‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 94 sur 143 · CHA.P. XIV. — ARISTAGQRÀS A SPARTE. UT · texte numérisé non relu

CHA.P. XIV. — ARISTAGQRÀS A SPARTE. UT

ses hardies. Arislagoras s'adressa à lui. Dans une entrevue particulière, il montra au roi une plaque de cuivre sur laquelle était gravée une carte du monde tel que se le représentaient les sages d'Ionie. L'empire de Perse occupait la plus grande partie de l'espace. Arislagoras expliqua la situation des provinces situées, entre la mer Egée et Suse, et vanta leur richesse, leur fertilité, et les immenses trésors entassés dans la capitale. Selon lut, les Spartiates n'avaient qu'à passer en Asie pour se rendre maîtres de Suse. Aucun obstacle ne devait les arrêter. Il rappela à Cléomène les guerres continuelles de Sparte avec ses voisins de Messénie, d'Arcadie etd'Argos. Il compara ensuite ces conquêtes laborieuses et improductives avec les belles et opulentes régions de l'Asie que le moindre effort allait subjuguer. Cléomène demanda trots jours de réflexion. Quand il revit Arislagoras, il lui demanda combien il y avait de journées de marche entre la mer et le palais de Suse. L'Ionien, qui n'était pas sur ses gardes, ne dissimula pas qu'il (allait trois mois pour franchir la distance. A cette parole, le roi prit alarme, rompit la conversation, et ordonna à l'étranger de quitter Sparte sans aucun délai. Cependant un moyen de persuasion restait à Arislagoras. Prenant tous les dehors d'un suppliant, il se rendit à la maison du roi, qu'il trouva avec sa fille Gorgo, âgée de huit ou neuf ans. L'enfant demeura immobile et silencieuse lorsqu'Aristagoras traitait avec Cléomène le prix de son assistance. Ses offres s'élevèrent peu à peu ; mais quand elles atteignirent la somme de cinquante talents, la petite fille, s' apercevant que son père cédait à une tentation qu'il jugeait mauvaise, s'écria soudain : « Retirez-vous, mon père, l'étranger vous veut du mal. » Cléomène accepta l'augure et sortit de la chambre. Aussitôt après, Arislagoras quitta Sparte.

Athènes était la seconde puissance de la Grècd, Arislagoras s'y ren> Athée» « dit avec l'espoir d'un meilleur succès. Les Athéniens avaient déjà en ^«"oe dî avec Artapherne quelques relations qui leur avaient inspire dés senti- '* ■"'=■ ments peu favorables à la Perse et qui les avaient convaincus qu'ils n'en devaient attendre que de l'Inimitié. Lorsqu'ils furent menacés d'une invasion par Cléomène après sa honteuse capitulation, ils envoyèrent des ambassadeurs à Sardes pour proposer une alliance avec la Perse et pour solliciter du secours. C'est le premier exemple de la politique fatale qui, par la suite, attira tant de maux sur la Grèce. Le satrape n'ayant jamais entendu parler d'Athènes, et pouvant à peine comprendre une alliance qui ne fût pas une soumission, consentit à protéger les Athéniens s'ils voulaient offrir les signes habituels de sujétion. Soit qu'ils crussent le danger assez pressant pour acheter du secours à tout prix, soit qu'ils n'interprétassent pas l'acte qu'on lenr demandait dans le même sens qu' Artapherne, les envoyés consentirent à donner le terre et l'eau. Mais à leur retour ils furent sévèrement réprimandés. On se refusa à ratifier la concession qu'ils avaient faite. Cet Incident donna probablement de la force aux arguments d'Hippias, alors à Stgée ou à Sardes. Celui-ci, furieux d'avoir vu son ambition trompés, faisait tous ses efforts pour engager Artapherne à épouser sa querelle. Informés

ogk

44g HISTOIRE DE LA GRÈCE.

de ces machinations, les Athéniens, se montrant aussi peu sages que In première fois, envoyèrent auprès du satrape pour le dissuader d'intervenir. Ils reçurent une réponse hautaine ; il leur était ordonné de rappeler leur tyran. Comme, ils ne pouvaient pas craindre de plus grand malheur que celui-là, ils renoncèrent à apaiser le ressentiment de la Perse et se préparèrent à le défier.

