‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 91 sur 143 · CHAP. XIV. - LES SCYTHES · texte numérisé non relu

CHAP. XIV. - LES SCYTHES

pudeur le mit à l'abri de la tentalion.il engagea leséphoresà bannir de Sparte etdu Péloponèse le dangereux étranger.

Tandis que ces événements se passaient sur la côte de la mer Egée, Darius méditait une expédition contre les Scythes, expédition qu'il conduisit en personne pendant que le satrape d'Egypte était occupé à soumettre les colonies grecques de l'Afrique. Nous avons déjà vu que, sous le règne du roi mède Cyaxare, une horde de Scythes se précipita dans les contrées'civiliséesde l'Asie, et qu'elle ne fut exterminée ou chassée qu'après les avoir occupées pendant vingt-huit ans. Ces barbares avaient pénétré à travers les portes Caspiennes, lancés, à ce que croyait Hérodote, à la poursuite des Cimmériens. Cependant , puisque les Cimmériens s'étaient établis dans l'ouest de l'Asie avant l'époque de cette prétendue fuite qui les eut d'ailleurs probablement conduits dans lés plaines de l'Europe, et non dans les montagnes du Caucase, il est à fcroire que les Scythes furent attirés par l'appât du pillage de l'Asie plutôt qu'entraînés à la suite d'enuemisen fuite (1). Ils avaient été chassés eux-mêmes des steppes situées au pied du mont Altaï parles Massagètes, et possédaient alors l'immense plaine qui se trouve entre le Danube et le Don. Comme Niebuhr l'a démontré, cette peuplade appartenait à la race mongole, également distincte des Gètes et des Sarmates (2). Les Grecs voyant ces peuples à une distance qui dissimulait ou adoucissait leurs traits, crurent qu'étant exempts des vices particuliers à la société civilisée, ils possédaient aussi les vertus que le progrès de la civilisation tend à détruire. Ils apprirent bientôt que les moeurs d'un peuple sauvage peuvent s'éloigner autant de la simplicité d'une nature rationnelles que celle d'une nation arrivée au plus haut degré de la corruption, et qu'un homme sans culture ne vaut souvent pas mieux qu'un homme dépravé. L'aspect des Scythes avait quelque chose de hideux. Ces hommes passaient la plus grande partie du jour à cheval ; les femmes et les enfants, enfermés dans des voitures couvertesde peaux, employaient leur temps à dormir, tandis que les esclaves vaquaient aux opérations domestiques. A leurs repas, ils s'entouraient d'une vapeur enivrante qui remplaçait pour eux le vin ou ta boisson fabriquée avec l'orge. Us ne connaissaient pas la liqueur spiritueusc que les modernes Ta rtares tirent du lait de leurs juments. Les esclaves, chargés de préparer leur nourriture ordinaire, étaient privés de la vue, afin que leurs maîtres n'eussent pas l'embarras de les garder. La guerre et la chasse étaient les seules occupations qui interrompissent l'uniformitéde leur existence. Leurs migrations régulières n'apportaient en effet aucune variété dans leur vie. L'aspect de leur solitude était éternellement le même. Ils emportaient, comme des trophées de leur valeur, les peaux et les crânes de leurs ennemis; ils faisaient une libation du sang de leurs captifs sur le glaive, qu'ils adoraient comme l'image ou le symbole du dieu dé la guene. Une partie de la nation dominait l'autre à titre de horde royale

(I) Voyez Niebuhr, Klein Schrift., p. 366. — (2) Dati Untersuctivngen iiber die Gischichte der Skythen, Grten ttnd Saimalen. Kl. Schr., p. 562. Toutefoii « o]-i>i Donald son, Vtarmimm, p. 30.

j c ou dorée. Le chef de cette classe privilégiée émit traité avec une sorte . **ïu.' ' de respect religieux. Sa tente renfermait le foyer sacré sur lequel on prétait les serments les-4>lus solennels. Si le roi tombait malade, on attribuait aussitôt le danger à quelque secrète profanation. On célébrait les funérailles royales par des sacrifices humains ; les corps demeuraient autour de la tombe comme des sentinelles. Un certain nombre de domestiques étaient enterrés avec le prince comme pour remplir auprès de lui, après sa mort, les fonctions dont ils étaient chargés durant sa vie. Ces cérémonies renfermaient peut-être les derniers vestiges d'une religion abolie. Les Scythes n'avalent point de prêtres, mais ils comptaient de nombreux devins qui leur prédisaient l'avenir et qui possédaient le privilège de diriger la vengeance de la communauté contre les criminels coupables, envers le ciel, de quelques forfaits cachés.

