‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 95 sur 143 · CHAP. XIV. — GUERRE D'IONIE. 4SI · texte numérisé non relu

CHAP. XIV. — GUERRE D'IONIE. 4SI

Ces événements avaient eu lieu avant qu'Histiée arrivât à Sardes. d'HiiuÏÏîf""* Plus clairvoyant ou mieux informé, Artapheme devina les rapports qui existaient entre la révolte ionienne et les desseins d'Hisliée. a Aristago- ' ras, dit-il un- jour à ce dernier, portait la sandale, mais c'est vous qui l'aviez cousue. » Ces paroles le fixèrent sur la résolution qu'il avait prise depuis longtemps. Pendant la nuit il s'échappa de Sardes et gagna Cblos. Les habitants de cette lie l'arrêtèrent d'abord comme ennemi, mais ils déposèrent bientôt leurs soupçons, sans toutefois lui accorder leur confiance. Beaucoup de gens lui en voulaient d'avoir provoqué sans nécessité une guerre qui causerait la ruine de l'Ionie. Pour apaiser ce ressentiment, il imagina de dire que Darius avait projeté de transporter les Ioniens en Phénicie et de donner lenr territoire aux Phéniciens. Il commença d'abord par renouer une intrigue que sa fuite de Sardes avait interrompue. Ayant sondé un certain nombre de Perses, il ne les avait pas trouvés opposés à ses vues. 11 leur écrivit donc au sujet des desseins qui les occupaient autrefois, Le messager montra la lettre à Artapheme, qui, s'étant convaincu du crime des conspirateurs par leurs réponses, les fit tous mourir. Histiée avait nourri l'espérance de conduirai guerre qu'il avait préparée. Au lieu de cela il se trouva bientôt sans ressources. Ravie d'être débarrassée d'Aristaaoras, Milet se refusa à recevoir son ancien tyran. Les habitants le repoussèrent, et le blessèrent même dans une entreprise qu'il lit avec l'aide des gens de Chios pour forcer un passage pendant la nuit. Ces auxiliaires, quoique l'ayant assisté dans cette entreprise, ne voulurent ni se soumettre à son commandement, ni lui fournir des vaisseaux. Le peuple de Lesbos se montra plus favorable. Il réunit dans cette contrée une escadre de huit trirèmes avec laquelle il s'embarqua pour Byzance. Ensuite, comme s'il avait été le légitime souverain de l'Ionie, il fît main basse sur les vaisseaux marchands de toutes les villes qui ne voulaient pas reconnaître son autorité.

Tandis que cet aventurier faisait le plus de mal possible à son pays, l'insurrection ionienne arrivait à un moment de crise. Les généraux perses avaient résolu de s'emparer de Milet, espérant que la prise' d'une ville aussi importante renverserait toutes les espérances des autres cités révoltées. Ils se déterminèrent en conséquence à assiéger Milet par mer et par terre. On réunit sur ce point les différentes divisions de l'armée, et, pour la bloquer du côté de la mer, on rassembla une grande flotle dans les ports de la Phénicie, de l'Egypte, de la Cilicie et de Cypre. Tandis qoe ces armements se préparaient, les Ioniens, qui avaient adhéré à l'Insurrection, tinrent une assemblée au Panionium afin de concerter leur plan de défense. On convint de ne point attaquer les Perses sur terre, et de laisser Milet se défendre comme elle pourrait; mais on décida que toutes les forces de la confédération chercheraient à chasser l'ennemi de la mer Egée. Lade fut le lieu du rendez-vous choisi k j^ly**"* par la flotte. A cette époque Lade était une petite Ile que les dépôts du Méandre ont réunie a la plaine qui sépare Milet de la mer. Ce fut dans cet endroit que la force navale des confédérés s'assembla. Chios envoya l'escadre la plus forte, cent galères environ; les Lesbiens, quoi-

qn'une partie de leurs vaisseaux fussent toujours à Byzance avec Hisliée, en expédièrent soixante et dix ; Saraos en envoya environ soixante, mais Phocée ne put en équiper que trois. La flotte entière comptait trois cent cinquante -trois trirèmes. Les ennemis qui arrivaient de l'est ■ n'en avaient pas moins de six cents. Malgré cette énormejsupériorité de nombre, les généraux perses ne se sentirent pas assurés de la victoire. Ils connaissaient la supériorité maritime des Ioniens et désiraient éviter la rencontre. S'adressant en conséquence aux tyrans qui avaient pris du service dans leur armée après avoir élé chassés par l'insurrection . ils les chargèrent de chercher à détacher leurs compatriotes de la confédération . Ceux-ci devaient offrir le pardon du passé à ceux qui obéiraient, et menacer du traitement le plus rigoureux ceux qui s'obstineraient dans leur rébellion. On fit à chacun des alliés des ouvertures secrètes et particulières. Cette manière de procéder fit probablement rejeter la proposition. Chaque État crut qu'il courrait seul le risque et la lionte de la défection au lieu d'être amené à craindre d'être seul pour soutenir une cause abandonnée.

nynur Tandis que les flottes ennemies se surveillaient l'une l'autre sans oser engiigerdecombatdècisif, Dionysius, commandant des Phocéens, remarqua que l'armée navale ne déployait pas l'ordre et la discipline nécessaire dans une conjoncture aussi critique. Il exposa à ses compatriotes le danger de l'insubordination et de la négligence, et finit par obtenir d'eux le commandement en chef. Lorsqu'il fut investi de ce pouvoir, il ne laissa pas s'écouler un seul jour sans consacrer plusieurs heures aux exercices guerriers. Il rangeait la flotte en ordre de bataille, exerçait les rameurs aux évolutions d'un combat naval, et maintenait les vaisseauxsous les armes dans les lieux où leur service était requis. Après sept journées consacrées A ces laborieux préparatifs, les troupes commencèrent à murmurer, disant qu'on les fatiguait inutilement et accusant Dionysius d'être un inlrigant ambitieux. On ne pouvait souffrir qu'un homme dont le contingent était seulement de trois vaisseaux, commandât toute la flotte ; la domination des Perses n'était pas plus tyrannique. Bref, on résolut de secouer le joug de Dionysius et de revendiquer le droit d'hommes libres. Au lieu d'obéir à ses ordres, les alliés se dispersèrent autour de l'Ile, se reposant sous des tentes pendant la chaleur du jour. Cette folie irrita les chefs de Samos. Quelques-uns du moins, qui penchaient auparavant pour accepter les conditions offertes par In Perse, se servirent de ce désordre général comme d'un argument prdpreà faire partager leurs vues à leurs compatriotes. Ils finirent par envoyer un messager auprès de leur tyran banni, Jïuce, fils de Sylosou, en lui déclarant qu'ils étaient prêts à accepter ses dernières propositions. On convint qu'ils se retireraient au milieu de la bataille.

a du Désormais, pleine de confiance, la flotte perse mit à la voile et rencontra celle des Ioniens, qui soupçonnaient déjà quelque trahison. Au commencement de l'action, les Samiens abandonnèrent leur poste et se dirigèrent vers leur lie. Onze capitaine* seulement refusèrent d'obéir à leurs supérieurs, et gardèrent leurs positions. On les récompensa plus

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