Tel était l'état de l'esprit public à Athènes lorsqu'Aristagoras y arriva. Ici il n'avait besoin de recourir ni au mystère ni à la corruption. « Il trouva des esprits prévenus en sa faveur quand il développa, devant l'assemblée du peuple, les plans qu'il avait déjà communiqués à Cléomène. Il exposa la richesse de l'Asie, l'infériorité des Perses dans leur manière de combattre, la certitude et les avantages de la victoire. Il fit valoir encore le devoir qoe leur imposait la religion de protéger une colonie athénienne dans le malheur. Son éloquence triompha. Un décret décida qu'on enverrait une escadre de vingt vaisseaux au secours des Ioniens, sous le commandement de Mélanthe, homme de la plus haute réputation . Hérodote observe que les Athéniens eurent moins de perspicacité que Cléomëne. Cependant il ne paraît pas que dans cette circonstance ils aient été grossièrement trompés ou qu'ils aient été décidément téméraires. Leurs vingt vaisseaux amenèrent des événements qu'ils n'avaient pas prévus, mais ils pouvaient ne pas se croire imprudents en prenant une mesure qui occupait chez lui un ennemi avoué et qui le détournait du projet de. les attaquer comme ii les en avait déjà menacés.

Aristagoras retourna en Asie avant l'escadre athénienne. 11 fit à son arrivée une démarche que peut seul expliquer le désir de provoquer Darius. Il envoya uu message aux Pœoniens, offrant, s'ils voulaient se rendre sur la cote, de leur fournir les moyens de retourner dans leur patrie. Ceux-ci réunirentleurs familles, devancèrent la cavalerie perse, et atteignirent le rivage, où ils trouvèrent des vaisseaux ioniens qui les transportèrent sur la côte de Thrace. En même temps, les vingt vaisseaux athéniens se rendirent a Milet accompagnés de cinq galères venues d'Erélrie. Les Eiétriens, n'ayant jamais été menacés par les Perses, se montraient plus imprudents encore que les Athéniens. En effet, ils bravaient le danger auquel ils s'exposaient en se joignant à l'expédition, afin d'acquitter la dette de reconnaissance qu'ils avaient contractée envers les Milésiens, dont ils avaient reçu du secours durant une guerre avec leurs voisins de CUalcis. Les alliés s'avancèrent jusqu'à Ephèse sous le commandement de deux Milésiens, dont l'un était frère d 'Aristagoras. Ce dernier resta à Milet. Les troupes débarquèrent à Coressus sur le territoire d'Eplièse. Ayant reçu là un puissant renfort d'Ioniens, elles prirent des guides pour remonter la vallée du Caystre. Puis, franchissant le mont Tmolus, elles traversèrent ses pentes occidentales, et tombèrent comme un torrent sur la capitale sans défense de la Lydie. Artapherne se trouvait dans cette ville. Il se jeta dans la citadelle, qui était en état de soutenir un long siège, mais la cité tomba au pouvoir de l'armée envahissante, qui commença aussitôt le pillage.

ooglc

('llAC XIV. — INCENDIE DE SÀBDES. 449

Les maisons dejSardes étaient généralement construites eu bois, et celles qui étaient en briques avaient des toits de roseaux. C'était une précaution employée contre les effets des tremblements de terre auxquels ces régions sont sujettes. Au milieu du désordre, un soldat mit le feu à une i« habitation. Aussitôt les flammes enveloppèrent la ville. Chassés hors s,fd' de leurs demeures, les habitants se réfugièrent en masse sur la place du marché située sur les bords du Pactole. Dans cette retraite, la dernière qui leur restât, ils se défendirent avec le courage du désespoir. Les Athéniens et leurs allies, enfermés dans une ville en flammes, ne tardèrent pas à juger leur situation périlleuse. Leur arrière-garde pouvait être attaquée par une armée envoyée au secours d'Artapherne, et ils devaient craindre de ne pouvoir obtenir la soumission de la citadelle. En conséquence ils se déterminèrent à une retraite momentanée. Reprenant leur marche sur les hauteurs du Tmolus, ils redescendirent dans la vallée du Caystre. Ils venaient de quitterjSardes, lorsque toutes les forces de la province, promptement rassemblées à la nouvelle de l'invasion, arrivèrent pour défendre la capitale. Les Perses poursuivirent les confédérés sur le territoire d'Ëphèse, où ils les défirent après une bataille. Les troupes ioniennes se dispersèrent dans leurs différentes villes. Quant à leurs alliés, ils s'embarquèrent pour Érétiie. et pour Athènes.

