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CHAPITRE SEPTIÈME

Voici maintenant les dix noms du cochon ; sans employer les mots porc ou cochon, qui sont très-répandus :

En dialecte de Gourtisol, Chàlons-sur-Maroe Cotau.

En^dialecte de St-Yrieix Gagnoux.

En dialecte de Sarlat ' Tessoun.

En dialecte de La Réole Gourret.

En dialecte d'Agde Poucel.

En dialecte de Privas Grougeos.

.En dialecte de Valence Cayon.

En dialecte, de Délémont Poè.

En dialecte Suisse Gueddi.

En dialecte deTOrne Lubin.

Eh bien, nous le demandons au bon sens de M. Littré luimême, le latin et le climat sufBsent-ils pour expliquer ces différences ? Qu'est-ce que le latin a de commun avec gachon, boubé, gouya, droley ou matton ? Ck)mment le climat qui aurait produit cotau et gagnoux, aurait-il produit grougeos et cayon?

Il y a même des dialectes qui ont la vertu' de mettre immédiatement la théorie du climat en déroute. Ce sont des patois qu'on pourrait appeler errah^^^ue^. Semblables à ces blocs énormes, transportés par des forces inconnues dans des contrées où ne se trouve aucune roche analogue, ces patois se montrent dans des milieux absolument contraires à leur propre nature.

Ainsi, dans l'arrondissement de la Réole, en plein pays de langue d'oc , on rencontre le gavache de Monségur et le gavache de La Motte-Landeron, qui sont des dialectes de langue d'oiï (i).

Ainsi , dans le département de la Marne , arrondissement de Châlons, en plein pays de langues d'ot'/^ on trouve le dialecte de Gourtisols, qui est un patois de langue d'oc.

Le climat soufflerait donc le froid et le chaud, il produirait donc le blanc et le noir, sur le même point, pour le besoin des théories ?

Mais ce n'est pas avec des rêves qu'on résout les grands pro-

(1) La Gavacherie comprend 40 paroisses des arrondissements de Liboume, La Réole et Marmande. La tradition vent qu'elle ait été formée , à la fin du quinzième siècle, par l'établissement en ce pays de colons venus de la Saintonge.

blêmes philologiques; et c'est à l'histoire qu'il faut demander la nature , l'origine et le rôle des dialectes ou patois de la France.

Les dialectes ou patois se présentant, chez tous les peuples, dans tous les temps, avec le caractère d'un fait universel et constant, ne peuvent avoir pour cause qu'un fait ayant la même universalité et la même perpétuité.

Quel rôle ont joué les dialectes grecs, en Europe et en Asie? — Ils y ont été le langage des Attiques , des Eoliens , desDoriens, des Ioniens, c'est-à-dire des petites nations grecques qui composaient la grande.

Quel rôle ont joué les dialectes antiques de l'Italie , dont les grammairiens nous avaient conservé quelques traits, aujourd'hui multipliés par la science épigraphique ? — Ils y ont été le langage des Latins, des Sabins, des Ombriens, des Falisques, des Osques, des Étrusques, des Gaulois, c'est-à-dire des nations italiennes occupant primitivement le sol.

Eh bien, ce que les dialectes furent en Grèce et en Italie, n'est-il pas naturel de penser qu'ils l'ont été et qu'ils le sont en France?

Cesdialectes ou patois sont donc l'idiome antique des AUobroges, des Helvètes, des Ëduens^ des Arvernes, des Rèmes, des Nerviens, des Camutes, des Lemovices, des Gadurques, des Vénètes, des Volsques, des Aquitains, en un mot des petites nations séparées dont se composait jadis la grande nation gauloise.

Le bon sens le dit, et l'histoire le prouve.

En effet, la première chose qu'il y ait à constater, au sujet des dialectes ou patois de la Gaule, c'est qu'ils existaient dans la langue générale des Gaulois, avant la conquête romaine.

Le témoignage de César* et celui de Strabon sont formels à cet égard.

César, après avoir nommé sommairement les grandes nations qui peuplaient la Gaule, sous le nom d'Aquitains, de Celtes ou Gaulois, et de Belges, ajoute expressément : « ils diffèrent tous entre eux par la langue, les institutions et les lois(i). »

Il y avait donc en Gaule à l'époque de la conquête au

(1) Hiomnes lingua, inslilutis, legibus inter se differunt. — Caesar, De bell. gall.j lib. I, cap I.

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