‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 88 sur 143 · CHAP. XIII. — POLÏCRATE, TYRAN DE SAMOS · texte numérisé non relu

CHAP. XIII. — POLÏCRATE, TYRAN DE SAMOS

bat naval contre les T.esbiens, à creuser un fossé autour des murailles de fa capitale. Ces grandes constructions eurent aussi pour effet de fournir de l'emploi aux classes les plus pauvres, et cela peut-être anx dépens des riches. H vécut au milieu d'un luxe royal. Cependant, lorsque nous le voyons importer des chiens d'Épire, des chèvres de Scyros, des brebis de Milet et des porcs de Sicile, nous reconnaissons l'esprit d'un prince sage et attentif au bien-être de son pays. Il aimait les arts pour lesquels Saroos avait été longtemps renommée, et, par de magnifiques récompenses, Il attira les plus fameux artistes de la Grèce. Les poètes qui consacraient leurs chants à l'Amour et a Bacchus étaient les bien venus à la cour et les compagnons de ses plaisirs. Si Amasis lui donna une leçon a propos de l'instabilité de sa haute fortune, ce fut probablement à Ibycus et à Anacréon qu'il en emprunta la conclusion pratique. Néanmoins, tout en recherchant les jouissances célébrées paries vers dubardedeTéos, il n'abusait pas de son pou voir, il ne troublait pas la paix domestique de ses sujets et il n'oubliait pas non plusses prétentions ambitieuses, ses projets de conquête. Ses espérances ne se bornaient pas au commandement des Iles, il commençait a admettre la possibilité de réunir toutes les cités ioniennes sous sa domination.

Cependant son autorité, dans sa patrie, reposait sur une base peu solide. Polycra te sentit qu'on avait pour lui pi us de crainte que d'amour. Il n'ignorait pas qu'un parti à Samos n'attendait qu'un moment favorable pour se révolter. La fortune sembla pourtant lui offrir une occasion propicepour se débarrasser sûrement et décemment de ses ennemis cachés. Au moment où Cambyse se préparait à envahir l'Egypte, Polycrate lui proposa le concours d'une de ses escadres. Le roi de Perse accepta avec joie ce renfort, et le tyran équipa quarante galères sur lesquelles il embarqua toutes les personnes suspectes. En même temps II envoya à son royal allié un message secret dans lequel il le priait de ne jamais laisser revenir ses ennemis à Samos. Mais les mécontents, qui avaient sans doute le commandement de la flotte, résolurent d'employer contre Polycra te la force qu'il avait mise entre leurs mains. Ils retournèrent sur leurs pas; mais le tyran était sur ses gardes. Ils furent défaits dans plusieurs combats. Pour se tirer du danger, l'usurpateur avait pris la précaution d'enfermer dans l'arsenal les femmes et les enfants des autres citoyens, menaçant de mettre le feu à l'édifice si on tentait quelque chose en faveur des insurgés. Quoique repousses avec perte, ceux-ci n'abandonnèrent pas entièrement leur projet. Ils quittèrent l'Ile, où ils ne pouvaient se maintenir, et mirent à la voile avec l'intention de solliciter des secours étrangers. Ce fut à Sparte, qu'ils s'adresrèrrnt d'abord, malgré le refus que cette puissance avait fait jadis de kzpmiui veniren aide aux Samlens contre Cyrus. Mais Hippias gouvernait à tdeV* iïmîi' Athènes, et on ne pouvait attendre de lui aucune assistance. D'un autre coté, Sparte, quoiqu'elle fut mal disposée pour les Samiens, dont les pirateries lui avaient fait tort, quoiqu'elle n'eût, à ce qu'il paraît, aucun motif de plainte contre Polycrate, était généralement hostile a un gouvernement ty rannique. Elle était prête à saisir tontes les occasions fa-

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AnntJ.c. vorables pour substituer l'oligarchie à cette forme d'administration. Ce K2' motif la détermina plutôt que l'amour de la liberté. Quand Ils avaient été menacés de l'esclavage, l'ambassadeur des Ioniens avait inutilement déployé toute son éloquence pour exciter la sympathie des Spartiates. Les exilés de Samos, au contraire, furent réprimandés pour avoir dit beaucoup de paroles quand une simple prière eût suffi. Les Corinthiens prêtèrent aussi leurs secours. Avec tous ces renforts les insurgés renouvelèrent leur tentative pour détrôner le tyran. Mais après une bataille sanglante, après un siège de quarante jours, Polycrate parut si puissant aux Péloponésiens qu'ils abandonnèrent l'entreprise, et que leurs amis durent renoncer a leur pairie. Les exilés parcoururent quelque temps la mer Egée ; puis, ayant pris possession de Cydonie en Crète, ils vécurent dans ce lieu jusqu'à ce qu'ils eussent été réduits en esclavage par les iEginètes. Telle fut l'issue de la première expédition envoyée par les Spartiates sur la côte d'Asie.

Mon d« La puissance de Polycrate semblait mieux enracinée que jamais après rayent*. jcs eff0rts inutilesque firent ses ennemis pour la détruire. Le tyran profita du calme intérieur dont il jouissait pour travailler à l'agrandissement de ses possessions. Mais lorsqu'il se croyait sur le point d'atteindre le terme de ses espérances, il tomba aussi rapidement qu'il s'était élevé. Ses malheurs devinrent aussi cruels et aussi humiliants que sa fortune avait été belle et digne d'envie. Amasis l'avait prémuni contre la jalousie des dieux, mais il ne l'avait pas mis en garde contre la jalousie des hommes. Un personnage auquel il n'avait jamais fait de tort, il le croyait du moins, avait secrètement préparé sa ruine. Ce personnage fut le satrape de Sardes, Orœte. Cet homme, comme l'événement le prouva, en cherchant a renverser le tyran de Samos, songeait plutôt à satisfaire quelque haine secrète qu'à prendre soin de sa propre gloire ou du service de son maître. Polycrate, en effet, était l'allié de Cambyse, et les vagues projets ambitieux qu'on lui prétait ne fournissaient pas un prétexte pour l'attaquer. Le satrape lui envoya un message dans lequel il se disait disgracié par Cambyse, et sollicitait la protection de Polycrate comme son unique refuge: «Sauvez-moi, s' écriait-il, et vous aurez une part de mes trésors, qui vous aideront à maîtriser la Grèce. Si vous doutez de mes richesses, expédiez un serviteur fidèle, dont le rapport vous donnera toute satisfaction. «Polycrate tomba dans le piège. Son messager revint de Sardes en faisant des trésors du satrape une description qui enflamma la cupidité de son maître. Aussi, sans vouloir écouter les conseils de ses amis et les avertissements de sa fille, il résolut de se rendre lui-même à Sardes. 11 partit avec an train considérable ; mais quand il arriva à Magnésie sur le Méandre, il fut arrêté par l'ordre d'Orœte, et attaché à une croix. Le satrape renvoya les Samiens qui accompagnaient le tyran, et ne prit aucun avantage de sa mort pour tenter une expédition contre Samos. HéTO'otîoe» Suivant Hérodote, Cambyse mourut peu de temps après cet événei» cour d< ment, au moment où il traversait la Syrie pour châtier un usurpateur qui s'était revêtu du nom d'un fils décédé de Cyrus. La mort de Corn-

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