Tels sont les principaux traits du tableau que nous ont laissé des Scythes nomades les auteurs grecs les mieux informés, Hérodote et Hippocrate. La tribu de laboureurs du même nom, tribu qui fournissait la colonie grecque de l'Olbia de grains pour l'exportation, était peut-être seulement assujettie au peuple dont nous venons de parler. Elle tirait sans doute son origine d'une race différente répandue dans le pays lorsqu'il avait été envahi. Darius allait poursuivre cette notion au 'milieu de ses déserts, lorsque l'expédition projetée fut entravée par une vrévolle survenue à Babylone au commencement de son' règne. L'ancienne capitale de la Syrie s'était secrètement préparée à cette rébellion durant les troubles qui suivirent la chute du magt, et, depuis près de deux ans, défiait la puissance de Darius. A la fin, cependant, la ruse de Zopyre, noble perse, qui sacrifia sa vie et son honneur à l'intérêt de son maître, ouvrit, dit-on, au roi les portes de la ville. Zopyre avait gagné la confiance des Babyloniens en se mutilant et en se réfugiant auprès d'eux comme une victime de la cruauté du monarque et comme un homme brûlant du désir de s'en venger. Il parvint à livrer la grande cité à Darius, qui fit mourir trois mille des principaux habitants et qui ". prévint de nouvelles insurrections en rasant tous les remparts. Délivré DiriM «n- de ce souci, le monarque commença la guerre avec les Scythes. L'his- 'hi*'.1 '* ScJ" UAn tout entière de cette expédition est si obscure, qu'aucun des faits qui lui sont relatifs n'est complètement certain. On n'est sûr que d'une chose, c'est que l'expédition, conduite par Darius en personne, n'obtint aucun succès. Hérodote attribue au monarque le désir de se venger des ravages que les Scythes avaient autrefois causés dans l'Aile. D'un autre côté, Ctésias nous apprend qu'il fut provoqué par un message du roi des Scythes, dont il voulut ch&tier l'insolence. Le prétexte de cette lettre naquit, dit-on, à la suite d'une invasion laite en Scythie d'après l'ordre de Darius par le satrape de Cappadoce. Ce général, chargé d'emmener les captifs, avait aussi trouvé l'occasion de protéger, dans une querelle de famille, un frère du roi des Scythes. Évidemment le but de Darius n'était pas de conquérir le pays, mais seulement d'affaiblir et d'humilier la population ; il regardait d'ailleurs cette entreprise comme une précaution indispensable à la sécurité de son empira.

CHAÉ. XIV. — DARIUS BN SCYTHIE. *M

D« récentes agressions ravivèrent sans doute aussi le souvenir d'anciennes Injures. Il est également possible que le monarque ait eu pour but principal la conquête de la Thrace, et qu'il ait traversé le Danube uniquement pour jeter la terreur parmi les Scythes au moyen du dé*ploiement de sa puissance gigantesque. Toutes les forces militaires de son empire furent mises en mouvement. On évalue le nombre de ses troupes à sept ou huit cent mille hommes. L'ordre ayant été donné de jeter un pont de bateaux sur le Bosphore de Thrace, l'œuvre fut confiée à un Ingénieur de Samoa nommé Mandroclès, qui remplit sa mission avec tant de succès que Darius le récompensa royalement. Le Samien consacra une partie de la somme qu'il reçut à orner le temple de Junon, dans sa ville natale, d'un tableau représentant le passage de l'armée perse. Darius voulut aussi en conserver le souvenir en faisant élever deux colonnes, dont l'une en lettres grecques, et l'autre en caractères assyriens, rappelaient les noms des nations qui composaient son armée. Six cents vaisseaux fournis par les villes grecques de la côte d'Asl» attendaient ses ordres. Une grande partie des tyrans qui régnaient sous sa protection des deux côtés de la Propontlde servaient dans sa flotte. Ils reçurent l'ordre de se diriger vers l'embouchure du Danube et de remonter le fleuve jusqu'à un point situé au-dessus du delta de ce fleuve. Ils devaient ensuite disposer un pont dans ce lieu et attendre l'arrivée, des forces de terre. Darius poursuivit lentement sa marche à travers ty Thrace, élevant des monuments sur sa route et se détournant parfoispour soumettre quelques tribus rebelles. Le plus grand nombre de celles qui habitaient au sud du mont Hémus n'opposèrent point de résistance et se joignirent à l'armée. Quand il arriva sur le Danube le pont était préparé. Il assura le passage de ses troupes sur la rive gauche, puis il commanda aux Grecs de rompre le pont et de le suivre en Scythie. Mais Coès de Lesbos, qui commandait le contingent fourni par Mitylène, comprit le danger auquel on s'exposait en abandonnant un passage aussi nécessaire. 11 conseilla au roi de le confier aux' Grecs. Frappé de la prudence de ce conseil, Darius l'adopta et promît à Coès de le récompenser a son tour. Mais comme il n'était pas sûr de revenir par le môme chemin, il fixa un terme de soixante jours pour son absence. Après ce délai, les Grecs commis à la garde du pont étaient autorisés à quitter leur poste et a retourner dans leur patrie. La méthode que le roi employa pour aider ses allies à se rendre compte du temps est singulièrement grossière : il fit soixante nœuds surune courroie de cuir et leur commanda d'en détacher un chaque jour, jusqu'à ce que le temps prescrit sefùt écoulé (l).iCes mesures prises, il s'avança au-devant des Scythes, qu'il s'attendait à trouver bientôt rangés en bataille.

