CHAPITRE SEPTIÈME
Les patois de l'Espagne, également fort nombreux, se groupent autour de huit idiomes généraux, qui sont l'andalous , le valencien, le catalan, Taragonais, le castillan, le galicien et le portugais. Nous ne comprenons pas dans ce dénombrement la langue basque , qui appartient aune famille philologique étrangère à l'Europe.
Les patois de l'Angleterre , presque aussi nombreux que ses comtés, se rattachent à deux types principaux de langues, qui sont le saxon et le celtique. A ce dernier type appartiennent les vingt-quatre grands patois dans lesquels il a été fait une traduction du Cantique de Salomon , et qui sont ceux des pays et des comtés suivants :
Patois des basses terres d'Ecosse, trois variétés ; du Northumbaland ; du Newcastle, deux variétés; du Gumberland, deux variétés; duDurham; du Westmoreland; du North Yorkshire ; de Craven ; du North Lancashire ; de West Yorkshire ; de SheHield ; du Lancashire (Bolton) ; du Devonshire ; du East Devonshire ; du Somersetshire ; du Wiltshire ; du Dorset ; du Cornwall ; du Sussex and Norfolk; Enfin le patois spécial des mineurs du Northumberland (1).
Mais nul pays d'occident n'offre, avec un type unique de langue, un nombre aussi considérable de patois que l'Italie.
Lorsque Dante, rêvant pour l'Italie une langue littéraire unique, cherchait dans les divers patois celui qui pourrait être choisi pour remplir un tel rôle, il en énumérait quatorze principaux, distribués des deux côtés de l'Apennin, six à droite, sept
(1) Ces traductions ont été publiées à Londres, chez Quarltch, Piccadilly.
222 LANGUE FEANÇAISB.
à gauche, un plus étendu, se développant, par-dessus la montagne, de la mer Adriatique à la mer de Toscane.
Les six dialectes de droite étaient ceux de Rome et du Latium, du duché de Spolète, de la Toscane, de la marche de Gènes, de la Sicile et de la Salrdaigne.
Les sept dialectes de gauche étaient ceux de la Calabre, de la marche d'Âncone, de la Romagne, de la Lombardie, de la marche de Trévise avec la Vénélie, de Tlstrie et du Frîoul (1).
Le quatorzième, qui s'étendait d'une mer à l'autre, était le dialecte de la Fouille.
Mais c'étaient là des dialectes généraux, couvrant de vastes territoires, et comprenant chacun un grand nombre de sous-dialectes.
Ainsi, les sous- dialectes ou patois locaux de la Lombardie s'élèvent à vingt.
Ceux de l'Emilie, à vingt- trois.
Ceux du Piémont, à cinquante-trois (2).
Si l'on suppose, ce qui ne paraîtra pas exagéré, surtout dans les provinces montagneuses , que chaque grand dialecte italien comporte vingt patois locaux, cela fait, pour les quatorze grands idiomes, environ trois cents patois, qui sont parlés aujourd'hui en Italie.
C'est le nombre des langues qui existaient autrefois dans la Colchide, assez médiocre pays représenté maintenant par l'Imérithie et la Mingrélie (3).
Ce fractionnement universel des langues nationales en dialectes locaux ne serait pas complètement exposé, si nous n'ajoutions pas qu'on parle quelquefois plusieurs patois dans la même ville, a Cherchons, dit Dante, chose, étonnante, pourquoi ceux-là qui vivent dans la même ville parlent des langues différentes, comme les Bolonais du Faubourg Saint-Félix et les Bolonais de la Grande- Rue (4). »
Ce que Dante remarquait à Bologne, tout le monde peut aujourd'hui le remarquer à Marseille , où le dialecte du quar-
(1) Dante Aligbicri, De vulgari eloquio, lib. I, cap. X.
(2) Voir ces types dans le curieux ouvrage de Biondelli, intitulé Saggio sui dialetU gallo-italici ;U\\dino, 1853.
(3) Sirabon, Geograph., lib. XI, cap. II, $ 16.
(4) Dante Alighieri, De vulgari eloquio y lib. I, cap. IX.