CHAP, XIV. — DÉMAHATE. 4SI
nous avons parlé. Les Athéniens ne se trouvèrent pas en état de punir cette insulte, ou du moins leur attention Tut détournée d'un autre coté par la menace, de la restauration d'Hippias, et par leur malheureuse expédition en louie. Ils dissimulèrent leur ressentiment jusqu'au moment de l'arrivée des ambassadeurs perses qui venaient demander, au nom de Darius, la terre et l'eau. A Athènes, comme a Sparte, les hérauts de Darius furent mis à-mort avec de cruelles railleries. Cet attentat aux droits des gens ne provint probablement pas d'un mouvement passionné. Il fut le résultat de la politique. A Athènes; ce fut, dit-on, Miltiade qui conseilla la mesure. Un grand nombre des villes du continent accédèrent à la demande. Pas un des insulaires ne la rejeta. Egine consentit comme les autres. Les Athéniens interprétèrent cet acte de leurs rivaux comme ayant été dicté par le désir d'aider les barbares à accomplir leur ruine. Ils envoyèrent immédiatement des ambassadeurs a Sparte pour accuser Egine d'avoir trahi la cause de la Grèce. Sans attendre qu'il en fût expressément chargé, Cléomène se rendit sur-le-champ à Eginekoù il voulut procédera l'arrestation de quelques-uns des principaux citoyens. Mais Démarate avait secrètement engagé les Éginètes a repousser la tentative de son collègue, comme n'étant sanctionnée par aucune autorisation légale. Cléomène Fut forcé d'abandonner l'Ile au milieu des railleries universelles.
11 apprit que l'auteur de sa disgrâce était celui qui avait déjà tra- imp«imm versé ses projets contre Athènes. Il résolut à la fois de se venger et de *1***'
se débarrasser d'un adversaire incommode. Les droits de Démarate à la royauté n'étaient pas incontestables. Sa mère, par un arrangement que les mœurs de Sparte autorisaient, avait été cédée par son premier époux à Ariston, père de Démarate. Sa naissance fut prématurée, et Ariston émit sur sa légitimité des doutes qu'il supprima plus tard. Mais ces soupçons ayant été exprimés en présence des éphores, avec la véhémence d'une première impression, la réputation de son épouse fut cora- ■ • promise. Cléomène engagea donc Léotychide, ennemi particulier de Démarate et, après lui, le plus proche héritier de la même maison, à réclamer ses droits au trône. On plaida celte cause, fort importante aux yeux des Spartiates, qui faisaient dépendre la sécurité de l'Etat de la pureté du sang royal. Léotychide insista sur les paroles d' Ariston ; mais . les Spartiates ne voulurent point trancher une question aussi grave, et, d'après les conseils de Cléomène, ils consultèrent l'oracle de Delphes. Cléomène avait un ami nomméCobon, qui exerçait une grande influence à Delphes. La prétresse, gagnée par cet intermédiaire, déclara que Démarate n'était pas le fils d'Ariston. Ce fut un grand triomphe pour Léotychide. Non satisfait d'avoir réussi, il voulut humilier publiquement sou rival dépossédé. A un festin public, il lui envoya demander comment il trouvait sa position subalterne, après avoir perdu la royauté; Démarate répondit que Sparte payerait peut-être bien cher cette question. Aussitôt après, il quitta la ville, résolu à n'y rentrer qu'en qualité de roi. On le poursuivit, mais il atteignit l'Asie sain et sauf. Darius le reçut gracieusement et lui donna des terres avec les revenus de plusieurs villes.
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«■ HISTOIBE DE LA. GRftCE.
Cléomène voulut Immédiatement tirer parti de Léotyehiie, sa créature, en cherchant satisfaction de l'outrage qu'il avait éprouvée Égibc. Le* deux rois se présentèrent ensemble, et les Éginètes, n'osant résister à leur demande, leur livrèrent dis de leurs principaux citoyens. Ces otages furent confiés aux Athéniens. Dès que la fraude sacrilège fut découverte, la prétresse perdit ses fonctions, et son séducteur fut banni. Craignant un châtiment, Cléomène s'enfuit enThessalie. Peu de temps après, 11 revint dans le Péloponèse et s'établit en Arcadfe, dont 11 excita les habitants à" s'unir contre son pays. Ces manœuvre» alarmèrent à un tel point les Spartiates qu'ils l'engagèrent à revenir, en lui promettant l'Impunité. Il y avait peu de temps qu'il était de retour, lorsque la violence de son humeur se chaugea en folie. Il arracha l'épée de l'Hilote qui le gardait, et il mourut misérablement de sa propre main. Léotychide ne conserva pas non plus sa dignité mal acquise jusqu'à sa mort. Peu d'années après, il fut convaincu d'avoir reçu des présents de l'ennemi dans le cours d'une expédition faite en Thessalie. Sa maison fut rasée jusqu'aux fondations, et il mourut en exil à Tégée4
Après la mort de Cléomène, lestèginèles envoyèrent à Sparte pour se plaindre de l'injuste captivité de leurs concitoyens. Léotychide, n'étant plus soutenu par son collègue, fut condamné à se livrer lui-même en remplacement des otages. Les envoyés ne voulurent pas profiter de cette sentence , mais ils l'emmenèrent avec eux à Athènes pour demander la restitution des captifs. Néanmoins les Athéniens refusèrent de relâcher leurs prisonniers. Les Éginétes se vengèrent en capturant leur navire sacré, dans lequel plusieurs personnages du plus haut rang venaient de s'embarquer pour se rendre à la fête d'Apollon à Délos. A la suite de cette provocation les Athéniens prêtèrent une oreille favorable aux propositions d'un citoyen d'Égine, nommé Nicodrome, qui avait conçu le projet de renverser, avec leur appui, le gouvernement oligarchique de * ' l'île. Au jour désigné, il s'empara donc de la citadelle. Mais le secours des Athéniens n'arriva pas à temps, et le coupable tomba entre les mains de ses adversaires avec sept cents de ses partisans. Us subirent tous le traitement qu'ils auraient infligé aux autres s'ils l'avaient pu. -lin des malheureux que l'on conduisait à la mort s'échappa de ses fers et se réfugia vers la porte d'un temple, à laquelle il se cramponna jusqu'au moment où on lui coupa les mains. De tout le sang répandu, celui-ci pesa seul sur ia conscience des meurtriers , et Us crurent qu'ils ne le pnurraient expier. Les Athéniens, n'ayant pu remplir leur engagement parce qu'ils ne possédaient pas une flotte capable de lutter avec celle d'Egine, envoyèrent emprunter des vaisseaux aux Corinthiens, qui accédèrent A leur demande, mais trop tard pour qu'ijs pussent atteindre leur principal but. Ils battirent cependant leurs ennemis dans un combat naval, et ils continuèrent encore la guerre avec des chances diverses, tandis que les Perses se préparaient à les attaquer. da^D^tf"'0" Trois ans après la dernière campagne si désastreuse (490 avant Jésus d'Aruphama Christ), de nouvelles forces, rassemblées en Cilicie, furent placées SOUS le commandement du Mède Datis et d'Artapherne, fils du satrape de