Jusqu'à présent, on peut suivre les actes de Darius, mais 11 est impossible de connaître le détail de ses aventures en Scytbie. Les récits d'Hérodote ne sont pas sans doute dénués de tout fondement, mai» ils ne méritent pas une confiance absolue. Nous croyons sans peine que les

(l) YiivetKopp, BUdtrmniSchriftttt derVoririt, II,p. B6,

Scythes furent assez sages pour se retirer devant l'ennemi, ponr transporter leurs familles et leurs biens dans une région lointaine, et enfin pour dévaster les campagnes que l'armée envahissante allait traverser. Mais tl n'en est que plus difficile de comprendre comment les innombrables soldats de Darius purent se nourrir dans leur marche entre le Danube et le Don. Quand hien même la flotte, ce qui n'est dit nulle part, aurait suivi les mouvements de l'armée, on ne s'expliquerait pas comment elle se serait tirée d'affaire lorsque toute communication avec la cote se trouva interrompue. Les opérations des armées ennemies sont d'ailleurs étrangères à notre sujet. Le résultat seul nous importe. La • 4 poursuite où s'étaient engagés les Perses se changea bientôt en une retraite où ils furent harcelés par une force supérieure de cavalerie, et forcés d'abandonner leurs bagages et leurs malades. Sur ces entrefaites, le soixantième nœud fut délié. Les Scythes envoyèrent des messagers auprès des Grecs qui gardaient le pont, pour leur exposer la situation de Darius et pour les exhorter à mettre à la voile età l'abandonner à son destin. Les chefs délibérèrent. Une belle occasion semblait s'offrir a eux pour recouvrer leur indépendance et pour porter une rude atteinte à la puissance des Perses. Un Athénien nommé Milliaile, que sa bonne ' fortune avait rendu maître de la. Chersonèse de Thrace, leur conseilla de mettre à profit une 'circonstance aussi favorable; mais Histiée, tyran de Mil et, fut d'un avis différent. H employa, pour faire triompher son opinion, des arguments qui s'adressaient à des sentiments autres que ceux invoqués par Miltiade. Il fit observer aux chefs réunis que la puissance des Perses maintenait la leur et qu'aucune ville ne souffrirait le joug d'un tyran domestique, lorsqu'elle aurait secoué la souveraineté du maître étranger. L'assemblée tout entière se rendit à ce raisonnement et prit la résolution de sauver Darius. Ils commencèrent par rompre le pont sur la rive gauche. Voyant cela, les Scythes se persuadèrent qu'ils avaient ôté à leur adversaire les seuls moyens qu'il eût de s'échapper, et ils ne firent aucune tentative pour lui couper le passage Dmiiui t*- Jusqu'au fleuve. Darius avait lieu de craindre qu'en exécution de ses pitH le d«- ordres on d'après la connaissance du péril où il se trouvait, les Grecs n'eussent abandonné leur poste. Aussi, quand il les vit sur le rivage opposé, sa joie et sa reconnaissance furent proportionnées à la grandeur du péril auquei) il échappait d'une manière imprévue.

Si Darius avait réellement traversé les régions qu'Hérodote désigne, régions dévastées par l'ennemi, il n'aurait ramené qu'un petit nombre d'hommes. Il ne parait pas, au contraire, qu'il ait souffert de la faim ou qu'il ait perdu une grande partie de ses soldats. La seule difficulté qu'il éprouva, ce fut de dompter les Scythes ou de les forcer à livrer bataille. Le roi barbare lui envoya un présent menaçant composé d'un oiseau, d'une souris, d'une grenouille et de cinq (lèches, mais le danger auquel ces symboles font allusion était seulement celui de périr dans le pays sous les armes des Scythes. Et si Darius hâta sa retraite , ce fut dans la crainte d'être abandonné par les Grecs.

L'armée qu'il ramena se trouva encore assez forte pour lui permettre

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