CHAPITRE SEPTIÈME
Ces aperçus succincts et rapides sur les dialectes delà langue grecque vont nous servir à rendre claire et saisissante l'histoire des dialectes de notre langue gauloise, auxquels nous avons donné le nom de patois y mot qui, nous l'avons déjà dit, signifie langue locale.
Il résulte de'ce qui précède que les patois sont, en tous pays , la langue primitive et naturelle d'une nation. C'est la langue du berceau, de la nourrice et du foyer. De très-grandes nations n'en ont jamais eu d'autre.
Cependant, comme les patois diffèrent toujours entre eux, leur divergence crée des difficultés pour communiquer de province à province. L'intérêt de la civilisation, les besoins du gouvernement exigent qu'il y ait une langue générale, sinon parlée, au moins comprise de tous; mais comme il n'est pas au pouvoir des hommes de créer une langue, les gouvernements en sont réduits à choisir l'une de celles qui existent, et à la faire enseigner dans les écoles, pour qu'elle serve de lien entre toutes les parties du même empire.
Il arrive quelquefois qu'il se produit dans une province des poètes, des écrivains qui en perfectionnent, qui en illustrent le patois ou dialecte, et qui font que cet idiome acquiert dans les provinces environnantes une réputation qui le fait rechercher. C'est ce qui est arrivé en Italie, au dialecte de Florence; en Allemagne, au dialecte delà Souabe; en Espagne, au dialecte de la Vieille-Castille ^ en Angleterre, au dialecte des comtés de Kent et de Middlesex ; parmi nous, au dialecte de Tile de France et de Paris.
Ces patois d'élection, ainsi améliorés , polis, perfectionnés, sont devenus des langues littéraires, servant à la société lettrée et aux rapports des populations avec le gouvernement ; mais ces langues littéraires, si renommées et si répandues qu'elles soient, n'en sont pas moins d'anciens patois , parvenus aux honneurs. On les enseigne dans les écoles publiques ; les populations urbaines et ruraies les apprennent ; mais de même qu'en apprenant le latin nous n'oublions pas le français , de même en apprenant le fran-
connu soas le nom de Grammaticus LeidensiSt a écrit un petit traité sor les dialectes ^ecs De dialectis opuscula; mais le savant français Michel Maittaire publia à Londres, en 1738, un traité sur la matière, qui est un chef-d'œuvre de savoir et de méthode.
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çais le paysan n'oublie pas son patois , qui est sa langue naturelle. » Aujourd'hui, on ne citerait pas en France une seule commune où le français ne soit compris et même parlé; mais on n'en citerait pas non plus une seule où l'enseignement du français ait détruit l'usage du patois local.
Les habitants de chaque province de la France n'avaient au- U^fois qu'une langue ; ils en ont deux maintenant. L'une est naturelle, mais bornée au village ou à la province ; l'autre est étrangère et artificiellement apprise, mais elle fait communiquer celui qui la parle avec le pays tout entier.
L'étude des patois est donc le travail préliminaire de la science philologique, puisque toutes les langues littér%iires sont un ancien patois, illustré par les poètes et régularisé par les grammairiens.
C'est d'ailleurs, même en se bornant à la France, un curieux et beau spectacle que tout ce peuple de dialectes se partageant le sol d'une manière en apparence capricieuse. Ils sont tous, à l'exception du basque, au sud, et de l'allemand, à Test, visiblement unis par le lien d'une grammaire commune ; le Béarnais décline son substantif absolument comme le Lorrain , et le Bas- Breton conjugue son verbe comme le Suisse ; mais ces patois sont tous assez différents entre eux, par la prononciation, par la prosodie, par le vocabulaire local, pour qu'il soit impossible de les confondre; et quelques-uns difTèrent au point de sembler, au premier abord, inconciliables l'un avec l'autre.
On peut affirmer qu'un paysan de Valenciennes ne comprendrait pas le Gascon; qu'un paysan d'Auch ne comprendrait pas le Rouchiy et qu'un paysan de Tréguier ne comprendrait ni l'un, ni l'autre.
Les dialectes très-nombreux de la France, car on verra que leur nombre s'élève à plus de cent, se divisent en deux grandes familles, parfaitement distinctes, quoique leurs caractères ne soient pas aisément saisissables pour ceux qui n'ont pas la pratique des uns et des autres. Ces deux familles de dialectes portent traditionnellement l'une le nom de langue d'oc, l'autre le nom de langue d'oiY.
L'opinion commune des philologues veut que ces deux appellations aient été tirées de la particule affirmative oui, laquelle se serait dite oc dans le midi, et oil dans le nord. L'abbé de Sauvages, suivi en cela par M. Le Roux de Lincy, veut encore