‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 114 sur 256 · CHAPITRE SEPTIÈME. S3i · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME. S3i

moins trois grands idiomes, celui des Aquitains, celui desCeltes ou Gaulois, et celui des Belges.

: Strabon,plus précis encore dans son. témoignage, va nous apprendre que ces trois langues étaient trois dialectes, c'est-àdire trois formes d'une langue commune à toute la Gaule, ^ que sont en effet les patois actuels. .

Il commence par dire des Aquitains qu'ils sont, de toute la jgrande nation celtique, ceux qui ressemblent le moins aux autres Gaulois, et qui se rapprochent le plus des' Espagnols, paA la LANGUE, ainsi que parles formes du corps (1).

Il ajoute en parlant des autres nations gauloises, c'est-à-dire des Celtes et des Belges, qu' a elles ne parlent pas toutes le même IDIOME, mais que chacune diffère un peu des autres par le langage (2)».

En résumé , la conquête romaine trouva établie , dans la Gaule^ trois langages différents.

Entre les«Pyrénées, la Garonne et l'Océan, on parlait le grand dialecte aquitain, plus rapproché de l'espagnol que des autres dialectes Gaulois.

A l'est des Cévennes et jusqu'aux sources du Rhône, dans une zone comprise entre la Garonne et la Seine, des Alpes à l'Océan, ou parlait le grand dialecte celte.

Enfin, au delà de la Seine, jusqu'au Rhin et à la mer, on parlait le grand dialecte belge.

Quatre siècles plus tard , cette division de la Gaule en grands dialectes se révèle encore.

Voici en quels termes elle s'accuse dans un dialogue où Sulpice Sévère met en scène un disciple de saint Martin de Tours, nommé Gallus , et un chrétien d'Orient , nommé Posthumianus.

Pressé de raconter la vie de saint Martin, Gallus s'exprime ainsi :

a Quoique je sois au-dessous de cette tâche, les exemples de soumission rapportés par Posthumianus m'obligent à me soumettre au devoir qui m'est imposé. Mais lorsque je songe

ToT; octf(Aaoiv, è(içep«T; lôfjpeTi iiàXXov 9\ Takiiai^. — Sirab., Geograpk.f lib. IV, cap. I.

(2) ... d|jLOYXwTTou; Ôoj navra;, «XX' Ivîov; tiixpèv itapaXXircovTa; t«Î; yXwtxai;. — Ihid.

que moi, qui ne suis qu'un Gaulois, je dois parler parmi des Aquitains^ je crains que mon langage campagnard ne blesse vos oreilles trop délicates. Veuillez donc m'entendre conmie un bomme dépourvu de culture, parlant sans art et sans éclat....

a Parlez-nous , répond Posthumianus, ou en celte, ou, si vous l'aimez mieux, en Gaulois^ pourvu que vous nous parliez de Martin (i). »

. Ce passage, qui a beaucoup exercé les philologues, est 'pour- ^ tant , comme on voit , bien simple. Il constate la coexistence à cette époque de trois langages généraux : l'aquitain, le celte et le gaulois.

Au quatrième siècle l'Aquitaine s'étendait des Pyrénées à la Loire, et comprenait la partie occidentale des dialectes de la j langue d'oc.

La Celtiqiie, selon l'observation de Diodore de Sicile, désignait plus particulièrement, dans l'usage habituel du mot, la partie de la Gaule enfermée entre les Alpes, les Gévennes et la Méditerranée, et comprenait par conséquent tous les dialectes de la langue d'oc s'étendant, à l'est, jusqu'à l'extrémité du lac de Genève.

: Quant à la Gaule, c'était^ comme on sait, le territoire compris entre la Loire, la Seine et la Marne.

Le témoignage de Sulpice Sévère, confirme donc, au sujet des grands dialectes de la Gaule, celui de César et celui de Strabon, et il prouve en outre que ces grands dialectes s'étaient maintenus sous la domination romaine.

Mais ni César ni Strabon n'avaient parlé des dialectes usités dans l'étendue de la Province romaine, qui comprenait néanmoins un grand nombre de nations distinctes. On y parle aujourd'hui cinq grands idiomes généraux, le languedocien, le catalan, le provençal, le savoyard et le suisse, sans compter les dialectes locaux.

(1) Ego plane, inquit Gallus, licet impar simtanto operi, tamen relatissuperius a Posthumiano obedientiœ cogor exempUs, ut munas istud quod imposuisUs, non recusem ; sed dum cogito me hominem Gallum inter Aquitanos Terba factumm, vereor ne ofTendat vestras nimium urbanas aures sermo rusUcior. Aadielis me tamen.ut gurdonicura hominem, nihil cum fuco aut cothurao loqaentem.... — Tu vero , inquit Posthumianus , Tel ccltice, aut, si mavis, ^gallice loquere , dummodo jam Marlinum loquaris. » — Sulpicii Severi Dialog. I, in fine, t. I, p. 96 ; Veronœ, 1741.

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Peut-on y comme pour le dialecte aquitain , le gaulois et le belge, établir par des témoignages historiques l'existence de ces dialectes de la Province 90us la domination romaine ? — Oui, assurément, on le peut; et voici comment Ausone s'exprime à ce sujet, dans les vers qu'il adressa, vers le milieu du quatrième siècle, à la ville de Narbonne, capitale de l'ancienne Province romaine :

a Je ne tairai point ta gloire , Narbo Martius ! Sous ton nom, une vaste province imposa jadis sa domination à des peuples nombreux. Depuis les pays où les Âllobroges touchent aux Sequanes, où les cimes des Alpes ferment l'Italie, où les Pyrénées avec leurs neiges te séparent des Ibères, où le Rhône sort infpétueux des eaux paternelles du Léman , où les Cévennes bornent à l'intérieur l'Aquitaine , jusqu'aux Testosages qui portent le nom antique de Yolsces, tout cela fut Narbonne.

a Qui pourrait nommer tes ports, tes montagnes, jtes étangs? qui pourrait nommer tes peuples, si divers de costume et de langage (1)?»

Voilà donc aussi constatés, vers le milieu du quatrième siècle, les nombreux dialectes qui se parlent encore dans la contrée comprise entre Port- Vendres et Privas , Toulouse et Lausanne.

On remarque d'ailleurs que le texte d' Ausone est capital pour la thèse de ce chapitre. Les peuples de la Province romaine ayant chacun son dialecte , ces dialectes ont pour base le territoire même de ces peuples, et pour principe, leur nationalité.

La même chose a été constatée par Roger Bacon, en ce qui touche le normand, le picard , le français et le bourguignon , caractérisés par lui comme étant les idiomes appartenant à des territoires et à des peuples déterminés.

Or, reconnaître qu'un dialecte s'identifie avec un peuple, et qu'il a pour limites son propre territoire, c'est reconnaître qu'il fait partie de sa nationalité, de son caractère, de sa vie ; c'est admettre enfin qu'il est inséparable de son existence, et par conséquent aussi ancien que lui.

Surtout , et par voie de déduction logique , ces faits et ces considérations excluent toute hypothèse d'une alluvion générale, opérée par voie de décomposition de la langue la-

(1) Auson., Clarx urbes, XIII, Narbo,

tine; cardans ce cas le dépôt alluvionnaire aurait été partout sensiblenient le même, tandte que de peuple, à peuple, de ville à ville> de hameau à hameau, les dialectes ou patois varient quelquefois dans leur vocabulaire jusqu'à employer des mots entièrement différents.

Ainsi, le Languedoc et la Gascogne se touchent réellement, n'étant séparés que par la Garonne et la Gimone ; et cependant les objets suivants se disent :

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