A la nouvelle de la destruction de Sardes, Darius fut moins irrité contre les Ioniens que contre les obscurs étrangers qui avaientosé délier sa puissance et faire cause commune avec ses sujets rebelles.- Il demanda d'abord ce qu'étaient les Athéniens ; ensuite, il pria le ciel de le laisser vivre assez longtemps pour les châtier. Un de ses serviteurs reçut l'ordre de rappeler chaque matin à son souvenir le nom des Athéniens. L'incendie de Sardes consuma non-seulement les maisons particulières, mais aussi le temple de Cybèle, déesse adorée par les Perses comme par les Lydiens. Cet accident,, interprété sans doute comme un outrage sacrilège, excita au plus haut point la colère du roi et de la nation. Le premier soin du monarque fut de mettre un terme à l'insurrection ionienne qui commençait à se répandre de toutes parts. Il appela Hisliée, lui reprocha la révolte de son parent, et manifesta ses soupçons sur sa fidélité. Cependant le Grec rusé non-seulement persuada Darius de son innocence, mais encore il obtint de lui la permission de se rendre en Ionie, où il s'efforcerait d'apaiser la révolte. Il observa que la rébellion n'eût pas eu lieu s'il avait été présent dans le pays. Le mensonge était grossier, e.teependant il réussit. Quelque grande qu'ait été la simplicité de Darius, on admet difficilement qu'il ait pu ajouter foi à la promesse d'Histiée, promesse par laquelle il s'engageait à lui soumettre l'Ile de Sardaigne. Il est possible cependant que le roi en ait complètement ignoré la situation, ou qu'on ait prodigieusement exagéré sa puissance et ses richesses.

Aristagoras demanda vainement de nouveaux secours aux Athéniens découragés par l'issue de l'expédition. Cependant la flotte ionienne, quoique abandonnée par leur escadre, ne resta pas inactive. Faisant voile vers le nord, elle décida, par sa présence, Byzance et les autres villes

ooglc

«M HISTOIRE DE LA (iHÈCE.

situées sur la côte entre la mer Egée et l'Euxin à se révolter contre Ici Perses. Elle leur fournit les moyens d'assurer leur indépendance. La Carie avait hésité sur le parti qu'elle prendrait, mais la nouvelle de l'incendie de Sardes décida presque toute lacontrée à embrasser la cause des Ioniens. Au même moment Cypre secoua le joug de la Perse. Cependant tontes ces belles espérances ne tardèrent pas à se dissiper. Les généraux de Darius qui avaient chassé les Athéniens jusque sur leurs vaisseaux, et qui avaient mis en déroute l'armée ionienne, s'avançaient à grands pas pour réduire à l'obéissance les villes maritimes. Daurisès emporta au premier assaut plusieurs cités de l'IIellespont et de la Propontide; il pressait ses conquêtes dans ce pays, lorsqu'il apprit la rébellion de la Carie. Il se mit immédiatement en marche pour la dompter. Les Cariens rejetèrent le conseil d'un de leurs concitoyens qui les engageaità s'appuyer sur le Méandre avant de livrer bataille. Ils préférèrent laisser l'ennemi dans une position où ils pourraient couper sa retraite. Le sort leur fut contraire, ils perdirent dix mille hommes Après cette défaite, ils songeaient à quitter te pays, lorsqu'ils furent secourus par Milet, qui les encouragea à risquer une autre bataille, dans fa quelle ils* furent plus malheureux encore. Ces désastres brisèrent leur force, au point que l'échec essuyé par Daurisès, qui tomba dans un pîége où fl fut tué, ne fit que retarder leur soumission jusqu'au moment où un autre général achèverait de les réduire. La révolte de Cypre ne dura pas plus d'une année, elle avait été fomentée par un frère du roi de Salamine dans le but d'usurper la couronne. Il fut soutenu par toutes les villes de i'tie, à l'exception d'Amathus, qu'il assiégea. A la nouvelle qu'un général perse allait venir de Cilicie avec une flotte phénicienne, il demanda du secours à l'Ionie. Quand le renfort fut arrivé, ta» armées ennemies en vinrent aux mains sur mer et sur terre. Us Ioniens triomphèrent de la flotte phénicienne, mais les Cypriotes furent trahis par un de leurs princes et mis en déroute. Leurs alliés, jugeant la cause perdue, s'éloignèrent.

Àrtnpherne et Otanés commencèrent ensuite & presser vigoureusement les villes d'Ionie et d'Éolide. Après la chute de Claiomène et de Cume, Aristagoras, voyant toutes ses espérances détruites, songea à fuir. Il assembla ses amis, les priant de fixer un lieu de refuge où ils pourraient se retirer si le progrès des armes perses les forçait a abandonner Milet. Il proposa dons ce but l'fle de Sardaigne ou la ville de Myrcine. Hécatée, qui se trouvait présent à cette délibération, se montra contraire à ce choix. Il engagea ses compatriotes, en supposant qu'ils en fussent réduits à la dernière extrémité, à se fortifier dans l'île de Léros, et à attendre là le moment favorable pour reprendre Milet. Aristagoras, qui songeait à s'emparer de Myrcine, détermina la plus grande partie de l'assemblée à adopter ses vues. Il quitta Milet, où il laissa l'apparence, mais non la réalité du pouvoir entre les mains d'un citoyen respectable. Tl s'embarqua ensuite pour les rives du Strymon. Peu de temps après, ayant attaqué une ville deThrace, il fut enveloppé avec toute son armée dans une sortie des assiégés.

Page 1