- ';' vresse où il se plongeait habituellement lui avait fait perdre la raison, ,: ou bien qu'il avait été frappé de démence par les dieux irrités de son '", impiété. Les actes que l'on prête à Cambyse ne sont cependant pas plus ' ; extravagants que ceux des autres despotes égarés comme lui par la pos- ", session d'un pouvoir absolu. On rapporte qu'il fit arracher de son royal , sépulcre le corps d'Amasis et qu'il le couvrit d'outrages. On dit encore \ qu'il pilla et qu'il défigura les monuments de l'Egypte, qu'il jeta le troubleau milieu des fêtes les plus solennelles, qu'il viola les sanctuaires les ' plus réputés, qu'il étendit une main sacrilège sur la personne des pré- „ très et même de leur dieu , le veau sacré. Ces outrages ne sont peut- ... être pas fort exagérés, et aux yeux d'un Grec qui, comme Hérodote, . regardait avec respect le culte égyptien, ils devaient ressembler à au- " tant d'actes frénétiques. Ils ne tenaient certainement pas ru sr.èle reli- . gieux ; car, bien que la superstition égyptienne répugnât aux sentiments *■ des Perses, nous n'avons aucune raison de croire que Cambyse vit cette superstition autrement qu'avec mépris. Quelle que soit la cause de ces
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insultes, elles irritèrent profondément le peut le. C'est au souvenir de ces impardonnables fautes qu'il faut attribuer les fréquentes tentatives faites par les Égyptiens pour se délivrer du joug des Perses.
Durant le règne de Cambyse les villes grecques de l' Asie-Mineure demeurèrent tranquillement soumises à leurs gouverneurs perses. Sans aucune contrainte directe et positive', elles obéirent à ce genre d'administration tyrannique, ou du moins oligarchique, qui caractérisait la monarchie sous laquelle elles vivaient. Quoiqu'elles eussent également fait profession d'obéissance , quoiqu'elles continuassent probablement de payer tribut à la Perse, les Iles adjacentes conservèrent en réalité plus d'Indépendance, les satrapes de la cote n'ayant pas de forces navales a leur disposition pour appuyer leur domination. Parmi ces lies, aucune ne s'était élevée aussi hautjqueSamos. La constitution politique de ce pays avait traversé une série de révolutions analogues à celles que nous avons déjà rencontrées parmi les républiques de la Grèce. L'ancien gouvernement royal avait été remplacé par un petit nombre de grands propriétaires fonciers qui s'étaient rendus odieux au peuple, et qui n'étaient pas assez forts ou assez prudents pour comprimer ce mécontentement. Ils envoyèrent une flotte au secours de Périnthe, leur colonie, alors menacée par les Mégariens. Les habitants de Samoa remportèrent la victoire et embarquèrent avec eux six cents prisonniers. Mais avant de rentrer dans le port, ils jugèrent qu'il était insensé de combattre pour quelques hommes qui recueillaient tous les prolits du succès sans partager le danger. Ils résolurent de donner la liberté à leurs captifs et de s'assurer leur concours pour se débarrasser de leurs maîtres. Les gouvernants furent surpris dans la chambre du conseil et mis à mort. Une constitution démocratique Buccéda à l'ancien.ordre de choses (|). Mais vers la fin du règne de Cyrus, un homme heureux et hardi, nommé Polycrate, se rendit maître de la ville avec une petite troupe envoyée a son aide par Lygdamis, fyran de Naxos. L'u- surpateur partagea d'abord son pouvoir avec ses deux frères, mais bientôt il en fit mourir un et força l'autre à s'enfuir. Ainsi devenu maître absolu de l'Ile, 11 prit à sa solde un millier d'archers qui lui servirent de gardes, -et équipa une flotte de cent galères. Avec ces ressources, il protégea ie commerce de Samos, s'enrichit dans des excursions de pirate, subjugua d'autres lies et s'empara de plusieurs cités sur le continent. Il lit la guerre à Milet et il dissipa une flotte que Lesbos avait envoyée au secours de Milet. Ces expéditions l'engagèrent dans des hostilités avec la Perse. Quoique cette puissance fût à l'abri de ses attaques, il pouvait du moins la défier sur mer. Depuis le fabuleux empire maritime de Minos aucune flotte aussi formidable que celle de Polycrate n'avait parcouru ta mer Egée. L'usurpateur enrichit son Ile d'ouvrages utiles et magnifiques. On remarquait surtout un aqueduc et un môle regardé par Hérodote comme une des plus grandes merveilles de la Grèce. Il employa les prisonniers qu'il avait faits dans son coro-
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