‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 102 sur 256 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

arrivé à des époques anciennes et inconnues, ne s'est jamais confondu avec les autres : ce sont les Cantabres, ou Basques.

Ces peuples n'appartiennent à aucune des nations connues qui ont ou occupé le littoral, ou peuplé l'intérieur, ou acquis par les armes le gouvernement de l'Espagne; ils ne sont ni des Phéniciens, ni des Carthaginois, ni des Grecs, ni des Romains, car ils ne parlent la langue d'aucun de ces peuples, ce qui veut dire qu'ils n'en ont pas non plus la nationalité.

D'où viennent les Basques? Question difficile, que la philologie, l'histoire et la science ont abordée depuis longtemps, sans réussir à la résoudre. Un érudit nouveau, déjà exercé, M. Bladé, vient à son tour de se lancer dans le débat ; mais son livre se borne à dire et à prouver qu'aucun des systèmes proposés jusqu'ici sur l'origine des Basques n'est réellement acceptable.

Tout le monde a compris que chercher l'origine ethnologique des Basques, c'est chercher dans le monde la nation qui parle encore leur langue, ou du moins l'un de ses dialectes. En effet, le jour où l'on rencontrerait quelque part une tribu parlant ou entendant le basque, cette tribu pourrait être désignée avec certitude comme le tronc d'où le rameau cantabre s'est autrefois détaché; surtout si cette tribu habitait encore un pays coiîime l'Afrique, du sein duquel une émigration primitive aurait pu arriver en Espagne, par des moyens pratiques et naturels.

Eh bien, cette tribu parlant un dialecte compris des Basques, et avec laquelle les ouvriers basques de France et d'Espagne s'entendent sans trop de difficultés, dans les relations journalières de la vie agricole, elle existe.

C'est la grande tribu de Chaouïas, tribu africaine, mais non arabe, établie dans la province de Constantine, au pied des montagnes de TAurès.

Le fait est attesté dans la note suivante, due à la bienveillance d'un ancien magistrat, ayant longtemps habité l'Afrique ; et ce fait emprunte aux détails qui l'accompagnent un degré de probabilité touchant à la certitude.

Dans tous les cas, le iponde savant est averti (1).

(1) Paris, 3 août 1870.

Monsieur, La tribu au sujet de laquelle tous ayez bien voulu me faire Thonoeur de m^é • crire est celle des Chaouias, Elle est située dans la province de Constantine, à 145 ou 150 kilomètres au

sud du cbef-lien ; ealre Lambessa et Biskara, au pied des montagnes de TAurès, chaînon détaché du grand Atlas.

Les Chaouîas sont à' une journée de marche environ de Lambessa.

En 18M , je revenais de Biskara à Constantine , en compagnie de quelques touristes. Au lieu de suivre la route qui va joindre Batna par El Kantara et £1 Outaïa, route véritablement impériale, nous nous résolûmes à passer par les contreforts de TAurès et les ruines de Lambessa, distantes de Batna d'environ 9 kilomètres.

Assaillis par des pluies torrentielles, nous dûmes passer vingt-quatre heures dans une tribu dont les habitants, sauf quelques-uns, qui, sortis de leur pays, marmbttaient quelques mots d^arabe, ne comprenaient pas les indigènes qui nous accompagnaient.

C^était la tribu des Chaouîas.

Ils débitaient néanmoins , mais sans plus les comprendre que nos paysans ne comprennent les prières latines, les rekas ou versets du Ck>ran.

Leur costume <^tait d'ailleurs le même que celui des Arabes purs^ et certains avaient un chapelet qnUls égrenaient, en répétant, à chaque coup de leur pouce chassant un grain devant lui, le mot Allah! en arabe, Dieu.

Pendant que nous étions cliez les Chaouîas survint un officier supérieur fort distingué , M. le colonel Séroka, qui a depuis commandé la subdifision de Batna, et qu*avait attiré ma présence dans cette tribu.

Il me raconta que les Chaouîas , qui ne comprenaient pas les Arabes et que les Arabes ne comprenaient pas, s'entendaient avec les bûcherons basques qui travaillaient dans la forêt de Batna, et il avait compté sur moi pour le renseigner exactement à cet égard.

Malheureusement, quoique mon nom et mon origine fbssent tout à fait basques, je ne savais pas le premier mot de la langue de mes pères.

Plus tard, dans les longues années que j*ai passées à Constantine, le même fait m'a été affirmé par un grand nombre de personnes, notamment par des officiers chargés d'attributions politiques dans le pays, et en dernier lieu par un entrepreneur des travaux publics et un agent des finances , Basques tous les deux,

11 va sans dire que les deux idiomes n'étaient pas les mêmes, mais que leurs affinités donnaient à des individus d'origine si opposée les moyens de s'entendre dans une certaine mesure.

Je vous prie , monsieur, d'agréer, etc., etc.

Victor DE Harambcre,

ancien procureur impérial à Constantine.

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