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CHAPITRE VII

La langue gauloise. — Ses dialectes. — Les patois.

Les dialectes de la langue gauloise existaient du temps de César. — Ce sont les patois.

— Us étaient Tidiome particulier des tribus gauloises. — Théories et erreurs des philologues au Bu\tt des patois. — Le mot patois était employé dès le treizième siècle. — 11 signifiait langue locale. — Tous les peuples ont eu leurs patois. — Patois grecs , qu'on nommaient diatectes, — Les patois sont la source des langues littéraires.

— Nombre considérable des patois qui se parlent en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Angleterre. -~ Division générale des patois français. — Doctrine de M. Littré sur les patois. — 11 attribue leur formation au latip et au climat. — Faits nombreux qui la renversent. — L'histoire et la géographie prouvent que les patois sont nationaux, qu'ils appartiennent et correspondent aux anciennes cités ou au x anciens pagi de la Gaule. — Preuves diverses de leur antiquité et de leur nationalité.

— Les noms des Tilles, des rivières et des montagnes sont empruntés aux langues locales, et sont antérieurs à la conquête. — Les géographes grecs et latins les ont défigurés. — Mots appartenant encore aux patois , et qui sont cités dans les anciens auteurs grecs ou latins. — La nationalité etroriginalité des patois est donc incontestable. — Ils constituent la langue gauloise, comme les dialectes de la Grèce constituaient la langue grecque. — Nature de la langue gauloise. — Unité de sa grammaire. — elle est entièrement différente de la grammaire latine , par le substantif, le verbe et la syntaxe. — Erreur accréditée au sii^et des dialectes du midi. — Le gascon est un dialecte spécial. — Ses affinités avec le bas-breton. — Unité des patois de la Gaule. — Comparaison avec le français et avec le gascon du bas-breton , du suisse , du forézien , du lorrain et du nomumU. — Les patois de la Gaule ne forment qu'une seule et même fomUIe avec ceux de l'Espagne et de lltalie. — Culture de la langue gauloise sous la domination romaine. —Alphabet des Gaulois retrouvé. — Les bardes sont les prédécesseurs des troubadours, qui les ont continués.

La nation gauloise lorsque César la soumit au gouvernement romain avait-elle une langue uniforme , également parlée dan3 toutes les parties de son territoire, également entendue de tous les peuples, de toutes les tribus qui la composaient?

Non.

Après avoir tracé la grande division de la Gaule en trois parties distinctes, occupée par les Aquitains, les Celtes et les Belges, César ajoute immédiatement : «Tous ces peuples diffèrent entre eux par la langue y les mœurs et les lois (l). »

(l)Hiomnesliiigua, inslitutls, legibus inler se diCferunt. — C«s., De bell.

gallic, lib. I, cap. 1.

Les Gaulois parlaient donc au moins trois grands dialectes, tous différents; eh supposant, ce qui sera examiné dans ce chapitre, que la Province, non comprise dans la division de César, n'en parlât pas un quatrième, ou même plusieurs.

Le peuple gaulois se trouvait ainsi dans la situation de toute nation couvrant un territoire étendu, et comprenant un nombre plus ou moins considérable de tribus séparées, ayant leur existence et leur administration distinctes : toutes ces fractions nationales parlaient sans doute la même langue, mais chacune d'elles avait sa manière propre de la parler, c'est-à-dire son dialecte.

Ce qui constitue, entre tribus, la communauté de la langue, c'est de posséder d'abord la même grammaire , c'est-à-dire une même manière de décliner le substantif, une même manière de conjuguer le verbe, et un même ordre de syntaxe, pour construire . la phrase ; c'est ensuite de posséder un vocabulaire à peu près identique , pu au hioins dans lequel le plus grand nombre des mots soient, sous des formes plus ou moins altérées, manifestement les mêmes.

Ce qui constitue un dialecte, c'est de joindre à tout ce qui précède la possession d'un certain nombre de termes exclusivement pi'opresà la tribu ou au territoire, et surtout une prosodie et une prononciation spéciales. •

En résumé , les Gaulois étaient au point de vue de la langue dans la même situation que les anciens Grecs.

Sous la dénomination générale de langue grecque , les Grecs parlaient en réalité cinq grands dialectes , très-différents entre eux(l), sans parler des sous-dialectes presque innombrables des îles, du continent, de l'Asie mineure , de la Syrie et de l'Egypte. Ainsi , de même que la langue grecque n'avait pas d'existence propre en dehors de ses dialectes, de même il serait impossible de concevoir et d'étudier la langue gauloise en dehors des siens.

Les Gaulois avaient, comme les Grecs, un mot qui leur était propre. pour désigner les idiomes particuliers des tribus; mais au lieu de les appeler des dialectes, ils les appelaient des patois,

(1) Pour avoir une idée exacte de la différence qui séparait les dialectes grecs les plus rapprochés, il faut lire le discours de Xerxès aux Perses, écrit en dialecte ionien par Hérodote , et en dialecte aitique par Denys d'Halicarnasse. — Horodot., Polymn., cap. VIU. Dioa. Halicarn., Opéra omnia, t. VI, p. 1084 ; Lipsiœ, 1777.

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