CHAPITRE SEPTIÈME
n*a laissé aucune trace. Aucune langue romane n'a pu éclore là même où, d'après la théorie de M. Littré, devraient se parler les dialectes romans les plus voisins du latin.
Dans toutes les parties de la Gaule où, après la pacification , n'eut à se produire ni la force politique^ ni la force militaire de Rome, on parle les patois romans; dans la vallée du Rhin, autour des camps romains , autour du prétoire des préfets des Gaules, on a toujours parlé allemand, après comme pendant la domination romaine.
Nouvelle preuve de ce fait que la formation des patois ne doit pas être cherchée dans la décomposition du latin.
Que dire ensuite de cette hypothèse singulière qui attribue le caractère spécial de chaque patois au climat, sinon que c*est le mysticisme donné pour base à l'histoire, et l'art de payer sournoisement de déclamations vagues le lecteur qui attend des faits précis ?
Une certaine ligne de ruisseaux, de chemins, de coteaux divise capricieusement en deux parties l'arrondissement de Mauléon et celui de Rayonne. A droite, on parle béarnais ou gascon; à gauche, on parle basque.
Pourquoi? — c'est le climat!
Une certaine ligne, partant de Redon et se dirigeant vers Châtelaudren, en passant par Loudéac, divise en deux la Rretagne. A droite, on parle un dialecte normand ; à gauche, on parle brézénec. Pourquoi? — c'est le climat!
Une certaine ligne, partant de Dunkerque et se dirigeant vers Aix-la-Chapelle, par Menin, Tirlemont, Maëstrick et Liège, divise les anciens Pays- Ras. A droite, on parle picard et wallon ; à gauche, on parle flamand.
Pourquoi ? — c'est le climat !
Une ligne partant de Verviers, et courant, du nord au sud, vers Fribourg, par Arlon, Thionville, Schelestadt, Allkirch, Délémont, La-Chaux-de-Fond, laisse, à sa gauche, une zone comprise entre cette ligne et le Rhin. A droite, on parle wallon, champenois et lorrain ; à gauche, on parle allemand. Pourquoi ? — c'est le climat !
Une ligne allant de l'est à l'ouest coupe en deux parties à peu près égales l'arrondissement de Confolens, et, dans cet arrondissement, le canton de La Valette. A droite, on parle les dialectes d'oil; à gauche, on parle les dialectes d'oc.
Pourquoi? — c'est le climat 1
La ville de Marseille a un quartier où l'on paple un certain dialecte, et un autre quartier où l'on parle un dialecte différent.
Pourquoi ? — c'est le climat 1
Un ruisseau de quatre à cinq mètres de largeur sépare quelquefois les dialectes les plus éloignés l'un de l'autre par leurs caractères.
Ainsi la Gimone sépare le dialecte languedocien du dialecte gascon. A droite, les Languedociens appellent un chien un goyts ; à gauche, les Gascons le nomment un can. Pour dire cacher, on dit, à droite, amaga, et, à gauche, on dit esiuja. A droite, les gousses 4es légumes se nomment culéfos ; à gauche, elles se nomment iékos. Pour dire néanmoins, on dit à droite, sakéla; à gauche, prako. Mille différences aussi absolues marquent la séparation de deUx patois.
Pourquoi ? — c'est le climat !
Le vocabulaire spécial des dialectes diffère assez pour que le nom du même objet varie au point d'être méconnaissable, de province à province. Nous allons en donner un exemple frappant, en empruntant à la langue usuelle des populations rurales les noms de deux objets qui occupent une place considérable dans leur existence, le nom de l'enfant et le nom du cochon.
Eh bien , il y a dans les patois français quinze manières entièrement différentes de dire V enfant, et dix manières également différentes de dire le cochon.
Voici les quatorze manières de dire Enfant :
Enfant, se dit :
En dialecte du Marensi n Coche.
En dialecte d'Auvergne Efôn.
En dialecte de Cambrai Fiu.
En dialecte de Yaudemont, Mcurthe Gachon.
En dialecte de Gerardmer, Vosges Fé.
En dialecte de Giromagny, Haut-Bhin Boubé.
En dialecte de Saintes , Charente-Inférieure Fail.
En dialecte de Monségur, Gironde Gouya.
En dialecte de Limousin Droley.
En dialecte de Gascogne Hil.
En dialecte de Carcassonne Malnaché.
En dialecte de Saint- Maurice, Valais Méniot .
En dialecte de la Broie, NeuchÂtel Valé.
En dialecte de Yétros, Bas- Valais Matton.
En dialecte bas-breton...: Bap.