CHAPITRE SEPTIÈME
que la Loire soit la ligne séparative de ces deux familles de dialectes.
Rien de moins certain que ces deux affirmations^ qui ne sont Tune et l'autre que des redites, dénuées de preuves.
Il n'est pas exact que les dialectes du midi expriment systématiquement par oc la particule affirmative oui.
Les dialectes de la Suisse gauloise disent : oi, ohi, ouat, vai, oui.
Les dialectes du Jura disent : aie, vè, oui*
Les dialectes de la Provence disent, savoir :
Les dialectes du bas Languedoc, aux environs de Nimes : oil.
Les dialectes du haut Languedoc, disent : o, oï; oui, au pluriel.
Les dialectes du Limousin disent d, obé.
Les dialectes de la Gascogne disent : ô, obé; oui, au pluriel.
Seuls, les dialectes du catalan disent : oc, och.
Les dialectes du Poitou disent : voueil, en parlant à un homme; vouelle, en parlant à une femme.
Les dialectes bas Bretons et Yalaques, qui peuvent être classés dans la langue d'oc, disent :
Les Bas-Bretons, ia.
Les Yalaques, da, anna.
Ainsi , l'explication donnée de l'appellation langues d*oc et langués d'oil est complètement controuvée.
Quant à l'indication de la Loire comme ligne séparative^ elle est tout à fait gratuite.
La démarcation, quoique précise sur ie terrain, ne saifrait être rendue par un tracé rectiligne. Toutefois, un trait qui, partant du mont Rosa, courant du sud au nord jusqu'à Fribourg, et qui, tournant alors de l'est à l'ouest, passerait à Lons-le- Saulnier, à Bourg, à Riom, à Guéret^ à Confolens, à la Valette, à Ribérac , pour aboutir à Bordeaux , séparerait assez exactement les deux familles de langues, les dialectes d'oc restant à gauche, et les dialectes d*oil, restant à droite.
La ligne de démarcation, fort étrangère au cours de la Loire, coupe donc , à peu de chose près , la France en deux parties égales.
L'abbé de Sauvages, suivi par M. Onofrio, prétend que tous les dialectes du sud se réduisent au gascon, et tous les dialectes du nord au français.
Cette opinion est complètement chimérique.
A droite, au lieu du français seul, se trouvent sept types différents : le bourguignon, le lorrain, le champenois, le belgewallon, le picard, le normand et le français.
A gauche, les types s'élèvent à treize : le suisse, le bressan, le savoyard, le lyonnais, le provençal, le languedocien, le catalan du Roussillon, le gascon, le béarnais^ le perigourdin, le limousin et l'auvergnat.
Le bas-breton, cantonné au fond de l'Armorique, n'appartient rigoureusement ni aux dialectes d'oc, ni aux dialectes d*oil; mais il peut être considéré comme se Rattachant à ces derniers, par les caractères qui le rapprochent du quercitain et du gascon.
Tous ces types de patois sont généraux, couvrent de vastes territoires, et se divisent en un très-grand nombre de sous-dialectes. Les traductions faites depuis 1807 en ces divers patois de la Parabole de l'enfant Prodigue en portent le nombre à quatre-vingts. Le type général de la Suisse, à lui tout seul, en contient trente (1); et ce n'est pas exagérer la vérité de dire que le nombre total des patois aujourd'hui parlés en France doit approcher de cent quarante.
Et ce qui donne à cette constitution des dialectes de la France une haute signification, c'est que toutes les nations sont organisées de même.
L'Allemagne, l'Autriche, la Grande-Bretagne ont autant de patois que la France; l'Italie en a davantage.
les patois de l'Allemagne, du sein et au-dessus desquels s'est élevé le haut allemand, devenu langue littéraira sous la plume de Luther, se groupent autour de six dialectes principaux, qui sont ceux de la Bavière, de l'Autriche, de la Souabe, de la Franconie, de la Saxe et des bords du Rhin.
Les patois de l'Autriche sont d'autant plus nombreux, qu'au lieu d'appartenir, comme en Allemagne, à une langue unique, ils appartiennent à plusieurs, dont les principales sont le tyrolien, l'esclavon, le croate, le bohème, le hongrois, le ruthène, le polonais et l'allemand.
(1) Ces traductions avaient été entreprises par les ordres de Napoléon l*^^ transmis aux préfets de Fempire, le 13 février 1807, dans une circulaire de M. de Champagny, ministre de rintérieur et de Tinstruction publique.
Le remarquable Glossaire de la Suisse romane , par le Doyen Bridel , contient les trente types de ce pays.